N° 172, été 2020

Un survol de l’art du stuc en Iran préislamique


Shahâb Vahdati


En Iran, l’art du stuc remonte au temps des Élamites qui sont considérés comme la première civilisation à utiliser la chaux comme matière première dans la construction de leurs bâtiments ; un usage limité à ses débuts au blanchiment des murs. Les réalisations élamites en chaux les plus anciennes sont celles trouvées à Haft Tappeh (Khouzestân). Les archéologues ont découvert au nord du site des cavités, deux tombes en brique et en chaux.

 Après les Élamites, les Achéménides ont utilisé la chaux pour couvrir les colonnes en bois (le hall nommé « réserve de Darius » à Persépolis). Dans un palais achéménide situé à Suse, des archéologues ont découvert une tuile de magnifiques décors en stuc avec des motifs floraux (tulipes). Au Palais de Darius, ils ont également trouvé une inscription en stuc, à surface concave, et au Palais d’Artaxerxés Ier, des blocs en stuc de couleur grise, bleu pâle et blanche, servant à couvrir les murs en briques en terre crue. La création des stucs colorés était une technique avancée pour l’époque, car elle exigeait la carbonatation de la chaux avant d’y ajouter des pigments colorants. 

Palais à Hatra

Mais pour la véritable floraison de l’art du stuc, il a fallu attendre jusqu’à l’époque arsacide quand, sous l’influence de l’hellénisme, les Parthes se sont mis à développer et à propager cet artisanat.

 Comme nous l’avons dit plus haut, les Élamites et les Achéménides utilisaient la chaux surtout pour blanchir les murs. L’idée de blanchir les murs se développe sous les Parthes, d’abord pour les murs en briques en terre crue afin les isoler contre l’humidité, mais aussi pour les embellir. 

Le passage des pierres et briques à la chaux et au plâtre donne un avantage considérable aux constructeurs pour créer de beaux motifs décoratifs élégants et fins, des bas-reliefs finement travaillés avec subtilité. Cette méthode (ainsi que les techniques de son élaboration) était très appréciée en Iran des Arsacides et s’est rapidement répandue. 

Panneau mural avec une pintade, époque sassanide

 Chaque période connaîtra des innovations : la boiserie, des toiles collées, représentations des motifs floraux qui s’approchent parfois de l’abstraction.

 De la fabrication de céramiques a été transmis un savoir-faire vital aux stucateurs. Les pots en céramique étaient utilisés depuis longtemps en Iran pour leur qualité d’isolateur thermique pour l’eau froide en été. La poterie permettait donc aux artisans d’acquérir davantage d’expérience pour travailler avec le stuc (la partie extérieure du pot se couvrait d’ornements en plâtre). Ainsi, la poterie a contribué abondamment au développement de l’art du stuc et lui a transmis ses méthodes et techniques.

Palais d’Ardeshir Babakan. Les Sassanides se considéraient comme les ancêtres des rois achéménides. À l’intérieur de la salle du palais, on peut voir des restes d’œuvres en stuc avec des motifs connus de Persépolis.

Les meilleurs exemples de l’art du stuc sont ceux créés à des fins décoratives, mais pas dans l’ornement des bâtiments. Concernant les motifs, les représentations de figures humaines paraissent asymétriques et primitives, témoignant peut-être du manque d’adresse de leurs constructeurs tandis que les motifs d’animaux (sangliers, gazelles, paons, etc.) ont été faits avec beaucoup d’habileté et de finesse. Ce sera seulement sous les Sassanides que le savoir-faire acquis dans l’art de la sculpture en pierre permettra à l’art du stuc de perfectionner ses réalisations. Il y a, par exemple, le buste d’Artaxerxés II (310-379), trouvé dans un palais sassanide (sur l’île de Kish) témoignant d’une qualité technique très élevée.

Sous les Arsacides, le buste devient un élément décoratif architectural incontournable, dont des exemples ont été découverts au palais à Hatra. Les architectures byzantine et gothique l’emprunteront plus tard (c’est ce que l’on croit être un trait caractéristique de l’art paléochrétien) avec ceci en commun que le visage de l’homme est représenté de manière purement symbolique, c’est-à-dire que le visage n’est pas « reconnaissable », car il ne correspond pas à une personne spécifique. Le buste peut donc représenter le roi par ses accessoires ou le rôle qu’on lui assigne, sans qu’une identification personnelle soit possible.

 Comme nous l’avons déjà noté, le stuc était plus facile à utiliser et coûtait moins cher que la pierre, la brique ou les autres matières de construction. C’est sans doute pour cette raison que les Arsacides et les Sassanides ont si souvent substitué par le stuc, la pierre et la brique maillée du temps des Achéménides.

Section excavée de la structure du bâtiment effondre à Mâzandarân, dynastie bouyide. Les motifs floraux et de feuilles semblent être d’inspiration sassanide.

 Les forteresses de Nisa (au Turkménistan actuel) présentent abondamment l’art du stuc. Les briques trouvées à Nisa et au mont Khajeh sont blanchies à la chaux. Selon des archéologues soviétiques et Ernest Herzfeld (1879-1948), les Parthes utilisaient le stuc pour couvrir les murs en briques sur lesquels figuraient de belles peintures, représentant des formes végétales et des figures animales. Parfois des liants étaient incorporés au mur, comme les colles animales ou végétales et des fois, les décors géométriques simples en relief - lignes droites, cercles croisés, formes géométriques).

 Sous les Sassanides, l’influence de l’art grec n’est plus perceptible. En revanche, l’abondance de bustes et de déesses personnifiées indique l’influence non négligeable de l’art romain. 

Les œuvres en stuc de l’ère sassanide sont pour la plupart composées de motifs floraux et végétaux. Dâmghân

L’art du stuc sous les Sassanides

 Sous les Sassanides, les artisans utilisaient la chaux pour couvrir les murs en pierre ou en brique. Ils moulaient également des blocs entiers en stuc pour orner les bâtiments publics de l’État. La ville de Rey contient plusieurs sites avec des exemples de ce type d’œuvres d’art sassanide, dont le site d’Eshghabad.

 L’époque sassanide fut témoin d’un fleurissement des arts. Certains domaines artistiques comme l’architecture - donc la sculpture et l’art du stuc - étant au service de la cour, le pouvoir leur accordait davantage de crédit et d’attention. À cette époque, le moulage de blocs décoratifs préfabriqués devint coutumier. Les archéologues ont trouvé des fragments moulés à Châl Talkhân, à proximité de Rey. Les meilleures pièces découvertes sur ce site sont conservées aujourd’hui au Musée national d’Iran à Téhéran. Les colles sont séparément moulées et assemblées plus tard. Les œuvres en stuc les plus importantes de l’ère sassanide ont été découvertes à Nichâpour, Rey, Damghan, Takht-e Soleiman, mais aussi Ctésiphon, en Mésopotamie.

 Les meilleurs exemples de l’art du stuc de la période préislamique appartiennent donc à l’ère sassanide. Les artistes de cette époque empruntaient leurs techniques à leurs prédécesseurs arsacides et même avant, aux Achéménides qui avaient été influencés par l’art grec. Au début, les Sassanides utilisaient assez peu le stuc, et ce n’est qu’à la fin de la dynastie que cet art atteint son apogée. À cette époque, le faux marbre joue un rôle important dans la décoration des bâtiments de l’État.

L’art du stuc, Grande mosquée de Naïn

Il est possible de distinguer quatre grandes catégories de motifs en stuc :

 a) Les motifs géométriques

Ces motifs sont composés de lignes droites qui se croisent en différentes positions et souvent à la marge des motifs principaux. Ils contiennent habituellement des croix ou swastikas représentés séparément ou accompagnés de motifs de lotus sacré ou de palmes. Les espaces vides sont souvent remplis par des motifs végétaux. Les œuvres trouvées à Châl-Talkhân en sont des exemples.

b) Les motifs végétaux

Une figure royale seldjoukide en stuc exposée au Metropolitan Museum of Art. Cette figure pouvait décorer le mur d’un palais seldjoukide du XIIe siècle.

Les œuvres en stuc de l’ère sassanide sont pour la plupart composées de motifs floraux et végétaux représentant des branches et feuillages dont des palmes, rosettes cirses commun, vignes, liserons, mais aussi des nénuphars ou des fleurs de grenadiers. Une version primitive de ces dessins existe dans les bas-reliefs achéménides, surtout à Persépolis. Ensuite, ils apparaissent sur des lambris, des arcs et des niches, et créent un ensemble ornemental exceptionnel.

c) Les motifs animaux et humains, y compris les thèmes mythologiques

Un grand nombre d’œuvres en stuc représente des motifs humains. Il y a aussi des figures animales comme celles du chameau, du cerf, du sanglier, du lion, de l’aigle et de petits rapaces, qui ont surtout pour fonction de remplir les espaces vides. Le motif animalier le plus célèbre est celui de deux gazelles sur un terrain de chasse, l’une cornue et l’autre sans corne.

d) La calligraphie et les inscriptions de l’épitaphe La calligraphie sur stuc est une technique que les Sassanides ont empruntée aux Parthes. Pourtant, les exemples de cet art de l’époque parthe sont extrêmement rares. La calligraphie sur le stuc sassanide réapparaîtra plus tard à l’époque islamique, surtout dans l’architecture des mosquées et autres lieux de culte (la synagogue Youssefâbâd à Téhéran). Il s’inspire largement de l’arabesque et des fioritures du stuc mauresque.

L’art du stuc préislamique continuera après l’islamisation de l’Iran. La Grande mosquée de Naïn et la tour de Gonbad-e Qâbus édifiée en 1006 en sont d’illustres exemples. 

Bibliographie :

- Alison Henry ; Stewart, John, Practical building conservation. Mortars, plasters and renders, Eds. Farnham/Burlington et Ashgate, 2011.
- Lomonosof Igor, L’intérieur et le décor, Ed. CPB, 2002.
- Pirniâ Mohammad-Karim, Sabk-Shenâsi-e Me’mâri-e irâni, Ed. Soroush, 1387, Téhéran.
- Hâtam Gholam-Ali, Saisonnière de la faculté d’art de l’université de Téhéran, Cinquième année, no. 14.
- Ctuko, La Grande Encyclopédie Soviétique.


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