N° 156, novembre 2018

La poésie de la Défense sacrée


Khadijeh Hâdjiân, Hayât Aêri
Résumé et traduction :

Khadidjeh Nâderi Beni


Après la victoire de la Révolution islamique en 1979, le déclenchement de la guerre Iran-Irak et la mise en place d’une « Défense sacrée » des Iraniens contre les agressions ennemies ouvrent une nouvelle phase dans la littérature contemporaine persane. On voit à l’époque l’apparition d’une littérature dite de la défense sacrée (defâ’-e moqaddas) ou de résistance (moqâvemat). La littérature de la défense sacrée comprend un ensemble des textes documentaires dont des rapports, des souvenirs, des slogans, des chansons, des messages muraux, etc. au sujet de la guerre, son résultat et ses conséquences. Selon une autre définition, cette littérature comprend toute production littéraire et artistique autour de la guerre et sous divers genres littéraires dont la poésie, le roman, les mémoires, etc. Parallèlement à cette notion, il y a la « littérature de guerre » qui est engagée et comprend tous les poèmes de styles divers qui menacent l’ennemi en même temps qu’ils encouragent les combattants iraniens et exaltent le nationalisme et le patriotisme. Cette littérature est plutôt réaliste et glorifie l’histoire de la résistance des forces militaires et civiles.

Les poètes de guerre ont souvent l’expérience de la guerre et des tranchées, mais aussi de la révolution. Du point de vue chronologique, la poésie de guerre comprend une période allant du commencement de la guerre en 1979 jusqu’au jour de l’acceptation par les deux parties de la Résolution 598 de l’ONU en 1987.

La poésie de la période post-révolutionnaire connaît une profonde évolution dans sa forme comme dans son contenu. Durant cette période, une nouvelle idéologie se substitue aux valeurs et aux opinions dominantes de cette époque. Autrement dit, le bouleversement révolutionnaire et l’évolution de la nation sous le nouvel ordre politico-social aussi bien que l’éclatement d’une guerre soudaine sont à l’origine d’une renaissance de la pensée littéraire. Le poète de cette époque se libère des contraintes anciennes et embrasse de nouvelles pensées et philosophies. Il faut souligner qu’après la Révolution islamique, la poésie iranienne se construit via l’imitation de la poésie classique persane et les formes dominantes de la nouvelle poésie. A côté des formes libres et nouvelles comme la poésie libre, nimâï ou sepid, on voit ressurgir des formes classiques telles que le masnavi, le ghassideh et le ghazal.

Chronologiquement, la littérature de guerre est divisée en deux parties : la littérature de guerre des huit années de la guerre et celle de l’après-guerre. Au commencement de l’apparition de la poésie de guerre, on lit plutôt des textes réalistes conformément aux besoins d’un pays agressé. Ils invitent les peuples à la participation, à la résistance et à la lutte. En outre, ils exaltent la solidarité et l’unification du peuple. Les poètes y donnent souvent des descriptions vivantes de la guerre. Ils tentent de propager l’espoir en l’avenir et la croyance en la victoire iranienne. On voit dans ces poèmes la reprise des motifs épiques et mythologiques iraniens, religieux ou non. Les poèmes qu’on voit apparaître dès les premiers jours de la guerre sont plutôt des chansonnettes épiques et sans rime. Ils sont plutôt narratifs. Durant la guerre, une partie des poèmes de guerre est consacrée à l’exaltation des combattants aussi bien qu’à la glorification des martyrs et des héros. Pour ce qui est des formes poétiques des années de guerre, les poèmes de guerre sont pour la plupart composés selon des formes classiques. De nos jours, le ghazal (forme lyrique) domine dans la poésie de guerre.

La littérature de la défense sacrée comprend des messages muraux : « Nous nous défendrons jusqu’à la dernière goûte de sang. »

Dès la fin de la guerre, on voit l’apparition d’une nouvelle branche de la littérature de guerre : celle de résistance connue plus particulièrement sous le nom de la « littérature de la défense sacrée ». Durant la période d’après-guerre, la poésie de guerre devient plus poétique et jouit de toutes les caractéristiques de la création littéraire. Cette poésie aborde des thèmes et des motifs de la résistance et de la lutte : la vie des prisonniers de guerre dans les camps irakiens, les aspects négatifs de l’agression militaire, la propagation du pacifisme, la nostalgie de la guerre et de la vie au front, le courage et l’héroïsme des anciens combattants aussi bien que leur solitude actuelle.

La littérature de résistance est un phénomène littéraire qui apparaît après la guerre. Selon la définition courante, c’est une littérature qui prend source dans la religion et la culture islamiques iraniennes. Elle consigne l’oppression dominante à l’époque, imposée par le gouvernement irakien au peuple iranien. La poésie de résistance poétise cette oppression. L’agression irakienne contre l’Iran est à l’origine de la poésie de la résistance, qui comprend tous les textes poétiques qui ont œuvré pour la victoire et la libération de l’Iran face à une vaste et longue agression irakienne. Comme l’Irak de Saddam était soutenu par de nombreux pays, cette guerre s’est avant tout présentée comme une résistance pour les Iraniens.

Avec la guerre, la poésie contemporaine persane a connu un renouvellement thématique et formel. On voit à cette période une importante augmentation de la production poétique. Pour les poètes iraniens, cette guerre avait une dimension épique et mythique. Il s’agissait du conflit perpétuel entre le Bien et le Mal, entre les forces bienfaisantes et les forces malfaisantes. C’est en quelque sorte la guerre lue à la lumière du combat mythologique tel qu’on le voit dans Le Livre des Rois de Ferdowsi. Ces œuvres glorifient les valeurs morales des combattants iraniens, tous soumis à Dieu. Les Irakiens sont lâches, cruels, destinés à être vaincus, etc.

Messages muraux : “Le message du sang des martyrs : guerre, guerre, jusqu’à la victoire. »

Parmi les différences entre la poésie de guerre et la poésie de la Défense sacrée, nous pouvons citer :

- Dans la poésie de guerre, les noms propres des combattants, des zones ou des opérations sont moins cités.

- La poésie de guerre est souvent exempte des traits caractéristiques littéraires et de l’esthétique poétique.

- Dans la poésie de guerre, ce n’est pas le Moi du poète qui s’exprime mais les combattants y sont des narrateurs.

- La poésie de la Défense sacrée (de la résistance) essaie de mettre en relief les noms des grandes figures guerrières afin de sauvegarder leur souvenir dans la mémoire du peuple.

- Le poète de la défense sacrée donne la priorité à l’aspect littéraire de son œuvre.

- Dans la poésie de la défense sacrée, on voit la prédominance du Moi et des sentiments intérieurs du poète.


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