N° 153, août 2018

Mohammad Hossein Behdjat Tabrizi ou
le poète Shahriyâr


Rouhanguiz Najafi


Mohammad Hossein Behdjat Tabrizi, dont le nom de plume est Shahriyâr [1], est un poète iranien azéri, né en 1906 à Tabriz. Son père, Hadji Mir Esmâïl, connu sous le nom de Mir Aghâ Khoshkenâbay, de Sâdât [2] Khoshkenâb [3] (un village près de Ghareh Chamane), était un érudit et un soufi connu, notamment célèbre pour sa maîtrise de la calligraphie. Sa mère, Kokab Khânom, était une proche de Mir Agha Khoskenâbay.

Shahriyâr passa son enfance dans un milieu villageois chaleureux et paisible, près de la montagne enchantée "Heydarbâbâ" [4]. Il fit ses études primaires à l’école Motahedeh et Fiyousate à Tabriz, où il apprit entre autres à lire et écrire le persan, le turc et l’arabe.

Mohammad Hossein Behdjat Tabrizi (poète Shahriyâr)

En 1920, à l’âge de 14 ans, il se rendit à Téhéran pour étudier à l’école Dâr al-Fonoun, pour ensuite entrer à la faculté de médecine où il étudia pendant 5 ans. C’est durant cette période qu’il découvrit la poésie pour laquelle il brûla désormais d’un amour fervent. Sans mener à terme sa carrière de médecin, il commença à travailler comme fonctionnaire de mairie à Neyshâbour et à Mashhad

En 1936, il fut embauché à la Banque Keshâvarzi de Téhéran et épousa l’une de ses proches, Aziza Abdul Khaleqi, à Téhéran. Ils eurent trois enfants, deux filles nommées Shahrzâd et Maryam, et un fils, Hâdi.

Shahriyâr comptait parmi ses amis de grandes figures littéraires de l’époque : Abolqâsem Shâhyar, le professeur Abolhassan Sabâ, Habib Samâ’i, Nimâ, Sâyeh, Zâhedi, Malek ol-Sho’arâ Bahâr, Aref Qazvini, Amiri Firouzkoohi et Amirkhizi sont parmi ses connaissances.

Il se fit d’abord connaître sous le nom de Behdjat dans ses poèmes, mais après une consultation du Divân de Hâfez [5] pour le choix définitif d’un nom de plume, il tomba une première fois sur ce vers :

 

Que la roue du destin tourna au profit des rois

 

Et la seconde fois sur celui-ci :

 

Je retourne donc dans mon pays et serai le roi de ma vie

 

Il décida alors de changer son nom de plume en Shahriyâr [6].

Les tous premiers poèmes de Shahriyâr datent de son enfance et sont en azéri. Les suivants, en persan, datent de son adolescence et montrent déjà sa sensibilité poétique remarquable.

En 1931, il publia son premier recueil préfacé par Malek-ol-Sho’arâ Bahâr [7], Saïd Nafisi et Pejman Bakhtiâri. Ce recueil reçut un excellent accueil.

 

Revenant sur son œuvre en persan, Shahriyâr raconte : "Quand je lisais mes poèmes à ma mère, elle me disait : "Mon fils, écris tes propres poèmes dans ta langue maternelle, afin que ta mère les comprenne aussi !" Avec ce rappel de sa mère, Shahriyâr composa plus tard le magnifique Heydar Bâbâyâ Salâm. [8] en azéri.

Dans ce beau recueil, il évoque notamment ses souvenirs d’enfance et ses jeux dans le village de Khosheknâb :

 

La nuit où Grand-mère racontait l’histoire

Du loup, de Shengol et de la chèvre,

La neige soufflait en bourrasque,

Frappait à la porte, à la fenêtre.

J’aimerais pouvoir retourner en arrière

Et redevenir cet enfant

 

Heydarbâbâ est une œuvre populaire, non seulement dans les provinces iraniennes azéries, mais aussi en République d’Azerbaïdjan, en Turquie et dans le Caucase.

Shahriyâr fut un homme religieux et profondément attaché à sa culture et à sa famille. L’amour des Imâms se manifeste comme un thème prégnant de son œuvre. Il a également été un ardent défenseur de la Révolution islamique et selon ses propres mots, n’a pas cessé un moment le jihâd. [9]. Le thème qui donne sa douceur et sa beauté à toute son œuvre est l’amour.

Shahriyâr était également un très bon musicien et un virtuose du setâr [10] 

Mohammad Hossein Behdjat Tabrizi (poète Shahriyâr)

La sensibilité de Shahriyâr le rend extrêmement réceptif à l’humain. Ses poèmes sont un hymne à la vie des hommes. Poète plurilingue, il rend également hommage à la diversité des langues, des mots et des nations. Sa poésie porte la marque de ses tentatives pour lier les mots d’une langue à une autre.

Shahriyâr a composé en trois langues : persan, azéri et dans une moindre mesure, arabe. Son œuvre consiste surtout en des poèmes autobiographiques. Certains chercheurs estiment qu’il est possible de retracer sa vie le long de ses poèmes.

Le format principal de sa poésie est l’ode. [11]. La simplicité, le langage simple et l’usage délicat et pertinent des figures de style, qui donnent plusieurs niveaux de profondeur au sens de son œuvre sont entre autres des raisons de sa popularité. Il y a également la variété des thèmes qu’il aborde, historiques, culturels, religieux, sociaux, actuels. La nouveauté du thème, son traitement des motifs, l’imaginaire qui sous-tend son œuvre et même la forme de ses poèmes le distinguent parmi de nombreux poètes de son temps.

La plupart des poèmes de Shahriyâr sont écrits pour une occasion, et c’est la raison pour laquelle le poète ne refuse pas d’utiliser des mots, des expressions du jour et le langage courant persan. Cette actualité de son langage le distingue également d’autres poètes privilégiant des formes classiques. 

Hâfez demeure le plus grand maître de Shahriyâr. La poésie de ce dernier dénote une longue recherche et une étude approfondie de l’œuvre de ce poète classique persan. C’est d’ailleurs l’auteur le plus mentionné dans la poésie de Shahriyâr.

Shahriyâr s’éteignit le 18 septembre 1988, et selon son testament, il fut inhumé dans le Mausolée des poètes de Shahriyâr.

En Iran, le 18 septembre, anniversaire de son décès, a été choisi comme Journée nationale de la poésie et de la littérature persanes.

    Notes

    [1En français : roi, ou chef souverain.

    [2Sayyid est un titre donné aux musulmans descendant du Prophète. Le mot signifie littéralement « seigneur », « prince » ou « maître ».

    [3Khoshkenâb est un village situé dans le district rural d’Abbâs-e Sharqi, dans la province iranienne de l’Azerbaïdjân oriental.

    [4Heydar Bâbâ est le nom d’une montagne où le poète a passé une partie de son enfance. Il en tire le nom de son recueil.

    [5Hâfez, de son vrai nom Khâjeh Shams ad-Din Mohammad Hâfez-e Shirâzi, est un poète, philosophe et un mystique persan né à Shirâz au XVe siècle et mort à l’âge de 69 ans.

    [6Signifiant « roi » en persan.

    [7Mohammad-Taghi Bahâr est un homme de lettres iranien né à Mashhad le 7 novembre 1886 et mort à Téhéran le 21 avril 1951. Surnommé Malek ol-Sho’arâ (Roi des poètes), il a été l’une des importantes figures littéraires iraniennes de la première moitié du XXe siècle.

    [8Heydar Bâbâyâ Salam est le recueil poétique azéri le plus connu de Shahriyâr.

    [9Premièrement dans le sens de la discipline intérieure, deuxièmement d’une guerre défensive menée pour l’islam.

    [10Un instrument de musique iranienne à 3 ou 4 cordes, dont la sonorité rappelle le sitar.

    [11Poème lyrique destiné à être accompagné de musique.


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