N° 96, novembre 2013

Kermân la mystérieuse
Présentation de quelques sites naturels et historiques


Arefeh Hedjazi


Avec une superficie de près de 200 000 km² et environ 3 millions d’habitants, la province de Kermân, au sud-est de l’Iran, couvre 11 % du territoire iranien, ce qui en fait la plus grande des provinces iraniennes. Les traces d’habitation humaine de la région remontent au IVe millénaire av. J.-C. Ce passé ancien a doté cette province d’un fonds de trésors culturels, historiques et architecturaux évocateurs d’une civilisation humaine plurimillénaire, qui s’allie à une géographie désertique fantastique, unique en son genre. D’autre part, Kermân possède également une économie dynamique, en particulier du fait de la richesse de son potentiel minier, en plus d’une agriculture et d’artisanats bien développés.

Kalouts de Shahdâd dans le désert de Lout, Kermân

Historiquement, le nom de Kermân dérive de « Boutiâ » ou « Kârâmâniâ », version déformée de « Germania » qui fut l’antique nom du peuple de la région. Dans la mythologie perse, le nom Kermân provient d’un guerrier nommé « Germân », fils du roi mythologique Tahmouress. Hérodote cite également les Germanians comme l’une des six nations perses. La capitale antique de Kermân était « Gavâshir » ou « Bardshir », Gavâshir étant à l’origine « Kourhârdshir » signifiant ville d’Ardeshir.

Etant donné l’ancienneté de l’habitation humaine dans la région, les richesses archéologiques et préhistoriques de Kermân sont innombrables et loin d’avoir été toutes découvertes, d’autant plus que la rudesse du climat désertique rend la recherche difficile. Ceci dit, les régions de Jiroft, de Shahdâd et de Mâhân sont aujourd’hui en pleine exploration archéologique puisque les excavations faites ont permis de mettre à jour l’existence de civilisations inconnues vivant à Kermân il y a six millénaires. Le site archéologique de Jiroft (la civilisation antique de Jiroft) et celui en expansion de Shahdâd sont à visiter absolument.

Désert de Lout, Kermân

Les attractions naturelles de la province de Kermân

La beauté de Kermân ne se limite pas à son patrimoine historique puisqu’elle offre aussi aux visiteurs la beauté féroce de ses paysages variés. Déserts, montagnes et forêts forment un ensemble unique. Ainsi l’écotourisme, en particulier l’écotourisme désertique est actuellement en plein développement dans la région. Une grande partie du territoire de cette province est désertique et le plus célèbre des déserts de Kermân est sans doute celui de Lout, à la géographie phénoménale, lieu de randonnée fantastique, où le ciel pur dévoile au regard l’infinité des étoiles.

Parmi les attractions naturelles de ce désert très chaud et très aride, où une température maximale de plus de 70 C° fut enregistrée en 2005, on peut notamment citer les kalouts, ces étranges formations de sable tourmentées par le vent, qui s’élèvent parfois à plus de 500 mètres. Les dunes de sable, les grands lacs salés, notamment celui de Sirjân, les failles rocheuses et le ciel particulièrement clair et approprié à l’observation astronomique, en plus d’une expérience humaine du désert, sont d’autres attraits de ce désert.

Désert salé de Sirjan. Photo : Ehsân Faghih

Les montagnes de Kermân

Le désert n’est pas le seul atout naturel de cette province, puisque plusieurs hauts massifs montagneux et volcaniques donnent aussi une grande diversité climatique à cette province, en préservant le peu de précipitations annuelles et en permettant la formation d’oasis inattendues, telles que celle de Jiroft.

La montagne Hezâr : A 114 km au nord-ouest de Bâm, près de Râyen, le mont Hezâr culmine à 4465 mètres. Les villages du piémont de cette montagne sont dotés d’un climat froid et agréable en raison de l’altitude.

Montagne Hezâr

Le massif du Palvâr : Cette chaîne montagneuse sépare tel un mur le sud du désert de Lout des régions centrales de l’Iran. Elle s’entend sur 147 km du nord-ouest vers le sud-est sur une superficie de 1450 km². Les plus importants monts de cette chaîne sont les Tigheh Siâh, Talzar, Siâhkouh-e Gourk, Mânirouz, Kharkhosrow et Gowdartchâh.

Massif du Palvâr

Le massif Pourkân ou Barfdân : S’étendant du nord-est de Shâhr-e Bâbak, à l’ouest de la ville de Rafsandjân, ce massif comprend notamment les monts Najib, Espazâr, Tourân, Kalâteh, Tanekouh, Zowj, Bisoukhteh, Narkouh, Kamarmedvâr, Kamarsefid, Sang Avâz. La plupart de ces monts dépassent les 2500 mètres, avec en tête le Pâri Kouh, qui culmine à 3442 mètres.

La montagne Joupâr : Situé à 43 km au sud-est de Kermân, ce petit massif d’une altitude de 4135 mètres comprend trois monts dont le Sesâkh Bozorg à 4200 mètres et le mont Baloutchi à 4000 mètres.

Montagne Joupâr

D’autres montagnes à citer (et à escalader) sont le mont Bâgh Bâlâ à 3775 mètres, où se trouvent les sources de plusieurs rivières comme le Tchatr, la montagne Ghadamgâh et le mont Sarmoshk, culminant à 4048 mètres d’altitude, à 105 km au nord-ouest de Jiroft.

Les nombreuses montagnes de la région, parfois volcaniques, abritent également des sources thermales, dont certaines ont été aménagées. On peut notamment citer la source Hossein Abâd à 33 km au nord-ouest de Râyen, la source de la citadelle Asgar à 11 km du bourg de Soltân Abâd au sud de Kermân, dont l’eau est réputée pour ses propriétés thérapeutiques efficaces contre les rhumatismes, la source thermale de Ghâssem Abâd depuis longtemps fréquentée par les habitants pour ses propriétés curatives notamment contre les maladies osseuses. Cette source est située à 6 km à l’est de la ville de Rafsandjân. Il faut également citer la source thermale de Teh-khâtoun à l’est de Kermân à 13 km du village Joushân, dont l’eau est réputée pour son effet calmant pour les maladies nerveuses ainsi que les maladies osseuses, ainsi que les sources thermales de Gherghereh Bâbâtorsh à 40 km de Râyen et celle de Abâragh au sud-est de Kermân et à 11 km au nord du village d’Abâragh.

Les lacs, les grottes et les parcs naturels protégés de Kermân

Etant donné l’étendue de la province et sa diversité naturelle, il existe dans cette région plusieurs parcs naturels protégés.

- Le parc de Pâssib : Cette région protégée, à la frontière entre Kermân et Zarand, est l’habitat de nombreuses espèces animales désertiques.

- Le parc de Lout-e Zangiâbâd : Au sud de Bâm, ce parc naturel est l’habitat d’une rare espèce de gazelle, la chinkara (Gazella Bennettii).

- Le parc naturel de la montagne Biduiyeh à Bardsir : Cette région est particulièrement connue pour la variété des espèces de gazelles et de bouquetins qui la peuplent.

Parc naturel de la montagne Biduiyeh à Bardsir

Les plaines de Bolourd au Sirjân, quant à elles, abritent diverses espèces d’oiseaux, dont la rare outarde houbara d’Asie, qu’on trouve heureusement en abondance dans cette région.

Il faut aussi évoquer ici le lac saisonnier de Jâzmouriân qui reçoit chaque année des milliers d’oiseaux migrateurs tels que des flamants roses et diverses espèces d’oies et de canards sauvages.

D’autres parcs naturels protégés sont ceux de Mehrieh, qui comprend notamment de belles forêts de prosopis, le parc naturel de Gowdtchâh, celui de Anjerak Râba et finalement celui de la montagne de Kouh-e Nar, connu pour ses forêts d’amandiers et de pistachiers sauvages.

- Le lac de Lout : La région de Kermân est une des régions les moins humides du pays, mais malgré la rareté des précipitations, de nombreuses rivières saisonnières naissent des montagnes, ainsi que quelques lacs, dont celui de Lout, situé au nord-est des montagnes du Kermân.

- Le lac Jazmouriân : le lac de Jazmouriân est sans conteste le lac le plus connu de cette région. En raison des précipitations saisonnières et rares, les dimensions et la masse d’eau du lac varient d’une saison à l’autre et en été, durant certaines années, il s’assèche complètement.

Lac saisonnier de Jâzmouriân

Etant donné le grand nombre de massifs et de montagnes dans la province de Kermân, il existe également de nombreuses grottes dont certaines sont privilégiées par les spéléologues. Parmi elles figure la grotte calcaire Torang, la plus profonde et la plus grande de la province, considérée comme un important site pour l’écotourisme de la région. Cette grotte est située à 230 km au sud-ouest de la ville de Kermân.

Entrée de la grotte Mirzâ

La grotte Mirzâ : S’ouvrant à une altitude de 2342 mètres, cette grotte est réputée difficile d’accès et nécessite des compétences poussées en spéléologie. La grotte comprend huit salles principales et quatre salles secondaires avec un puits de 90 mètres au milieu de la grotte qui donne un relief particulier à son exploration.

Vue intérieure de la grotte Mirzâ

Les attractions historiques de la province de Kermân

Terre ancienne, Kermân ne possède pas autant de vestiges historiques que sa voisine la province de Yazd. La raison en est l’Histoire elle-même, dont les bouleversements ont contribué à effacer en partie les traces de la présence humaine. Cependant, ce qui reste témoigne de la continuité plurimillénaire de la vie en cette contrée. Mis à part les très anciens vestiges archéologiques découverts qui dévoilent la vie passée de civilisations disparues, notamment celle de Jiroft, d’autres constructions constituent un témoignage du passé. Les plus anciennes de ces constructions sont sans doute les citadelles et les temples, dont la plus célèbre est la Citadelle de Bam, frappée il y a quelques années par un séisme.

Kermân réserve cependant d’autres citadelles à visiter :

- La citadelle de Râyen : Cette citadelle, cousine de celle de Bam, daterait de l’ère sassanide. Elle demeure après celle de Bam le deuxième plus grand édifice en briques crues et s’étend sur 2000 m² près de l’actuelle ville de Râyen. [1]

Citadelle de Râyen

- La citadelle d’Anâr : Située dans l’actuelle ville d’Anâr, au nord de la province de Kermân, la citadelle d’Anâr, autrefois nommée Abân, comme la ville, date de l’ère sassanide. Cette citadelle de trois étages est toujours debout, bien que quelques unes de ses salles aient été abîmées il y a trois décennies. Jusqu’à aujourd’hui, aucune étude archéologique ou architecturale n’a été menée dans l’enceinte de cette citadelle.

Citadelle d’Anâr

- La citadelle Dokhtar (la Citadelle Fille) : Construite en 220 av. J.-C. par Ardeshir, cette citadelle se dresse au nord-est de la ville de Kermân. A l’origine nommée Gavâshir ou Citadelle de Montagne, elle n’est plus connue que sous le nom de Dokhtar (Fille), qui ferait référence au fait qu’elle n’a jamais été prise. Elle était durant l’ère sassanide le lieu de résidence du gouverneur de la province et avait été bâtie à l’origine sur les vestiges d’un temple dédié à la déesse Anâhita, gardienne des eaux, des femmes, des plantes et de la fertilité. Cette citadelle a été peu abîmée par le passage du temps, mais il faut préciser qu’elle n’a jamais fait l’objet d’entretien ou de rénovation, ni même d’études sérieuses.

Citadelle Dokhtar (la Citadelle Fille)

- La citadelle d’Ardeshir : Autre citadelle négligée et pourtant bien conservée, la forteresse d’Ardeshir est située à proche distance de la citadelle Dokhtar. On rapporte qu’elle a été bâtie sur ordre d’Ardeshir Bâbakân, le fondateur de la dynastie sassanide (226 av. J.-C.). L’ancienne citadelle comprend notamment des palais, des temples et des habitations antiques. Les murs de cette citadelle, perchée à 150 mètres d’altitude au-dessus de Kermân, sont faits de briques beaucoup plus épaisses que la moyenne. Ce qui reste des mosaïques de la citadelle démontre un soin particulier porté à sa décoration. Cette citadelle, comme les autres, a été également laissée à l’abandon et il reste des études et aménagements particuliers à y faire, d’autant plus que des habitations modernes se multiplient dans ses alentours, ce qui risque d’endommager le site.

Citadelle d’Ardeshir

Les monuments historiques du dernier millénaire

L’histoire architecturale de Kermân ne se limite guère à ces citadelles et chacune des villes de la province offre de beaux monuments à visiter, des monuments d’ailleurs souvent toujours utilisés :

- Le complexe de Ganjali Khân à Kermân : Lieu incontournable à Kermân, le complexe historique de Ganjali Khân constitue un remarquable exemple de l’architecture persane désertique de l’ère safavide. Cet ensemble a été construit sur ordre du gouverneur de l’époque Ganjali Khân par l’architecte Mohammad Yazdi. L’ensemble comprend une mosquée, un caravansérail, un hammâm, un atelier de fabrication de monnaie, une place et un réservoir d’eau.

Complexe de Ganjali Khân à Kermân

La partie la plus célèbre de cet ensemble est le hammâm, s’étendant sur 1000 mètres carrés et œuvre de l’architecte safavide Mohammad Yazdi, qui allie la fonctionnalité à la beauté architecturale. Décoré sobrement notamment par des artistes tels qu’Alirezâ Abbâssi, l’ensemble est à visiter entre autres pour ses mosaïques, ses peintures, les fresques et autres décorations qui l’ornent.

École Ebrâhim Khân

Parmi d’autres hammâms historiques, parfois toujours en service de la région, on peut nommer le hammâm d’Ebrâhim Khân, datant de la période qâdjâre, le hammâm du Parc de Shâhzâdeh (à six km de la ville de Mâhân) et le hammâm aujourd’hui reconverti en salon de thé de Vakil, à Kerman, construit en 1901 sur le modèle architectural zand. Enfin, autre hammâm notable, celui historique de Bahâdor Lâlezâr, à Bardsir, datant de l’ère qâdjâre à l’architecture singulière.

La province de Kermân est aussi la terre de plusieurs hommes saints, soufis et mystiques dont les tombeaux sont d’un intérêt certain, d’autant plus qu’ils sont anciens, souvent datant de l’ère ilkhanide ou seldjoukide :

- Le tombeau de Khâjeh Atâbak : Situé près du bazar de Kermân, ce bâtiment est un exemple remarquable de l’architecture seldjoukide du XIIe siècle.

Tombeau de Khâjeh Atâbak

- Le tombeau de Pir Barhagh : Saint homme chrétien du XIIIe siècle dont le tombeau est situé à Bardsir.

- Le tombeau de Mir Heydar Gourkhân : ce mausolée datant de l’ère safavide est situé dans un superbe parc au plan safavide dans la petite ville d’Esfandagheh près de Jiroft.

- Le mausolée de Shâh Nematollâh Vali Sans conteste historiquement l’un des mausolées historiques les plus importants de la région, puisque Nematollâh Vali, poète et mystique, fut le fondateur au XVe siècle de l’école soufie des Nematollahyeh. Le mausolée se trouve à Mâhân, au sud-est de Kermân.

Mausolée de Shâh Nematollâh Vali

- Le tombeau de l’Akhound : Bâtiment en briques remarquable pour ses voûtes et son iwân comportant neuf ouvertures.

- Le tombeau du prince Hossein Joupâr : Ce mausolée, situé à Joupâr près de Kermân, date de l’ère safavide.

- Le mausolée d’Amir Heydar : Datant également de l’ère safavide, le tombeau de ce prince safavide est situé à Esfandagheh, près de Jiroft.

- Le mausolée du roi Firouz : A 5 km au sud-est de la citadelle de Sirjân, le mausolée du roi Firouz surplombe le village de Vahdatâbâd. Le mausolée s’arcboute sur un roc vert foncé culminant à 30 mètres. Selon les habitants, la tombe à l’intérieur serait celle d’Abou Kalijar ou son fils, mort empoisonné. Le style architectural fait dater le bâtiment de l’époque ilkhanide, aux XIIIe et XIVe siècles.

- Le mausolée Moshtâghieh : Ce mausolée est aussi celui d’un chef d’école soufie. Cette fois, il s’agit de l’école de Moshtâgh Ali Shâh, vivant à l’époque qâdjâre (fin XVIIIe-XIXe siècles). Après l’assassinat de Moshtâgh en 1791, il fut enterré dans ce qui était déjà le tombeau d’un saint local et l’endroit devint célèbre sous le nom de Moshtâghieh. Ce lieu est également appelé « les trois dômes », puisque trois dômes recouvrent les trois tombeaux du bâtiment.

Mausolée Moshtâghieh

Région marchande et étape de la Route de la Soie, Kermân comprend également de nombreux caravansérails historiques, datant principalement de l’ère safavide.

- Le caravansérail de Ghotb Abâd : Ce caravansérail safavide est un caravansérail de ville, toujours actif au cœur du bazar Ghotb Abâd de Rafsandjân.

- Le caravansérail de Kaboutar Khân : Caravansérail safavide de relais, il est à voir à 30 km au sud-est de la ville de Rafsandjân, sur la route de Kermân, dans le bourg de Kaboutar Khân. Ce bâtiment est historiquement et architecturalement important du fait des événements historiques qui s’y sont déroulés.

Caravansérail de Kaboutar Khân

- Le caravansérail de Tchahâr Sough : Bâti à Kermân, ce caravansérail est proche du caravansérail de Ganjali Khâli et comprend deux ouvertures, l’une dans le bazar Saraji et l’autre s’ouvrant sur le bazar Ghaleh.

- Le caravansérail et l’ensemble Vakil : Ce complexe, bâti en ville à côté du caravansérail safavide de Ganjali Khân, date de l’époque qâdjâre. Sa construction, commencée sur ordre du gouverneur de Kermân, Mohammad Esmaïl Khân Vakil-ol-Molk, a pris fin en 1870 sous le gouvernorat de Mortezâgholi Khân. Ce caravansérail et le complexe qui l’entoure est l’un des plus grands d’Iran.

Citadelle Manujân. Photo : Mahdi Kalhor

- Le caravansérail de Mirzâ Alinaghi, celui des Hindous et celui de Mirzâ Hassan : Ces trois petits caravansérails datent de l’ère safavide.

Dans cette région désertique, l’eau et sa préservation ont bien évidemment une importance particulière. Ainsi, une attention indépendante a été portée à la construction de réservoirs d’eau, lesquels sont souvent des monuments architecturaux uniques en leur genre. On peut ici citer les deux réservoirs les plus connus :

- Le réservoir de Shâh Nematollâh Vali : Ce réservoir ancien est situé à Mâhân, dans le complexe entourant la tombe du célèbre soufi. Il a été bâti en même temps que le tombeau et date du XVe siècle.

- Le réservoir d’Alimardân Khân et celui de son père Ganjali Khân : Ces deux réservoirs d’eau, datant de l’ère safavide et situés en plein cœur de la ville de Kermân dans le complexe Ganjali Khân, sont tous deux remarquables de par la finesse et l’attention accordée aux détails fonctionnels de leur architecture.

Réservoir de Hâj Mohammad Taghi, Shahdâd, photo par Mahdi Kalhor

Il reste aussi à signaler les grandes maisons de Kermân. Ces maisons, appartenant aux nobles et aux grands marchands de la région, constituent des joyaux de l’architecture historique de Kermân. On peut notamment citer la maison du Gouverneur Mirhosseini, à Râyen, datant de l’ère zand et la maison de Bahârolmolk, à Bardsir, qui date de l’époque qâdjâre.

La ville de Kermân, très ancienne étape marchande, comprend plusieurs bazars, la plupart ayant des siècles d’âge, tout en étant toujours en activité. S’y perdre est un plaisir certain.

Quant aux mosquées, elles sont indubitablement des recueils d’histoire d’architecture et même d’archéologie, puisque certaines ont été bâties sur les vestiges de temples préislamiques. On peut notamment nommer à Kermân la Mosquée de l’Imâm, datant de l’ère seldjoukide (XIe siècle) et la mosquée Pâmenâr datant du règne des Al-e Mozaffar (XIIIe siècle), la mosquée Vakil construite en 1773 sur ordre de Vakil-ol-Molk, qui a été rénovée durant le XIXe siècle ; à Sirjân, la mosquée Seyyed datant de 1846, à Shahdâd, la mosquée seldjoukide, vieille bâtisse dont il ne reste aujourd’hui que certains murs, une partie de la toiture et de la coupole ainsi que la shabestân, l’ensemble étant intégralement en adobe. A Sirjân se trouve également la mosquée de la citadelle de Pierre qui, d’après la tablette qui orne son entrée, date de l’ère mozaffaride (XIIIe siècle).

A côté des mosquées, quelques grandes écoles aujourd’hui désaffectées pour la plupart offrent également l’agrément d’une belle architecture. On peut notamment citer l’école Ganjali Khân à Kermân, construite en 1598 par Mohammad Soltâni Yazdi, l’école Shafi’yeh, bâtie par le petit-fils de Ganjali Khân et l’école d’Ebrâhim Khân, qui appartient au courant chiite des Sheykhiyeh.

Habitant une région désertique et pourtant riche, les Kermânis ont une longue tradition de création de jardins ; la rudesse naturelle de leur environnement les poussant à créer de vrais joyaux verts. Certains de ces grands jardins sont aujourd’hui des lieux incontournables de loisir pour les habitants qui viennent profiter de leur beauté naturelle et classique.

Le Parc du Prince Mâhân, à quelques km de la ville de Mâhân sur les pentes de la montagne Tigrân, est ainsi l’un des plus beaux jardins traditionnels d’Iran. Ce parc a été aménagé par le gouverneur qâdjâr Abdolhamid Farmânfarmâ au XIXe siècle.

Le Parc du musée Harandi est également renommé pour sa beauté. Ce parc a été aménagé à l’époque qâdjâre. Historiquement, le pavillon principal de ce parc a été la dernière étape iranienne de Rezâ Pahlavi en Iran, roi destitué et exilé en septembre 1941.

Vue aérienne du Jardin du prince (bâgh-e shâhzâdeh), Mâhân

D’autres jardins de la région sont le parc de Fathabâd, celui de Beyramâbâd près de Gavâshir, le parc Beymand de Sirjân, célèbre pour ses cèdres millénaires, le parc rocheux de Bolourd à 45 km au sud-est de Sirjân et le parc Nâsserieh datant de l’ère qâdjâre.

Pour conclure, ce court article ne serait être une présentation exhaustive des attractions naturelles et historiques de la province de Kermân, qui demeure aujourd’hui encore une région peu connue et assez mystérieuse.

Jardin du prince (bâgh-e shâhzâdeh), Mâhân

Notes

[1Se référer à l’article « La citadelle iranienne de Râyen (arg-e Râyen), le deuxième plus grand édifice en brique crue du monde » de Sarah Mirdâmâdi, publié dans Revue de Téhéran, n°93, août 2013.


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