N° 153, août 2018

Une bande dessinée pour la Bande de Gaza


Saeid Khânâbâdi


Aéroport international David-Ben-Gourion, Tel-Aviv

Le lundi 13 octobre 2014

“Juste avant le tamponnage, ils m’ont emmené dans une salle d’attente à part. Ça a duré un peu plus de quatre heures. La personne qui dépendait du ministère de l’Intérieur m’a dit qu’ils me refusaient l’accès. Ils m’ont dit : « On sait ce que vous écrivez sur notre pays. » [1]

« Ils ont fouillé mes affaires, mon téléphone portable, en me questionnant sur les noms arabes de mon répertoire, en me demandant pourquoi je portais la barbe. Ils se sont montrés très agressifs. Je savais dès les premières minutes qu’ils allaient m’expulser, mais je ne m’attendais pas à une interdiction de séjour de dix ans. Ils m’ont traité comme si j’étais un terroriste. » [2]

Invité pour un festival de bande dessinée en Palestine, le jeune dessinateur français Maximilien Le Roy, a été interrogé et expulsé par l’autorité israélienne dès son arrivée à l’aéroport de Tel-Aviv. Deux mois avant cet événement, le 28 avril 2014, Mouna Saboni, une photographe française de 26 ans, avait vécu la même expérience. Très mal traitée à cause de son origine marocaine, elle a passé 48 heures dans un centre de détention. Elle s’est également heurtée à une interdiction de séjour en Palestine occupée pour une durée de dix ans. Selon son témoignage, les autorités israéliennes l’ont accusée d’avoir un « profil de poseur de bombes ». [3]

Ce court texte a pour objectif de présenter l’œuvre de Maximilien Le Roy, en tant qu’exemple de ces nombreux jeunes artistes pacifistes français qui mènent une activité artistique ou journalistique pour dénoncer les crimes du régime sioniste contre le peuple palestinien.

La Bande dessinée : le 9e art

 

Le jeune scénariste et dessinateur de bande dessinée Maximilien Le Roy est né en 1985 à Paris. Il se préparait à étudier les Arts appliqués dans la région parisienne, mais il s’est finalement installé à Lyon où il crée des bandes dessinées politiques, biographiques, historiques et documentaires. [4] Il est l’auteur de quatre ouvrages à propos de la cause palestinienne : 

1- Gaza, un pavé dans la mer

Publié en février 2009

320 pages, Éditions La Boîte à Bulles

 

Gaza, un pavé dans la mer est un ouvrage collectif ; un recueil de dessins, photos, textes, interviews et témoignages. Ce livre reflète la prise de position des auteurs contre l’opération Plomb Durci de Tsahal à Gaza en décembre 2008 et janvier 2009. Aux côtés des Gazaouis, Maximilien Le Roy donne la parole à des personnalités israéliennes, telles que Michel Warschawski (Mikado), activiste israélien antisioniste et co-fondateur de The Alternative Information Center (AIC). La participation d’organisations telles que l’Union juive française pour la paix (UJFP) et l’Association France-Palestine Solidarité souligne encore davantage la neutralité et l’impartialité de cet ouvrage. Le Roy a reversé l’ensemble des bénéfices des droits d’auteur de cet ouvrage à une ONG locale, la Palestinian Center for Human Rights. [5]

2- Faire le Mur

Publié en avril 2010

96 pages, Éditions Casterman

 

Jdeder hafrada, grillage de séparation, clôture de sécurité ou mur anti-terroriste selon l’État sioniste, mur d’Apartheid ou mur de séparation raciale selon les Palestiniens. Une barrière multicouche en béton, très équipée et ultra-surveillée, de près de 700 km de longueur selon le projet initial, de 8 mètres de hauteur et de 40 mètres de largeur dans certaines zones, a été construite en Cisjordanie jusqu’à la frontière jordanienne. Maximilien Le Roy participe alors à un atelier de bande dessinée dans un centre culturel au camp de réfugiés d’Aïda en Cisjordanie près de Bethléem. C’est là qu’il rencontre Mahmoud Abu Srour, le personnage-clé du livre. Faire le Mur décrit le quotidien réel de ce jeune Palestinien et ses pensées à l’égard de ce Mur. Maya Mihindou est la conceptrice de l’aspect graphique de cet ouvrage. [6]

 

3- Les chemins de traverse

Publié en juin 2010

112 pages, Éditions la Boîte à Bulles

 

Les chemins de traverse sont composés de deux nouvelles non-fictives, racontant la vie du Palestinien Osama Abu Ayash et de l’Israélien Matan Cohen. Dans la rédaction de ce livre, Maximilien est accompagné par le dessinateur espagnol Soulman. Ce livre propose un modèle de tolérance entre les Palestiniens et les Israéliens. [7]

 

4- Palestine, dans quel État ?

Publié en mai 2013

96 pages, Éditions la Boîte à Bulles

 

Après le discours historique de Mahmoud Abbas à l’Assemblée générale de l’ONU, la question de la reconnaissance officielle de l’État palestinien est entrée dans une phase pragmatique. Bien que la demande déposée par les Palestiniens ait été refusée par le Conseil de Sécurité, plus de 130 pays ont reconnu l’Etat palestinien. Ce sujet est à l’origine de Palestine, dans quel État ?, qui traite des conditions actuelles dans lesquelles vivent les habitants de la Cisjordanie. Cet ouvrage se présente comme un carnet de route basé sur des témoignages individuels. Comme les autres livres de Maximilien, le recueil comprend notamment des réflexions de personnalités françaises et israéliennes. Le graphisme de l’ouvrage a été réalisé par Emmanuel Prost.

Des maisons d’édition petites mais indépendantes

 

Ces quatre ouvrages de Maximilien Le Roy ont tous été publiés par deux maisons d’édition relativement petites. La Boîte à Bulles, une très jeune maison d’édition française encourageant les nouveaux talents, et Casterman, une maison belge rachetée par Flammarion. Le Roy explique ce qui l’a en particulier poussé vers ces deux éditeurs : « Un gros éditeur ne prendrait sans doute jamais le risque d’un pareil ouvrage. » [8]

Il précise que chez ces éditeurs indépendants, sa rémunération n’est que de 1500 euros pour six mois de travail et que c’est grâce à ses dessins publicitaires qu’il gagne sa vie.

 

Le voyage comme genèse artistique chez Maximilien Le Roy

 

Dans cette phase, une question essentielle se pose : pour quelle raison l’Etat sioniste procède à l’expulsion de l’artiste pacifiste Maximilien Le Roy des territoires occupés ? Avant son expulsion, Maximilien Le Roy avait déjà fait quatre séjours en Palestine. C’est probablement parce que sa créativité dépend notamment de sa présence sur les lieux où s’ancrent ses histoires. Il résume ainsi sa méthode : « Étude du sujet dans mon coin, déplacement sur place pour faire du repérage et m’imprégner des lieux, puis réalisation. » [9]

Cette méthode de travail n’est pas réservée à la Palestine. Le Roy visite généralement les pays de ses histoires, notamment le Vietnam dont il a tiré Dans la Nuit la Liberté nous écoute. Le Rwanda, où il a commencé à développer l’idée de Mancha Chevalier Errant. En Suisse, dans les forêts de Sils-Maria, il a recherché les traces de Nietzsche et en Espagne, il a tiré de la guerre civile le matériau d’España la vida. L’interdiction de séjourner en Palestine affecte donc son militantisme culturel à l’égard du conflit au Proche-Orient.

À part ces livres indépendants sur la crise palestinienne, Maximilien Le Roy a pareillement dessiné une partie d’un hors-série de bande dessinée politique du Monde Diplomatique où il commémore la résistance juive du ghetto de Varsovie. Il s’agit du soulèvement des juifs polonais contre l’occupation nazie en 1943. Dans ce hors-série, il se focalise sur le rôle de Marek Edelman, un médecin juif polonais très actif dans la résistance. Etrangement, la résistance des juifs des ghettos contre le régime raciste nazi présente des analogies avec la résistance héroïque et civile des habitants de la Bande de Gaza contre l’armée sioniste.

    Notes

    [1Maximilien Le Roy, interviewé par Jelena Tomic, Rfi, 22/10/2014, www.rfi.fr/moyen-orient/20141022-maximilien-leroy

    [2Maximilien Le Roy, interviewé par Lucie SERVIN, Humanité, 28/10/2014

    [3Française expulsée d’Israël, Le Parisien, le 2 mai 2014, http://www.leparisien.fr/faits-divers/francaise-expulsee-d-israel

    [9Interview réalisée le 24 mai 2010, par Vincent Henry, La Boîte à Bulles, www.bdtheque.com


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