Saeid Khânâbâdi

19 articles

  • Les pèlerins de la rue Erfân à Neyshâbour

    Saeid Khânâbâdi N° 138, mai 2017

    A Neyshâbour, il y a une rue qui ne ressemble guère aux autres. Cette rue est un passage mystérieux grâce auquel on peut traverser les dimensions de l’espace et du temps, un chemin magique entre le présent et le passé, entre le nouveau et l’ancien, entre la matière et l’esprit, entre une ville physique et son âme métaphorique. Cette voie commence par le Jardin des délices de Khayyâm et s’achève aux sept cités attariennes de l’amour. Cette rue de quelques kilomètres, apparemment ordinaire, est tracée dans un (...)


  • Les enfants de la mosque

    Saeid Khânâbâdi N° 137, avril 2017

    "Chuuut ! Ici, c’est la maison de Dieu !"
    C’était toujours par cette même phrase que Maman m’interdisait de faire du bruit dans la mosquée avant que la prière ne commence. C’était plutôt à d’autres moments, surtout les après-midi, lors des réunions hebdomadaires de maman et ses condisciples, que nous faisions du bruit dans cette maison divine. Pour nous, les fils et les filles des femmes religieuses du quartier, la mosquée était, d’une certaine manière, un terrain de jeu, une crèche, un jardin public, (...)


  • Pénélope à Baghdad : Farewell Baghdad, 2010

    Saeid Khânâbâdi N° 136, mars 2017

    Pourquoi ce sont toujours les femmes qui attendent le retour de leurs hommes ?"
    Cette question ordinaire et en même temps philosophique qui peut mettre en cause tout l’héritage socioculturel de l’identité féminine en Orient est un monologue énoncé en arabe par Rebecca, un des personnages du film Farewell Baghdad, dans une des séquences les plus dramatiques de ce film iranien, en langues anglaise et arabe. Dans ce film représentant le cinéma iranien aux Oscars 2011, l’actrice iranienne Pantéa Bahram (...)


  • À la recherche du rôle perdu de l’Antiquité perse dans le cinéma historique d’Iran

    Saeid Khânâbâdi N° 135, février 2017

    Le 12 mai 2016, en marge de la 29ème foire internationale du livre de Téhéran, Massoud Jozâni s’exprime devant la presse à l’occasion de la publication du scénario de son film qu’il cherche à réaliser depuis bon nombre d’années. Ce réalisateur iranien, formé à l’Université d’Etat de San Francisco, a déjà dans sa carrière cinématographique des films comme Nâssereddin Shâh, actor-e cinéma (Nâssereddin Shâh, actor-e cinamâ) et Irân Burger. La conférence se déroule dans une ambiance gaie, au milieu des (...)


  • Jean-Pierre Brigaudiot,
    Poète du bleu, silence-fictionnel ou bien encore plasticien des toiles étoilées

    Saeid Khânâbâdi N° 134, janvier 2017

    La galerie Saless de Téhéran comporte trois étages. Le premier abrite une célèbre librairie, le second un café-philo, tandis que le troisième est un espace lumineux, en mezzanine, consacré aux expositions d’art contemporain.
    L’escalier qui mène à la salle d’exposition est constitué d’une volée de marches flottantes, les planches de bois sont reliées au mur par des supports invisibles et de l’autre côté, elles sont reliées au plafond par des câbles en acier. Ainsi, déjà, le visiteur se sent flottant avec (...)


  • Naneh Hassan : du Tapis persan à
    la peinture du Rêve iranien

    Saeid Khânâbâdi N° 133, décembre 2016

    Elle s’appelle Naneh Hassan. Née en 1937 dans un village de la province de Zanjân à l’ouest de Téhéran, elle entame dès l’âge de 7 ans le métier du tissage de tapis chez sa mère et sa tante. Mariée à 9 ans, elle continue ce travail, en vue d’aider financièrement sa nouvelle famille basée dans un autre village de la même région. Depuis près de sept décennies, elle vit dans une petite maison rustique en compagnie de son mari, un simple cultivateur aujourd’hui retraité. Elle a vécu 14 grossesses et seuls quatre de (...)


  • Ghâyen, la capitale mondiale du safran

    Saeid Khânâbâdi N° 132, novembre 2016

    “Dormivit in sacco croci" ; il dormait dans un sac de safran. Les Romains raffinés utilisaient cette expression latine en vue de décrire une vie aisée, une vie pleine de plaisirs ; bref une vie de César. Mais originellement, c’était une expression réservée à Zeus, le Dieu des Grecs. En fait, les citoyens des Polis grecs, depuis le IVe siècle avant notre ère, connaissaient déjà les vertus magiques du safran grâce aux écrits d’Hippocrate. Il est possible que ce dernier ait, à son tour, hérité sa (...)


  • Doroud, au pied d’Oshtorân-Kouh

    Saeid Khânâbâdi N° 129, août 2016

    Le train s’arrête. Le trajet à travers les champs verts de blé, les montagnes blanches de neige et les plaines rouges de tulipes n’était pas particulièrement fatiguant, mais j’étais impatient de découvrir la destination ; la belle Doroud, au pied d’Oshtorân-Kouh.
    Le mot Do-roud signifie littéralement en persan “Deux rivières”. Cette ville de la province du Lorestân se situe en effet au confluent des deux rivières Mârbareh et Tireh qui se rejoignent pour créer la rivière César, l’une des sources principales (...)


  • Ô Anâhid ! La déesse aryenne*

    Saeid Khânâbâdi N° 128, juillet 2016

    Ô Anâhid ! Toi que j’adore ! La déesse immaculée, la plus clémente, la plus puissante ! Fais de moi le plus grand des souverains du monde. Aide-moi à vaincre les tyrans, à dompter les démons, à triompher de l’armée d’Ahriman. Fais-moi devenir le grand roi de tous les hommes de la terre. Accorde-moi un royaume qu’après moi, tu n’accorderas plus jamais à nul autre. Certes, tu es la plus généreuse !
    Je suis Houshang ! Le fils de Siyâmak, le fils de Keyomars ! Je suis le roi des peuples Aryens. Le grand roi des (...)


  • Les dieux montagnards

    Saeid Khânâbâdi N° 126, mai 2016

    C’était un homme qui avait la cinquantaine, et même plus. Un fonctionnaire du ministère des Transports. Un employé indépendant, autonome et pas tellement discipliné, car en tant qu’alpiniste de renommée internationale, il passait davantage son temps dans les vallées et montagnes qu’à son bureau. Il aimait raconter son "exploit ministériel", d’après ses propres mots, pour souligner son statut particulier. Ses supérieurs au ministère, conscients que rien ne pouvait le garder dans son bureau, et après de (...)


  • Le rocher qui ressemble au visage d’un vieux marin …

    Saeid Khânâbâdi N° 121, décembre 2015

    Là, dans un quartier islamo-chrétien, à côté d’une mosquée au minaret unique à quelques mètres d’une banque française et après la statue d’un leader arabe national-socialiste dont le nom est caché derrière les affiches autocollantes du mouvement Amal, se trouve une filiale de Mac Donald. Au deuxième étage de ce MacDo, les larges vitres offrent une vue imprenable sur la corniche et sur le bleu de la mer étendue jusqu’au fond des regards de ses pêcheurs amateurs. La ville est bâtie sur une minuscule péninsule (...)


  • Une pathologie pédagogique

    Saeid Khânâbâdi N° 117, août 2015

    On veut émigrer au Québec.
    Et le reste est facile à deviner. Un jeune couple, sans enfant, à l’aise financièrement, bien éduqué et vaguement intellectuel, vivant à l’européenne, habitant dans les quartiers résidentiels du nord de la capitale, qui passe ses vacances à l’étranger, avec des amis ou des parents au Canada. Ils ont un objectif : partir au pays des Inuits.
    C’est cela mon boulot, préparer les gens à faire leurs bagages. Diplômé en Lettres Françaises, je n’ai pas trouvé de job dans le domaine (...)


  • L’impact des ulémas du Mont Liban sur l’Iran safavide

    Saeid Khânâbâdi N° 79, juin 2012

    « Voici le palais que je construisis à Suse. J’y exécutai maints ornements […] Ses bois de cèdre sont emmenés d’un territoire lointain que l’on intitule le Mont. »
    Lorsque Darius le Grand, dans le bas-relief du palais Apadana, considérait que le Mont Liban était le lieu d’origine du bois de cèdre utilisé dans la construction de son palais, il se comparait peut-être à Salomon demandant au gouverneur de Tyr de lui envoyer du bois de cèdre et des artisans phéniciens afin de construire le Temple de Jérusalem. (...)


  • Meybod,
    Où les potiers traduisent le désert

    Saeid Khânâbâdi N° 74, janvier 2012

    « Il créa l’homme d’argile sonnante comme la poterie. »
    Qu’entend le Créateur Éternel par ce verset coranique ? Ne se présente-t-il pas comme un Dieu Potier ? Et ce vieil artisan, dans un coin de son minuscule atelier d’ermitage, dans cette ville perdue au cœur des déserts les plus apocalyptiques de l’Iran central, nous répondait bien : « La poterie est une tentative humaine pour exercer la Genèse divine. » Géographie de Meybod, encore les sables
    Dans leur itinéraire désertique, les voyageurs étrangers (...)


  • Cyrus, le roi-prophète

    Saeid Khânâbâdi N° 73, décembre 2011

    Le Royaume de Salomon ; le tournage de ce film coûteux a provoqué une grosse polémique dans le monde du cinéma iranien. Avant ce film, des dessins animés ou tridimensionnels ont déjà été faits, mettant en scène les épisodes de la Bible et du Coran, tel que Le Royaume de David, qui raconte l’histoire des royaumes antiques de Palestine. Mais la représentation des rois-prophètes dans la culture iranienne est beaucoup plus ancienne que ces projets cinématographiques.
    Aucun roi chez les Iraniens n’est plus (...)


  • Bastâm Bâyazidi

    Saeid Khânâbâdi N° 65, avril 2011

    A 7 km de Shâhroud, dans la province de Semnân, au sud du massif de l’Alborz, se trouve la petite ville de Bastâm, qui compte moins de 8000 habitants et borde l’ancienne Route de la soie. Elle se flatte et regrette à la fois sa splendeur d’hier. Même aujourd’hui, l’autoroute qui mène de Téhéran à cette région traverse les collines sèches, basses et rudes qui autrefois étaient parcourues par les caravanes à l’horizon blanc du Lac du sel. En nous retrouvant au milieu de ces collines rondes et ridées par le (...)


  • Ghâssem-Abâd
    Trésor de la culture guilaki

    Saeid Khânâbâdi N° 58, septembre 2010

    La région de Ghâssem-Abâd, zone rurale de la province du Guilân située à proximité de la frontière avec le Mâzandarân, peut être considérée comme l’un des creusets de la culture guilaki. Elle se divise en deux zones principales appelées "Haut Ghâssem-Abâd" et "Bas Ghâssem-Abâd" (situé à 90 km de Rasht) et qui rassemble une dizaine de petits villages et près de quatre mille foyers.

    Cette région a un patrimoine historique riche étant donné que des tombeaux anciens remontant jusqu’à l’époque ayant précédé la venue des tribus aryennes dans cette région y ont été découverts.


  • L’examen d’analyse stylistique

    Saeid Khânâbâdi N° 56, juillet 2010

    (Question numéro 1) Expliquez les caractéristiques de l’incipit réaliste de type balzacien dans le texte suivant.

    C’est en murmurant ces mots que je me prépare pour aller à l’Université. Nous avons aujourd’hui un examen d’analyse stylistique. Je dois me presser pour arriver à temps. C’est mon trajet quotidien, la tâche personnelle que j’accomplis comme un bon citoyen depuis quelques années, le rôle unique que la société moderne a confié à un étudiant de littérature ;


  • La merveille du désert

    Saeid Khânâbâdi N° 44, juillet 2009

    Blottie au bord du mystérieux désert de Lout, la petite ville de Râvar est peu connue, même par les Iraniens, malgré sa richesse culturelle et son héritage historique. Située à 140 km de Kermân, dans le sud-est de l’Iran, son histoire est en étroite relation avec celle de Kermân ou comme le disent les Grecs, « Karmania ». Elle est citée par Darius Ier comme l’une des sept satrapies importantes de l’Empire sous le nom de « Boutia » dans le célèbre bas-relief de Bissotoun. Toute cette région du Kermân fait (...)