N° 157, décembre 2018

Jâleh Amouzegâr
spécialiste de la culture et des langues anciennes iraniennes


Khadidjeh Nâderi Beni


Jâleh Amouzegâr nait en 1939 à Khoy (province de l’Azerbaïdjan de l’ouest), dans une famille cultivée. Elle fait ses études primaires dans sa ville natale pour ensuite se rendre à Tabriz, où elle continue ses études en littérature persane. En 1959, elle quitte l’Azerbaïdjan pour Téhéran où elle commence une carrière d’enseignante du primaire, mais cette expérience ne dure que quatre années. En 1963, elle part en France pour suivre des études doctorales à l’Université de Paris-Sorbonne, aux côtés de quelques autres de ses compatriotes dont Ahmad Tafazzoli (1937-1977). Ce dernier est spécialiste de littérature ancienne persane et professeur à l’université de Téhéran ; il jouera un rôle important dans la vie intellectuelle de Jâleh Amouzegâr et sera son collaborateur dans la rédaction de plusieurs de ses ouvrages. Durant ses études doctorales à Paris, Amouzegâr étudie d’abondantes sources et inscriptions concernant la culture et les langues de la Perse antique, qu’elle se met à lire et déchiffrer. Sa thèse, dirigée par le professeur Jean de Menasce (1902-1973, orientaliste, théologien et professeur français), est consacrée à la littérature zoroastrienne. D’après Jâleh Amouzegâr, ce qui reste aujourd’hui de la littérature zoroastrienne se compose en particulier d’ouvrages persans compilés pour la plupart après l’arrivée de l’Islam en Iran, et qui sont consacrés à la tradition zoroastrienne. Sa thèse porte sur un livre important de la littérature zoroastrienne, Sad-dar Bundahichin. Signifiant littéralement « cent portes » ou « chapitres » (qhat-Dawr en sanscrit), Sad-dar Bundahichin est un livre persan sur le zoroastrisme. Il évoque les lignes directrices que les Zoroastriens suivaient dans leur culte. Le livre comporte 2200 termes spécifiques concernant les instructions, les rites, et les coutumes de cette religion ancienne – il constitue donc une source précieuse pour son étude.

Jâleh Amouzegâr

En 1968, après avoir obtenu son doctorat en culture et langues anciennes, Jâleh Amouzegâr retourne en Iran. Elle commence à travailler à la Fondation de la culture d’Iran (Bonyâd-e farhang-e Irân) dirigée alors par le professeur Nâtel Khânlari (1914-1990, chercheur, linguiste, auteur et professeur à l’Université de Téhéran), où collaborent bon nombre d’universitaires iraniens et étrangers comme Ahmad Tafazzoli, avec qui elle entame une longue et étroite collaboration. En 1970, Jâleh Amouzegâr devient titulaire de la chaire des langues anciennes à l’Université de Téhéran.

Denkard V constitue son premier travail de rédaction en Iran ; il s’agit d’un recueil de textes du zoroastrisme du Xe siècle. Le livre original, en sanscrit, a été compilé en 9 volumes, dont le cinquième est lu et traduit conjointement par Jâleh Amouzegar et Ahmad Tafazzoli. Le livre contient plus précisément des commentaires encyclopédiques sur la religion. La première édition de cet ouvrage fut publiée en 1984 aux éditions de l’Université de Paris-Sorbonne grâce à l’aide du professeur Philipe Gignoux, iranologue et chercheur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Parmi d’autres traductions faites en contribution avec M. Tafazzoli, on peut citer le nom de Shenâkht-e asâtir-e Irân (La connaissance des mythologies iraniennes) publié en 1984 chez Tcheshmeh à Téhéran. C’est une traduction faite de L’Empire des sassanides : le peuple, l’état, la cour (1907), livre d’Arthur Samuel Christensen, orientaliste danois et spécialiste des langues anciennes. Il y a aussi une autre traduction qui figure à l’époque parmi les œuvres les plus lues : Ostoureh-ye zendegi-e zartosht (La mythologie de la vie de Zoroastre) qui fut traduite en persan à partir d’un ouvrage anglais intitulé Persian mythology écrit par John Hinnells, professeur d’études orientales et africaines à l’Université de Londres. Cette traduction est publiée en 1991 aux éditions Tcheshmeh.

Ces deux grands chercheurs compilent également un certain nombre d’ouvrages au sujet des religions et langues de la Perse antique, qui remportent un important succès dans les milieux intellectuels iraniens. Ces ouvrages servent des sources reconnues dans les universités iraniennes et étrangères, dont celles du Japon et de la Chine. Parmi les titres les plus importants, citons Zabân-e pahlavi, adabiât va dastour-e ân (Littérature et grammaire de la langue pahlavie, première édition 1994, Nashr-e Moen). 2) Ardâvirâf nâmeh, harf nevissi va âvânegâri (Le livre d’Ardâviraf, phonétique et transcription, publié en 1990, sous la direction de l’Assemblée de l’Iranologie en France).

La mort en 1997 de son ami et collègue, le professeur Tafazzoli l’affecte considérablement, mais elle se remet peu à peu à ses recherches et achève un livre de recherche historique intitulé L’Histoire mythologique persane qu’elle fait publier en 1998 aux éditions Samt, juste un an après le premier anniversaire du décès d’Ahmad Tafazzoli.

Jâleh Amouzegâr est très attachée aux traditions anciennes iraniennes, ce qui transparaît dans l’ensemble de ses écrits et discours. Après avoir acquis la maîtrise des langues anciennes iraniennes, elle se met à lire et à déchiffrer de nombreux documents anciens en langues sanscrite et pahlavi qu’elle traduit vers le persan. Il n’est pas rare que cette chercheuse obstinée cherche et réfléchisse pendant plusieurs mois à la traduction d’un mot ou d’une expression.

Durant ces dernières années, Jâleh Amouzegâr a été associée au projet Encyclopedia Iranica de l’Université Columbia. Elle a également remporté plusieurs prix dont celui du Cyprès persan, et s’est vu remettre le titre de Chevalier de la légion d’honneur en France. Elle a aussi rédigé un grand nombre d’articles en langues anglaise, française et persane au sujet de la culture et des langues de la Perse antique, qui ont été publiés au cours des années dans des revues spécialisées iraniennes et étrangères.


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