N° 122, janvier 2016

Sur un tapis d’Ispahan (9)


Kathy Dauthuille


XV
Le pendentif
ou
Le pavillon des Roses

Sur ce, Omid vêtu de carmin,

est venu vers Rostam

et lui tend un parchemin.

– Tu es invité aux noces

et nous allons de suite

au « Pavillon des Roses ».

– Des noces ! Quelle surprise !

Quelles en sont les personnes ?

– Celles de Chirine et d’Iskander.

– Mais je viens de les voir passer !

– Ami, n’as-tu donc pas vu

qu’ici le temps n’existe plus !

Ils découvrent alors étonnés

les colonnes élancées

et les fines voûtes régulières

de ce pavillon particulier

d’où pendent des stalactites

et des plantes serpentines.

C’est une féerie de panneaux

qui se succèdent sans fin

dans les corridors éclairés

de lampions safranés.

Des broderies de stuc

surmontent les laques ;

des bûchettes de santal

et de diverses épices

brûlent sans relâche

sur des tablettes d’argile.

Le « vaisseau à vin »

est glorieusement apporté ;

Rostam boit à l’amour

et au bonheur des époux.

Il prend des pois chiches grillés

et des poignées de raisins ridés

pour les offrir à son tour

à ses voisins joliment parés.

De la tribune des chantres,

aux tentures couleur de la nuit,

montent de longues litanies

tandis que le rossignol chante

et que graines aromatiques

et clous de girofle sont dispersés

à toute volée sur toute l’assemblée.

Sur les hauts et fins lutrins,

les livres de miniatures

sont délicatement fleuris

tandis que des pages souriants

apportent maintes cruches

et balancent allègrement

des panaches de plumes d’autruche.

Des danseurs de corde

aux vêtements chamarrés

encerclent les fiancés

placés au centre de la ruche.

Immobiles sont les mariés

dans cet espace bruissant

où règnent à tout instant

la fête et la lumière.

Les convives boivent

du thé, couleur acajou

et tout en conversant,

trempent des cuillers sculptées

dans la crème de lait fouettée.

Des femmes alanguies

fument et rêvent

près des cages bleues.

Une odalisque apporte

une arche de roses satinées

tout en effectuant un méandre

sur les grandes dalles lustrées.

Tout, dans les étoffes déployées,

les drapés et les rideaux des portières,

est miroitement et sensualité.


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