N° 92, juillet 2013

Aux origines de la dynastie safavide


Ali Mokhtâri Amin


Les Safavides sont une dynastie iranienne chiite ayant régné sur l’Iran de 1501 à 1722. Le fondateur de cette dynastie est Shâh Esmâïl Ier, couronné en 1501 à Tabriz. Le dernier roi de cette dynastie est Shâh Soltân-Hossein, vaincu par les Afghans en 1722.

L’ère safavide est l’une des plus importantes de l’histoire de l’Iran, et ce car neuf cents ans après la destruction de l’empire sassanide, elle permit à l’Iran de redevenir un royaume centralisé régnant sur la totalité du territoire de l’Iran de l’époque. Ainsi, même si après l’entrée de l’islam en Perse, plusieurs dynasties perses telles que les Saffârides, les Samanides et les Bouyides furent fondées, aucune ne put régner sur la totalité du territoire et fédérer le peuple iranien autour d’un Etat unique.

Contrairement à ces nombreuses dynasties perses fondées par des commandants et combattants, la dynastie safavide possède certains traits particuliers. L’un d’entre eux est qu’elle est d’ascendance religieuse et se situe dans la tradition spirituelle soufie. Cet aspect lui a valu d’être comparée avec le grand empire préislamique des Sassanides, une lignée qui avait comme fondateurs des prêtres zoroastriens, et qui ont déclaré le zoroastrisme religion d’Etat. De même, dans la période islamique de l’Iran, les Safavides firent du chiisme une religion d’Etat et un élément à la source de l’unité nationale des Iraniens. Néanmoins, il faut préciser que les ancêtres soufis des Safavides n’étaient pas d’origine chiite, mais étaient des sunnites appartenant à la branche chaféite. Le changement d’orientation des groupes soufis de la dynastie safavide en faveur d’une lignée politico-militaire d’obédience chiite commença à l’époque du petit-fils de Sheikh Safieddin Ardebili, Khâdjeh Ali.

Portrait de Shâh Ismâïl Ier

En 1521, Shâh Esmâïl 1er, fils de Sheikh Safieddin, conquit Tabriz, capitale des Aq Qoyunlou, avec l’aide des Qizilbash, en vainquant Farrokh Yassâr, roi de Shervân et Alvand Beyg Aq Qoyunlou. Il fonda l’Etat safavide dans cette même ville et proclama le chiisme duodécimain religion d’Etat. Durant les premières années de son règne, il travailla à la remise en cause de tous les pouvoirs internes et autonomes, et prépara ainsi le terrain à la centralisation de l’Etat.

Bien que la création d’un Etat safavide fut réalisée en 1521, les causes et les facteurs de son développement remontent aux deux siècles précédents : la création d’un Etat chiite safavide peut en effet être considérée comme le point culminant de mouvements pro-chiites actifs contre la souveraineté des Omeyyades et des Abbassides représentants du califat sunnite. Le fondateur de la dynastie, Shâh Esmaïl Ier, se voulant fédérateur de ces mouvements d’opposition, s’efforça de poser les bases d’une nation islamique en cherchant à réunir différents peuples et tribus autour du chiisme. En outre, en vue de gagner davantage le soutien du clergé et des populations chiites de l’époque, il ordonna la reconstruction de la mosquée alavide à Najaf, celle de Mashhad Al-Hossein à Karbala, et le sanctuaire de Kâzemeyn en Irak.

Les rois safavides et leur descendance

Lors de leur accès au trône, les rois safavides parlaient le turc d’Azerbaïdjan, sauf Shâh Esmâïl Ier bilingue dès son enfance. Il parlait et composait ainsi des poèmes en persan et en turc. Toutefois, il semble que ces rois aient eu à la fois des origines turques, kurdes, azéries, géorgiennes et grecques. Ils prétendaient également être des "Seyyed", c’est-à-dire des descendants du prophète de l’islam. Cependant, de nombreux chercheurs sont sceptiques quant à l’exactitude de cette affirmation. Shâh Esmâïl Ier prétendait lui-même être de la descendance de l’Imâm Moussâ al-Kâzem, septième Imâm des chiites.

Mausolée de Sheikh Sadreddin, ministre de Shâh Esmâïl Ier, tué lors de la bataille de Tchâldorân

Il existe cependant une quasi-unanimité entre les historiens et les chercheurs sur le fait que la famille safavide venait du Kurdistan iranien, et qu’elle se serait ensuite déplacée en Azerbaïdjan pour finalement s’installer à Ardebil entre le Ve et le XIe siècle. Certains chercheurs insistent davantage sur leur ascendance kurde, et d’autres sur leurs origines azéries. Selon Roger Savary, spécialiste de la période safavide, les documents de l’époque ne laissent aucun doute sur le fait que la dynastie safavide ait des origines iraniennes et non turques, contrairement à ce qui a pu être affirmé. Il reste donc possible que cette lignée trouve ses origines dans le Kurdistan iranien, et que ses membres aient ensuite migré vers l’Azerbaïdjan où ils auraient appris la langue turque azerbaïdjanaise des turcophones de la région, pour finalement s’installer vers le XIe siècle dans la ville d’Ardebil.

Le texte le plus ancien, et d’ailleurs le seul restant, écrit sur la descendance des Safavides est un ouvrage intitulé Safvah al-Safâ dont l’auteur est Ibn Bazzâz Ardebili, lui-même disciple de Sheykh Sadreddin Ardebili fils de Sheikh Safieddin Ardebili. Selon cet ouvrage, la chaîne généalogique de la dynastie safavide s’établit comme suit : Sheikh Safiedddin Abol-Fath Es’hâgh, fils de Sheikh Amineddin Djebrâ’il, fils de Ghotbeddin, fils de Sâleh, fils de Mohammad al-Hâfez, fils de ’Avaz, fils de Firouz Shâh Zarrin Kolâh.

Portrait de Soltân Hossein Safavi, de Mohammad Ali ibn Mohammad Zamân

Comme nous l’avons déjà mentionné, les rois safavides se présentaient comme étant descendants du Prophète de l’islam – peut-être en vue de légitimer leur pouvoir au sein du monde chiite. Dans ce but, on a pu les accuser de manipuler les écrits d’Ibn Bazzâz pour les rendre plus obscurs quant à leurs origines exactes. En se basant sur une étude des origines de Sheikh Safieddin Ardebili, qui était de confession chaféite, la majorité des chercheurs et les historiens s’accordent donc sur l’idée que les ancêtres de la dynastie safavide seraient originaires du Kurdistan, région où la plupart des habitants sont de confession chaféite, et se seraient ensuite installés vers le XIe siècle en Azerbaïdjan, dans la ville d’Ardebil. Par ce biais, les Safavides sont considérés comme une famille d’origine iranienne. Néanmoins, certains chercheurs et iranologues comme Richard Fry continuent d’insister sur l’idée que les Safavides étaient à l’origine une dynastie de langue azérie, selon une théorie qui lui est propre. Ainsi, selon lui, les Turcophones d’Azerbaïdjan sont en réalité des descendants d’un peuple de langue persane. La migration massive des Turcs Oghouzes aux XIe et XIIe siècles a rendu l’Azerbaïdjan ainsi que toute l’Anatolie, turcophone, et ce serait ainsi ces turcophones d’Azerbaïdjan qui auraient fondé la dynastie safavide.


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