N° 119, octobre 2015

Nouvelles sacrées (XXII)
L’opération Mohammad Rassoul Allâh


Khadidjeh Nâderi Beni


Hourâmân est une région montagneuse située dans la province du Kurdistan iranien, entre Marivân [1] et Pâveh [2]. Après la victoire de la Révolution islamique en Iran, Hourâmân fut l’une des bases les plus importantes des groupes d’opposants à la République islamique. Ainsi, avec le début de la guerre Iran-Irak, elle reste à l’abri des attaques irakiennes. En plein milieu de la guerre, les forces du Sepâh de Marivân et Pâveh soutenues par quelques unités de l’armée lancent des offensives contre les groupes installés à Hourâmân et ses hauteurs limitrophes. Ces offensives aboutissent à la victoire décisive des troupes iraniennes qui arrivent à chasser les opposants hors de cette région.

Suite à ces victoires, l’armée irakienne y expédie ses forces afin de repousser les attaques éventuelles de l’Iran contre les régions frontalières sur le territoire irakien. Elles arrivent à prendre le contrôle de la ville de Nowsoud, pour ensuite affaiblir la puissance militaire des troupes iraniennes installées à Pâveh et à Marivân.

A gauche : le martyre Ahmad Motavasseliân, à droite : le martyre Mohammad Ebrâhim Hemmat

Le 2 juillet 1981, les combattants iraniens parviennent à reprendre les terres occupées de Nowsoud lors de l’opération Rouhollâh Khomeiny. Cette suprématie militaire dans les zones frontalières permet à l’Iran de planifier une nouvelle opération visant à prendre le contrôle des zones stratégiques de la région dont la bande frontalière de Hourâmân et ses hauteurs, aussi bien que la ville irakienne de Al-Tavileh.

La zone opérationnelle est encerclée entre Nowsoud, Pâveh et les hauteurs de Hourâmân. D’ailleurs, cette zone se situe à proximité de quelques villes irakiennes dont Al-Tavileh, Pandjvin et Halabtcheh. Selon la carte de l’opération, les offensives sont lancées depuis deux axes, Pâveh et Marivân. Les forces armées de ces deux villes accompagnées par le bataillon 84 de l’armée de Khorram Abâd [3] sont ainsi engagées dans une nouvelle opération. Les attaques lancées depuis Marivân sont dirigées par le martyre Ahmad Motavasseliân [4], tandis que les unités opérationnelles de Pâveh sont commandées par le martyre Mohammad Ebrâhim Hemmat [5].

Le 2 janvier 1982 à 17h30, l’opération Mohammad Rassoul Allâh est lancée. Sur l’axe de Marivân et dès le déclenchement des attaques, les Iraniens parviennent à libérer l’ensemble des hauteurs occupées et à avancer jusqu’aux portes de Al-Tavileh. Le lendemain matin, face à cette offensive rapide, l’Irak engage le bataillon de Pandvin et les forces de la Garde républicaine irakienne en vue de lancer ses contre-attaques. Malgré l’affaiblissement des capacités militaires durant cette opération, les unités opérationnelles iraniennes parviennent à stabiliser leurs positions. Néanmoins, les forces installées sur les hauteurs de Shangâdour sont incapables de faire face aux attaques irakiennes, et se retirent donc de leurs positions.

Sur l’axe de Pâveh, les combattants sont chargés de nettoyer de toute présence militaire irakienne la ville de Nowsoud ainsi que ses villages et hauteurs limitrophes. Après avoir effectué cette mission, ils tentent de pénétrer dans Al-Tavileh. Durant la réalisation de l’opération, certains groupes sont chargés d’effectuer des missions de sabotage dans les territoires irakiens : un groupe de vingt soldats détruit le pont de Koulous dans la ville de Pandjvin ; une équipe de 40 soldats est chargée de détruire le pont stratégique de Zalm, déployé entre Halabtcheh et Seyyed Sâdegh, avec des explosifs ; une autre équipe spécialisée parvient à détruire plusieurs artilleries ennemies. Sur cet axe, les Iraniens parviennent à atteindre l’ensemble des objectifs prévus dont la libération des hauteurs de Sarney, Darreh Târik et Djânbâzân. Les sommets de Kal Harât, pris et repris, restent cependant aux mains des Irakiens. Cela permet à l’ennemi durant l’opération de menacer les lignes de communication vitales au ravitaillement des unités opérationnelles. Ainsi, les forces iraniennes, incapables d’atteindre l’objectif final (la conquête de Al-Tavileh), sont contraintes de battre en retraite.

Carte de l’opération Mohammad Rassoul Allâh

Réalisée en 24 heures, cette opération permet à l’Iran de fonder quelques bases militaires pour surveiller les régions frontalières de cette partie du pays. Ils ne parviennent toutefois pas à l’un de leurs objectifs principaux, la conquête de Al-Tavileh. Durant cette opération, l’armée irakienne subit des pertes importantes : près de 15 000 soldats irakiens sont tués, blessés ou capturés, et plus de 15 artilleries, 106 obusiers, 4 chars et

plusieurs véhicules sont détruits.

Source :
- Amiriân, Mohammad, Seyri dar târikh-e djang-e Irân-Arâgh (Aperçu sur l’histoire de la guerre Iran-Irak), 5 vol., Centre des études et recherches de la Guerre, Téhéran, 1367/1988.

Notes

[1Ville située à 125 km à l’ouest de Sanandaj, chef lieu de la province du Kurdistân.

[2Ville située au nord de la province de Kermânshâh, à proximité de la frontière irano-irakienne.

[3Chef lieu de la province du Lorestân, à l’ouest du pays.

[4Né en 1953 à Téhéran, durant la guerre, il fut l’un des commandants du Sepâh. Le 4 juillet 1982, il est enlevé et pris en otage au Liban. On ne sait pas exactement ce qu’il est devenu.

[5Né en 1956 à Shâhrezâ à Ispahan, il fut commandant en chef de la troupe 27 Mohammad Rassoul Allâh.


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