N° 156, novembre 2018

Le GM Parhâm Maghsoudlou
champion du monde d’échecs junior 2018


Babak Ershadi


Parhâm Maghsoudlou photographié à Gebze (Turquie) pendant le 57e Championnat d’échecs junior 2018. (©Chessbase)

Parhâm Maghsoudlou est né le 11 août 2000 à Gonbad-e Kâvous, dans la province du Golestân (nord-ouest). Son père est employé de banque et sa mère institutrice. À 15 ans, Parhâm a battu le record de l’Iran et est devenu le plus jeune Grand maître international d’échecs du pays. Il a suivi ses études secondaires dans un lycée de l’Organisation nationale pour le développement des talents exceptionnels (SAMPAD en persan) dans sa ville natale.

En 2015, Parhâm a fini sixième au championnat d’échecs d’Asie et s’est qualifié pour la Coupe du monde d’échecs 2015. Il a remporté le championnat d’Iran deux fois à 17 et 18 ans en 2017 et en 2018. Il a brillé au niveau international à la deuxième édition de Sharjah Masters 2018 (Émirats Arabes Unis) qu’il a gagnée, avant de devenir le premier Iranien à gagner le Championnat du monde d’échecs junior en Turquie.

 

Round 2 : Maghsoudlou (GM-Iran) vs Benjamin Haldorsen (MF-Norvège)

* * *

 

La 57e édition du Championnat du monde d’échecs junior a eu lieu du 5 au 16 septembre 2018 à Gebze, au nord-ouest de la Turquie. Cette année, cet événement a connu une participation record, avec 263 joueurs de 62 pays. Ont participé à ces compétitions 25 Grands maîtres (GM), 40 Maîtres Internationaux (MI) et 55 Maîtres FIDE (MF, Maître FIDE est le titre octroyé par la Fédération internationale des échecs à tout joueur qui dépasse un classement Elo de 2300). Ainsi, les plus grands talents d’échecs du monde de moins de 20 ans se sont affrontés pour décrocher la médaille d’or des compétitions masculine et féminine.

Le Championnat du monde d’échecs junior est une compétition annuelle réservée aux jeunes joueurs de moins de 20 ans. Il est organisé par la Fédération internationale des échecs (FIDE). La première édition de ces compétitions eut lieu en 1951. Cinq gagnants de ce tournoi sont devenus champions du monde d’échecs : chez les femmes Zhu Chen (deux victoires), et chez les hommes les Russes Boris Spassky, Anatolie Karpov, Garry Kasparov et l’Indien Viswanathan Anand.

Round 3 : Maghsoudlou (GM-Iran) vs Lukasz Jarmula (MI, Pologne)

Selon le classement officiel de la FIDE pour septembre 2018, le numéro un iranien MG Parhâm Maghsoudlou était le cinquième meilleur joueur du monde parmi les juniors avec une évaluation de 2649, derrière Yi Wei (GM, Chine, 2742), Jan-Krzysztof (GM, Pologne, 2739), Vladislav Artemiev (GM, Russie, 2703) et Jeffery Xiong (GM, États-Unis, 2651). Cependant, les quatre premiers n’ont pas réussi au Championnat du monde d’échec junior, et ce fut Parhâm Maghsoudlou qui mena le peloton de la section Open. En tout, neuf des juniors de la liste des meilleurs joueurs de septembre 2018 selon le classement de la FIDE ont pu participer à ce championnat. Maghsoudlou n’est pas le seul Iranien de la liste des 20 meilleurs joueurs de la compétition, car y étaient également présents Alirezâ Firouzjah (GM, 2582) et Mohammad-Amin Tabâtabâï (GM, 2576).

Round 1 : Au premier round du tournoi, Maghsouldou (n° 1 du championnat junior 2018) a rencontré le Britannique Matthew Wadsworth (MF, 2351, n° 83), et a remporté ce premier jeu sans grande difficulté (1-0). Les tournois d’échecs sont considérés comme intéressants ou non au vu des joueurs et de la qualité de leurs jeux. Dès le premier jour du championnat junior 2018, Parhâm Maghsouldou s’est imposé par son jeu extrêmement intéressant.

Parhâm Maghsoudlou (GM), Aram Hakobyan (MI-Arménie) au centre et l’Iranien Alirezâ Firouzjah (GM) à gauche.

Round 2 : Au deuxième round des compétitions, Maghsoudlou a gagné son deuxième jeu (1-0) face au Norvégien Benjamin Haldorsen (MF, 2461, n° 44). Les experts s’accordent à dire que Parhâm est parfaitement capable de stratégies que même les ordinateurs ont du mal à comprendre. Il y a une force particulière qui pousse à gravir les échelons d’Elo : « L’amour du jeu d’échecs ». Parhâm Maghsouldou a confié dans une interview qu’il travaillait « au moins dix heures par jour ». Son attitude confiante, soutenue par un travail acharné, est une recette sûre du succès et Parhâm le montre déjà dans ses résultats. « Si je travaille dur, je pense que je peux devenir champion du monde ! »

Rounds 3+4 : La troisième journée du Championnat du monde d’échecs junior était une journée de double tour (3+4). Dans les tournois d’échecs, les doubles tours sont souvent fatigants pour les joueurs, mais les résultats des doubles tours façonnent souvent le cours des événements de manière décisive. En effet, après quatre tours de jeux, le tournoi est déjà à moitié fini.

Round 5 : Maghsoudlou et Tabatabaï rejoignent l’équipe indienne pendant le repos.

Au 3e tour, Lukasz Jarmula (MI, Pologne, 2504, n° 28) aurait pu prendre Maghsoudlou au piège, mais l’Iranien l’a échappé belle. Son adversaire polonais a raté cette occasion et commis plusieurs erreurs qui ont suffi pour que Parhâm remporte le match (1-0).

Au 4e tour, la bataille de cinq heures et demie qui a opposé Maghsoudlou à Aram Hakobyan (Arménie, GM, 2554, n° 18) a été l’une des plus longues et des plus intéressantes du tournoi. Aram Hakobyan est un joueur de plus en plus remarqué, et dont les performances ont décollé ces derniers temps. Au cours des cinq derniers mois, il est devenu GM et a enregistré près de 50 matchs invaincus, mais le n° 1 de la compétition, Parhâm Maghsoudlou, a gagné ce match (1-0).

À la fin du quatrième tour, seuls quatre joueurs avaient réussi à réaliser un sans-faute (4,0 / 4) dans la section Open : les Iraniens Maghsoudlou (n° 1) et Firouzjah (n° 8), ainsi que Javokhir Sindarov (Ouzbékistan, 2484, n° 38) et Bharathakoti Harsha (Inde, 2474, n° 40).

Salle des jeux du Championnat d’échecs junior 2018 à Gebze (Turquie).

Round 5 : Durant ce round, cinq manches ont été disputées au Championnat du monde d’échecs junior 2018 à Gebze en Turquie, et les chefs de file de chaque section se sont nettement démarqués. Dans la section Open, Parhâm Maghsoudlou est, une fois de plus, sorti indemne d’une partie intéressante et avec 5,0 / 5, il s’est retrouvé en tête avec un demi-point d’avance sur trois joueurs : Firouzjah (Iran), Christiansen (Norvège) et Sindarov (Ouzbékistan).

Au cinquième round, Parhâm Maghsoudlou a continué le tournoi dans d’excellentes dispositions et a fini ce round à 100 % avec 5,0/5. Il était désormais en tête du tournoi après avoir gagné contre le MI indien Harsha Bharathakoti (Inde, 2474, n° 40). L’ambition stratégique, le réalisme et une bonne dose de confiance en soi sont des qualités qui donnent de l’envergure au jeu du jeune Parhâm. Cette défaite a été un chagrin pour Harsha qui avait fait un sans-faute avant cette rencontre.

Round 6 : Au sixième tour du tournoi, beaucoup de joueurs compatriotes se sont affrontés. Notamment chez les Iraniens où Parhâm Maghsoudlou a fait face à Alireza Firouzjah (GM, 2582, n° 8). Parhâm a décidé de faire une défense française du côté blanc. Mais ce n’était pas une décision pour faire la paix. C’était une stratégie pour pousser Alireza Firouzjah dans des positions où il n’était pas à l’aise. Ce n’était pas une mauvaise stratégie de la part de Maghsoudlou, mais il n’a pas pu en tirer parti et le jeu s’est soldé par un match nul (½ / ½). Cette partie a été la seule de ce tournoi que Maghsoudlou n’a pas remportée.

Les trois participants iraniens aux compétitions Open : (de gauche à droite)
Alirezâ Firouzjah, Mohammad-Amin Tabâtabâï et Parhâm Maghsoudlou.

Round 7 : Un joueur de classe mondiale contre un prodige émergent : le septième round a vu la bataille entre deux des personnalités les plus aimables du tournoi. La tête de série expérimentée Parhâm Maghsoodloo a affronté le super-talent ouzbek Javokhir Sindarov, âgé de 12 ans. Sindarov (MI, 2484, n° 38) s’était fait remarquer durant ce tournoi en gagnant contre trois grands maîtres. Parhâm Maghsoudlou était donc conscient de la capacité de ce jeune garçon. Tout le monde s’attendait à une victoire du Grand maître iranien. Cela s’est réalisé, mais pas comme on l’aurait imaginé (1-0). Sur le plan tactique, Sindarov est aussi fort qu’un Grand maître, c’est certain. Face à la partie espagnole de Maghsoudlou, le jeune Ouzbek a joué un jeu offensif. Cela aurait mis mal à l’aise n’importe quel joueur. Mais Maghsoudlou est un monstre en défense. Il a ainsi avancé dans le jeu en commençant par ses fameux mouvements peu développés, si difficiles à déchiffrer pour tant de joueurs. Il s’agissait pour lui de maintenir la pression en trouvant la meilleure manœuvre. Sa stratégie a fonctionné et il a remporté le match.

Après ce match, Maghsoudlou a déclaré : « Sindarov est extrêmement talentueux. Je pense qu’il est un très bon joueur. Je crois beaucoup à son talent. J’ai dit à mon ami que seul un génie peut jouer aux échecs comme ça ! » Javokhir avait, lui, perdu sa partie, mais déjà gagné beaucoup de cœurs, y compris celui de son adversaire. À ce stade du tournoi, dans la section Open, Maghsoudlou était toujours en tête (6½ / 7), suivi par l’Iranien Alireza Firouzja et Karthik Venkatraman (Inde, MI, 2519, n° 27).

Round 5 : Maghsoudlou et l’Iranien Mohammad-Amin Tabâtabâï (GM)

Round 8 : Durant ce round, Parhâm Maghsoudlou a fait une longue démonstration de jeux extraordinaires. Il était désormais le seul leader avec un score de 7½ / 8, avec une avance d’un point sur ses rivaux. Clairement le favori pour la médaille d’or de la section Open.

Parhâm Maghsoudlou s’est décidément présenté comme le joueur le plus efficace lors de ce championnat. Il a montré que quelle que soit sa position, il est capable de stimuler le jeu et de gagner le match. Au huitième tour, il a affronté l’Indien Karthik Venkatraman (MI). La position ne semblait pas spéciale, mais Parhâm a été plus précis et a converti le jeu en un point complet (1-0).

Round 9 : Lors de ce tour, la section Open a cessé d’être intéressante du point de vue de la médaille d’or, avec la victoire de Parhâm Maghsoudlou contre l’Américain Awonder Liang (GM, 2575, n° 12). Maghsoudlou est passé à 8½ / 9, avec une avance d’un point et demi avec une performance de 2944 ! Avec huit victoires et un match nul en neuf manches. Ce qui lui fait une performance de 2944, avec déjà 22 points Elo. Bien que sa note au 1er septembre ait été de 2649, il avait gagné 12 points Elo avant le tournoi. Ce qui a porté sa note à 2683. Le joueur iranien de 18 ans était donc, après cette partie, à quelques pas de devenir le premier joueur de l’histoire de son pays à franchir 2700 Elo.

Au 6e tour du tournoi, Parhâm a fait face à son compatriote Alirezâ Firouzjah (GM).

Round 10 : Au round dix, Parhâm a gagné son dixième match face au Russe Maksim Vavulin (MI, 2559, n° 16). Avec cette victoire et avant la tenue du onzième et dernier jeu du tournoi, Parhâm Maghsoudlou était donc déjà le champion ! La partie face à Maksim Vavulin a été très remarquée. Elle a été l’une de ces batailles qui marquent l’histoire des échecs.

 

Le Grand maître Parhâm Maghsoudlou a commencé le tournoi en tant que tête de série Open. Il a concédé un demi-point au sixième tour en faisant match nul contre son compatriote Alirezâ Firouzjah. Mais il a réussi à gagner toutes ses autres parties, marquant 9½ / 10 et remportant le tournoi avec un tour à jouer.

Parhâm Maghsoodloo a été donc sacré champion du monde junior 2018 alors qu’il restait encore un tour à jouer. Il a gagné 26,5 points Elo et a une performance de 2976 ! Incroyable, mais vrai.

Devenir le champion du monde junior ouvrira sûrement de nouvelles portes dans la carrière professionnelle de joueur d’échecs de Parhâm. Avec cette médaille d’or, il participera directement à la Coupe du monde 2019. Lorsqu’un journaliste lui a demandé ce que signifiait pour lui le titre mondial junior, Parhâm a répondu : « Cela signifie que je dois me préparer pour la Coupe du monde ! »

La médaille d’or des compétitions Open pour Parhâm Maghsoudlou (Iran), la médaille d’argent pour Abhimanyu Puranik (Inde) et la médaille de bronze pour Sergueï Lobanov (Russie)

Round 11 : Bien que Parhâm Maghsoudloo se soit déjà approprié la médaille d’or dans la section ouverte, le combat pour les autres médailles a été passionnant lors du dernier jour des Championnats du monde junior 2018. A cette occasion, Andrey Esipenko (GM, Russie, 2593, n° 6) a réussi à battre Maghsoudlou.

Parhâm Maghsoudlou a présenté en Turquie l’un des meilleurs tournois de sa vie. Lui et ses coéquipiers iraniens voulaient utiliser le Championnat du monde d’échecs junior 2018 comme terrain d’entraînement pour l’Olympiade d’échecs 2018 qui aura lieu en Géorgie, mais peu avaient espéré voir Parhâm remporter le tournoi avec une performance de 2976 après dix tours, avec un écart de deux points sur le plus proche de ses rivaux. Ce garçon travaille très dur et a une volonté réelle de devenir le champion du monde dans 3 ou 4 ans.


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