N° 65, avril 2011

Norouz dans quelques pays voisins de l’Iran


Mahnâz Rezaï


Norouz [1], fête de l’arrivée du printemps et du nouvel an, est célébré depuis 3000 ans en Iran. La date de cette fête varie entre le 20 et le 22 mars. Norouz est également célébré hors de l’Iran, en particulier dans les pays qui ont autrefois été des territoires de l’Empire perse tels que l’Afghanistan, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Pakistan et le Tadjikistan. Les habitants de ces pays suivent les coutumes iraniennes associées à Norouz, en les agrémentant aussi de leurs propres coutumes locales.

Norouz au Kazakhstan

Norouz est une fête très appréciée par les habitants de ce pays. Selon les croyances populaires, à Norouz, tout redevient neuf et la terre se remplit de joie. Les Kazakhs célèbrent Norouz par des expressions telles que "Norouz est le jour que l’on attendait depuis une année" ; "Norouz est le jour où la pierre bleue de Samarkand fond". La veille de Norouz, ils allument deux bougies et nettoient leur maison car toujours selon les croyances populaires, cela permet d’éloigner les maladies et de chasser la malchance. Les femmes préparent une sorte de repas avec de la viande de cheval qu’elles offrent aux gens, et elles reçoivent d’eux des miroirs ou du parfum comme cadeau. Au premier jour de Norouz, à trois heures du matin, les jeunes gens sellent un cheval, suspendent une poupée ayant une clochette au cou de l’animal et le font galoper pour réveiller tout le monde. La poupée et la clochette symbolisent le Nouvel an et annoncent son arrivée. On croit également que s’il pleut ou neige au premier jour de l’an, c’est un bon signe et l’année sera bonne.

Durant Norouz, les Kazakhs portent des vêtements blancs et neufs qui symbolisent la joie et le bonheur. Ils vont se rendre mutuellement visite et lors de ces visites, ils se touchent à l’épaule. Les femmes préparent une sorte de potage fait de sept ingrédients appellé gouj qui signifie « adieu à l’hiver et aux repas hivernaux ». Des compétitions sont également organisées, dont l’une des plus célèbres est le ghoul touzâgh opposant les femmes et les hommes. Si les femmes gagnent, c’est de bon présage...

Norouz au Turkménistan

Norouz au Turkménistan
Photo : Mehr

Les Turkmènes croient que Norouz est le jour où Djamshid, quatrième roi de la plus ancienne dynastie légendaire iranienne, accéda au trône. Lors de Norouz, les Turkmènes se rendent visite, préparent des repas particuliers et se les offrent mutuellement. Les courses de chevaux, la lutte, les échecs comptent parmi les compétions organisées au Turkménistan à l’occasion de Norouz.

Norouz en Azerbaïdjan

Célébrations de Norouz avec des costumes traditionnels en Azerbaïdjan

Norouz est également l’une des plus grandes fêtes des Azerbaïdjanais. Il est considéré comme la fête de l’éloge de tous les êtres et des objets sacrés, et est aussi le synonyme de santé, de prospérité et d’abondance. Il existe aussi de nombreux mythes et fables azéris sur Norouz. Ainsi, selon un conte, Siâvash [2], fils du roi Kâvous, voyagea au pays d’Afrâsyâb où celui-ci l’accueillit avec gentillesse et lui donna sa fille en mariage. Siâvash fit construire le mur de Boukhârâ. Les ennemis, jaloux de leur amitié, semèrent la discorde entre eux de sorte qu’Afrâsyâb fit tuer Siâvash puis ordonna de mettre son cadavre sur les créneaux du mur de Boukhârâ. Les zoroastriens prirent son cadavre, l’enterrèrent et entonnèrent de douloureux chants de deuil. Dans ces chants, les zoroastriens ont appelé Norouz "le jour de l’enterrement de Siâvash". Les Azerbaïdjanais célèbrent Norouz avec des chants, un repas de Norouz et en se posant des énigmes. Les préparations de Norouz durent tout le dernier mois de l’hiver. Ils s’achètent alors des vêtements neufs et nettoient leur maison. Durant la nuit du dernier mercredi de l’année, les jeunes filles font un vœu et se cachent derrière la porte entrouverte de la maison. Si elles entendent le premier passant parler de quelque chose de bon, c’est de bon augure et leur vœu se réalisera au cours de la nouvelle année. Durant ce jour, les Azerbaïdjanais s’efforcent donc de ne parler que de sujets agréables et évitent de médire. Parmi les traditions des Azerbaïdjanais pendant Norouz, nous pouvons également citer le rituel d’envoyer du samanou [3] aux amis, d’accrocher des chapeaux sur les portes, ou encore d’accrocher un sac au toit des maisons pour demander des ’eidi [4].

Norouz au Tadjikistan

Tadjiks célébrant Norouz à Douchanbé, capitale du Tadjikistan

Norouz est la fête nationale des Tadjiks. On l’appelle "la grande fête" et il est considéré comme le jour de l’amitié et celui où toutes les créatures reprennent vie. Au jour de Norouz, les femmes tadjiks nettoient leur maison et mettent un balai rouge à la porte avant le lever du soleil : la couleur rouge y symbolise le bien, la victoire et la prospérité. Après le coucher du soleil, on met les meubles hors de la maison et on accroche un tissu rouge au fronton des maisons. En ouvrant la porte et les fenêtres, on y fait entrer l’air frais du printemps. Durant les premiers jours de Norouz, on cuit de délicieux gâteaux et repas et on fait des compétitions, notamment de la lutte.

Norouz au Tadjikistan, 2007

Norouz au Pakistan

Norouz au Pakistan
Photo : Mehr

Les Pakistanais appellent Norouz âlam afrouz, c’est-à-dire un "jour nouveau qui éclaire le monde en arrivant". Afin d’accueillir la nouvelle année, ils nettoient la maison, portent de nouveaux vêtements, préparent toutes sortes de repas et gâteaux, se rendent visite et échangent des ’eidi. Il est aussi de coutume pour les Pakistanais de chanter des chants concernant Norouz en ourdou, dari et arabe sous forme de ghassideh et ghazal. La fête de Norouz a aussi pour but de se rappeler l’espérance, la paix et l’amitié.

Norouz en Afghanistan

Norouz en Afghanistan, mars 2010, Mazâr-e Charîf
Photo : Majid Saeedi

Aux premiers jours de l’année, les plaines et les toits en boue de Balkh se remplissent de roses. On dirait un "panier plein de roses". C’est pourquoi la fête de Norouz est appelée aussi "la fête des roses". Du matin du premier jour de Norouz au quarantième jour du nouvel an, les Afghans hissent un étendard attribué à l’Imâm Ali, et les malades et les nécessiteux se rendent au pied de cet étendard. Les Afghans célébrant cette fête croient que si au moment de hisser cet étendard, celui-ci se lève doucement et sans frissonnement, on aura une bonne et heureuse année.

Sources :
- Azarân, Hossein, Djashn-e Norouz (La fête de Norouz) éd. Hirmand, 2002.
- Rezâ’ï, Abd-ol-Azim, Târikh-e Norouz va gâhshomari-e Irân (Histoire du Norouz et le calendrier persan), éd, Eghbâl, 2002.
- Soltân Zâdeh, Mohammad Asef, Norouz faghat dar Kâbol bâsafâst (Norouz est beau et agréable seulement à Kaboul), éd. Markaz, 2004.

Notes

[1Le mot norouz vient de l’avestique signifiant "nouveau jour".

[2Siâvosh est un héros mythologique iranien, dont l’histoire est relatée dans le Shâh-Nâmeh. Prince héritier, il est poursuivi par sa belle-mère pour son charme et doit passer l’épreuve de feu, qui prouvera son innocence. Il sera tristement et injustement tué. Siâvosh symbolise en Iran le sang de l’innocent injustement tué.

[3Sorte de mets fait de germe de blé (symbolisant l’abondance)

[4Cadeau offert à l’occasion du nouvel an.


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