N° 157, décembre 2018

La notion de Lumière interprétée dans
le Tabernacle des Lumières de
l’Imâm Mohammad Ghazâli


Saeid Khânâbâdi


Calligraphie arabe du verset coranique
"Dieu est la Lumière des cieux et de la terre..."

"Dieu est la Lumière des cieux et de la terre. Sa Lumière est semblable à un tabernacle où se trouve une lampe. La lampe est dans un verre. Le verre est comme un astre brillant. Elle est allumée grâce à un arbre béni, un olivier, ni d’orient ni d’occident, dont l’huile éclairerait, ou peu s’en faut, même si nul ne la touchait. Lumière sur Lumière. Dieu guide vers Sa lumière ceux qu’Il veut. Dieu propose des paraboles aux hommes et Dieu est de toute chose savant."

Depuis le temps de la révélation du Saint Coran au Prophète de l’islam, les penseurs et les exégètes musulmans s’intéressent à la signification difficilement accessible de ce 35ème verset de la sourate de la Lumière. Depuis Fârâbi, Avicenne et Sohrawardi jusqu’aux islamologues de l’époque contemporaine, la structure, le contenu et le symbolisme de ce verset, connu sous l’intitulé de verset de la Lumière, sont étudiés et commentés selon plusieurs méthodes.

L’Imâm Abou Hâmed Mohammad Ghazâli (1058-1111), grand maître iranien de la jurisprudence, de la théologie, de l’éthique, de la philosophie, de la logique et de la gnose a aussi rédigé un essai concis sur ce sujet, en vue de répondre à la question posée par l’un de ses disciples l’ayant sollicité pour une interprétation de ce verset coranique. Cet ouvrage écrit en arabe s’intitule Meshkat-ol-Anwâr, que l’on peut traduire en français par l’expression de "Tabernacle des Lumières". Les biographes de ce grand penseur chaféite né à Tous dans le Khorâssân à l’époque seldjoukide et les bibliographes spécialistes de ce professeur de l’école Nezâmiyeh de Bagdad, considèrent ce livre comme le dernier ouvrage écrit par l’Imâm Ghazâli. Il a été traduit en français par Roger Deladrière, alors professeur à l’université de Lyon et ayant dirigé diverses thèses consacrées à des ouvrages islamiques (par exemple : Le commentaire d’Ibn Abi-al-Hadid sur le Nahj-ol-Balâghah de l’Imâm Ali), mais aussi traducteur des grands maîtres de la pensée islamique comme Ibn Arabi, Aboubakr Beyhaghi, ou encore Junayd Baghdâdi. Cette version francophone de Meshkat-ol-Anwâr, qui sera notre source première dans cet article, publiée à Paris en 1981 par les Éditions du Seuil, commence par une introduction bien développée à propos de la vie et des œuvres de Ghazâli et se termine par des notes éclairant les détails de son texte. Le Tabernacle des Lumières se compose de trois chapitres. Dans le premier, l’auteur parle du terme de la Lumière (dans le sens matériel aussi bien que spirituel) en évoquant sa définition, ses acceptions, ses degrés et ses classifications. Le deuxième chapitre concerne la représentation symbolique des cinq termes-clés mentionnés dans le verset de la Lumière et les cinq niveaux de la compréhension humaine ou, comme dirait Deladrière : « Les cinq facultés humaines de nature lumineuse », se référant à l’ordre de la disposition hiérarchique des objets indiqués dans ce verset mystérieux. Dans le troisième chapitre, Ghazâli interprète un hadith du Prophète de l’islam concernant les voiles de lumière et de ténèbres, mais le sujet de ce chapitre ne s’insère pas dans la problématique de cet article qui se concentre sur la notion coranique de la Lumière dans le verset de la Lumière. Dans cet essai de près de 100 pages, le grand Ghazâli, en marge du sujet de la Lumière, aborde aussi de nombreux thèmes de la gnose, de l’exégèse et de la sagesse. Les sujets traités dans ce livre se répètent parfois dans les autres ouvrages de l’Imâm Ghazâli, comme l’atteste l’auteur lui-même dans certains passages du livre. Le présent article se focalise donc sur la définition du terme de la Lumière par Ghazâli dans Le Tabernacle des Lumières. Nous suivrons fidèlement la démarche suivie par ce savant renommé en vue d’expliquer la notion coranique de Lumière.

Dans le premier chapitre, Ghazâli détermine les acceptions du mot "lumière" chez les trois catégories du peuple : les gens ordinaires et communs, l’élite, et l’élite des élites. Pour les gens ordinaires, le mot Lumière s’entend, selon Ghazâli, dans le sens d’apparition (zohour). L’acception populaire du mot lumière est basée sur la faculté issue des cinq sens humains, surtout le sens de la vue. Ghazâli divise alors les objets de ce monde en trois catégories selon leur visibilité :

  1. Les objets dépourvus de lumière qui ne sont pas visibles, comme des objets obscurs.
  2. Les objets qui sont visibles mais ne peuvent pas rendre visibles ou illuminer d’autres objets, comme les étoiles lointaines.
  3. Les objets qui sont visibles et rendent visibles ou illuminent d’autres objets, comme le soleil.

À ce stade, Ghazâli affirme que c’est seulement aux objets de la troisième catégorie que l’on peut attribuer le titre de lumière. Ces objets ont la faculté de l’apparition (zohour) et celle de faire apparaître (ezhâr). Ghazâli précise que :

"La nature de la lumière et son intelligibilité consistent donc dans le fait d’être apparente pour la perception. Mais la perception est subordonnée à la fois à l’existence de la lumière et à celle de l’œil doué de la vue. La lumière est ce qui est apparent et qui fait apparaître. Cependant, pour les non-voyants, aucune lumière n’est apparente ni ne fait rien apparaître. L’organisme vivant doué de la vue est donc un élément aussi nécessaire à la perception que la lumière apparente. Il l’emporte même sur elle, puisque cet organisme vivant doué de la vue est ce qui perçoit et que la perception s’opère par lui, alors que la lumière ne perçoit pas et que la perception ne s’opère pas par elle mais, plus exactement, en sa présence. En conséquence, le nom de "Lumière" mériterait davantage d’être appliqué à ce qui voit plutôt qu’à ce qui est vu." (Ghazâli, p. 39)

Ghazâli nous rappelle que même dans la langue persane, le mot de lumière est mis en rapport avec le système oculaire. Par exemple, on utilise souvent l’expression de "lumière de la vision", ou on dit qu’un non-voyant ou en état de vieillesse perd "la lumière de son œil". Pourtant, Ghazâli ne limite pas la faculté de voir chez les êtres humains à leur système oculaire au sens matériel et physique. Il précise que l’homme est pourvu pareillement d’un autre organe intérieur lui permettant de voir et discerner les choses. Selon lui, cet œil intérieur peut être nommé l’Intellect. Dans la gnose iranienne et dans la littérature persanophone, ce moyen de connaissance est traduit par le terme d’œil du cœur.

En comparant les capacités de la vision physique avec celles de la vision métaphysique et spirituelle, Ghazâli énumère les sept limites de l’acception primitive de la vision humaine. Selon lui, la vision externe ou l’œil matériel de l’être humain souffre de ces sept défauts :

Portrait de l’Imâm Abou Hâmed Mohammad Ghazâli (1058-1111)
  1. Elle voit les autres mais ne se voit pas elle-même.
  2. Elle ne voit pas ce qui est trop éloigné d’elle.
  3. Elle ne voit pas ce qui se trouve derrière un voile.
  4. Elle voit l’extérieur des choses mais non leur intérieur.
  5. Elle voit certains êtres et non tous les êtres.
  6. Elle voit ce qui est limité et ne voit pas ce qui est illimité.
  7. Dans l’acte même de la perception visuelle elle se trompe souvent, croyant petit ce qui est grand, proche ce qui est éloigné, croyant en mouvement ce qui est immobile ou l’inverse. (Ghazâli, p. 40)

Puis, Ghazâli approuve par ses arguments que l’intellect ou la vision interne est plus efficace que la vision externe ; l’intellect s’échappant à ces sept défauts. Il résume : "L’œil externe appartient au monde sensible et visible, l’œil interne appartient à un autre monde, qui est celui du Royaume céleste (malakout). À chaque œil correspondent respectivement un soleil et une lumière par lesquels sa vision s’accomplit. Il y a un soleil extérieur et un soleil intérieur. Le soleil extérieur appartient au monde sensible et c’est le soleil sensible ; le soleil intérieur appartient au monde du Royaume céleste, il s’identifie au Coran et aux autres Livres divins révélés." (Ghazâli, p. 46)

Ghazâli considère le Coran comme un parfait équivalent pour la notion de la Lumière. Il soutient que les versets coraniques agissent pour l’intellect (l’œil interne) comme le soleil agit pour l’œil physique.

"Or, la plus magnifique des sagesses est la Parole de Dieu, en particulier le Coran. Les versets du Coran sont pour l’œil de l’intellect ce qu’est la lumière du soleil pour l’œil externe, puisque c’est par elle que s’actualise la vision. Le nom de lumière convient donc bien au Coran, comme il convient à celle du soleil." (Ghazâli, p. 45)

Ghazâli donne quelques exemples de versets coraniques où Dieu l’Éternel utilise le mot lumière pour évoquer le Saint Coran :

"Croyez donc en Dieu, en Son Envoyé, et en la Lumière que Nous avons fait descendre." (Sourate 64, verset 8)

"Une preuve vous est venue de votre Seigneur, et Nous avons fait descendre vers vous une Lumière éclatante." (Sourate 4, verset 174)

En plus du Coran, Ghazâli fait allusion aux autres livres sacrés, mais sans néanmoins s’y attarder. Mohammad Ali Amir-Moezzi, dans son Dictionnaire du Coran (sous l’entrée « Lumière et Ténèbres ») se prononce à ce sujet en ces termes :

« Dans un emploi métaphorique de "Guidance", la lumière se rattache le plus souvent à la thématique de la révélation et de la prophétie. Dans le verset 44 de la sourate 5, la Torah est décrite comme "Une guidance et une lumière", et il en va de même pour l’Évangile qui "vient confirmer la Torah" (sourate 5, verset 46). » (Amir-Moezzi, p. 499).

Après avoir fait référence à quelques autres versets coraniques, Amir-Moezzi continue :

"Des orientalistes ont établi des analogies avec des passages issus d’Écritures antérieures, notamment bibliques et évangéliques : de toute évidence, la symbolique spirituelle de la lumière est universelle." (Amir-Moezzi, p. 500).

Outre le texte coranique, l’Imâm Ghazâli prend également le statut de la prophétie comme un autre équivalent de la notion de la Lumière :

" Cette propriété appartient à l’esprit saint prophétique (al-Rouh al-Ghodsi al-Nawabi), par l’intermédiaire duquel se répandent sur les créatures les lumières des connaissances. Ainsi comprenons-nous ce que signifie le fait que Dieu ait appelé Mohammad "le flambeau qui illumine" (sirâj monir). Tous les prophètes sont des "flambeaux", les savants aussi, mais il y a entre les deux une différence incalculable." (Ghazâli, p. 48).

Ghazâli parle ensuite de l’ordre hiérarchique entre les sources de la lumière et les objets qui reflètent seulement la lumière des autres. Il confirme que dans cette hiérarchie, l’objet qui est plus proche de la source première de la Lumière est plus lumineux que les autres - comme par exemple un rayon du soleil qui se reflète sur un miroir et dont le reflet « tombe » ensuite sur un mur pour l’illuminer. Quant à l’honorable Prophète, Ghazâli précise :

"Si le nom de "Flambeau qui illumine" convient bien à ce qui procure la lumière de la vision, ce à quoi le flambeau lui-même l’emprunte mérite d’être désigné sous le nom de "feu" (nâr). Et les flambeaux terrestres empruntent originellement aux lumières supérieures. Ainsi l’esprit saint prophétique est tel que "son huile éclaterait même si nul feu ne le touchait", mais il devient "Lumière sur Lumière" quand le feu le touche." (Ghazâli, p. 48)

Ghazâli conclut donc que seule la source première de la lumière peut être nommée Lumière car les autres lumières dans ce monde, elles-mêmes, doivent leur aspect lumineux à une source supérieure :

"Le nom de Lumière revient de droit à la Lumière ultime et suprême, au-dessus de laquelle nulle autre lumière n’existe, et qui est la Source de celle qui descend sur les autres… Je n’hésite pas à dire que le terme de lumière appliqué à autre chose que la Lumière principale est pure métaphore (majâz). En effet, tout ce qui est autre qu’Elle, considéré dans son essence et en tant qu’essence, n’a pas de lumière en propre. Bien plus, sa nature lumineuse est empruntée à un autre, et elle ne subsiste pas par elle-même mais par un autre." (Ghazâli, pp. 50-51)

À ce niveau, Ghazâli met en parallèle les questions d’existence et d’essence au travers du terme de Lumière, et il affirme que l’objet dont la lumière dépend d’un autre n’a pas d’existence en lui-même. Selon Ghazâli, l’inexistence est une sorte d’obscurité et l’existence est une sorte de lumière. Les ténèbres sont les inexistences maximales.

"À partir de là, les sages gnostiques s’élèvent depuis le bas de l’existence métaphorique jusqu’à la cime de l’existence vraie. Ils ont alors parfait leur ascension spirituelle et ils ont vu par la contemplation de visu qu’il n’y a dans l’existence que Dieu, et que "Toute chose est périssable sauf Sa Face" (sourate 55, versets 27 et 28)... En effet, toute chose autre que Lui, considérée dans son essence et en tant que telle, est pur néant." (Ghazâli, p. 52)

Ainsi, Ghazâli explique-t-il la notion de l’unité dans le monde par cette relation de subordination entre les lumières des créatures et la Lumière Divine. En réalité, pour Ghazâli, la Lumière est Dieu et Dieu est la Lumière. Et la lumière est un moyen et une faveur d’existence pour des créatures bénéficiant de la grâce divine.

"Il est la Lumière, il n’y a pas d’autre lumière que Lui, Il est toutes les lumières, Il est la Lumière universelle." (Ghazâli, p. 55)

Couverture du Tabernacle des Lumières de l’Imâm Mohammad Ghazâli

En ce qui concerne la phrase "Dieu est la Lumière des cieux et de la terre", Ghazâli parle de deux niveaux de lumière remplissant l’Univers : les lumières sensibles et matérielles, visibles pour l’œil externe, qui sont issues de la lumière des étoiles, de la lune et du soleil dans les cieux, ainsi que des rayons lumineux qui se répandent sur la terre. Le deuxième niveau concerne les lumières immatérielles et non-physiques. Cette lumière, dans l’optique de Ghazâli, s’enracine dans les "substances angéliques" dans un monde supérieur au nôtre.

"L’Univers est tout entier rempli par les lumières extérieures et visibles d’une part et les lumières intérieures et intelligibles d’autre part. Les lumières du monde inférieur émanent les unes des autres comme celle communiquée par un flambeau, le flambeau étant en l’occurrence l’Esprit saint prophétique, et les esprits saints prophétiques sont déclarés par les esprits du monde supérieur comme le flambeau est allumé par le feu. Les lumières d’en haut s’alimentent à leur tour les unes aux autres, selon un ordre hiérarchique correspondant à leur rang. Enfin, toutes remontent à la Lumière des lumières, qui est leur origine et leur source première, c’est-à-dire Dieu. Toutes les autres lumières sont donc métaphoriques, la seule lumière véritable est la sienne. Le Tout est sa Lumière, ou plutôt Il est le Tout. Bien mieux, personne d’autre que Lui n’a pas d’ipséité." (Ghazâli, p. 56)

Quant aux cinq termes de tabernacle, verre, lampe, olivier et huile qui sont évoqués dans le verset de la Lumière, Ghazâli les met en rapport dans le deuxième chapitre de son ouvrage, avec les cinq esprits illuminateurs de l’être humain.

  1. La faculté sensible qui est le point commun entre l’homme et l’animal. Cette faculté se base sur les cinq sens matériels.

"La faculté sensible… Ses "lumières" [les cinq sens] sortent par certain nombre de trous, tels que les yeux, les oreilles et les narines. Le symbole qui lui correspond le mieux est le "tabernacle" ou la "niche". (Ghazâli, p. 80)

  1. La faculté imaginative qui reçoit des données captées par la première faculté et les archives afin de les rendre disponibles à la troisième faculté de la compréhension humaine. Cette faculté consiste en la capacité de l’être humain de fabriquer des images et de les conserver dans son esprit. Ghazâli dit que certains animaux possédant les cerveaux les plus développés sont aussi doués de cette faculté. Concernant l’être humain, les enfants et les nourrissons n’ont pas cette faculté dans son intégralité.

"La faculté imaginative. Nous lui trouvons trois particularités : premièrement, elle est faite de matière opaque. Parce que l’objet perçu par l’imagination a des dimensions, une forme, des directions et des limites… Deuxièmement, quand cette imagination opaque est purifiée, affinée, polie et rectifiée, elle devient alors conforme aux réalités intellectuelles. Troisièmement, au début on a besoin de l’imagination pour contrôler les connaissances intellectuelles… Ces trois propriétés ne se rencontrent que chez le "verre". À l’origine, en effet, c’est une substance opaque mais, purifiée et affinée, il ne masque pas la lumière de la lampe et la transmet telle qu’elle est, la protégeant de surcroît des coups de vent... Le verre est donc le principal symbole de l’imagination." (Ghazâli, p. 80)

  1. La faculté intellectuelle, réservée aux êtres humains, se charge d’analyser les données reçues et de les développer pour en tirer les sens intelligibles.

"La faculté intellectuelle. C’est par elle que s’opère la saisie des connaissances nobles et divines. Elle est symbolisée par la "Lampe"." (Ghazâli, p. 81)

  1. La faculté cogitative qui reçoit les connaissances brutes de la faculté intellectuelle pour en tirer les conclusions finales.

"La faculté cogitative. Sa propriété consiste à partir d’un tronc unique, qui va ensuite donner des branches… Le nombre des branches se multiplie selon les divisions intellectuelles, pour aboutir à des conclusions, qui sont les fruits portés par ces branches… Le symbole qui lui convient est bien "l’arbre"… La pulpe du fruit de "l’olivier" donne "l’huile", qui est la matière alimentant les "lampes". Et l’huile d’olive se caractérise par le fait que la lumière qu’elle donne a plus d’éclat et qu’elle dégage moins de fumée. Et si l’on qualifie de "béni" un arbre qui donne beaucoup de fruits, combien ce qui fructifie indéfiniment mérite davantage d’être nommé "Arbre béni" ! Et puisque les ramifications des réflexions intellectuelles échappent aux relations de direction, de proximité ou d’éloignent, il est tout à fait approprié de dire qu’il n’est "ni d’orient ni d’occident"." (Ghazâli, p. 81)

« Lumière sur lumière », calligraphie d’une partie du verset de la Lumière
  1. La faculté sainte prophétique réservée seulement aux prophètes et aux saints les plus éminents.

"La faculté sainte prophétique, attribuable aux saints. Une part de la faculté cogitative a besoin d’être instruite, éveillée et assistée de l’extérieur, pour poursuivre l’acquisition de diverses sortes de connaissances ; mais une autre part d’elle-même peut être tellement pure que l’on croirait qu’elle va s’éveiller elle-même sans secours extérieur. C’est cette faculté pure que l’on peut représenter par la phrase : "son huile éclairerait, ou peu s’en faut, même si nul feu ne la touchait." Il existe en effet des saints dont la lumière brille presque d’elle-même, au point où ils pourraient presque se dispenser de l’assistance des prophètes. Et parmi les prophètes, il y en eut qui auraient presque pu se passer du secours des anges. Ce symbole convient donc bien à cette faculté." (Ghazâli, p. 81)

Dans le verset étudié, les termes se positionnent en suivant un ordre hiérarchique bien classifié. Le verre est dans un tabernacle. La lampe est dans le verre. Ceci montre la hiérarchie entre les sources des lumières. C’est pour cette raison que le verset coranique emploie l’expression de "Lumière sur Lumière". L’homme en quête de la Vérité des vérités (Haghighat-ol-Haghâyegh) doit parcourir graduellement le chemin de la compréhension et de la connaissance en vue d’accéder à la source de la Lumière. Les grands maîtres de la gnose ont toujours insisté sur cette représentation symbolique de la Divinité Sublime en ayant recours à la notion de lumière. Les disciples de l’Imâm Khomeiny racontent que ce dernier avait l’habitude de réciter, à la fin de ses cours sur l’éthique, cette partie de la prière du mois de Sha’bân ;

 

"الهی هب لی کمال الانقطاع الیک و انر ابصار قلوبنا بضیاء نظرها الیک حتی تخرق ابصارالقلوب حجب النور فتصل الی معدن العظمه"

 

"Ô Mon Seigneur ! Accorde-moi la faveur de la rupture maximale à l’égard de ce monde d’ici-bas pour aller intégralement vers Toi. Et illumine les yeux de nos cœurs par la lumière de son regard vers Toi, de sorte que les yeux du cœur brisent les voiles de la lumière et accèdent à la source de la grandeur."

 

Sources :


- Ghazâli, Mohammad, Meshkat-ol-Anwâr (Le Tabernacle des Lumières), Traduction de l’arabe, introduction et notes par Roger Deladrière, Éditions du Seuil, Paris, 1981.


- Amir-Moezzi, Mohammad Ali, Le Dictionnaire du Coran, Éditions Bouquins-Robert Laffont, Paris, 2007.


- Jabre, Farid, Essai sur le lexique de Ghazâli, Publications de l’Université Libanaise, Beyrouth, 1970.


- www.ghazali.org, Site anglophone sur la vie et les ouvrages de l’Imâm Ghazâli


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