N° 80, juillet 2012

La girafe blanche


Marjân Riâhi
Traduit par :

Ebrahim Salimikouchi, Nikou Ghâssemi


Juste au milieu de l’Afrique, là où les girafes avaient déjà mangé les feuilles de tous les grands arbres, il y avait une girafe dont la peau était toute blanche. Elle avait été blanche dès sa naissance et avait grandi comme ça.

Ni ses parents, ni le moineau qui s’asseyait sur son oreille, ni le ver qui la voyait comme une montagne mobile, ni les rhinocéros qui dispersaient les mouches, ni le crocodile qui aimait vraiment la chasser au moment où elle buvait de l’eau, personne ne s’était jamais étonné de sa couleur blanche, bien qu’ils n’eussent jamais vu de girafe blanche avant elle. Ce qui était important, c’était qu’elle était une girafe.

Elle avait décidé de demander la main d’une girafe svelte, mais un jour, une poignée d’hommes avaient surgi. Il était écrit sur leurs vêtements : « Gardiens du parc forestier ».

Ils lui avaient injecté quelque chose et elle s’était évanouie. A l’aide d’une grue, ils l’avaient déposée dans une cage et l’avaient emportée au laboratoire, où des journalistes et des photographes prenaient rapidement des photos et préparaient des reportages. Un cerf sans queue, un crapaud à deux têtes, un poulet à quatre pattes et la girafe blanche, tous, se sentaient seuls et ne pouvaient pas imaginer jusqu’à quand ça continuerait.

Les savants n’ont pu comprendre la raison de la couleur blanche de la girafe, mais elle est quand même devenue célèbre et quelques zoos et un cirque l’ont louée et exposée dans les grandes villes.

La girafe blanche n’était pas heureuse de voir ces foules qui lui jetaient des fruits écrasés. Elle voulait seulement retourner en Afrique et espérait que la girafe élancée ne serait pas encore mariée. Mais il n’y avait point de nouvelles du retour.

Elle avait crié plusieurs fois en langue des girafes : « Je suis seulement une girafe blanche ; pourquoi ne me laissez-vous pas tranquille ? » mais personne, même les savants qui portaient des blouses blanches, mettaient des lunettes et faisaient des recherches bizarres, ne comprenait son langage.

En fin de compte, ils l’ont emportée au pôle pour que les habitants du pôle puissent la voir de près. Elle n’avait jamais vu la neige et la glace et c’était la première fois qu’elle voyait que la terre a parfois la même couleur que sa peau. Elle a attrapé froid et a eu de la fièvre. On a allumé un poêle et elle a vite guéri.

La girafe se disait constamment : « Comment personne ne s’étonne de la terre et du ciel qui sont tellement blancs ? ». En voyant les flocons de neige et cette étendue de glace, elle s’est recueillie, et a décidé de faire quelque chose pour le reste de sa vie. Elle a donc commencé à faire du sport pendant tout un mois. Ses muscles qui étaient devenus faibles à cause de la solitude et de l’éloignement des plaines où elle pouvait courir sans aucun obstacle, sont redevenus aussi forts qu’avant. Alors, une nuit, elle a pu casser les barres de la cage et s’est échappée vers la plaine congelée.

Le lendemain matin et le surlendemain et d’autres lendemains, tout le monde a parlé à propos de la fuite d’une girafe blanche qu’on ne distinguait pas dans la neige.

L’importance de ce fait-divers se dissipa, jusqu’à ce qu’on entende parler d’une girafe, d’un bleu d’océan, qui avait été vue en Afrique. Tout le monde voulait encore savoir comment une girafe était devenue bleue et ce qu’on pouvait faire maintenant avec une girafe bleue dans un univers où personne n’en avait jamais rencontré. Les hommes, dont sur les habits il était écrit « gardiens du parc forestier », sont venus avec des seringues remplies d’anesthésiant, une grande cage et une grue. Pendant ce temps, le moineau qui sautillait autour des oreilles des girafes chantait et espérait qu’il y aurait quelqu’un qui se déciderait à apprendre la langue des girafes.

Bibliographie :
- Riâhi, Marjân, "Zarrâfeh-ye sefid" (La girafe blanche) in Anthologie des nouvelles choisies de l’Ispahan, Ispahan, Naghsh-e Khorshid, 1384, pp. 18-20.


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