N° 79, juin 2012

Les Qâdjârs et l’Europe, quelle interaction ?
La société iranienne et la lorgnette européenne


Afsaneh Pourmazaheri, Esfandiar Esfandi


La rencontre Orient-Occident a toujours suscité la curiosité internationale. C’est en effet découvrir le monde inconnu et « mystérieux » de l’Orient qui a poussé les Occidentaux vers les terres lointaines tout au long de l’histoire. Quant aux Orientaux, s’ils s’intéressèrent à l’Occident, ce fut pour sa technologie et son potentiel militaire. Au cours de ces contacts, des liens forts furent parfois tissés entre des nations, qui n’ont jamais été rompus bien que parfois affaiblis par des problèmes internationaux. Pour exemplifier ce dernier cas, on peut évoquer l’histoire des rencontres franco-iraniennes. Les deux pays ont commencé à entretenir de véritables relations après le Moyen-âge. Bien avant, c’est en deçà même de l’histoire qu’on retrouve les premières traces de la présence persane en Occident : dans les textes bibliques, notamment dans l’Ancien Testament. D’une manière générale, un survol historique révèle la prépondérance de liens de type culturel entre les deux pays, avec au départ, une part importante de religiosité (présence de missionnaires français sur le sol iranien). Les XVIIe et XVIIIe siècles ont assurément constitué des moments privilégiés pour les relations franco-iraniennes. Pour le reste, celles-ci ont perduré bon an mal an, et ce, jusqu’à la Révolution Islamique de 1979 qui entraîna de profonds changements quantitatifs et qualitatifs dans lesdites relations.

Nicolas Prospère Bourrée

« Celui qui étudie les relations entre ces deux nations durant des siècles, sera ébloui par l’attachement et l’affinité, toujours dominantes, créées entre l’Iran et la France. Et cela est encore une raison de plus pour que je sois attiré par un peuple qui a toujours été notre ami et parfois notre compatriote » [1] , aurait dit un jour avec entrain Emile Lesueur, professeur de français en poste à Téhéran durant les années 1920. Cette citation est d’autant plus notable qu’elle rend compte d’une vérité transhistorique qui, si elle ne recouvre pas le début du millénaire qui vient de se clore, concerne néanmoins sa part congrue.

Un survol politico-historique

Pendant le XIXe siècle, les hommes d’affaires iraniens, par leur ignorance des relations internationales, tentèrent maladroitement d’inciter, à leur propre avantage pensaient-ils, la France à prendre position contre l’Angleterre d’une part, et d’autre part, la Russie. Nouvel échec, à cause des problèmes de la France en Europe et également, à défaut d’une présence permanente des Français en Iran, autrement dit, de leur non-disponibilité. [2] A trois reprises dans son histoire, la France joua un véritable rôle politique en Iran. La première fois, elle s’impliqua sans succès en faveur de l’Iran, dans un face-à-face entre cette dernière et la Russie. La deuxième fois, ce fut en 1858 où elle intervint dans un conflit entre l’Iran et l’Angleterre, pour le contrôle d’Hérat, qui se termina au détriment de l’Iran. La troisième intervention française eut lieu pour départager l’Angleterre et la Russie dans une autre confrontation à propos de leurs intérêts respectifs en Iran, en Afghanistan et au Tibet en 1907, conflit au cours duquel les intérêts iraniens furent une fois de plus sacrifiés.

Malgré ces échecs politiques, la collaboration culturelle et scientifique franco-iranienne ne resta pas lettre morte. Un grand nombre de voyageurs français visitèrent l’Iran et de nombreux récits de voyage furent publiés dans différentes langues, dans de nombreux pays, et notamment en Europe. [3] A cette époque, l’Iran était engagé dans une guerre avec la Russie et Fath’Ali Shâh Qâdjâr [4] venait tout juste de succéder à Aghâ Mohammad Khân Qâdjâr [5]. Le nouveau roi, vaincu par les troupes géorgiennes et ignoré par les Anglais, fit appel à Napoléon Bonaparte [6] dans l’espoir de réorganiser ses troupes. Pendant ce temps, la France de Napoléon continuait de se battre contre les armées anglaises et russes en espérant mettre à exécution leurs projets expansionnistes. Cette situation incita Bonaparte à se tourner vers l’Iran qui, sous le règne de Fath’Ali Shâh, était en quête d’une force étrangère susceptible de faire face au pouvoir militaire russe et à son avancée au cœur du Caucase. Pour parvenir à fournir de la nourriture et des armes au pays en question, Napoléon aussi, de son côté, avait besoin de l’aide de Fath’Ali Shâh. Le contexte était donc propice à l’établissement de relations bilatérales de plus en plus ouvertes et par la suite, de plus en plus étroites entre l’Iran et la France. Napoléon Bonaparte envoya donc son commandant romain Romieu [7] en Perse, accompagné d’un traducteur du nom de Joubert [8]. Le 4 mai 1807 le traité de Finkenstein [9] fut signé et les deux pays entrèrent dans une phase de collaboration militaire. Le général Gardanne [10] arriva en Perse pour mettre de l’ordre dans l’armée de Fath’Ali Shâh. Malheureusement, les troupes iraniennes avaient trop longtemps manqué d’un encadrement efficace, et malgré les efforts déployés par Gardanne, elles ne parvinrent pas à donner le change aux armées géorgiennes.

Nâssereddin Shâh à l’exposition universelle de Paris, 1889

On conçoit qu’à ce stade de l’histoire des relations franco-russes, il n’y avait guère de quoi rendre les deux parties optimistes. La suite des événements allait pareillement continuer à être en défaveur des Iraniens car Napoléon Bonaparte, en posant sa signature en bas du contrat franco-russe de Tilsit [11], revint du même coup sur toutes les promesses qu’il avait souverainement faites à la Perse au moment de la signature du contrat de Finkenstein. Son échec en Inde fut évidemment la principale cause de ce revirement car, avec la perte potentielle de l’Inde, l’Iran venait de perdre son intérêt stratégique aux yeux des Français. Désormais, et pendant un certain temps, les relations franco-iraniennes n’allaient plus connaître de périodes fastes, et les occasionnelles améliorations étaient immédiatement remises en cause par les interventions russes et anglaises. [12] Les rois qâdjârs firent ensuite preuve d’une certaine flexibilité et, oubliant les paroles non tenues des Français, pris en étaux entre les pressions anglaises et russes, acceptèrent une fois de plus, sous le règne de Mohammad Shâh [13] de recevoir l’envoyé de Louis Philippe [14], le Comte de Sercy [15]. (nouveau ministre plénipotentiaire délégué par le roi en Iran en 1840, dans le but d’assurer la liberté des catholiques en Iran). Mohammad Shâh espérait ainsi (on ne se refait pas) que la France le protégerait contre ses deux adversaires. [16]

Avec l’arrivée du comte de Sercy et du corps diplomatique français en Iran, en janvier 1840, une nouvelle étape relationnelle sembla débuter, avec un apport non plus politique ou commercial, mais d’ordre plutôt scientifique et culturel du côté français. Une nouvelle « ère » venait de débuter pour les relations franco-iraniennes. De Sercy entra en Perse, accompagné d’Eugène Boré [17], professeur de langue arménienne au Collège de France, de quelques officiers, un médecin, deux orientalistes, un peintre et un architecte. Dès lors, les relations entre les deux pays se limitèrent à des liens de type scientifique et culturel.

On peut également parler, il faut le noter, de bonne entente : « Au lendemain de la défaite de la France en 1870 [défaites françaises face aux Prussiens et à leurs alliés à Wissembourg, Forbach-Spicheren, Froeschwiller-Woerth et Saint-Privat la Montagne], notre peuple, isolé et sans espoir, reçut le chaleureux accueil du roi de Perse, Nâssereddin Shâh [18]. Son acte fut tellement généreux et humain qu’aucun Français ne l’oubliera jamais », écrivait Emile Lesueur [19] pour bien marquer la dimension affective de ce nouveau volet des relations franco-iranienne. Un autre voyage fut entrepris et réalisé par Pierre Loti [20] et quand il fut avéré qu’il se rendait à Ispahan et à Yazd, Fâteh-ol-Molk, agent iranien, fut nommé (preuve de la bonne volonté iranienne) responsable de la sécurité de ce voyageur français. Entre autres voyageurs français qui firent à l’époque le voyage en Iran, il faut également citer Canerie Delman et Hidé Taman accompagnés par un traducteur français. [21] Malgré quelques problèmes, tous ces voyageurs purent faire l’expérience de l’hospitalité et de l’accueil chaleureux des Iraniens. A chaque fois, selon leurs propres dires, ils s’en retournaient dans leur pays la tête pleine d’agréables souvenirs. [22]

Frise de l’Apâdânâ (palais de Darius) à Suse découverte par Marcel Dieulafoy et ramenée à Paris, Musée du Louvre

En 1844, le Comte de Sartiges [23] (premier secrétaire de l’ambassade de France en Turquie) vint en Iran dans l’espoir de prendre en charge et d’améliorer la situation des catholiques d’Iran et d’agir en vue d’améliorer la liberté de commerce et les relations (qualitativement et quantitativement) entre les commerçants français et iraniens. Il resta cinq années durant dans le pays, mais sans parvenir à réaliser ses projets comme il le souhaitait (c’était sous le règne de Mohammad Shâh et de Nâssereddin Shâh). Enfin en 1849, mécontent, il quitta l’Iran pour Paris.

La tentative finale de la France en vue d’obtenir des concessions militaires ou politiques date de 1855. Nicolas Prospère Bourrée [24] venait d’être nommé par Napoléon III [25] pour créer une base maritime pour la France sur les côtes du golfe Persique ; un projet de plus qu’il fallut abandonner à cause (décidément) de l’intervention anglaise et russe. [26] En parallèle, les voyages se poursuivirent. Celui d’Eussache par exemple, un autre voyageur français, qui quitta l’Iran pour la France en 1897, et pour l’accueil duquel le chargé d’affaires de l’ambassade de France en Iran remercia très chaleureusement les autorités iraniennes en son nom propre et au nom d’Eussache. Le rôle d’illustres personnages étatiques tels que Moshir-od-Dowleh [27], ministre des affaires étrangères, en vue de faciliter et de rendre autant que possible plaisant le séjour des voyageurs français en Iran n’est d’ailleurs pas négligeable. [28] Ces interventions permirent de laisser jusqu’à nos jours, de bons et persistants souvenirs des deux côtés.

Jacques de Morgan, 1892

La part de l’archéologie

La Perse, carrefour d’anciennes civilisations, a toujours représenté un lieu important pour les fouilles archéologiques. Avec le décodage de l’écriture cunéiforme à Neinavâ [29], les excavations de Suse et de Persépolis brillèrent d’un feu nouveau. Des spécialistes trouvèrent alors le moment opportun pour se lancer, en terre iranienne, à la recherche des vestiges de l’ancienne Perse. Laftles et Williams, deux Anglais passionnément épris des charmes de la Perse, y entrèrent dans l’espoir de mettre à jour l’emplacement exact du célèbre palais qui abrita le couronnement de Darius [30], mais aussi, du palais Apâdânâ. Mission (enfin) accomplie. Ils rédigèrent ensuite le rapport détaillé de leur excavation et rapportèrent noir sur blanc le souvenir de leur fructueux séjour en Iran.

En 1895, à la suite d’un contrat passé entre Baloa, ministre plénipotentiaire de France, et les représentants de Nâssereddin Shâh, la concession des fouilles archéologiques sur tout le territoire iranien fut confiée aux Français. « Ainsi nos compatriotes avaient le droit d’emporter avec eux la moitié de ce qu’ils trouvaient en Perse » [31] . Pour les Français, ce fut un contrat plutôt avantageux. Quant à Nâssereddin Shâh, il appréciait particulièrement la France. Ce qui explique en partie qu’il ait ordonné, apparemment sans trop de réticence, que les objets trouvés à Suse soient gardés au Louvre. « Cela représentait vraiment un cadeau royal » [32], note Lesueur.

Cette fois, les Français rapportaient dans leurs bagages une découverte scientifique qui avait valeur de nouveauté (précisons que leurs rapports, comme d’ailleurs ceux de Ravilson, de Tagzieh et de Finlandin restaient assez superficiels, faute d’équipements adéquats et de précision dans le travail). [33] Entre 1885 et 1886, Marcel Dieulafoy [34] fut envoyé dans le Khouzestân, plus précisément à Suse et à Shoushtar. Il se mit rapidement au travail, accompagné et assisté par sa femme et par deux autres jeunes archéologues. Le résultat des fouilles qu’ils effectuèrent dépassa toutes les attentes. Les efforts de l’ingénieur Marcel Dieulafoy ont abouti à la mise à jour d’une grande part de l’histoire persane, à savoir, de certaines parties de ce qui représentait la cour d’Artaxerxès [35] et de Darius, de la salle consacrée à la Garde Immortelle (gârd-e djâvidân) décrite précédemment par Hérodote [36], des bas-reliefs en forme de lion, des pierres rehaussées de divers motifs, de pièces de monnaies en écriture cunéiforme, de quelques restes humains, et de plus de cinq cents objets variés appartenant aux époques arsacide [37] et sassanide [38]. Ces objets furent emportés et exposés au musée du Louvre, et ont grandement permis d’éclairer d’une lumière nouvelle, certains recoins jusqu’alors obscurs de l’histoire iranienne, mais aussi de l’histoire universelle. En revanche, les événements ou éléments concernant la période relative à la dynastie élamite [39], rivale et vainqueur de Babel et de Ninive, restèrent encore quelques temps dans l’ombre jusqu’à l’arrivée d’un autre personnage marquant de l’archéologie de cette époque, Jacques de Morgan [40].

Château construit par Jacques de Morgan à Suse

Le 11 août 1900, Jacques de Morgan, ex-doyen du département des antiquités égyptiennes, se vit confier l’honneur et la responsabilité de mener à bien ce projet archéologique. La moitié des objets retrouvés grâce aux fouilles allaient donc revenir à la France, sauf les objets trouvés à Suse. Ceux-là deviendraient dans leur totalité, propriété française. En somme, De Morgan ne s’est pas contenté de Persépolis et de Hegmataneh (actuelle Hamedân). Son objectif principal était Suse, parce que c’était à Suse « qu’on pouvait découvrir le vieux monde qui inventa l’écriture, l’utilisation des métaux et les arts. » [41] Il était à son tour destiné à faire de grandes découvertes. Il forma sa propre équipe d’archéologues et ensemble, ils se mirent à déchiffrer l’histoire de l’Elam en s’attaquant aux ruines de Suse et aux vestiges que comprenaient beaucoup d’autres provinces de la Perse. Il découvrit les hautes colonnes monolithiques de Manishtusu et de Naram-Sin, construites au IVe siècle av. J.-C., mais aussi la fameuse tablette de Hammourabi, contenant les plus anciens événements de l’histoire de l’humanité découverts jusqu’à ce jour. Jusqu’en 1908, il a mis chaque année sur pied une expédition et surveillait personnellement les fouilles. De 1908 à 1911 et malgré sa santé fragile, il resta trois ans à Ardebil. Une fois à Suse, et avant toute chose, Jacques de Morgan entama les fouilles de la cour principale d’où il parvint à extraire de précieux objets archéologiques. Il augmenta le nombre d’ouvriers jusqu’à 1200 personnes et désigna quelques Français et Iraniens [42] pour surveiller la bonne marche du projet. Chaque grotte creusée comptait généralement vingt mètres de profondeur et quinze mètres de largeur. Chaque groupe de soixante ouvriers pouvaient creuser jusqu’à quarante mètres carrés par jour. [43]

Il avait bâti une forteresse où il gardait tous les objets trouvés pendant les excavations. Pour transporter les objets, il avait prévu trois cents grands coffres en bois, inspirés de Marcel Dieulafoy, et les avait emportées avec lui en Iran. « Ce fut grâce à ses efforts que les objets trouvés à Suse sont arrivés à Paris sans être endommagés. » [44] Lorsque après de dures années de travail, sa santé se détériora et qu’il fut obligé de se retirer, d’autres Français le remplacèrent. Parmi ces derniers, Mecquenem, qui prit en charge la direction des fouilles à Suse. Bondoux et Pezar(d) se chargèrent, quant à eux, des fouilles à Rey en 1909. Guiffrey, employé du Musée du Louvre et Henri Violet, ont eux aussi tenté l’aventure entre 1910 et 1912. Fossey, professeur au Collège de France, « fouilla » Hegmataneh dans l’espoir d’y trouver les tombeaux d’Esther [45] et de Mordkhai. Ce fut lui qui dirigea personnellement les excavations à Firouzâbâd de Rey au début de la Première Guerre mondiale et celles de l’Imâm Zâdeh Zolfaghâr à Varâmin en 1916. « Qui peut récompenser les efforts, le courage et la persévérance de ces avant-gardes de l’archéologie et de la science ? » [46] souligne Lesueur, apparemment touché par les « sacrifices » de ses compatriotes. A la lumière de ces découvertes, l’histoire de la Perse s’avéra beaucoup plus ancienne que prévue, et, il faut dire que les Iraniens furent les premiers à être étonnés de ses découvertes inattendues. [47]

Une éducation à la française ?

Alors que la Perse était restée longtemps à l’écart du tumulte du monde et de son évolution, l’Iran du début du XXe siècle s’est largement ouvert aux influences extérieures. Les minorités religieuses chrétiennes (Arméniens, Assyro-Chaldéens) et juives nouèrent, dès cette époque, des relations suivies avec la culture européenne, notamment à travers les écoles religieuses, tandis que les Zoroastriens entretinrent des contacts réguliers avec leur coreligionnaires de Bombay.

La création des écoles de missionnaires catholiques remonte à l’époque de Mohammad Shâh. Ainsi, le système éducatif proposé par le clergé laissa la place aux écoles des missionnaires chrétiens qui étaient restés en place en Iran jusqu’au XXe siècle malgré les problèmes politiques, et notamment, ceux relatifs à la Première Guerre mondiale. Ces écoles étrangères furent tout d’abord réservées aux minorités religieuses mais petit à petit, elles attirèrent l’attention des élites iraniennes grâce à la qualité de leurs enseignements. Ainsi, ces dernières introduisirent à la fois la modernité et la culture européenne, non seulement à Téhéran, mais aussi dans d’autres provinces iraniennes, dont l’Azerbaïdjan, à Tabriz, Oroumieh, Ispahan, Shirâz et à Boushehr. Quant aux écoles iraniennes modernes, il n’en exista qu’une seule et unique (au véritable sens du terme) l’école Dâr-ol-Fonoun. L’établissement supérieur public le plus ancien date de 1851, et fut construit à Téhéran par les soins du chancelier réformateur Mirzâ Taghi Khân Amir Kabir [48]. Cette école était destinée à l’apprentissage (moderne) des futurs cadres de l’Etat, et fut dirigée par des professeurs européens, notamment par des Français. [49]

Mozaffareddin Shâh à la une du Petit Journal

Concernant les écoles fondées par les missionnaires français en Iran, elles avaient engagé une forte compétition les unes avec les autres (malheureusement, les documents historiques portant sur le sujet sont assez rares). Dans quelques cas, cette compétition s’est transformée en querelle ouverte, posant ainsi de graves problèmes à l’Etat iranien. [50] Sans compter les rivalités entre orthodoxes, catholiques et protestants, et leurs effets sur les Français eux-mêmes, qui aboutirent à des conflits violents. Leur présence en Iran chiite prépara également le terrain pour des conflits occasionnels entre les chiites, les sunnites et les chrétiens, le tout suscitant de véritables troubles en Iran. [51] C’est pourquoi, comme on vient de le noter, ils se retrouvèrent souvent engagés dans des conflits qui rendaient la tâche du gouvernement iranien plus difficile. Ces conflits ont perduré jusqu’à l’époque de Nâssereddin Shâh et de Mozaffareddin Shâh. Par ailleurs, les conflits entre les kurdes et les catholiques d’une part et les catholiques et les chiites d’autre part, entraînèrent un grand nombre de morts et autant de destructions. Presque toutes les écoles catholiques tombèrent en ruine. Plus tard, après la guerre, les catholiques tentèrent de rebâtir leurs écoles. Résultat : selon les documents du ministère des affaires étrangères en 1924, le nombre des anciennes écoles des missionnaires catholiques en Iran était de 77. [52] Autre exemple, M. Lesné, envoyé du Pape en Iran, avait demandé que les équipements médicinaux destinés aux provinces d’Oroumieh, de Khosrow Abâd, Tabriz, Ispahan et à Téhéran ne soient pas imposés. [53]
Celui-ci espérait en effet être traité comme les Allemands par les autorités iraniennes. Le ministre des douanes rejeta sa demande et ajouta que les missionnaires français, comme les Allemands, les Russes, les Anglais et les Américains étaient contraints de payer leurs impôts, et qu’il ne ferait aucune exception. [54]

Les autres apports commerciaux

Les premières années du XXe siècle furent particulièrement critiques pour la Perse. Avec la signature du traité du 31 août 1907 entre les Anglais et les Russes, le pays se retrouva littéralement partagé entre deux puissances de l’époque, l’Angleterre et la Russie. En 1919, la Russie, affaiblie, mit temporairement entre parenthèses ses intérêts sur le sol iranien. Le pays se retrouva de la sorte sous l’autorité des Anglais. Quant à la dynastie qâdjâre, elle avait régné, tant bien que mal, plus de 125 ans en Perse. Mais l’égoïsme viscéral des Qâdjârs ne tarda pas, suite à la signature du traité de Torkamantchâi [55], à provoquer la dégradation irrémédiable de la situation économique de la Perse. Le XIXe siècle avait révolutionné les modes de vie européens. La modernité, technologie et avancées économiques aidant, vint faciliter la vie des pays occidentaux. Au même moment, la Perse sombrait dans l’inanition. Quand elle revint à elle, il était déjà trop tard. Pour répondre aux besoins de la population, le pays devait importer massivement les aliments les plus élémentaires comme le sucre, le thé, et même des produits comme par exemple de simples aiguilles. Quant aux exportations, elles représentaient une part insignifiante du commerce. Celui du tabac et des turquoises ne parvenait pas à résoudre les problèmes du pays. La seule banque iranienne « la Banque Impériale », était totalement assujettie aux Anglais.

Mozaffareddin Shâh lors de l’un de ses voyages en France, ici à Martigny

Les voyages réguliers des souverains iraniens en Europe occidentale avaient contribué à faire évoluer (pas toujours de manière constructive) la mentalité de certains notables et intellectuels iraniens pour qui occidentalisation était inévitablement synonyme de modernisation. D’autre part, la rente pétrolière apportée par les pays industriels avait scellé cette relation privilégiée et en partie malheureuse de l’Iran contemporain avec les pays occidentaux, tout en conférant à cette relation une dimension politique à la base des conflits à caractère nationaliste qui marquèrent les rapports entre l’Iran et le monde européen. [56]

Dans la réalité à laquelle a été confrontée l’Iran, le pays a toujours balancé entre la volonté d’assimiler l’autre et ce qu’il représentait, et celle de l’exclure. L’industrialisation et la modernité qui qualifient l’Occident (notamment l’Occident du début du XXe siècle) dans sa rencontre avec l’Orient se sont très tôt transformées en arme d’exploitation et d’instrumentalisation de l’autre. L’autre a été perçu, cette fois pour les Occidentaux, comme un objet avantageux sans autre utilité que de faire avancer l’Occident dans sa marche expansionniste. Au début du XXe siècle, avec l’ascendant technologique pris par l’Occident et avec la légitimation de sa supériorité, il était impossible que sa rencontre concrète avec l’Orient (subjugué, paralysé) ne suive pas des visées expansionnistes. [57]

Sous le règne de Nâssereddin Shâh, Fabius Boital contribua grandement à la construction du chemin de fer, de multiples usines, du tramway de Téhéran, de l’usine de gaz et d’électricité (tcherâgh-e gâz va tcherâgh-e bargh) et d’habitations pour certaines personnalités iraniennes. Nommé architecte particulier du roi, il fut chargé de construire également certaines des grandes routes de l’Iran, routes qu’il construisit également pour les compagnies étrangères. [58] Les paroles d’Emile Lesueur à propos du commerce français (au sens large) en Iran, méritent d’être citées : « Récemment nous avons cessé notre exportation de sucre vers l’Iran puisque les Russes qui avaient le monopole du bazar du sucre dans ce pays ont fait ce qu’il fallait pour nous devancer, d’abord discrètement, et enfin clairement, sur ce terrain. Parfois ils plaçaient des billets dans les sachets de sucre pour appâter la population. Et maintenant les besoins de sucre en morceaux de l’Iran sont satisfaits par l’ةgypte, l’Inde (colonie anglaise), les Etats-Unis et la Russie. En Iran nous vendons des produits de luxe et de la mercerie et de la papeterie, et là aussi nous sommes confrontés à la rivalité de l’Angleterre, de l’Inde, de l’Egypte, des Etats-Unis et du Japon. Heureusement que les gens préfèrent nos produits bien qu’ils soient plus chers et qu’ils n’arrivent pas en Iran assez régulièrement (…) Nous ne pouvons même pas exporter de la poudre à canon qui était autrefois appréciée par les chasseurs téméraires du plateau iranien. » [59] De même, un commerçant français explique, à propos du commerce avec la partie iranienne : « Les agents anglais, qui se sont installés au port de la Mer Caspienne et qui dirigent tout, en voyant la liste des marchandises, apprennent qu’une cargaison étrangère est en train d’arriver en Iran et que son contenu pourrait concurrencer leurs propres marchandises. Ils s’arrangent pour faire attendre la cargaison en question le temps, non seulement, d’écouler leurs propres marchandises et de vider leurs entrepôts, mais aussi, le temps que les nouvelles marchandises anglaises arrivent et soient distribuées sur le marché iranien. » [60] « Compte tenu qu’un nombre considérable d’Iraniens sont francophones, ajoute-il, comment peut-on accepter que la place des journaux, des revues et des livres français ait été si insignifiante ? Les hommes d’Etat français ne viennent pas en Iran et le peu de commerçants français en Iran se plaignent de l’irrégularité de l’importation de marchandises françaises. Maintenant les seules voies pour atteindre l’Iran passent par Bouchir, Chiraz, Ispahan, jusqu’à Téhéran ou par Basra, Bagdad, Hamadan, Qazvin et enfin Téhéran. Les deux voies passent par des zones anglaises et donc nous avons besoin de bateaux anglais, et il est clair que de cette manière, cela prend plus de temps que prévu. » [61]

Et dans le domaine de la culture ?

Aux premiers jours du XXe siècle, la collaboration culturelle des deux pays débuta avec la participation de l’Iran à l’Exposition Universelle de 1900, un temps où l’art iranien fut pour la première fois présenté aux Français à Paris. Les relations culturelles franco-iraniennes atteignent leur point culminant entre les années 1928 et 1935. Les échanges d’étudiants et de professeurs, les cérémonies et les correspondances et leur compte rendu dans les médias confirment cette réalité historique. L’installation de Mohammad Ghazvini [62] à Paris et ses activités culturelles dans le domaine de l’iranologie, ainsi que les activités des iranologues français en Iran renforcent ce lien. [63] Durant ces premières années du XXe siècle, les changements et transformations qu’apportèrent ou imposèrent les pays et les modèles sociétaux étrangers s’avérèrent trop brutaux et ne concernaient pas exclusivement, il va de soi, le domaine militaire ou politique. L’économie, également, subit de grands bouleversements, qui provoquèrent de grands ravages structurels et infrastructurels. L’intrusion d’une culture européenne plus complexe, plus évoluée en matière de technologie, de connaissances scientifiques, d’urbanisation ou de développement politique, conduisit à affaiblir peu à peu les fondements de la société. Une vision du monde radicalement nouvelle, centrée sur le progrès et l’individu, s’en vint remplacer des structures communautaires anciennes et figées. Les marchés s’ouvrirent à la concurrence extérieure, fragilisant les producteurs agricoles qui n’étaient pas préparés à la fluctuation des prix. [64]
La Révolution constitutionnelle de 1906 coïncide avec l’ouverture politique et économique de l’Iran vers le monde extérieur. Ainsi elle marque le début du XXe siècle en Iran. [65]

Ahmad Shâh Qâdjâr accompagné de ses ministres lors d’une visite privée à Paris, lors d’une visite de l’hippodrome de Longchamp

Jusqu’au dernier tiers du XIXe siècle, la Perse entretient alors de bonnes relations économiques avec les marchés étrangers, notamment avec la Chine comptant parmi les principaux importateurs de produits iraniens dont, l’opium, le coton, le tabac, la soie, la laine et les tapis. Progressivement, avec la mise en place du régime de capitulation, le marché occidental, avec ses produits et sa logique, pénétra au cœur du bazar iranien et le régime douanier commença à remettre en question toutes ses réglementations traditionnelles. [66] En 1905, une manifestation qui avait pour revendication l’obtention d’une maison de justice (’edâlat khâneh) et le départ de Naus [67] de l’Iran fut interprétée par les observateurs comme le premier signe manifeste de l’insatisfaction des masses.

La société persane sous le regard d’un professeur français

Nous rapporterons ci-dessous quelques exemples de descriptions d’Emile Lesueur de l’Iran et des Iraniens. Parfois, des contradictions apparaissent dans ses propos. Cependant, il faut tenir compte du fait qu’il s’agit d’un Européen qui essaie de comprendre l’Iran, et que parfois sa nature et son regard d’occidental le font dévier des sentiments qu’il éprouve pour l’Iran. A la suite de son voyage à la ville de Rey, l’ancienne capitale de la Perse antique devenue une ville en marge de l’agglomération de Téhéran, il écrit : « Le printemps de la Perse dans les premiers jours du mois de Farvardin de 1921, est enfin arrivé, avec toutes ses beautés. Les prairies sont toutes vertes, les jardins sont remplis du parfum des roses et des fleurs Mohammadi, et les fermes sont couvertes de pavots. C’est dans une telle ambiance que je me promène à travers les ruines de la ville de Rey. Entretemps, ce dont je me souvenais de la Tora m’est revenu à l’esprit. Mais chercher pour trouver les ruines de la maison de Jablous et celle du jeune Toubiai me paraît vain. Les guides iraniens me montrent ce que je cherche sur une colline et m’expliquent abondamment son histoire, mais il ne faut pas se fier à leurs propos… » [68]

Emile Lesueur parle abondamment de la ville de Rey, en rappelant qu’elle fut à plusieurs reprises mentionnée dans l’histoire du judaïsme et qu’elle fut une des villes les plus riches et les plus peuplées du monde. Il parle également de la Tour Toghrol, de sa restauration par Nâssereddin Shâh, et du fait qu’un grand nombre d’objets précieux furent retrouvés sous cette tour. [69] Et il continue : « Rey, Suse, Persépolis, Pasargades, Hegmataneh ! O anciennes princesses abandonnées ! Dire que j’ai eu l’honneur de parcourir votre sol. Et maintenant, devant ces ruines je me rappelle des phrases de Sulpisius [70] au passé mais à ce moment-là, il n’en restait que des ruines éparses au bord de la mer. En voyant ce paysage je me suis dit : « Comment, nous qui sommes des êtres mortels, osons nous plaindre de la mort de nos proches (…) Nous, dont la vie est destinée à être tellement courte, pouvons voir en un clin d’œil la ruine des villes gigantesques du passé. » [71] Qu’il apprécie le passé de la Perse est indéniable. Il en parle avec un tel enthousiasme qu’on dirait sa propre patrie. Pourtant à travers ses phrases, il sous-entend un reproche fait au présent qui a tout effacé, même et surtout, les restes de la gloire du passé.

Maison des soeurs de Saint Vincent de Paul à Téhéran, XIXe siècle

La longue citation qui suit permet également de comprendre le point de vue général de Lesueur sur certaines mœurs iraniennes. Ces propos sont aussi et surtout intéressants par les contradictions qu’ils manifestent : « J’ai aimé l’Iran pour ce qu’il est. La vie n’est nulle part aussi simple qu’en Iran. Nulle part les invités ne sont aussi bien servis. La transparence du ciel, la grandeur des montagnes, l’étendue du désert, l’eau limpide des rivières, nous font oublier le manque d’hygiène et de quiétude autour de nous. Parler avec un vieil homme qui a coloré en henné sa barbe en rouge, nous fait oublier ses vêtements usés.

Il est dommage que derrière ces yeux noirs et ces ta’arofs raffinés qui ont fait qu’on appelle les Iraniens « les Français de l’Orient » souvent se cachent la corruption, l’absurdité et les détournements de fonds. Mais aussi, n’oublions pas que nous vivons dans un pays oriental et que nous ne pouvons pas comparer les fondements d’une civilisation quelque peu en retard avec ceux de notre civilisation. Ici le négatif de la personnalité humaine n’est pas si négatif. Il ne faut de plus pas oublier que ce furent plutôt les Européens qui firent entrer le furetage et la corruption dans ce pays, et justement pour cette raison, il faut que nous jugions les Iraniens avec plus de compréhension. » [72] Et nous lisons plus loin : « Parmi les Iraniens, ceux qui ont violé les droits publics ne sont pas nombreux. Parfois il y a des vols mais le meurtre ou l’assassinat sont très rares. Pendant mon séjour en Iran, j’ai habité dans un quartier pauvre où il n’y avait pas trace d’étrangers. Pourtant jamais, même les jours où je quittais la maison pour un long voyage, on ne touchait à mes affaires. Je me souviens toujours chaleureusement de ma maison dans le quartier de Monirieh. Le bâtiment principal était situé au milieu d’un jardin d’acacia, de sapin et de platane… J’y vivais pendant des mois sans aucune nouvelles de ma famille en France et mes amis intimes furent les serveurs iraniens qui étaient des gens dignes et corrects… c’était comme s’ils comprenaient mon chagrin et qu’ils essayaient de le rendre plus tolérable. Ce qui me plaisait le plus dans ce pays oriental, ce n’était pas la présence de beaux paysages comme ceux de la Tunisie et du Maroc, mais c’était le calme que j’y ressentais loin de la vie troublée et pleine d’inquiétude. Pierre Loti écrit ainsi dans son Imagination orientales : « Ah ! Quelle sagesse sublime de tout laisser à soi dans la même situation où il se trouve. Les Iraniens passent les jours comme ils arrivent normalement. Ils suivent les traditions de leurs ancêtres. Et ils se préparent assez tôt avec une telle sérénité et quiétude pour l’arrivée de la mort. » [73] Le ton et les paroles sont ceux d’un homme du début du XXe siècle, et sont bien évidemment à replacer dans le contexte d’écart culturel de l’époque. Aujourd’hui, ces distances ont diminué, et le temps a en grande partie atténué leur charge d’actualité.

D’après Jacques de Morgan, un voyageur étranger doit être équipé et avoir beaucoup de serviteurs attachés. En plus, il doit se montrer très généreux sinon on le méprise. Selon lui, c’est seulement la perception d’une volonté d’exploitation qui peut provoquer la haine des habitants envers les Européens. « Mais moi je ne crois pas cela, écrit Lesueur. J’ai parcouru l’Iran dans une calèche très humble et pourtant, tout le monde du simple drogué au diplomate, m’a traité chaleureusement. En gros, je n’ai rencontré que des gens courageux qui étaient prêts de tout cœur à me servir. » [74] Plus loin, il précise que si à sa place, il avait été question d’un Anglais ou d’un Russe, peut-être que la situation aurait mal tourné.

Ce n’est pas sans raison que Pierre Loti, tandis qu’il quittait la Perse pour la dernière fois, écrivait : « …J’avoue bien que j’allais retrouver tout ce qui me manquait dans mon pays, pourtant mon cœur était lourd de tristesse. Je ne peux pas nier que j’étais attaché à cet univers. » « Et moi, dit Lesueur, je ne fais pas exception. Quand le moment est arrivé de quitter ma maison avec ses colonnes blanches ou de dire adieu à mes étudiants de la faculté de droit ou bien d’abandonner mes amis du bazar, moi aussi, j’ai laissé un morceau de mon cœur en Perse. » [75]

En évoquant ce sentiment d’amour pour la Perse, il faut également évoquer le nom de M. Barnaot un des professeurs de français de l’école Dâr-ol-Fonoun [76] qui fit un long séjour en Iran. D’après Fernand Couget [77], chargé d’affaires français à Téhéran, « l’Iran était sa deuxième patrie. » Après le congé de Vauvillier et la démission de Simono, il ne resta apparemment que lui au service du gouvernement iranien. Il enseigna, à part le français, l’arithmétique, l’histoire générale et la géographie de l’Iran. [78]

En somme, et compte tenu de ce qui vient d’être dit, l’amitié et les affinités persistantes entre certains Français d’Iran et certains Iraniens est un fait attesté. Mais il suffit de creuser un peu plus avant pour réaliser qu’en dessous des apparences, de nombreuses tensions et de nombreux sous-entendus sont venus envenimer les relations culturelles de part et d’autre. Des tensions pour l’essentiel issues de la fissure souvent indépassable entre la tradition, avec tout ce qu’elle porte en elle de positif, mais aussi de négatif pour les sociétés orientales, et la modernité également duelle.

Notes

[1Lesueur, Emile, Le coup d’état de 1920 et les complots anglais (Zamineh tchinihâ-ye engilis barâ-ye Koudetâ-ye 1299), trad. Chedean, Valiollâh, éd. Asâtir, Téhéran, 1994, p. 155. Emile Lesueur était un professeur français venu en Iran pendant les années 1920 pour enseigner le droit aux Iraniens. Les citations des personnalités françaises, indisponibles dans leurs versions originelles, ont été retraduites par nous-mêmes à partir du persan.

[2Amini, Iradj, Napoléon va Irân (Napoléon et la Perse), trad. Lotfiân Ardéchir, Téhéran, ed. Farzân rouz, 2000.

[3Ghaffâri, Abolhassan, Jâygâh-e farânse dar târikh-e ravâbet-e khâreji irân (az âghâz-e saltanat-e mozafareddin shâh tâ engherâz-e ghâjarieh) (La place de la France dans l’histoire des relations internationales iranienne (de l’avènement de Mozaffareddin Shâh au déclin de la dynastie Qâdjâr (1896-1925)), éd. Bureau d’études de l’histoire de la diplomatie du ministère iranien des affaires étrangères, Téhéran, 2003, p. 18

[4Fath’Ali Shâh Qâdjâr ou Bâbâ Khân, (Tabriz, 5 septembre 1771 - Ispahan, 23 octobre 1834), deuxième souverain de la dynastie qâdjâre succédant à son oncle le 17 juin 1797.

[5Aghâ Mohammad Khân Qâdjâr (Astarâbâd, 14 mars 1742 - Shousha, 17 juin 1797), fondateur de la dynastie qâdjâre en 1794, après la chute de la dynastie Zand.

[6Napoléon Bonaparte (Ajaccio, 15 août 1769 - île Sainte-Hélène, 5 mai 1821), général, premier consul, empereur et fondateur du premier empire en France (1804-1815).

[7Antoine-Alexandre Romieu, (Nyons, 9 septembre 1764 - Téhéran, 12 octobre 1805), adjudant général, premier émissaire envoyé en Perse (30 mars 1085 - 12 octobre 1805) dans le cadre de l’expédition projetée par Napoléon en Inde.

[8Amédée Joubert, (Aix-en-Provence, 3 juin 1779 - Auvers Saint-Georges (près de Paris), 27 janvier 1847), envoyé secret de la Sublime Porte de la Cour de Perse du 1er mars 1805 jusqu’en février 1807.

[9Le traité de Finkenstein conclu entre la Perse (Fath’Ali Shâh) et la France (Napoléon Ier) au château de Finkenstein le 4 mai 1807.

[10Charles Mathieu Gardanne, (né à Marseille en 1766), militaire français, sous-lieutenant à quatorze ans, lieutenant, capitaine, chef d’escadron et ministre plénipotentiaire de Napoléon en Perse sous Fath’Ali Shâh Qâdjâr.

[11Traité de Tilsit signé en secret le 7 juillet 1807 par le tsar Alexandre Ier et Napoléon Ier.

[12Ghaffâri, Abolhassan, op. cit. p. 16.

[13Mohammad Shâh (Tabriz, janvier 1808 - Téhéran, 4 septembre 1848), roi de la Perse entre 1835 et 1848.

[14Louis-Philippe Ier, (Paris, 6 octobre 1773 - Claremont, 26 août 1850), roi de France entre 1830 et 1848.

[15(Comte) Edouard de Sercy, (Port-Ouest, 1er avril 1802 - Picardie, 30 août 1881), envoyé extraordinaire de Louis-Philippe et ministre plénipotentiaire chargé d’une mission spéciale auprès du Shâh de Perse entre septembre 1839 et novembre 1840.

[16Ghaffâri, Abolhassan, op. cit. p. 17.

[17Eugène Boré (1809-1878), lazariste, orientaliste réputé, archéologue en Perse en 1837 et fondateur de la première école française à Tabriz en 1839.

[18Nâssereddin Shâh (1848-1896), troisième roi qâdjâr francophile, qui a ouvert le pays vers les idées et la modernité européenne.

[19Lesueur, Emile, op. cit. p. 157.

[20Pierre Loti (Rochefort, 14 janvier 1850 - 10 juin 1923). Officier de la marine, voyageur et écrivain français à qui l’on doit le livre Vers Ispahan.

[21Ghaffâri, Abolhassan, op. cit. p. 323.

[22Ibid. p. 324.

[23Comte Eugène de Sartiges, (Gannat, 18 janvier 1809 - Paris, 2 octobre 1892), envoyé extraordinaire en Perse entre février 1844 et mars 1849.

[24Nicolas Prospère Bourrée (1811-1886), diplomate français et ministre de France en Perse entre 1855 et 1857.

[25Napoléon III ou Charles Louis Napoléon Bonaparte ou Louis-Napoléon Bonaparte, (20 avril 1808 - 9 janvier 1873), troisième empereur de la France et premier président de la République française.

[26Ghaffâri, Abolhassan, op. cit. p. 17.

[27Hassan Moshir-od Dowleh, ministre des affaires étrangères iraniennes sous Mozaffareddin Shâh en 1907.

[28Ghaffâri, Abolhassan, op. cit. p. 324.

[29Ninive, ancienne ville de l’Assyrie, dans le nord de la Mésopotamie située la rive Est du Tigre, dans les faubourgs de la ville moderne de Mossoul en Iraq.

[30Darius Ier ou Darius le Grand, (av. J.-C. 550 - 486 av. J.-C.), grand roi achéménide de l’Empire perse, fils d’Hystaspès et petit-fils d’Arsamès.

[31Lesueur, Emile, op. cit. p. 99.

[32Ibidem.

[33Lesueur, Emile, op. cit. p. 99.

[34Marcel Dieulafoy (Toulouse, 1844 - Paris, 1920), archéologue français en mission en Perse, en Espagne et au Maroc, auteur de nombreux ouvrages archéologiques dont L’Acropole de Suse.

[35Artaxerxés Ier, fils de Xerxès I, roi de l’empire perse entre 465 av. J.-C et 424 av. J.-C.

[36Hérodote (Halicarnasse, 484 av. J.-C - Thourioi, 425 av. J.-C.), historien grec surnommé « père de l’Histoire » par Cicéron, premier historien, explorateur, journaliste et prosateur dont les œuvres nous sont parvenues.

[37Dynastie des rois parthes provenant du peuple cavalier, d’origine indo-iranienne, fondée en 250 av. J.-C par Arsace et remplacé en 224 par la dynastie sassanide.

[38Dynastie iranienne de 224 jusqu’à l’invasion musulmane des arabes en 651. Elle marque l’une des périodes les plus importantes de l’histoire de l’Iran.

[39Royaume ancien iranien situé autour de la ville de Suse dans le nord du golfe Persique et dans l’est de Tigre entre 2000 av. J.-C. et 1120 av. J.-C.

[40Jacques Jean Marie de Morgan, (Huisseau-sur-Cosson, 1857 - Marseille, 1924), archéologue, explorateur, égyptologue français et responsable des fouilles archéologiques en Perse.

[41De Morgan, Jacques, cité par Lesueur, Emile, op. cit. p. 100.

[42La véracité de cette information est douteuse puisque nous allons voir plus tard que les Iraniens ne furent pas respectés ni chargés de tâches importantes par Jacques de Morgan.

[43Lesueur, Emile, op. cit. p. 103.

[44Ibid, p. 104.

[45Personnage de l’Ancien Testament, épouse du roi de la Perse Xerxès Ier, femme originaire de Judée, célébrée dans la tradition juive.

[46Lesueur, Emile, op. cit. p. 101.

[47Lesueur, Emile, op. cit. p. 109.

[48Mirzâ Taghi Khân Amir Kabir (Hazaveh, 1807 - 9 janvier 1852), chancelier iranien sous le règne de Nâssereddin Shâh.

[49Digard, Jean-Pierre ; Hourcade, Bernard ; Richard, Yann, L’Iran au 20ème siècle, Paris, Fayard, 1998, p. 82.

[50Ghaffâri, Abolhassan, op. cit. p. 264.

[51Nâtegh, Homâ, Irân dar râhyâbi farhangui (Iran dans l’acheminement culturel), éd. Organisation de publication et de propagation de Payâm, Londres, 1988, pp. 159, 204.

[52Archive du ministère des affaires étrangères, 1924, K 45, P 3, No. de lettre 5231.

[53Lettre No. 9125, 1902, chargé d’affaire de l’ambassade de France à Téhéran, V-A-KH-A- K 9, P 7- B-V-A-KH-A.

[54Lettre No. 9125, le 23 juillet 1905 de la part du ministre des douanes destinée à Moshir-od-Dowleh, V-A-KH-A-K 4, P 7/1- B-V-A-KH-A.

[55Traité de Torkamanchâi en 1828 ou la Perse perdit les actuelles Géorgie, Arménie et l’Azerbaïdjan.

[56Lesueur, Emile, op. cit. pp. 11-12.

[57Vinsonneau, Geneviève, Culture et comportement, éd. Armand Colin, 2ème édition, Paris, 2000, p. 16.

[58L’ordre direct de Nâssereddin Shâh, Mai 1893 avec le sceau du chancelier, traduit par J Adibar, premier traducteur de l’ambassade de France avec la signature du secrétaire de l’ambassade, p. 28, P 7-B-V-A-KH-A (les lettres sont retranscrites à partir du persan).

[59Lesueur, Emile, op. cit. pp. 117-118.

[60Lesueur, Emile, op. cit. p. 119.

[61Ibid. p. 118.

[62(’Allâmeh) Mohammad Ghazvini (Téhéran, 1874-1949), figure littéraire marquante de la culture iranienne, surnommé ’allâmeh (érudit) par ses disciples.

[63Shafagh-e Sorkh (L’Aurore rouge), No. 1111, lundi 18 décembre 1928, mardi 24 septembre 1929, p. 2.

[64Ibid. p. 23.

[65Ibidem.

[66Ibid. p. 26.

[67Joseph Naus, haut fonctionnaire belge venu en Iran pour réaliser des réformes douanières en 1905 mais exclu très tôt après la mort de Mozaffaredin Shâh.

[68Ibid. p. 97.

[69Ibid. p. 96.

[70Sulpisius (127 av. J.-C. - 88 av. J.-C.), homme politique romain, tribun de la plèbe et partisan de Marius.

[71Lesueur, Emile, op. cit. p. 98.

[72Ibid. p. 150.

[73Ibid. p. 151.

[74Ibid. p. 154.

[75Ibid. p. 159.

[76Première institution d’études supérieures en Iran fondée en 1851.

[77Fernand Couget, chargé d’affaires du 10 mai 1900 jusqu’en octobre 1900, intéressé par le commerce en Iran notamment le commerce de la soie. Hellot-Bellier Florence, op. cit. p. 203.

[78Ghaffâri, Abolhassan, op. cit. p. 258.


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