N° 124, mars 2016

Zahra Nemati sera l’archère vedette
des Jeux Olympiques et Paralympiques
de Rio 2016


Babak Ershadi


Née le 30 avril 1985 à Kermân, Zahra Nemati était ceinture noire de taekwondo avant d’être blessée à la moelle épinière lors d’un tragique accident de la route en 2004. Deux ans après l’accident, Zahra, alors étudiante, a découvert le tir à l’arc. « Après mon accident en 2004, j’ai dû faire mes adieux au taekwondo. Pendant deux ans, j’ai suivi des traitements médicaux, mais je me suis finalement résignée à accepter mon infirmité. J’ai voulu combler le vide avec d’autres activités dont la calligraphie, la peinture ou la musique. Mais ces activités ne me rendaient pas heureuse, jusqu’à ce que je décide de reprendre le sport » [1], a témoigné plus tard Zahra Nemati.

Elle a rapidement prouvé à tout le monde que son handicap n’était pas une barrière : six mois à peine après avoir repris la pratique de ce sport, elle a participé aux championnats d’Iran aux côtés des archères valides et a terminé à la troisième place. Elle a alors été invitée à rejoindre l’équipe nationale, et a depuis remporté une médaille lors de chaque championnat auquel elle a participé.

Pendant deux ans, Zahra Nemati a tiré dans la catégorie des archers valides, et elle a remporté plusieurs médailles (individuellement et par équipe) aux Grands Prix d’Asie. Pour sa première apparition dans une épreuve de tir à l’arc handisport, au tournoi du classement mondial de Nove Mesto (République tchèque) en 2010, elle a battu un record du monde et remporté plusieurs médailles lors des épreuves individuelles et par équipe. Aux Championnats du Monde Handisport de Turin (Italie) en 2011, elle a battu des records du monde sur quatre distances, et récolté trois médailles : l’argent en individuel dans la catégorie W1/W2, le bronze par équipe open, et l’or en double mixte open. Aux Jeux Paralympiques de Londres en 2012, l’Iranienne a établi un record paralympique en route vers la médaille d’or individuelle, et elle a aussi décroché le bronze dans l’épreuve par équipe.

Photos : Zahra Nemati

Ses succès, sa détermination et son courage ont fait d’elle un modèle pour la société iranienne, et ont aidé à changer la perception des handicapés. Le nombre de personnes pratiquant le tir à l’arc handisport en Iran a également augmenté grâce à ses exploits sportifs. En 2013, la championne paralympique iranienne Zahra Nemati a reçu le prix “Spirit of Sport” à Saint-Pétersbourg, en Russie. En remportant l’or aux Jeux Paralympiques 2012, Zahra Nemati est entrée dans l’histoire en devenant la première Iranienne à remporter une médaille d’or lors de Jeux Olympiques ou Paralympiques. Ses succès ont largement contribué à briser les préjugés touchant les personnes handicapées, et ont également incité de nombreuses femmes à pratiquer un sport.

Ces mérites ont valu à Zahra Nemati de recevoir le prix individuel « Spirit of Sport » à Saint-Pétersbourg lors de la Convention de SportAccord. Ce prix prestigieux a été créé en 2002 par le Conseil de SportAccord pour saluer l’engagement et l’esprit humanitaires des membres de SportAccord ayant apporté une contribution exceptionnelle et durable à la société au moyen du sport.

« Je suis très heureuse, en tant que femme iranienne, de représenter les athlètes paralympiques du monde entier à travers ce prix. J’espère être une digne représentante du mouvement paralympique dans son ensemble » [2], avait affirmé Zahra Nemati au cours des cérémonies de SportAccord à Saint-Pétersbourg en 2013.

En novembre 2015, l’archère Zahra Nemati a offert à l’Iran une place qualificative tant lors des Jeux Olympiques que Paralympiques de Rio 2016. Que ce soit en compétition open ou para archerie, Zahra Nemati a cimenté son statut de meilleure archère iranienne en arc classique en offrant à la nation une place de quota pour les Jeux Paralympiques 2016 à Rio à l’occasion du tournoi continental de qualification à Bangkok (Thaïlande) au mois de novembre 2015.

42e du classement mondial chez les valides et 15e de celui de para archerie, Zahra Nemati a en vue de représenter l’Iran deux fois à Rio de Janeiro en 2016. « Je vais faire tout mon possible pour gagner cet honneur de participer aux Jeux Olympiques et Paralympiques simultanément, et je dédie la médaille d’or de Bangkok à ma famille » [3], a-t-elle déclaré aux journalistes. La dernière archère à avoir participé aux deux éditions des Jeux la même année fut l’Italienne Paola Fantato à Atlanta en 1996.

A l’issue d’une écrasante victoire lors de laquelle elle a accumulé 84 % des votes du public, Zahra Nemati a été nommée meilleure athlète du mois (Meilleur athlète Allianz) du Comité international paralympique pour le mois de novembre 2015. La championne paralympique de Londres 2012 a été nominée pour ce prix après avoir remporté un quota olympique à la fois pour les Jeux Olympiques et pour les Paralympiques de Rio 2016 lors des Championnats d’Asie en novembre. Elle a également reçu le titre de championne d’Asie en classique femmes open.

Le mari de Zahra, Rahâm Shahâbi-Pour, est membre de l’équipe d’Iran de tir à l’arc pour handicapés. Le couple a célébré leur mariage en 2012 à Londres au village olympique, après la médaille d’or de la jeune mariée.

***

Médailles

Lors de la conférence pour la Convention relative aux droits des personnes handicapées qui a eu lieu au siège des Nations unies à New York en 2015, une table ronde consacrée à la pratique du sport par les personnes handicapées a été organisée. Deux athlètes ont été invités à ce panel pour partager leurs expériences avec les participants : l’archère iranienne Zahra Nemati et le nageur italien Salvatore Cimmino. Nous reproduisons ici un extrait de l’intervention de Zahra Nemati au cours de cette table ronde :

« Après mon handicap, trois éléments m’ont appris que le désespoir n’a aucune place dans la vie : ma religion, la culture de mon pays et le soutien de ma famille. Le sport m’a aidée à me distinguer non pas par mon handicap, mais par mes capacités. Nous nous sommes réunis ici pour étudier les moyens permettant la réalisation des droits des personnes handicapées, conformément à la Convention des droits de l’Homme de l’ONU, dans un monde où il faut respecter les capacités de tous les individus et leurs droits à la vie sociale loin de toute discrimination.

J’ai la conviction que le sport, qu’il soit amateur ou professionnel, est un instrument efficace pour la réinsertion des personnes handicapées dans la vie sociale. Le sport soutient doublement la personne handicapée : d’abord en changeant le regard que l’on porte sur elle en raison de son handicap, ensuite en changeant son propre regard sur elle-même et ses conditions. Le sport peut donc avoir à la fois des effets intérieurs et extérieurs sur la vie d’une personne handicapée. Il réduit son isolement et la réintroduit dans la vie sociale. Le sport met la personne handicapée dans un état de se protéger et même de protéger les autres.

Les enfants handicapés doivent avoir la chance de se familiariser avec les activités sportives dès qu’ils sont en âge d’aller à l’école. Le système éducatif de tous les pays doit envisager de fournir les infrastructures nécessaires pour que les enfants handicapés puissent prendre part à des activités sportives. Le sport est capable de rapprocher les enfants valides et invalides en leur permettant de s’adonner aux mêmes jeux et loisirs. Une telle ambiance positive aura, sans aucun doute, un effet important dans la vie d’une personne handicapée qui deviendra capable de développer ses capacités et talents.

Zahra Nemati portera le drapeau d’Iran aux
Jeux Olympiques de Rio

J’ai aussi la conviction que les activités sportives sont également au service de la confiance en soi, de l’autonomie et de la réhabilitation des femmes et filles handicapées. Les femmes et les filles handicapées font malheureusement l’objet d’une double discrimination tant de par leur sexe que de par leur handicap. Le nombre des filles et des femmes qui ont la possibilité de participer à des activités sportives est malheureusement très inférieur à celui des hommes et des garçons. Malheureusement, dans certains points de la planète, les femmes sont encore privées de vie sociale et leur présence dans la société se heurte à de sérieux obstacles. Nous nous opposons à ces croyances discriminatoires. En Iran, chaque année, des événements sportifs sont organisés pour célébrer les Jeux Paralympiques. Depuis quelques années, près de 30 000 personnes handicapées, dont la moitié de femmes, prennent part à ces compétitions et événements sportifs. Dans mon pays, l’un des objectifs de ces manifestations sportives est d’attirer l’attention des pouvoirs publics, des acteurs sociaux et de l’opinion publique sur les défis et les obstacles qui peuvent exister dans divers domaines comme l’accès aux espaces publics, l’amélioration des infrastructures sportives, l’adaptation des moyens de transport urbain, etc. (…)

Je propose aussi qu’une plus grande attention soit accordée à la question de l’emploi des personnes handicapées, hommes et femmes, pour que l’invalidité ne soit plus synonyme de pauvreté et de misère dans le monde. Nous nous sommes réunis ici pour faire disparaître ces obstacles et pour faire de ce monde un endroit propice à la compréhension réciproque, à la sûreté et au bien-être de toutes les personnes handicapées. » [4]

Récemment, Zahra Nemati a annoncé sa décision de fonder une organisation non-gouvernementale pour soutenir la réhabilitation des personnes handicapées par le sport. Son ambition est de pouvoir développer les activités de cette association dans l’ensemble du pays. Elle espère pouvoir obtenir le soutien des clubs, des sportifs professionnels, des fédérations sportives et des associations et institutions responsables des affaires des personnes handicapées pour aider les personnes invalides à développer leur vie sociale via le sport.

« J’ai eu l’idée de la création de cette association après mon voyage en 2015 à New York à l’invitation de l’ONU. C’était pour moi l’occasion d’apprendre que partout dans le monde, de nombreuses associations et organisations non-gouvernementales spécialisées sont actives dans le domaine du sport pour les handicapés. Le sport m’a appris ainsi qu’à beaucoup d’autres que le handicap n’est pas la fin de la vie normale. » [5], a confié Zahra Nemati à la presse.

Le producteur de cinéma Manoutchehr Fazli a annoncé en janvier 2016 qu’il avait l’intention de réaliser un documentaire consacré à la vie de Zahra Nemati.


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