N° 122, janvier 2016

Kâshân,de la géométrie à la poésie
Notes sur les éléments architecturaux
de la ville de Kâshân et leur reflet dans
la poésie de Sohrâb Sepehri


Sarah Hosseini
Traduit par :

Marzieh Khazâyi, Zeinab Golestâni


Maison Tâdj, Kâshân

Il apparaît complexe au premier abord d’aborder les liens privilégiés entre l’architecture et la littérature, celle-ci se proposant non pas comme un monde fermé sur lui-même, mais comme un univers singulier qui se définit en interaction avec d’autres champs artistiques et même scientifiques. Il est cependant particulièrement intéressant de mettre certains éléments de l’architecture iranienne traditionnelle avec la poésie de Sohrâb Sepehri en ce que celle-ci aborde la question de l’originalité, de la simplicité et de la pureté de l’architecture traditionnelle de sa terre natale, à savoir Kâshân. Kâshân est une ville du désert dont le nom trouve son origine selon certains à des maisons estivales faites de bois et de roseau, et selon d’autres, au premier lieu d’habitation d’une ville fondée au bord de la source Fin, sous l’ordre de rois mythiques : il serait ainsi Key آshiyân, c’est-à-dire le foyer de la dynastie Key. Dans son ouvrage intitulé Hanouz dar safaram (Je voyage encore), Sepehri écrit : "Il n’y avait dans ma ville, ni musée, ni galerie, ni professeur, ni critique, ni livre ; mais il y avait une parenté entre l’homme et l’environnement ; il y avait une homogénéité de la main et du mur d’argile ; il y avait de l’espace ; il y avait la fraîcheur de l’expérience. Il était possible de marcher pieds nus, de sentir l’âpreté de la terre, il était possible d’apprivoiser la brique du mur. L’architecture de ma ville accueillait l’homme. Le mur de la rue marchait avec l’homme, et la maison accompagnait le vieil homme : une sympathie organique. […] Je m’asseyais sur les toits d’argile, contemplant la fusion du coucher du soleil avec les toits en dôme de la ville ; j’étais simplement fasciné." [1]

Le présent article a pour but de retrouver les traces de l’architecture traditionnelle de Kâshân dans la roseraie de la poésie de Sohrâb Sepehri, en s’appuyant principalement sur les éléments ci-dessous :

Le sous-sol (sardâb ou sardâb-e). Elément important de l’architecture des maisons traditionnelles désertiques situé le plus souvent, selon le goût du propriétaire, quelques mètres au-dessous de la surface de la cour de la maison. Regroupant des caves, des garages et parfois différents niveaux, le sous-sol désigne l’ensemble des pièces ou étages situés au-dessous du rez-de-chaussée. Il se caractérise par sa fraîcheur, rappelant parfois celle d’un caveau. [2] Il existe cependant des différences entre les sous-sols traditionnels et modernes. La fraîcheur et l’humidité de cet espace étaient plus importantes dans l’architecture traditionnelle, étant donné qu’ils étaient souvent creusés très en profondeur dans le sol. L’existence du sous-sol s’avérait absolument nécessaire pour le repos durant les heures les plus chaudes de l’été, et il permettait également de bénéficier de l’humidité de la terre dans cette région au sol sec, de conserver les aliments, et de diminuer la chaleur de la maison grâce à la transmission de sa fraîcheur vers les pièces principales.

Sous-sol (sardâb) - Maison Tabâtabâ’i, Kâshân

Dans son livre intitulé Târikh-e Kâshân (L’histoire de Kâshân), Abdolkarim Zarrâbi écrit : "Pendant les trois mois d’été, ceux qui n’ont pas de métier fixe se rendent à la campagne pour profiter d’un air plus frais. Et ceux qui ne sont pas capables de s’y rendre construisent des sous-sols chez eux, car Kâshân, ville désertique, se trouve […] loin de l’eau. Dans toutes les maisons, il y a un ou deux sous-sols et de grandes caves éclairées et sèches. Ces caves comprennent aussi des éléments comme le bassin, l’arrière-chambre, la citerne, le réservoir, etc. Accessible par quatorze ou quinze marches, chacune de ces pièces conduit au toit […]. L’après-midi, on s’installe dans le sous-sol et on s’y repose jusqu’au soir. Les fruits et les légumes qui y sont conservés restent frais. La nuit, on monte sur le toit pour s’y reposer. ہ Kâshân, il fait frais et bon à partir de l’aube et jusqu’à trois heures après." [3]

Le sous-sol s’avère également être l’un des éléments essentiels de l’enfance de Sepehri : "Le coin que l’on avait choisi pour la lecture en été se trouvait à la cave, où la lumière de la maison et de la cour entrait par les fenêtres réticulaires en brique. Là, il y avait une table et quelques bancs. Et pour nous rafraîchir, nous pendions au plafond un balai traditionnel en bruyère, que nous mouillions au préalable. Le balai bougeait comme un pendule au-dessus de la table, rafraîchissant l’air." [4]

Sepehri écrit également le vers suivant dans Sedâ-ye pâ-ye âb (Bruit des pas de l’eau) : "Les escaliers menant à la cave des alcools."

Le bassin (howz). Le bassin occupe un rôle important dans l’architecture des maisons désertiques, car il permet tout d’abord l’esthétisation de l’espace de la cour, grâce à la présence de l’eau et de la couleur, mais aussi des poissons rouges. Le bassin fonctionne également comme un site de stockage d’eau, denrée rare et précieuse dans les régions désertiques. Autrefois, quand la ville était dépourvue d’eau courante, les bassins étaient remplis d’eau de puits ou de qanâts pour l’usage domestique. Une fois qu’elle avait perdu sa clarté, cette eau servait à arroser les arbres et les plates-bandes. Durant les nuits d’été, les membres de la famille disposaient aussi leurs lits au-dessus ou à côté du bassin. Le bassin rempli d’eau était utilisé pour rafraîchir des fruits, notamment la pastèque, très prisée à Kâshân. Enfin, le bassin servait à rafraîchir l’air, car en passant au-dessus de cet élément architectural, la brise perdait de sa chaleur et devenait plus fraîche.

Bassin (howz) - Maison Boroudjerdi
Bassin (howz) - Maison Tabâtabâ’i, Kâshân

Considéré ainsi comme l’un des composants inséparables de la plupart des maisons désertiques, le bassin, relié justement à ses souvenirs d’enfance, est très présent dans ce poème de Sepehri :

Le ciel, plus bleu,

L’eau, plus bleue,

Moi au balcon, et Ra’na au bord du bassin.

(Simple couleur, Volume vert)

C’est au bord de ce bassin que le poète retrouve les invisibles dont il est en quête :

J’étais allé au bord du bassin,

Pour voir peut-être dans l’eau,

L’image de ma solitude.

(Message des poissons, Volume vert)

D’ailleurs, la pureté et la lumière de la vie s’offrent au regard du poète, assis au bord du bassin :

Je me mets au bord du bassin ;

La ronde des poissons, la clarté, moi, la fleur, l’eau,

La pureté de la grappe de la vie.

(Clarté, moi, fleur, eau, Volume vert)

Les voûtes en berceau (tâgh-hâye zarbi et tâghi-ye gonbadi shekl). L’architecture désertique est aussi marquée par la présence de voûtes, appelées voûtes en berceau. Faites d’un mélange d’argile et de paille, elles ont un rapport direct avec le climat, notamment la canicule d’été et la différence de température entre le jour et la nuit. En outre, en recouvrant ces voutes, la paille a un rôle d’isolant et protège les murs à la fois de la pluie et de la chaleur.

Voûtes en berceau (tâgh-hâye zarbi et tâghi-ye gonbadi shekl) - Maison Tabâtabâ’i, Kâshân

Dès son enfance, Sepehri est marqué par cet élément architectural, quand il joue pieds nus sur les toits des maisons de Kâshân qu’il aime tant : « Il aimait Kâshân. Alors, quand il était fatigué de tout, il s’y rendait. La nature de Kâshân se fondait dans son existence. Il adorait les voûtes en berceau, les majestueuses maisons anciennes en briques », écrit Parvâneh Sepehri, sœur de Sohrâb. [5] D’ailleurs, ce qui distingue la chambre bleue, celle qui "brisait la poussière de l’habitude », est justement la voûte : « La chambre bleue était en carré, mais sa voûte en berceau la rendait circulaire. » (La Chambre Bleue). Dans un poème intitulé « Shâsousâ » (Natanaël), le poète fait allusion aux toits de la ville et à ces voûtes :

Je suis debout sur un toit d’adobe en voûte, tel un chagrin

Et je répands mon regard sur la vapeur du coucher du soleil.

(Shâsusâ, Flammes du soleil)

Les vitraux colorés (shisheh rangui). L’usage très répandu de vitraux colorés pour les fenêtres, généralement larges, des maisons dans les régions désertiques, notamment à Kâshân, générait des jeux de lumière sublimes et de magnifiques scènes lumineuses à l’intérieur de la maison. Dans un poème intitulé Nedâ-ye âghâz (Appel aux prémices), Sepehri écrit :

Moi qui, au travers de la fenêtre la plus ouverte du monde,

Ai parlé aux habitants de cette région,

Je n’ai point entendu un mot de la même étoffe que le temps.

(Appel aux prémices, Volume vert)

C’est aussi la fenêtre qui apparaît au poète comme le lieu de la conception de la poésie :

Je reviendrai pour planter sur chaque mur, un œillet

Pour réciter sous chaque fenêtre,

Un poème.

(Et une lettre en route, Volume vert)

Vitraux colorés (shisheh rangui)
- Maison Tabâtabâ’i, Kâshân

La niche (tâghtcheh). La niche est visible dans presque chaque chambre des maisons désertiques. La niche, qui s’apparente à une sorte d’étagère en plâtre creusée dans le mur, fournit un espace de rangement propice. Dans sa chambre bleue, Sepehri aussi était face à plusieurs niches : « Juste au milieu de tous les murs de la chambre bleue, il y avait une niche. » [6] Cet espace apparaît pourtant au poète comme un espace de monotonie dénuée de changement :

La vie n’est guère ce qui s’efface,

Sur la niche de l’habitude,

De ta mémoire, ni de la mienne.

(Le bruissement des pas de l’eau)

Niche dans le couloir d’entrée d’une maison
historique de Kâshân

La maison du printemps ou du bassin (hozkhâneh). Elément indissociable de l’architecture dans le désert, la maison du printemps marque aussi la vie et la poésie de Sepehri. Liée généralement aux autres pièces, elle se trouve soit au même niveau que la cour, soit à un niveau plus bas que celui-ci. Elle joue un rôle primordial pour rafraîchir l’air et, en permettant l’écoulement de l’eau fraîche et claire du qanât, elle constitue un lieu adéquat pour se baigner ou se laver.

Bassin (hozkhâneh) - Maison Abbâsi à Kâshân

Se souvenant de ces pièces d’eau, Sepehri, qui habite alors Paris, écrit : « Ces jours-ci, je ne pense qu’à l’Iran. Préparez-vous donc à vous rendre à Tchenâr. Je regrette cette maison du printemps avec ces concombres turcs (paisley). Et cette eau de qanât est plus exquise que toute autre boisson. Bref, vous laisserez passer un trésor si vous les négligez. » [7] C’est toujours l’arc de cette pièce qui fascine notamment le poète :

Je suis l’héritier des motifs du tapis de la terre

Et de toutes les courbures des maisons du printemps.

(C’était la conception de l’oiseau)

Traitement de l’eau, Maison Abbâsi à Kâshân

La maison du printemps se présente, sous la plume de Paridokht Sepehri, comme une haute pièce en voûte avec des colonnes en plâtre : « Des deux côtés de la maison du printemps, se trouvaient symétriquement deux chambres où habitaient deux de mes oncles. Au-dessous de ces deux chambres, il y avait deux caves où nous nous réfugiions lors de la chaleur d’été. La chambre située au bout de la maison du printemps, dont les fenêtres donnaient sur le nord et le sud du jardin, constituait à la fois la chambre du grand-père et le salon… Sohrâb était le seul enfant qui pouvait, en un clin d’œil, escalader aisément tous les trous en plâtre de la maison du printemps, ainsi que tous les arbres corsés. [8]

La véranda (mahtâbi). Cette partie de la maison est nommée mahtâbi car elle absorbe la lumière du clair de lune (le mot mahtâb signifie "clair de lune" en persan). Cette pièce est fermée sur trois côtés par des murs ornementés et dépourvus de toit. La véranda est plus haute que la cour. Les membres de la famille s’y reposaient pendant les nuits chaudes d’été, ou s’y rassemblaient pour les soirées d’été. L’un des plus beaux exemples de ce type de structure est à admirer dans la maison des Abbâsi à Kâshân.

Dans certains de ses poèmes, Sepehri parle de cette pièce, qui est pour lui liée à un sentiment de mélancolie :

Les colonnes de notre véranda

sont avalées par le liseron de la pensée.

(Ô toutes les figures, Flammes du soleil)

Dans l’Exil, c’est lorsque le poète se trouve dans la véranda qu’il évoque la profonde nostalgie du départ :

La lune, au-dessus du hameau,

Les habitants endormis,

Et je sens, dans cette véranda, la brique de l’exil.

(Exil, Volume vert)

Véranda (mahtâbi) dans la maison Abbâsi à Kâshân,
photo : Mehrdâd Tâdjdini

Le balcon (iwân). Elément indissociable de l’architecture traditionnelle dans le désert, le balcon constitue un espace ouvert devant les chambres, et est relié par quelques marches à la cour. Le balcon ressemble à la véranda, mais la façon dont s’y organise l’espace est différente. Le balcon est toujours couvert d’un toit, généralement orné d’un arc appelé âhang [9]. Ce lieu de la maison est également présent dans la poésie de Sepehri :

Au moment de l’enfance,

Sur la courbure des plafonds des balcons,

Au fond des vitraux colorés des fenêtres,

S’est flétri mon vœu.

(La vie des rêves, Fleur de céramique)

Sous la plume de Sepehri, le balcon apparaît comme une pièce permettant une réflexion profonde, ou peut-être l’atteinte d’une intuition. Il est un lieu séparé des autres pièces de la maison, le lieu d’une Présence :

La porte, je l’ai fermée,

et je me suis mis au balcon de ta contemplation.

(Passage, Orient de larmes)

C’est là que brille le soleil de la connaissance :

C’est au jardin du mysticisme,

C’est au balcon illuminé de la connaissance, que je suis allé.

(Le bruissement des pas de l’eau)

De même :

Ici, le balcon, l’ombre de l’intelligence, le survol de l’esprit.

(Rapace nocturne, Orient de larmes)

Dans un poème intitulé Târâ (astre), le poète relie le balcon à l’eau, à la lumière et au miroir :

Descendu de la balustrade, je suis arrivé au bord de l’étang,

J’ai cueilli du chagrin au tremblement des roseaux, je suis remonté à la balustrade,

Je suis arrivé au miroir,

Je suis redescendu de la balustrade,

Comme si j’avais pleuré entre l’étang et le miroir.

(Târâ (astre), Flammes du soleil)

Balcon (iwân) du second étage,
Maison Amerihâ, Kâshân

C’est aussi le balcon qui offre au poète un espace privilégié pour aller au-delà non seulement du temps, mais aussi de l’espace :

Retournons et ne nous effrayons pas, buvons

Au balcon de ces époques-là, la boisson de la magie.

(C’est nous, le parasol de notre tranquillité, Flamme du soleil)

Et dès qu’il y a un sentiment d’étrangeté, le balcon est vide :

Vide est le balcon,

Et le jardin, occupé des souvenirs du passager.

(Au voyage d’au-delà, Flammes du soleil)

Balcon (iwân) - Maison Tabâtabâ’i, Kâshân
Dômes de plafond conçus pour la pénétration de la lumière. Maison Boroudjerdi

Le pisé (tchineh). Le pisé joue un rôle primordial dans la construction des bâtiments, et dans l’architecture traditionnelle persane en général. Elément à l’origine de la construction des briques, la boue est le résultat du mélange et du pétrissage de l’argile et de l’eau. Une fois mise dans un moule en forme rectangulaire, la boue est cuite. Du fait de son faible coût, elle est surtout utilisée dans la construction des pisés des jardins, mais aussi pour délimiter les cours des maisons, ou encore construire les chambres et les toits. Se distinguant par leur importante hauteur, les pisés et les murs d’argile étaient généralement construits les uns près des autres dans les régions désertiques. Leur hauteur était due à la présence du soleil ardent du désert, car ces pisés ombraient la cour.

L’enfance de Sepehri est notamment marquée par un attachement à la terre, à l’argile et au jeu avec ces éléments de la nature : « A Kâshân, la terre est argileuse et collante ; il est gai de jouer avec. » [10] L’odeur de cette terre est notamment recherchée par Sepehri :

…et j’ai été séparé.

Où est l’épaisseur des corps ?

Où sont l’odeur de la terre, le pisé sans dimension des fées ?

(A la Terre, Orient de larmes)

Le pisé est considéré comme un doux espace présageant la vie :

Le murmure, j’en suis assoiffé.

[Mais] il est loin, le chant de l’oiseau égaré,

Assis sur le pisé d’Esfande.

(Plumes de murmure, Volume vert)

C’est la raison pour laquelle les gens le tiennent en considération :

Les habitants de la ville regardent un pisé,

Tels une flamme, un rêve doux.

(Toit, Volume vert)

Epris du soleil, Sepehri considère d’ailleurs les pisés comme des symboles de la distance, d’où son souhait de les voir déconstruits. Le poète aspire ainsi aux courts pisés des autres villages :

Les pisés sont certainement courts, dans le village en amont.

(Exil, Volume vert)

La ruelle (koutcheh). Les murs d’argile constituent l’identité des quartiers de Kâshân, formés d’étroites ruelles. Artères des constructions urbaines, les ruelles se rejoignent dans un lieu appelé gozar (passage), situé au croisement de trois ruelles. De fait, pour éviter la construction de carrefours, on s’efforçait à l’époque de favoriser le croisement de trois ruelles. En tant qu’élément indissociable de l’urbanisme de Kâshân, la ruelle s’avère aussi inséparable de la poésie de Sepehri. C’est là où il cherche la vivacité de la vie sociale, mais ne la trouve pas :

Il n’y a ni dans notre foyer,

Ni dans notre quartier, aucun chant.

(Ô toutes les figures, Flammes du soleil)

Aussi :

Le quartier, démuni de circuit,

Silencieux, muet.

(ہ, Orient de larmes)

C’est pourquoi le quartier de Sepehri est marqué par la solitude :

Partie de la maison, sortie du quartier,

Notre solitude partait vers Dieu.

(Satan aussi, Orient de larmes)

Ou :

L’odeur de la solitude dans le quartier de la saison.

(Le bruissement des pas de l’eau)

Mais aussi :

Et le passage de la mouche dans le quartier de la solitude.

(Le bruissement des pas de l’eau)

Le quartier est ainsi marqué par le départ :

A pas de loup, le petit s’éloignait peu à peu dans le quartier des zigoptères.

(Le bruissement des pas de l’eau)

Sepehri ne cesse d’ailleurs d’évoquer son quartier de façon métaphorique, écrivant ainsi :

L’escalier de la religion, je l’ai remonté

Jusqu’au bout du quartier du doute.

(Le bruissement des pas de l’eau)

Ruelle (koutcheh) menant à la maison des Tabâtabâ’i, Kâshân

Tous ces éléments se rejoignent notamment dans la Maison des Boroudjerdi, à Kâshân, d’où notre choix de cette demeure pour présenter les caractéristiques principales des maisons traditionnelles de cette ville. Le représentant d’une délégation ayant visité en 2014 les monuments historiques de Kâshân, à savoir la Maison des آméri, celle des Boroujerdi, la mosquée et l’école d’Aghâ Bozorg, les anciennes collines de Sialk, ainsi que le complexe historique du jardin et des bains de Fin, a proposé d’inscrire la Maison des Boroudjerdi en tant que plus belle maison historique de toute l’Asie. C’est après avoir reçu d’autres avis très positifs de la part de nombreux touristes que l’UNESCO a choisi en 2015 la Maison des Boroudjerdi comme l’un des lieux touristiques les plus attractifs de la région. Sous la plume de M. Ping Hao, représentant de l’UNESCO, Kâshân apparaît comme l’une des rares villes historiques bénéficiant d’une valeur architecturale. « L’Iran a une longue histoire renvoyant à huit millénaires dans le passé et la civilisation de ce pays a immensément contribué à la civilisation mondiale », écrit-il.

Aujourd’hui propriété historique de la ville de Kâshân, la Maison des Boroudjerdi a été construite en 1857 par Ostâd Ali Maryam, pour la jeune mariée de Haji Mehdi Boroudjerdi, un très riche marchand. Celle-ci était elle-même issue de la riche famille des Tabâtabâ’i, pour qui le maître Ali Maryam avait construit quelques années plus tôt une célèbre maison appelée la maison des Tabâtabâ’ï.

Construit en huit ans avec la participation de 150 artistes, cet édifice comprend une belle cour rectangulaire, de splendides fresques exécutées par le peintre royal Kamâl-ol-Molk, et trois tours de vent de 40 mètres de hauteur servant à rafraîchir la maison lors des chaleurs estivales. Cette maison comporte trois entrées ainsi que l’ensemble des éléments de l’architecture traditionnelle persane, dont l’espace extérieur (birouni) et intérieur (andarouni).

Maison des Boroudjerdi, Kâshân

Près de l’entrée principale qui est de forme octogonale et comporte des lucarnes au plafond se trouve une chambre à cinq portes, ornée de beaux travaux en stuc. En passant par un couloir étroit, on arrive à une grande cour rectangulaire, avec un bassin situé au milieu des arbres et des parterres. La cuisine, les chambres et les escaliers menant au sous-sol se trouvent au nord-est de la maison. Au sud-est se situe un grand hall orné par des reliefs, des sculptures, et des vitraux colorés, celui-ci étant réservé aux invités d’honneur. Au voisinage du couloir se trouve un espace réservé à la réception situé entre deux chambres. Celles-ci, recevant largement la lumière du soleil, étaient utilisées pendant l’hiver. La maison est aussi connue pour ses tours de vent exceptionnelles construites avec des pierres, des briques d’argile cuites et de la paille. Ces tours rafraîchissent à la fois l’air de l’espace intérieur des chambres et du sous-sol.

Malgré son statut d’édifice privé, la Maison des Boroudjerdi est aujourd’hui devenue un musée, permettant de faire découvrir au public la somptuosité de l’architecture de la ville de Kâshân dont Sepehri était l’un des enfants privilégiés.

Bibliographie :
- Abbâssi Tâleghâni, Nezâm, Mehmâni dar Golestâneh (Un invité à Golestâneh (village à Kâshân)), Téhéran, Alvân, 1998 (1377).
- Pirniyâ, Mohammad Karim, Âshenâ’i bâ me’mâri-ye eslâmi-ye Kâshân (Introduction à l’architecture islamique de Kâshân), Téhéran, Université Elm o San’at (Science et Industrie), 7e éd., 2003 (1382).
- Sepehri, Paridokht, Hanouz dar safaram (Je voyage encore), Téhéran, Forouzân, 2003 (1382).
- Sepehri, Paridokht, Sohrâb, Parandeh-ye Mohâdjer (Sohrâb, un oiseau migrateur), Téhéran, Tahouri, 7e éd., 1996 (1375).
- Sepehri, Sohrâb, Hasht Ketâb (Huit livres), Téhéran, Tahouri, 38e éd., 2004 (1383).
- Sepehri, Sohrâb, She’r-e zamân-e mâ (La poésie de nos jours), recueilli par Hoghoughi, Mohammad, Téhéran, Negâh, 6e éd., 1996 (1375).
- Sepehri, Sohrâb, Otâgh-e Âbi (La chambre bleue), Téhéran, Soroush, 1990 (1369).
- Zomorshidi, Hossein, Me’mâri-ye Irân (L’architecture persane), Téhéran, Alvân, 2e éd., 1998 (1377).
- Zarâbi, ‘Abdol Karim, Târikh-e Kâshân (Histoire de Kâshân), Téhéran, Amir Kabir, 1999 (1378).
- http://www.keyashiyan.com
- http://dolan.ir
- http://dome.mit.edu/

Notes

[1Sepehri, Paridokht, Hanouz dar safaram (Je suis toujours en voyage), Téhéran, Frouzân, 2003 (1382), pp. 17-18.

[2Pirniya, Mohammad Karim, Àshnâyi bâ me’mâri-ye eslâmi-ye Kâshân (Introduction à l’architecture islamique de Kâshân), Téhéran, Université Elm o San’at (Science et Industrie), 7e éd., 2003 (1382), p. 197.

[3Zarâbi, ‘Abdol Karim, Târikh-e Kâshân (L’histoire de Kâshân), Téhéran, Amir Kabir, 1999 (1378), p. 112.

[4Sohrâb Sepehri, in Sepehri, Paridokht, Sohrâb, Parandeh-ye Mohâdjer (Sohrâb, un oiseau migrateur),Téhéran, Tahouri, 7e éd., 1996 (1375), p. 49.

[5Abbâssi Tâleghâni, Nezâm, Mehmâni dar Golestâneh (Un invité à Golestâneh (village à Kâshân)), Téhéran, Alvân, 1998 (1377), p. 110.

[6Sepehri, Sohrâb, Otâgh-e Abi (La chambre bleue), Téhéran, Soroush, 1990 (1369), p. 22.

[7Sohrâb Sepehri, in Sepehri, Paridokht, Hanouz dar safaram, op. cit.,p. 83.

[8Sepehri, Paridokht, Sohrâb, Parandeh-ye Mohâdjer, op. cit., pp. 19 et 24.

[9L’arc de l’âhang est édifié par la construction d’un arc sur deux murs parallèles. Il a une forme demi-cylindrique.

[10Ibid., p. 33.


Visites: 608

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.