N° 164, juillet 2019

Désert de Lout :
le point le plus chaud de la planète


Babak Ershadi


Les dunes et les kalouts (yardangs) créent les plus beaux paysages du désert de Lout.

Le désert de Lout est situé dans le sud-est de l’Iran entre les trois provinces de Kermân, du Sistan-et-Baloutchistan, et du Khorâssân du Sud. Ce désert se trouve à 100 km à l’est de la ville de Kermân, l’une des villes historiques de l’Iran. Il est situé au nord de la ville de Bam et de sa citadelle historique [1], inscrite sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO en 2004. Le désert de Lout est également situé à l’ouest de Shahr-e Soukhteh (Ville brûlée) [2] inscrite, quant à elle, sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO de 2014.

Le désert de Lout se situe entre trois provinces du sud-est de l’Iran

À une distance de 20 kilomètres de la zone désertique, le petit village de Sirtch (entre Kermân et le désert) offre très curieusement des conditions climatiques optimums aux sports d’hiver, et est même doté d’une station de ski ! En effet, les montagnes de Kermân sont couvertes de neige pendant une bonne période de l’année et sont visibles de l’intérieur du désert de Lout. Ce contraste offre aux yeux un paysage merveilleux et spectaculaire.

Avec tous ses reliefs complexes, la zone qu’on appelle spécifiquement « désert de Lout » fait partie d’une région plus vaste qu’il faut appeler « plaine de Lout », dont la superficie est plus grande que les zones choisies par l’Organisation iranienne du Patrimoine culturel, du Tourisme et de l’Artisanat, pour présenter le dossier du désert de Lout à l’UNESCO. En réalité, l’existence d’un ensemble de reliefs spectaculaires dans le désert, les uns à côté des autres, forme des entités qui peuvent constituer les limites naturelles du désert de Lout, surtout de la zone choisie pour la liste du Patrimoine mondial.

Zone destinée au patrimoine mondial de l’UNESCO et sa périphérie
1-Gandom Beryân (plateau couvert de formations basaltiques noirâtres)
2-Canal de la rivière Roud-e Shour
3-Zone des kalouts (yardangs)
4-Nebkas
5-Hamada
6-Mer de sable centrale
7-Playa (Shourgaz-e Hamoun)
8-Mer de sable du sud<
9-Mer de sable de Rig-e Yalân

Les unités géomorphologiques du désert de Lout peuvent facilement être distinguées des caractéristiques des régions voisines : 1) les yardangs, appelés kalouts, à l’ouest 2) les dunes ou la mer de sable de Rig-e Yalân à l’est, 3) une rivière salée, une zone basaltique (Gandom-e Beryân), les nebkas, les hamadas (plateau rocailleux), etc.

Le désert de Lout, avec ses reliefs uniques (plaines, plateaux, montagnes), est un laboratoire parfait pour la géologie et les recherches géomorphologiques, ce qui explique l’intérêt qu’il suscite chez les chercheurs. La région offre surtout la possibilité de mener des études très poussées sur les processus d’érosion et la transformation géomorphologique des reliefs, des sols et des roches.

La rivière salée de Roud-e Shour à l’ouest du désert de Lout

Ce désert s’étend sur une superficie de 40 721 km². La région qui fait partie aujourd’hui du Patrimoine mondial de l’UNESCO a une longueur de 235 kilomètres et une largeur de 220 kilomètres. La zone protégée a une superficie de 22 780 km², et la zone tampon qui l’entoure une superficie de 17 941 km². De manière générale, la limite de la zone tampon a été fixée à une distance appropriée de la zone principale afin d’assurer la protection de la zone.

La végétation est très pauvre dans l’ensemble du désert de Lout. On peut notamment observer l’absence quasi totale de couverture végétale dans la zone des yardangs (kalouts). Les études scientifiques indiquent que les activités animales sont minimales dans cette région désertique.

Cristaux de sel créés par la rivière Roud-shour

Outre les caractéristiques géographiques et géologiques, il y a aussi, dans cette vaste étendue de terre, des éléments d’une présence humaine historique et préhistorique qui confèrent à cette région un potentiel touristique. Par exemple, l’existence de sites et cimetières datant de l’âge du cuivre ou des forteresses appartenant à des périodes ultérieures, ainsi que des Qanâts [3] spectaculaires renforcent l’attractivité de cette région tant pour les touristes que pour les historiens et anthropologues. En réalité, le désert de Lout est une région qui a été très bien conservée en raison de son inaccessibilité. Une gestion globale et bien pensée pourra sans doute renforcer les ressources environnementales et le potentiel touristique de cette région. [4]

Vue des kalouts (yardangs) près de Shahdad

Pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, les sites doivent avoir une valeur universelle exceptionnelle, ainsi que satisfaire au moins un des dix critères de sélection. Le désert de Lout correspond aux critères VII et VIII : (vii) représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles ; (viii) être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification.

Le désert de Lout est caractérisé par une variété considérable de paysages. Ces paysages, extrêmement beaux, sont les résultats des processus de l’évolution et de la formation des phénomènes géologiques et géomorphologiques.

Kalouts en forme d’œuf, photographiés en 1968

Dans l’ouest du désert de Lout, les yardangs (kalouts), de tailles et de formes très variées, sont les plus hauts de la planète. Dans certaines parties du désert, les yardangs ont une hauteur de 155 m. Dans l’est du désert, il est aussi possible de visiter la mer de sable de Rig-e Yalân, avec les dunes les plus hautes du monde. Certaines dunes ont une hauteur de 475 m. Le désert de Lout possède également les nebkas les plus hautes du monde. Certaines ont une hauteur de 12 m. De ce point de vue, le désert de Lout est un endroit magique qui réunit dans son périmètre de très beaux paysages désertiques. En passant une seule journée dans ce désert, le visiteur peut facilement observer presque simultanément ces paysages. En outre, de l’intérieur de la zone désertique, il est possible d’observer les montagnes couvertes de neige des zones environnantes. Le ciel dégagé au-dessus de ce désert, au taux très faible d’humidité, permet aux touristes de clairement distinguer des reliefs lointains pendant la journée, ainsi que le ciel étoilé la nuit. Ainsi, le manque d’humidité donne un air limpide à ce désert, ce qui en fait un excellent observatoire nuit et jour.

Des kaloutaks (petits kalouts) sont dispersés dans différents secteurs du désert de Lout

Outre l’érosion éolienne en tant que processus permanent de la formation des reliefs dans les zones arides, l’eau joue également un rôle exceptionnel dans le développement des reliefs géomorphologiques du désert de Lout.

La rivière salée de Roud-e Shour y est le seul cours d’eau permanent. L’humidité créée par cette rivière qui coule près des yardangs (kalouts) joue un rôle important dans les transformations géomorphologiques des reliefs de la région. Par ailleurs, les vents violents qui soufflent du nord-ouest au sud-est dominent la zone depuis de nombreuses années. Ils accélèrent le processus du développement des yardangs. Néanmoins, il faut souligner aussi qu’au-delà des formes différentes que prend l’érosion, l’évolution des kalouts de la région dépend également de l’existence des sédiments à grains fins déposés sous forme d’un lac qui existait dans la plaine de Lout à l’âge de glace. En effet, selon les études scientifiques, les évolutions géologiques du désert de Lout prouvent que pendant la période glaciaire, les glaciers montagneux, qui dominaient les hautes montagnes des régions voisines, furent à l’origine de l’existence de plusieurs lacs dans la plaine de Lout. Ces lacs, disparus aujourd’hui, étaient le lieu de l’accumulation des eaux venant des reliefs environnants. Les études géologiques révèlent le dépôt des sédiments – qui ont formé plus tard les kalouts – au sud et à l’est de la région désertique. Ce processus a accéléré à son tour les évolutions géomorphologiques de la mer de sable de Rig-e Yalân. En d’autres termes, pendant la longue période de l’évolution des reliefs du désert de Lout, le vent a transporté de manière permanente les sédiments depuis des « couloirs » créés entre les kalouts. Ce transfert de sédiments comprenait également le déplacement des matières alluviales des bassins endoréiques [5] au sud et à l’est du désert de Lout. Ce processus est à l’origine de la création des plus hautes dunes du monde.

Vues de loin, ces formations ressemblent à une ville en ruine, la fameuse « Ville de Lout ».

La campagne de mesures de température par satellite, réalisée à l’échelle de la planète de 2003 à 2009, par la NASA, a permis de constater que les températures maximales les plus extrêmes sont observées dans les régions où les sols sont dépourvus de végétation (ou au couvert végétal très clairsemé), très secs, le rayonnement solaire direct devant être optimal et l’humidité de l’air très faible.

Ces mesures satellitaires ont révélé que la position du point le plus chaud de la planète variait d’une année sur l’autre et que, outre les caractéristiques physiques du site, les variations climatiques jouaient aussi un rôle important. En 2003, le point le plus chaud (+69,3 °C) a été observé dans l’État australien du Queensland, dans un contexte de sécheresse exceptionnelle. En 2008, il a été observé dans la dépression de Tourfan (+66,8 °C) dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, en Chine. Cependant, les températures les plus élevées ont été enregistrées 5 années sur 7 (2003-2008) dans le désert de Lout, et plus précisément sur le plateau de Gandom Beryân.

Gandom Beryân (littéralement « blé cuit ») est un plateau de 480 km² recouvert de roches basaltiques et magmatiques noirâtres, situé à quelque 80 km au nord de Shahdâd [6]. Pendant la campagne de la NASA, la température de la surface de la terre y atteignait régulièrement chaque année +65 °C : la température y est ainsi montée jusqu’à +68,0 °C en 2004, à +70,7 °C en 2005, à +68,5 °C en 2006, à +69,0 °C en 2007, à +68,6 °C en 2009.

La température radiométrique de la surface enregistrée en 2005 (+70,7 °C) est la plus haute jamais enregistrée dans le monde. Aux yeux des experts, cela fait du désert de Lout un pôle thermique de la planète, fait étonnant d’autant plus que le désert est situé à proximité de régions montagneuses au climat frais, avec notamment une station de ski à Sirtch !

Une barkhane isolée près du village de Pashouyeh

Puisque le désert de Lout (surtout la zone choisie pour devenir un patrimoine mondial) est loin des établissements humains et des grandes zones de peuplement, il n’a pas été affecté par la présence humaine. De ce point de vue, le désert de Lout est une région intacte.

La majorité des terres de ce désert appartiennent à l’État en tant que « ressources nationales ». Cependant, une très petite partie est des propriétés privées, situées autour des rares petits villages de l’ouest du désert (du côté de Shahdâd). Ces rares propriétaires et les habitants locaux des villages ne sont pas autorisés à modifier les terres et doivent adhérer aux règlements en vigueur en matière de « ressources nationales ». Ces villages de faible population se trouvent dans la zone tampon et sont loin de la zone des kalouts, des hamadas, des dunes de Rig-e Yalân et de la zone centrale du désert de Lout. Ils se situent dans la partie occidentale de Lout, à proximité des nebkas. La rareté de la vie végétale et animale, la chaleur excessive du désert et le manque de ressources en eau douce ont empêché l’exploitation de la nature.

Climat

Du point de vue général, l’Iran a une situation climatique particulière. En été, les conditions météorologiques sont stables quand le pays est sous l’influence de hautes pressions subtropicales. En hiver, les conditions météorologiques sont variables quand le pays est sous l’influence des systèmes atmosphériques extratropicaux. Ce cycle annuel se répète plus ou moins tous les ans.

En ce qui concerne le désert de Lout, le climat chaud et aride de cette région provient également de son emplacement sous les vents et la grande distance par rapport aux sources d’humidité. L’air humide venant de l’ouest doit passer par les montagnes Zagros et le centre du pays. L’air humide de l’ouest est à l’origine des précipitations dans ces régions, de sorte que quand les vents de l’ouest arrivent au désert de Lout, ils n’y apportent qu’un air sec et chaud. Ceci explique le très faible taux des précipitations dans cette zone désertique, comme d’ailleurs dans les autres régions orientales de l’Iran.

Les dunes en forme d’étoile sont les plus hautes du monde. Ces dunes ne se forment que dans le désert de Lout.

À chaque saison, l’Iran est influencé par diverses masses d’air aux directions différentes. Parmi ces masses d’air, certaines exercent plus d’influence sur les conditions climatiques des régions iraniennes.

Les masses d’air qui agissent sur le désert de Lout doivent être classées en deux groupes : les masses d’air hivernales et estivales.

En hiver, les masses d’air qui influencent le désert de Lout sont des masses d’air sibériennes de haute pression, les masses d’air continentales et les masses d’air froides subpolaires. Ces masses d’air installent dans le désert de Lout un air froid et sec avec un ciel clair.

En été, le désert de Lout reçoit des masses d’air tropicales, les vents d’ouest, tandis qu’une ceinture de haute pression subtropicale couvre le Moyen-Orient et l’Iran depuis le sud. Un système de basse pression s’étend sur le Pakistan, le sud de l’Iran, le golfe Persique et la péninsule arabique.

Les kalouts ou yardangs

Un yardang est une crête rocheuse créée par l’érosion éolienne dans un environnement désertique. Le mot « yardang » est entré dans le lexique scientifique de géomorphologie au début du XXe siècle par le biais des travaux du géographe et explorateur suédois Sven Hedin (1865-1952) en Asie centrale. En persan, le terme « kalout » est utilisé pour désigner les yardangs, spécialement ceux du désert de Lout. Le mot « kalout » est un mot valise (« kalât » et « Lout »), qui signifie littéralement « ville de Lout », allusion faite au paysage créé par les yardangs du désert de Lout qui ressemblent de loin à une ville.

La zone des kalouts constitue l’une des caractéristiques géomorphologiques les plus importantes du désert de Lout. Les kalouts se situent au nord-ouest du désert dans une direction de nord-ouest/sud-est. Ils couvrent une superficie de 7429 km² dans le périmètre choisi pour le Patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette zone représente plus de 20% de la zone choisie pour le Patrimoine mondial. Les kalouts représentent donc une grande partie du désert de Lout. Leur zone s’étend sur un vaste périmètre, long de 160 à 120 km et large de 70 à 80 km. Les images satellitaires montrent les kalouts du désert de Lout comme des lignes parallèles. Ce sont en effet de longues crêtes créées sous l’effet de l’érosion éolienne et de la canalisation du vent parmi les kalouts. En d’autres termes, c’est la direction des vents dominants qui a déterminé leur forme allongée. Les crêtes sont composées d’argile et de marne (un mélange naturel d’argile et de calcaire), mais aussi de couches horizontales de limon et de sable. Les kalouts ont souvent des formes extraordinaires et ils créent des paysages exceptionnels.

D’après les chercheurs, l’érosion éolienne des kalouts qui couvrent la partie occidentale du désert de Lout est la source principale du sable qui a formé, dans la partie orientale du désert, les dunes et la mer de sable de Rig-e Yalân. Autrement dit, les particules érodées des kalouts ont formé la grande mer de sable du désert de Lout.

Classification géomorphologique de différentes parties de la mer de sable de Rig-e Yalân

Dans la zone occupée par des kalouts, il existe une variété incroyable de formes créées par ces derniers. Cette diversité est essentiellement due aux taux de résistance différents des sédiments et des composantes des kalouts au vent et à l’érosion éolienne [7].

Il existe dans le désert de Lout une forme spécifique de kalouts en forme d’œuf qui n’existe dans aucun autre désert de la planète. Il se trouve essentiellement dans la zone nord, là où la rivière salée (Roud-e Shour) entre dans cette zone de kalouts. Les petits yardangs (kaloutak, en persan) sont principalement situés dans la marge occidentale de la zone des kalouts où sont dispersés dans d’autres zones, mais rarement observés dans la zone principale des kalouts. La « ville de Lout », c’est-à-dire le fameux paysage trompeur des kalouts formant une ville, est visible plutôt dans le sud-ouest de la zone des kalouts. Ce paysage ressemble de loin à une ville en ruines et constitue l’une des caractéristiques les plus spectaculaires et les plus exceptionnelles du désert de Lout. On observe la présence la plus dense des kalouts à l’ouest de la zone. Les terres les plus basses du désert de Lout, avec une altitude de 117 m par rapport au niveau de la mer, se trouvent dans la partie occidentale de la zone des kalouts, tandis que les kalouts du même périmètre peuvent atteindre une hauteur de 272 m.

Selon les recherches de la NASA, il existe également de tels reliefs, comparables aux kalouts, sur Mars et Vénus.

De grandes nebkas se forment autour des plantes désertiques dans le désert de Lout.

La mer de sable de Rig-e Yalân

Il existe environ 20 petits et grands déserts de dunes (mers de sable) en Iran. Appelés « rig » en persan (« erg » en arabe), les déserts de dunes du pays sont principalement répartis dans les régions centrale, orientale, à l’est et au sud-est des montagnes du Zagros, sans oublier quelques petites zones de sable dispersées au sud-ouest (province du Khouzestân).

Le Rig-e Yalân est le plus grand désert de dunes du pays. La mer de sable de Rig-e Yalân se situe au centre et à l’est du désert de Lout. La grande masse de sable s’étend dans une zone de 52 km de large et 52 km de long. La largeur maximale de la masse de sable est de 68 km et sa longueur maximale est de 180 km. Certains experts estiment que la masse de sable orientale de Rig-e Yalân, de couleur sombre, est plus ancienne que les autres parties.

La plupart des équipes de chercheurs ou de touristes qui veulent entrer à l’intérieur du désert de Lout partent souvent du côté de Shahdad (province de Kerman).

Du point de vue géomorphologique, la grande masse de sable de Rig-e Yalân peut être classifiée en huit parties :

A : Des dunes linéaires simples. Ces agrégats de sable créent des forces très régulières dans la direction des vents dominants. La distance entre les dunes est mince, de sorte que la plupart des dunes se rejoignent les unes les autres dans leurs marges respectives.

B : Des dunes transversales ou composées (grandes et denses). Ce type d’agrégats de sable prend forme dans la direction du vent dominant (du sud-est à l’est, puis au nord-est). Ces dunes sont en forme de croissant. Dans certaines parties du Rig-e Yalân, la morphologie des dunes en croissant indique l’existence d’un retournement du vent dans une zone relativement petite.

Les plantes sont rares dans le désert de Lout. M. Hossein Akhani (gauche) et le doctorant Mehdi Dehghâni mesurent les longues racines horizontales d’une plante qui se trouve exceptionnellement dans cette zone du désert de Lout : une espèce de carex (Cyperus aucheri).

C : Des dunes linéaires parallèles et des dunes linéaires complexes.

D : Des dunes linéaires et complexes. Ces séries de dunes sont très longues et s’étendent généralement du sud au nord. L’apparition de ces formes indique un changement graduel de la trajectoire du vent dominant dans le sud du désert de Lout, du sud-est à l’est.

E : Des dunes en forme d’oiseau. Ce sont des dunes en forme de croissant allongé dans le sens du vent, dits « barkhane ». Ces dunes sont de très haute densité et comptent parmi les paysages les plus beaux de la mer de sable. Ensemble, ces dunes ressemblent à un groupe d’oiseaux en vol.

F : Des hautes dunes en désordre. Ces dunes ressemblent beaucoup à celles du groupe D. Elles sont parallèles les unes aux autres et penchées côté sud. Il est probable que cette masse de sable soit issue de l’accumulation initiale des sables transportés par le vent de l’ouest et du sud du désert de Lout. Leur accumulation est sûrement le résultat de vents réguliers et constants au cours d’une très longue période.

G : Des dunes en forme d’étoile et des dunes en forme d’entonnoir. Ce sont des formes morphologiques exceptionnelles de dunes du désert de Lout qui n’existent nulle part ailleurs. Ces dunes massives sont d’ailleurs les dunes les plus nombreuses de ce désert. En général, dans le secteur du sud-ouest du Rig-e Yalân, l’existence de ces deux types de dunes est due au fait qu’il n’y a pas de vent dominant dans ce secteur. Les vents soufflent dans différentes directions et sont souvent cycloniques et tourbillonnants. Les courants de vents tourbillonnants convergent dans ce secteur, ce qui pourrait expliquer la hauteur impressionnante des dunes à cet endroit.

D’une manière ou d’une autre, la vie animale s’est adaptée aux conditions difficiles du désert de Lout. Lorsque M. Hossein Rajâï a installé un piège à lumière à l’intérieur du désert, il a été surpris de découvrir un grand nombre d’espèces de papillons de nuit attirés vers la lumière.

H : Des crêtes en forme de croissant. Dans ce secteur, il existe de nombreux types de barkhanes ou de quasi-barkhanes de faible hauteur. Pour expliquer l’existence de ce type de dunes, il faut souligner que les vents du sud ainsi que les vents d’ouest, qui soufflent depuis le sud de la zone des kalouts, sont déviés vers l’est sous l’influence de la situation climatique du centre du désert de Lout. Par conséquent, ces vents créent certaines irrégularités dans la morphologie des dunes du secteur H, de sorte que les dunes ne sont plus parallèles, mais recoupées et mélangées par les vents.

Dans la périphérie du désert de Lout vivent différentes espèces d’insectes, dont cette libellule mâle. Certains insectes s’aventurent plus loin à l’intérieur du désert et deviennent la nourriture d’autres animaux.

Les nebkas

Les nebkas (ou nebkhas) sont des petites dunes formées autour des plantes. Ce sont des petits monticules éoliens consolidés en zones arides et semi-arides. Elles résultent du dépôt de sédiments autour des arbustes. L’existence des nebkas est importante en raison du rôle qu’elles peuvent jouer dans la stabilité de l’environnement naturel des zones désertiques.

Les nebkas se développent dans différentes régions du monde, notamment dans les zones plates et sablonneuses, avec un niveau suffisant d’eaux souterraines et d’humidité nécessaire à la vie végétale. Les nebkas sont très différentes selon le type de végétations, la saison, l’équilibre de forme, la taille et la granulation des sédiments, le climat et les sources de sédiments. En outre, d’autres facteurs, notamment la vitesse du vent, la différence de densité du sol et le taux de croissance des plantes peuvent avoir une influence sur le processus de croissance des nebkas. En général, le climat de beaucoup de régions iraniennes est favorable à la formation des nebkas de différentes formes et tailles.

Les nebkas du désert de Lout sont principalement développées à l’ouest et au sud-ouest du désert, dans les marges occidentales de la zone des kalouts. De nombreuses nebkas du désert de Lout peuvent être observées dans un périmètre qui s’étend de l’est de Shahdâd à l’est du village de Keshit. Environ 706 km² sont couverts par des nebkas isolées ou complexes qui forment des cordons linéaires. Elles couvrent environ 3% de la superficie du secteur enregistré au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Les nebkas du désert de Lout ont une hauteur maximale de 12 mètres environ. Elles sont formées par le sable apporté par les vents dominants qui soufflent du nord et du nord-est. Les plus grandes nebkas de la partie occidentale du désert de Lout se trouvent dans la plaine de Takâb, à l’est de Shahdâd. Six espèces végétales sont à l’origine de la formation de la plupart des nebkas du désert de Lout. [8]

S’arrêtant pour collecter des échantillons sur 37 sites tout au long de leur trajet de 700 km, les scientifiques ont rassemblé les preuves d’un écosystème dynamique comprenant une diversité d’arthropodes ; cette jeune araignée appartient au groupe Aelurillus marusiki, endémique en Iran.

La rivière salée (Roud-e Shour)

La rivière Roud-e Shour a un vaste bassin versant et ses sources se situent dans des régions voisines bénéficiant d’un taux plus élevé de précipitations atmosphériques. La rivière a de l’eau pendant presque toute l’année, et sa très haute salinité est à l’origine de beaux paysages qu’elle dessine dans le désert de Lout. La rivière Roud-e Shour coule à l’ouest de Gandom-e Beryân et se dirige vers l’est à l’intérieur de la zone des kalouts (yardangs). Le long de son trajet, la rivière produit des cristaux et crée de beaux paysages spectaculaires.

En passant parmi les kalouts en forme d’œuf, les affluents de la rivière Roud-e Shour obtiennent une salinité de plus en plus élevée. La rivière forme des polygones de sel épais pendant la saison chaude en raison de l’évaporation rapide de ses eaux. Du fait des pressions latérales exercées par la croissance des cristaux de sel, ces polygones de sel sont fracturés et élevés vers le haut. Ces paysages de cristaux de sel peuvent être observés dans d’autres régions de l’Iran, mais la hauteur des polygones de sel irréguliers du désert de Lout est la plus importante du pays.

Un renard du désert de Lout

Pendant longtemps, le désert de Lout a été considéré comme une terre morte et dénuée d’écosystème. Il est vrai que l’environnement de ce désert est trop hostile pour qu’il y ait une vie végétale et animale abondante. Néanmoins, à l’intérieur du désert se trouve une zone assez grande faiblement pourvue de vie végétale. Dans cette zone, les chercheurs et les explorateurs ont pu confirmer l’existence de certaines espèces animales, se limitant plus ou moins à des insectes, des reptiles et des fennecs. L’écosystème du désert de Lout intérieur demeure mystérieux, car il semble que ce réseau alimentaire fonctionne pratiquement sans végétation !

Selon les experts, un phénomène morbide et peut-être unique pourrait être à l’origine de la chaîne alimentaire de l’écosystème du désert de Lout intérieur. Des oiseaux morts sont assez fréquemment observés dans cette zone. Il y a quelques années, des scientifiques iraniens ont commencé à se demander si des oiseaux migrateurs se perdaient dans le désert, succombant à la chaleur intense, tombaient du ciel comme une manne, formant la base d’un réseau alimentaire non basé sur du végétal. Des recherches confirment l’existence d’un écosystème pauvre mais dynamique et constatent des signes convaincants indiquant que la mort des oiseaux migrateurs aide cet écosystème à se nourrir. En outre, les experts ont également découvert que le paysage très sec et aride du désert de Lout cache une petite « mer cachée » : une couche d’eau souterraine salée étonnamment peu profonde qui peut également contribuer à la survie.

Les restes d’oiseaux sont nombreux dans le désert de Lout. Ces carcasses semblent être une source importante de l’écosystème dénué de végétation des secteurs intérieurs du désert de Lout.

En outre, le désert de Lout donne également une leçon, comme un laboratoire naturel, au moins aux populations vivant dans les régions arides, au sujet des limites du développement durable dans de telles régions. En général, les modèles de changements climatiques laissent prévoir qu’à mesure que les températures montent dans une vaste partie du Moyen-Orient naturellement inhabitable, la vie humaine ne pourrait se développer sans climatisation à l’avenir. Ces zones peuvent ressembler à la zone de transition entre les agglomérations situées à la périphérie du désert de Lout et son noyau extrêmement hostile.

La littérature scientifique sur le désert de Lout reste rare. Un point est cependant commun dans les recherches et les observations effectuées dans ce désert : le désert de Lout est sans doute la région la plus chaude de la terre. Et en avril 2014, Mortezâ Djamâli, paléoécologue iranien à l’Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Écologie marine et continentale (IMBE) à Marseille, accompagné d’une équipe de recherche de cet institut, s’est aventuré dans le centre du désert de Lout pour installer un enregistreur de température au même endroit où un radiomètre infrarouge embarqué sur le satellite Aqua de la NASA avait mesuré, en 2005, une température au sol de 70,7 °C. Leurs expériences confirment les résultats des mesures prises par le satellite de la NASA : le désert de Lout est réellement l’endroit le plus chaud de la planète. L’équipe a pu observer aussi une scène extraordinaire, celle d’un essaim de sauterelles qui descendait pour se nourrir de carcasses d’oiseaux à proximité, profitant également de l’occasion pour mordre les chercheurs ! « Je peux imaginer un voyageur solitaire se faire tuer par ces petites créatures en quelques jours », a déclaré plus tard le professeur Djamâli.

La même année, Hossein Akhani, biologiste à l’Université de Téhéran, spécialiste des plantes halophiles
 [9] qui supportent un régime salé, a réalisé une expédition dans les profondeurs du désert de Lout pour examiner les rares plantes qui survivent dans certains endroits du désert. Lui aussi a remarqué les carcasses d’oiseaux et s’est demandé quel rôle jouaient-elles dans l’écosystème de cette zone. Soutenu par la Fondation nationale de la science de l’Institut Saeedi pour les hautes études (Université de Kâshân), le Dr Akhani a réuni une équipe de spécialistes iraniens et étrangers pour un projet de recherche de cinq ans, afin de découvrir les secrets scientifiques du désert de Lout, à partir de 2016. Au cours d’un périple de 700 km, les chercheurs ont prélevé des échantillons de sol et de biotes sur 37 sites.

Les reptiles comptent parmi les principaux habitants du désert de Lout

Un jour, l’équipe s’est lancée à pied dans un canyon appelé Zabân-e Mâr (littéralement, « langue du serpent »). Le canyon, large d’une quinzaine de mètres et dont les murs atteignent 30 mètres de haut, ressemble à une langue bifurquée. « J’ai remarqué un bruit étrange », se souvient le professeur Amir Aghâkouchak, membre iranien de l’expédition et hydrologue à l’Université de Californie à Irvine (États-Unis). En effet, ce qu’il entendait était un craquement doux et continu émanant des murs du canyon. Selon sa théorie, le son était produit continuellement par la roche en expansion alors que les températures grimpaient des minimums nocturnes proches de 0°C à des maximums quotidiens d’environ 40°C. « Je me suis arrêté pour écouter cette belle musique de la terre », a-t-il ajouté. Le bruit était peut-être une sirène d’alerte : le canyon de Zabân-e Mâr peut être un piège mortel. À l’intérieur du canyon, les chercheurs ont trouvé les restes de dizaines d’oiseaux migrateurs. Ces derniers ont peut-être cherché refuge à l’ombre des murs du canyon, mais sans eau, ils auraient rapidement péri, estime le Dr Aghâkuchak.

Mahmoud Ghâssempouri, ornithologue à l’Université Tarbiat Modares (Téhéran), a recueilli les carcasses de plusieurs espèces migratrices. « Pourquoi les oiseaux font-ils un détour fatal dans le désert ? C’est un véritable casse-tête », dit-il. Même à l’extérieur du canyon, les oiseaux migrateurs morts étaient nombreux et portaient souvent des traces de chasse de renard. « Je pense que ces oiseaux sont l’une des principales sources de nourriture des renards », déclare M. Aghâkouchak.

Les insectes occupent également une place essentielle dans la chaîne alimentaire du désert de Lout. Beaucoup d’entre eux se nourrissent des plantes de la périphérie de cette zone, et quand ils entrent à l’intérieur du désert, ils sont à leur tour mangés par des araignées, des reptiles et des renards. « Ils complètent ainsi les nutriments contenus dans les carcasses d’oiseaux », explique un autre membre de l’expédition, Hossein Rajâï, conservateur au Musée national d’histoire naturelle de Stuttgart (Allemagne). Pourtant, certains insectes vivent au cœur du désert. Lorsque M. Rajâï a installé des pièges à lumière pendant la nuit, il a été surpris de compter un grand nombre d’espèces de mites. « Que font-elles là-bas ? Que mangent-elles ? », se demande-t-il. La survie des larves de mouches qu’il a découvertes dans une piscine d’eau hypersalée est une autre énigme pour les biologistes.

Le canyon appelé Zabân-e Mâr (littéralement, « langue du serpent ») dans le désert de Lout.

Une grande question qui se pose est de savoir d’où vient l’eau nécessaire à la survie de ces espèces. La réponse pourrait se trouver juste sous le sol. Avant le début de l’expédition, l’hydrologue Amir Aghâkouchak avait scruté les données des capteurs satellitaires. À sa grande surprise, les micro-ondes émanant du sol suggèrent que, dans certaines parties du désert « chauffé au four » pendant la journée, le sol est pourtant humide ! Perplexe, M. Aghâkouchak a consulté un collègue qui a émis l’hypothèse que le sol du désert de Lout est tellement sec que les micro-ondes irradient des couches plus profondes du sol ou même des roches, indiquant faussement une humidité peu profonde.

Mais l’humidité est bien réelle ! Une fois, au cœur du désert, le convoi est entré « dans un paysage plat à perte de vue, explique Amir Aghakouchak. Au milieu de la plaine, l’une des camionnettes a été déviée de quelques centimètres du sol dur et soudain… elle a glissé et s’est enfoncée jusqu’aux essieux dans la boue. « Vous pouviez réellement voir de l’eau bien liquide là où les pneus avaient glissé. C’était difficile à croire », dit-il. « Mais la région est vraiment très humide ! », dit-il, surpris.

L’hydrologue pense que cette humidité vient de lointaines montagnes qui bordent le plateau. Selon lui, des précipitations occasionnelles au printemps et au début de l’automne se déversent sur le plateau. Selon les guides locaux, d’autres zones du désert de Lout ont des caractéristiques similaires. De retour à l’Université de Californie à Irvine, Aghâkouchak tentera de mettre en corrélation les informations collectées sur place avec les données satellitaires sur l’humidité afin de cartographier l’étendue de la « mer cachée ».

Notes

[1La Citadelle de Bam est le plus grand ensemble construit en adobe (argile mélangée d’eau et d’une faible quantité de paille hachée, façonnée en briques séchées au soleil). Elle a été inscrite sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004.

[2Shahr-e Soukhteh (Ville brûlée) est un site archéologique datant de l’âge du bronze dans la province du Sistan-et-Baloutchistan (sud-est). La Ville brûlée se situe à 56 km de la ville de Zabol. Les premiers signes de peuplement de cette cité ancienne datent de 3200 ans av. J.-C. Elle est inscrite sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2014.

[3ERSHADI, Babak : Les qanâts d’Iran inscrits sur la Liste du patrimoine mondial, in : La Revue de Téhéran, n° 132, novembre 2016, pp. 64-69. Accessible à : http://www.teheran.ir/spip.php?article2307#gsc.tab=0

[4ZIA, Djamileh : Tourisme dans le désert, in : La Revue de Téhéran, n° 35, pp. 18-22. Accessible à : http://www.teheran.ir/spip.php?article818#gsc.tab=0

[5L’endoréisme d’un cours d’eau ou d’un bassin versant est le fait qu’il ne se déverse pas dans une mer, retenant ses eaux dans une cuvette close. Les sources d’eaux ou les précipitations qui alimentent une rivière ou un bassin versant endoréique ne peuvent donc quitter les lieux que par évaporation ou infiltration.

[6Nâderi beni, Khadidjeh : Le désert de Shahdâd, in : La Revue de Téhéran, n° 96, novembre 2013, pp. 40-43. Accessible à : http://www.teheran.ir/spip.php?article1819#gsc.tab=0

[7Le Quaternaire est la troisième période géologique de l’ère du Cénozoïque et la plus récente sur l’échelle des temps géologiques. D’après les experts, le Quaternaire a commencé à 2,588 millions d’années avant le présent et continue jusqu’à nos jours.

[8Tamarix aphylla, Tamarix Florida, Tamarix kotschyi, Prosopis cineraria, Alhagi maurorum et Reaumuria turkestanica.

[9Un organisme halophile (du grec, « qui aime le sel ») est un organisme qui s’accommode ou a besoin de fortes concentrations en sel dans son milieu pour vivre.


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