N° 157, décembre 2018

L’inauguration de l’Université Farshchiân des arts islamiques et iraniens


Babak Ershadi


« La purification » (1989)

« La vie, surtout chez un artiste, ressemble à une coupe à remplir indéfiniment. Dès que l’artiste la croira pleine, il n’avancera plus. Plus il a soif et plus il est modeste, plus la coupe s’emplira par faveur divine sans déborder. » [1]

Le lundi 22 octobre 2018, l’Université Farshchiân des arts islamiques et iraniens a été officiellement inaugurée à Téhéran en présence du grand artiste peintre iranien Mahmoud Farshchiân.

Étaient présents à cette cérémonie le ministre des Sciences, de la Recherche et de la Technologie M. Mansour Gholâmi, le ministre de la Culture et de l’Orientation islamique M. Abbâs Sâlehi, l’ancien ministre des Affaires étrangères et actuel président du Conseil d’administration de l’Université Azâd islamique Ali Akbar Velayâti, ainsi que le président de l’Université Azâd islamique M. Mohammad-Mahdi Tehrânchi et un certain nombre d’artistes et de professeurs d’arts des universités iraniennes.

Lors de la cérémonie de l’inauguration de l’Université Farshchiân des arts islamiques et iraniens, le ministre de la Culture et de l’Orientation islamique Abbas Salehi a déclaré : « Le maître Farshchiân est une icône culturelle pour les Iraniens, tant par son grand art que par sa personnalité. »

Portrait de Mahmoud Farshchiân

L’Université Farshchiân des arts islamiques et iraniens commencera officiellement ses activités dès la prochaine rentrée en 2019. Elle est le premier établissement universitaire de l’Iran qui fondera ses activités sur un système d’apprentissage traditionnel. Sa structure scientifique s’inspirera donc essentiellement du système ancien de maître/apprenti.

Ainsi, dès la rentrée universitaire 2019-2020, l’Université Farshchiân admettra des étudiants dans ses trois facultés, celle de la peinture et des arts picturaux, de la calligraphie, et enfin celle consacrée à l’artisanat.

Lors d’une conférence de presse le 20 octobre dernier, le directeur de l’Université Farshchiân, M. Bahman Nâmvar-Motlaq, a fait état de l’inquiétude souvent exprimée par le maître Mahmoud Farshchiân concernant l’avenir des activités artistiques en Iran. « Après l’approbation du Haut Conseil de la révolution culturelle, l’Université Azâd islamique a été chargée de parrainer cette nouvelle université, et le maître Farshchiân a présenté plusieurs personnes, dont moi-même, en tant que membres du Conseil d’administration », a-t-il déclaré.

  1. Nâmvar-Motlaq souligne que l’Université Farshchiân des arts islamiques et iraniens ne se basera pas sur une activité quantitative ayant pour but de former un nombre considérable d’étudiants, mais se spécialisera dans la formation de maîtres et de professeurs. Et M. Nâmvar-Motlaq d’ajouter : « Le système éducatif sera original et innovant au sens où au lieu du système universitaire moderne, l’Université Farshchiân sera novatrice en ressuscitant la structure ancienne de maître/apprenti. L’essentiel est qu’elle ne rivalisera pas avec les autres universités et facultés d’art, mais les complètera. »
  2. Musée du maître Mahmoud Farshchiân au palais-musée de Saadâbâd (Téhéran)

D’après le directeur de l’Université Farshchiân, pendant plusieurs décennies, les établissements universitaires iraniens ont formé de nombreux artistes connus à l’échelle nationale ou internationale, tandis que cette nouvelle université a pour ambition de devenir en quelque sorte un « cercle de grands maîtres ». Le projet semble ambitieux : « Les diplômés de cette université profiteront des expériences de grands maîtres. Cependant, ils apprendront aussi à ne pas imiter, mais à innover pour présenter une image rajeunie de l’art islamique et iranien. »

Il a ajouté que l’Université Farshchiân sera basée à Téhéran, mais qu’elle pourrait développer aussi ses activités dans les provinces ainsi que dans d’autres pays, notamment les pays musulmans et voisins. Il a souligné : « Nous souhaitons former des maîtres qui seront dépositaires de l’art et du patrimoine esthétiques de notre pays. Autrement dit, cette université a aussi l’ambition de créer des théoriciens des arts islamiques ».

 

* * *

Le grand maître de la peinture iranienne Mahmoud Farshchiân est né à Ispahan le 24 janvier 1930. Son père, marchand de tapis, était un amateur d’art qui a transmis à son fils l’amour pour les arts. Le jeune Mahmoud s’est intéressé très tôt aux arts et a étudié pendant plusieurs années sous la tutelle de Haji Mirzâ-Aghâ Emâmi (1881-1955) et d’Issâ Bahâdori (1905-1986). Diplômé du lycée des beaux-arts d’Ispahan, Mahmoud Farshchiân part ensuite pour l’Europe où il étudie les œuvres des grands maîtres de la peinture occidentale. Cette expérience européenne enrichit ses connaissances de l’art iranien, et lui permet de développer son propre style artistique.

« L’après-midi de l’Ashourâ » (1976)

À son retour en Iran, il commence à travailler à l’Institut national des beaux-arts (qui deviendra plus tard le ministère de l’Art et de la Culture). Il est ensuite nommé directeur du département des Arts nationaux et professeur à la Faculté des beaux-arts de l’Université de Téhéran. Mahmoud Farshchiân est sans doute l’artiste iranien contemporain le plus connu au niveau international. Ses œuvres ont été exposées dans 57 expositions individuelles et 86 expositions collectives en Iran, en Europe, en Amérique et en Asie. De nombreuses œuvres de Farshchiân sont conservées dans plusieurs musées et grandes collections du monde entier. Il a reçu plus de dix prix décernés par divers instituts d’art et centres culturels en Iran et dans le monde. Il est titulaire d’un doctorat honorifique en peinture iranienne et en art islamique du Conseil national de la culture et des arts.

Mahmoud Farshchiân est le fondateur de sa propre école de peinture qui adhère à la forme classique de la peinture iranienne tout en utilisant de nouvelles techniques pour élargir le champ de son art. Il a insufflé une nouvelle vie à la peinture traditionnelle iranienne et l’a libérée des liens historiques qu’elle a entretenus pendant de longs siècles avec la poésie et la littérature, pour lui donner une indépendance et une autonomie que la peinture classique iranienne n’avait jamais connues auparavant. Ses œuvres puissantes et novatrices sont des toiles dynamiques et vibrantes, qui combinent de manière attrayante le traditionnel et le moderne, éléments constitutifs de son style unique.

Mahmoud Farshchiân a joué, pendant sa longue carrière d’artiste, un rôle décisif dans l’introduction de l’art iranien sur la scène artistique internationale. Il a été invité à parler et à exposer dans de nombreuses universités et instituts d’art dans le monde entier.
Près de 70 œuvres du maître Mahmoud Farshchiân sont exposées au Musée du Maître Farshchiân, fondé en 2001 par l’Organisation nationale du Patrimoine culturel. [2]

« Le cinquième jour de la création » (1973)

Notes

[1Entretien avec Mahmoud Farchtshiân Maître de la miniature persane, réalisé par Pourmazâheri, Afsâneh et Pourmazâheri, Farzâneh, in : La Revue de Téhéran, n° 22, septembre 2007, pp. 58-65. Accessible à : http://www.teheran.ir/spip.php?article156#gsc.tab=0

[2Ghâem-Maghâm, Susan, Le Musée de Farchtchiân, champ des couleurs dansantes, traduit par Pourmazâheri, Afsâneh et Pourmazâheri, Farzâneh, in : La Revue de Téhéran, n° 22, septembre 2007, pp. 30-33. Accessible à : http://www.teheran.ir/spip.php?article149#gsc.tab=0


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