N° 149, avril 2018

Langue et écriture de l’époque achéménide


Khadidjeh Nâderi Beni


De nos jours, la connaissance de la dynastie
achéménide et des peuples qu’elle gouvernait repose en majeure partie sur les inscriptions découvertes
dans les différentes régions iraniennes.

D’après les iranologues, on peut distinguer trois phases dans l’histoire de l’évolution de la langue persane : le vieux perse (fârsi-e bâstân), le moyen persan (fârsi-e miâneh) et le nouveau persan (fârsi-e djadid). En tant qu’ancêtre du pahlavi et du nouveau persan, le vieux perse figure surtout dans les inscriptions des anciens rois perses de la dynastie achéménide, y compris celles de Behistun (à Kermânshâh) et de Persépolis (à Shirâz). Ces épigraphes ont une grande importance à la fois historique et linguistique. Mais dénuées de caractère littéraire, elles comportent les titres royaux, les récits de conquêtes et l’inventaire des pays du royaume perse. L’histoire des inscriptions de Behistun remonte à l’époque de Darius Ier (486-465 av. J.-C.).

Les historiens considèrent que pendant la dynastie achéménide (VIe siècle av. J.-C.), la Perse antique était essentiellement une société orale. Selon les mythes antiques des Iraniens, on avait une certaine méfiance envers la parole écrite, et l’écriture n’était pas considérée comme un don des dieux mais des démons. De ce fait, pendant longtemps, l’écriture reste limitée aux rois et aux forces dominantes ou aux prêtres. L’écriture de cette époque est utilisée à des fins administratives et économiques et la littérature écrite est peu développée. Il faut souligner que le premier texte écrit dans une langue iranienne apparaît être l’inscription de Darius Ier écrit en vieux perse.

A l’époque des Achéménides, c’est avec l’écriture cunéiforme que l’on écrivait le vieux perse. Toutefois, l’écriture araméenne était également utilisée, surtout pour les besoins de chancellerie. L’écriture cunéiforme du vieux perse a été déchiffrée au XIXe siècle. Selon les linguistes, elle compte 37 signes dont un pour marquer la séparation entre les mots. Elle s’écrit de gauche à droite. En tant que langue courante de l’époque achéménide, le vieux perse comprend 27 phonèmes. Dans l’ensemble, le système vocalique/consonantique du vieux perse comprend trois voyelles, deux nasales, deux semi-voyelles, une vibrante et une série de consonnes fricatives et occlusives. Quant au système grammatical, il faut préciser que le vieux perse est une langue à flexion, avec une déclinaison pour les noms et une conjugaison pour les verbes.

Charte de fondation du palais de Darius Ier à Suse, Musée du Louvre.

L’empire achéménide était une immense mosaïque de langues et de cultures dont témoignent les inscriptions. Parmi les trente-trois monarques de la dynastie, neuf seulement ont des inscriptions à leur sujet. L’ensemble d’entre elles est écrit en cunéiforme et en trois langues principales. On retrouve aussi l’araméen en tant que langue administrative et de correspondance politique. En outre, certaines inscriptions sont en langues égyptienne et grecque. La langue dominante de toutes ces inscriptions est le vieux perse, qui fait partie du groupe indo-iranien de la famille indo-européenne. Les tablettes inscrites en vieux perse enterrées sous les portes de l’Apadana (à Shirâz) sont parmi les premiers textes rédigés par Darius Ier lors de son arrivée au pouvoir. Il s’agit de la charte de fondation du palais de Suse. Les formes perse et non perse mêlées dans certains mots, témoignent de la coexistence des dialectes iraniens à l’époque achéménide. La langue des inscriptions, le vieux perse, n’est donc pas une langue pure : elle contient beaucoup de vocabulaires empruntés aux langues voisines. Avec le temps, le vieux perse a subi de grandes modifications linguistiques du fait de sa proximité avec la population élamite.

Selon les spécialistes, le vieux perse était la langue commune et orale, alors que l’avestique était réservé pour les cérémonies zoroastriennes. Dans le sud-ouest du royaume persan, le vieux perse est attesté par les inscriptions cunéiformes de la dynastie achéménide. Le vieux perse fut parlé jusqu’au IIIe siècle av. J.-C. Les premières tentatives de déchiffrement du cunéiforme datent de 1786, quand des tablettes en cunéiforme sont emportées en Europe. Les études concernant cette écriture montrent qu’elle a servi à noter une dizaine de langues différentes. De ce fait, les spécialistes précisent que les inscriptions trilingues de Persépolis ont été rédigées dans une même écriture.

Le vieux perse possède une écriture qui lui est propre, de nature cunéiforme. Cette écriture, inventée par les Iraniens, se retrouve dans les inscriptions. Néanmoins, le vieux perse cunéiforme n’a eu qu’un usage limité dans le temps. Le babylonien et l’élamite étaient rédigés avec deux formes différentes de la même écriture cunéiforme retrouvée par les archéologues sur les tablettes et les monuments de Babylone et d’Assyrie.

Tablette cruciforme trouvée à Persépolis

Il existe plusieurs types d’écritures cunéiformes. La plus ancienne utilisée dans le sud de la Mésopotamie remonte à 3000 ans av. J.-C. et se présente comme un alphabet élémentaire. Cette écriture était utilisée par les Babyloniens et les Assyriens, ainsi que par les Elamites qui habitaient au sud de l’Iran actuel. Développée par les Achéménides, l’écriture cunéiforme de cette époque est tout à fait différente. Mise à la mode sous le règne de Darius Ier, elle est exclusivement utilisée dans les inscriptions des rois achéménides. Les linguistes considèrent que les inscriptions du vieux perse jouissaient d’un mode d’écriture nouveau et relativement simple.

L’élamite est la deuxième langue officielle des inscriptions achéménides. Du point de vue linguistique, elle n’appartient ni à la famille indo-européenne ni à la famille sémitique : c’est une langue isolée. Contrairement au vieux perse, l’élamite n’est jamais limité aux inscriptions royales. A Suse, cette langue servait à rédiger des œuvres scientifiques et des dossiers administratifs. Deux textes administratifs élamites attribués à Darius Ier ont été retrouvés à Persépolis.

La troisième langue principale des inscriptions est le babylonien, langue sémitique liée à l’hébreu et à l’arabe. A l’époque achéménide, l’usage du babylonien est plus au moins limité à la Mésopotamie. Les écrivains babyloniens utilisaient un dialecte littéraire pour les textes poétiques, religieux philosophiques et scientifiques. A l’époque, l’utilisation du babylonien dans les inscriptions était un signe de prestige. Selon les historiens, l’empire mésopotamien de Babylone était une civilisation développée, et la première à avoir possédé de grandes bibliothèques. En tant que successeurs des Babyloniens, les Achéménides tentent de transmettre ce patrimoine, mais les historiens considèrent que la version babylonienne des inscriptions achéménides ne correspond pas tout à fait à la langue royale mésopotamienne.

Inscription de la dynastie achéménide, Behistun
(à Kermânshâh)

Certaines inscriptions sont également accompagnées d’une version égyptienne. C’est le cas pour les inscriptions quadrilingues découvertes à Suse, à Persépolis et à Babylone, la plus importante étant la statue monumentale de Darius Ier, dressée au pied de la porte de Suse.

Première langue de communication officielle entre les provinces achéménides, l’araméen est pourtant absent des inscriptions de cette époque. Langue sémitique, elle est parlée dans le nord de la Syrie et joue le rôle de lingua franca dans les empires assyrien et babylonien, ainsi que sous les Achéménides. En outre, la correspondance du roi destinée aux provinces était directement traduite en araméen par les scribes. Après la chute de l’empire achéménide, cette langue cède sa place aux langues iraniennes comme le moyen perse.


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