N° 145, décembre 2017

Téhéran, de ses origines jusqu’à aujourd’hui


Marzieh Khazâyi


La capitale d’un pays est la ville la plus importante de ce pays d’un point de vue politique et administratif, ainsi que bien souvent, d’un point de vue économique. Autrement dit, “elle représente l’autorité, la légitimité et la souveraineté” [1] d’un pays. La ville de Téhéran, capitale de l’Iran est, avec ses 8 429 807 habitants [2] et ses 686 km2 de superficie [3], le plus grand centre commercial du pays et l’une des plus importantes capitales du plus grand continent du monde, l’Asie. Depuis qu’elle est la capitale, Téhéran est le cœur stratégique et politique du pays, et depuis quelques décennies, sa dimension historique et culturelle prend également de plus en plus d’importance.

Porte de Shemrân

Géographiquement, Téhéran est située sur les piémonts sud de l’Alborz central. Son climat est sec et chaud en été, froid au nord et tempéré au sud en hiver. Ces dernières décennies, la pollution atmosphérique rend difficile la vie de ses habitants et beaucoup estiment que les montagnes environnantes bloquent les vents qui pourraient contribuer à diminuer la pollution.

Vieux Téhéran

Étymologie et origines de Téhéran

Le mot Téhéran, selon une étymologie populaire, est composé de la combinaison de deux mots : “teh” qui signifie “sous” et “rân” qui se définit par colline [4]. “Tehrân” donc, renvoie, selon cette étymologie, à un endroit souterrain habité. Cela suggère en effet la vie des premiers habitants de cette place. Parce que les premiers Téhéranais, fuyant la guerre, construisaient leurs maisons à quelques mètres au-dessous de la surface. C’était une façon efficace de “repousser les ennemis” [5]. Certaines études archéologiques et de “rapports topographiques et climatiques” ont également montré que ces premiers habitants vivaient entre la montagne Tochâl au nord de Téhéran et Cheshmeh Ali, et près de l’ancienne Rey dans les époques préhistoriques [6]. Une autre découverte prouve que des groupements humains habitaient à Cheshmeh Ali et à Gheytarieh, il y a huit mille ans [7]. Néanmoins, les traces de la présence de ces très vieux Téhéranais ont été majoritairement détruites lors de l’urbanisation rapide de la ville dans la seconde moitié du XXe siècle.

Cheshmeh Ali près de l’ancienne Rey par Eugène Flandin

Parallèlement, pour certains spécialistes comme Ahmad Kasravi, historien et linguiste iranien, le terme “Téhéran” est le produit d’une dérivation du terme tir-ân. Ce dernier mot signifie “plaine, plain désertique”, ou bien un endroit chaud qui se situe près d’un endroit froid ou shemrân : Téhéran, évoque donc un Tahrân, “endroit chaud”, par opposition à Shemrân, “endroit froid” [8]. Quelle que la soit l’étymologie correcte de Téhéran, il est confirmé qu’elle commença à être habitée par des tribus aryennes à la fin du deuxième millénaire avant J.-C. [9]. Un premier groupe s’est ainsi installé à côté d’une rivière permanente, dénommée Cheshmeh Ali à l’ère islamique [10].

Place Sepah, la place principale du vieux Téhéran

Selon les spécialistes, à l’origine de la prospérité et du développement géographique de Téhéran, il y a “la situation géographique des montagnes et du désert, l’abondance des sources d’eau et de terres cultivables” [11]. Au XIVe siècle, selon Clavijo, ambassadeur du roi d’Espagne, la langue courante des habitants de Téhéran était la langue persane, et les habitants vivaient dans des demeures bâties de main d’homme [12]. C’est en particulier à partir de l’ère qâdjâre que Téhéran, devenue capitale, prend de l’importance face à Rey, son éminente voisine, qu’elle finit par avaler.

Complexe du Palais du Golestân, époque qâdjâre

Téhéran comme capitale

Après l’invasion des Moghols au XIIIe siècle et la destruction quasi totale de Rey, l’une des villes importantes de l’Iran du Xe au XVIIIe siècle, Téhéran commença à se transformer. A l’origine un petit village, il devint peu à peu un bourg prospère.

C’est à partir de l’ère safavide que l’on peut tracer le développement de Téhéran [13]. C’est le Safavide Shâh Tahmâsp Ier qui donne de l’importance à ce bourg en le choisissant comme quartier général de l’armée. De la sorte, Téhéran change de visage et se transforme progressivement en une ville militaire et politique [14]. Puis, la construction d’une grande mosquée et de facilités pour les civils attire de nouveaux habitants et l’aspect social du pays change également pour devenir de plus en plus populaire et urbain.

Ancienne photo de Darband, nord de Téhéran

Trois dynasties plus tard, Aghâ Mohammad Khân Qâdjâr prend le pouvoir et fonde la dynastie qâdjâre en 1794, après avoir éliminé le dernier représentant de la dynastie Zand, Lotf Ali Khân Zand. Un an plus tard, en 1795, il choisit Téhéran comme nouvelle capitale du royaume [15]. Comme Téhéran se situe au carrefour de la route nationale est-ouest qui s’étend au pied des montagnes de l’Elbourz et des voies qui conduisent aux “oasis de l’Iran central et aux bassins du Fars” [16], elle a une valeur stratégique, particulièrement à une période où la Russie menace le pays.

Téhéran prend encore plus d’essor sous le règne de Fath Ali Shâh Qâdjâr mais c’est pendant les cinquante ans du règne de Nâssereddin Shâh que la ville prospère le plus, en particulier grâce aux efforts du chancelier moderniste Amir Kabir. Ce chancelier est notamment le fondateur de l’académie Dar-ol-Fonoun en 1849. Cette première académie moderne fut fondée sur le modèle de l’Ecole Polytechnique et plusieurs disciplines y étaient enseignées selon les acquis des sciences et de la pédagogie modernes. C’est également en 1849 qu’Amir Kabir construit le premier hôpital public iranien moderne, baptisé le Marizkhâneh [17].

Pendant l’époque qâdjâre, la notion de capitale est liée à celle de relations internationales [18]. Elle se définit donc comme une porte ouverte vers l’étranger ou encore mieux, comme la porte de l’Occident. Téhéran était en 1907 un carrefour commercial vers la Russie, Istanbul et l’Europe [19].

Avec la prise du pouvoir par Rezâ Khân et l’apparition de la dynastie Pahlavi, Téhéran croît fortement [20]suite à l’établissement d’un Etat national moderne par Rezâ Shâh. Ce dernier, influencé par la modernité des pays occidentaux, souhaite non seulement une capitale moderne, mais aussi un pays moderne et prospère. Voilà pourquoi, il ordonne de nombreux projets dont la construction d’usines, de gares et des aéroports de Dooshân Tappeh et de Ghaleh Morghi et de l’Université de Téhéran. Cette époque est alors considérée comme celle de la modernisation de Téhéran.

L’avenue Vali-e Asr est la plus longue avenue de Téhéran

En cent ans, cette ville a connu d’intenses changements, dont le plus remarquable est peut-être son évolution démographique et “cette dimension démographique nouvelle ne fait que donner plus de poids à la fonction essentielle de cette ville comme pont de la modernité” [21].

Selon certains sociologues, la Révolution islamique a provoqué la désacralisation de Téhéran. Ainsi, la crise de cette ville aurait été déclenchée “par la disparition du sommet de la pyramide sociale” ou par l’impossibilité de se développer sur “l’axe vertical de la promotion sociale” [22]. L’absence d’une politique d’équipements collectifs, particulièrement de transports, ainsi que d’une programmation urbaine sur le long terme, aurait fait perdre à Téhéran “son identité et sa dynamique de promotion sociale” [23].

Vue aérienne de Téhéran et Totchâl.

Bibliographie :
- Kasravi, Ahmad, (1973), Kârvand-e Kasravi, Franklin, Téhéran.
- Hourcade, Bernard, (1991), “Téhéran 1978-1989 : la crise dans l’Etat, la capitale et la ville “, in : Espaces et Sociétés, n ’b0 65, semestriel, n ’b0 2/1991.
- Moghtader, Reza, (1992), “ Téhéran dans ses murailles (1553–1930)”, in : Adle, Charyar– Hourcade, Bernard, eds., Téhéran capitale bicentenaire, Téhéran – Paris, Institut Français de Recherche en Iran (Bibliothèque iranienne 37).

Notes

[2Selon les dernières statistiques, le nombre total d’habitants à Téhéran, en comptant les faubourgs, est d’environ 12 000 000 et le chiffre cité plus haut correspond au nombre de personnes habitant la ville de Téhéran.

[3https://www.annuaire-mairie.fr/ville-teheran.html, page consultée le 14 novembre 2017.

[4http://faceiran.fr/teheran-la-capitale-iran/ , page consultée le 15 novembre 2017.

[5Ibid.

[6Ibid.

[7Ibid.

[8Kasravi, Ahmad, (1973), Kârvand-e Kasravi, Franklin, Téhéran, p. 280-283.

[9http://faceiran.fr/teheran-la-capitale-iran/ , page consultée le 15 novembre 2017.

[10Ibid.

[11Ibid.

[12Ibid.

[13Ibid.

[14Ibid.

[15Moghtader, Rezâ, (1992), “Téhéran dans ses murailles (1553–1930) “, in : Adle, Charyar – Hourcade, Bernard, éd., Téhéran capitale bicentenaire, Téhéran – Paris, Institut Français de Recherche en Iran (Bibliothèque iranienne 37), pp. 39–49.

[16Ibid.

[17http://faceiran.fr/teheran-la-capitale-iran/ , page consultée le 15 novembre 2017.

[18Hourcade, Bernard, “Téhéran 1978-1989 : la crise dans l’Etat, la capitale et la ville”, in : Espaces et Sociétés, n ’b065, semestriel, n ’b0 2/1991, p. 26

[19Ibid.

[20Ibid.

[21Ibid., p. 27.

[22Ibid.

[23Ibid., p. 31.


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