N° 155, octobre 2018

Entretien avec
Kourosh Beigpour, graphiste et typographe


Samirâ Fâzel


Kourosh Beigpour

Né le 11 février 1980 à Kermânshâh, à l’ouest de l’Iran, Kourosh Beigpour est graphiste, affichiste, designer, musicien, auteur et poète iranien. Il est considéré comme une figure importante de la nouvelle génération de graphistes iraniens. Dès son enfance, il montre un intérêt marqué pour l’art et se découvre une passion pour le graphisme. Il décide donc de poursuivre ses études supérieures dans ce domaine. Une fois diplômé en sciences humaines, Beigpour approfondit son expérience dans le domaine du graphisme. Il obtient une licence en design textile à l’Université de Téhéran et son Master en arts contemporains à l’Université de Limkokwing en Malaisie, où il a travaillé sur la conception de polices persano-arabes et généré de nouvelles polices à partir de manuscrits. Il a aussi publié de nombreux articles sur le graphisme et la typographie. Beigpour a réalisé de nombreuses couvertures de livres pour plusieurs maisons d’édition. Il a aussi créé trois types de caractères typographiques pour la société Google dont Mirza, Katibeh et Jamohuria. Il a collaboré pendant trois ans avec H&S Media, et organisé plusieurs expositions dans différents pays. Il habite actuellement aux Etats-Unis, à Los Angeles.

Selon lui, la structure des lettres persanes est inséparable de leur identité. Il travaille actuellement sur une série de polices intitulées Faction dans lesquelles il n’y a pas de cercle ou de counter part comme la lettre h en persan ou arabe.(IÀ)

Mais le plus impressionnant encore est la texture, une sorte de témoignage de son expérience en design textile. Dans la création de la police « Jamohuria », il mêle l’historicisme au jeu. Il démontre également une solide compréhension de la tradition calligraphique, sur fond d’expérimentation ; un respect de l’authenticité culturelle, avec le désir de mélanger les cultures, comme on peut le voir dans son affiche pour Fared Shafinury au Joe’s Pub (2016). D’où l’expression de sa connaissance du design textile : il utilise le canevas dans tous les sens, hauteur largeur, profondeur, etc. Ses couvertures pour Nâmomken exploitent les formes des lettres irano-arabes comme un canevas destiné à esthétiser le message.

Photos : œuvres de Kourosh Beigpour

 

Beigpour est également un technicien compétent, capable de créer des types chromatiques superposés et des ligatures complexes. Il collabore aussi couramment avec d’autres artistes pour créer des œuvres qui requièrent un talent en dehors de sa spécialité au sens strict, comme faire équipe avec David Jonathan Ross pour créer un manuscrit en arabe pour Manicotti. Beigpour est également désireux de comprendre et de confronter les différences entre l’esthétique perse et arabe, un défi qui n’est parfois pas dénué de dimension politique.

Nous l’avons rencontré pour lui demander de nous préciser la nature de son œuvre et de son travail de graphiste.

 

Où trouvez-vous votre inspiration ?

Je suis principalement inspiré par la calligraphie persane. J’aime faire le lien entre les anciens et nouveaux styles de calligraphie traditionnelle et de typographie contemporaine, et les mélanger de différentes façons.

Chaque fois que j’ai un sujet à traiter, je trouve mon inspiration principale dans l’idée personnelle que je me fais du sujet. Si j’ai assez de connaissances sur lui, je vais y aller en me basant sur mes propres sentiments et sinon, je vais essayer d’obtenir des informations et les compléter par mes propres recherches.

L’affiche Sadeq Chubak fait partie de la première catégorie. Elle a été réalisée en 2013 pour le média H&S basé au Royaume-Uni. M. Chubak est un célèbre auteur de romans iranien, décédé en 1998 à Berkley. Cette affiche a été conçue en tant qu’hommage à sa personne et à son travail.

L’affiche consacrée à Maurice Blanchot est l’une de mes préférées. J’ai réalisé cette affiche en l’honneur de Maurice Blanchot, philosophe et écrivain français, pour la commémoration des 10 ans de sa mort. J’aime aussi celle dédiée à Omar Khayyâm, philosophe, mathématicien, astronome et poète persan, conçue pour l’anniversaire de sa naissance l’année dernière et publiée par H & S Media Publication.

Quelles sont vos principales considérations lors de la conception de vos affiches ?

Mon processus de pensée dépend du sujet, cela ressemble plus à un défi mental. Parfois, je suis des règles précises et je commence par dessiner à la main ; parfois, j’ai déjà une représentation générale en tête et je passe directement au design. Il m’est aussi arrivé plusieurs fois d’avoir fait le croquis de base, et quand il a fallu le finaliser, tout à coup, de nouvelles idées me sont venues à l’esprit et j’ai fini par tout changer. Ce que j’ai appris est que si j’ai une idée basique, je peux toujours en trouver une plus intéressante pour l’améliorer et présenter un meilleur design au client.

Quel est votre parcours professionnel et artistique ?

Je voulais à l’origine devenir musicien, mais j’ai découvert les arts modernes à travers mes études universitaires. Je suis entré à l’Université de Téhéran en 2000, j’y ai étudié le graphisme et mon intérêt pour les arts modernes n’a fait qu’augmenter depuis. Pendant ces années, je me suis concentré sur la calligraphie iranienne. À mon avis, un parcours professionnel et artistique ressemble à un voyage ; on doit observer autour de soi et reprendre ce que notre sensibilité ressent pour produire/inventer une œuvre artistique authentique.

 

Enseignez-vous également le graphisme ?

Non, je n’ai jamais enseigné et n’enseigne pas. Mes centres d’intérêt sont la calligraphie persane et le graphisme, surtout la typographie ; je continue moi-même à apprendre en permanence.

 

Qu’est-ce que la typographie selon vous ?

Comme vous le savez, le graphisme est un art appliqué. C’est un langage visuel, utilisé pour transmettre un message avec des éléments divers tels que des couleurs, des images, et de l’écriture. La typographie est l’art de l’utilisation de l’écriture dans la conception graphique. Les lettres de l’alphabet utilisées sur une affiche deviennent une partie de l’image que le graphiste crée. Dans la typographie, il s’agit de concevoir des lettres. L’important pour moi est de représenter un sujet propre à travers les formes et l’identité des lettres, ainsi qu’à travers leur esthétique et le message caché derrière leur structure. Les graphistes iraniens utilisent souvent la calligraphie iranienne dans leurs créations. La calligraphie devient alors un art appliqué, qui sort du cadre traditionnel de la calligraphie, et se place dans le cadre de ce que l’on appelle la typographie. 

Vos œuvres sont donc basées sur la calligraphie iranienne ?

Oui, tout à fait ! J’essaie d’utiliser dans mon travail des éléments que l’on trouve dans l’art traditionnel iranien et islamique, surtout la calligraphie traditionnelle iranienne dont plusieurs styles de calligraphie nast’aligh, shekasteh, qui peuvent être utilisés dans les conceptions graphiques. 

Monsieur Beigpour, merci d’avoir accordé cet entretien à La Revue de Téhéran.

Merci à vous.


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