Le manichéisme, fondé par Manès (en persan Mâni), est une religion pratiquée en Perse au IIIe siècle. Sa doctrine est une synthèse d’éléments empruntés à différentes croyances dont le zoroastrisme, le bouddhisme et le christianisme.

Manès naît en 216 d’une mère d’ascendance princière, originaire de Nahâvand dans la province de Hamedân. Son père, Fâtik (ou Pâtek), était un prince arsacide qui, selon les documents historiques, se convertit au gnosticisme [1] consistant notamment en des pratiques ascétiques sévères. Au moment de la naissance de Manès, sa famille résidait dans le village de Mardinou à Babylone.

En 220, Fâtik reçoit d’un ange la mission de s’abstenir de vin, de viande et des femmes. Il est chargé de quitter sa patrie pour se rendre aux Indes où il rejoint une communauté ascétique. Il emmène son fils Manès dans ce voyage alors qu’il n’a que quatre ans. Là, le jeune garçon découvre l’austérité de la vie ascétique et apprend le détachement vis-à-vis de la vie matérielle. Il reçoit donc sa première éducation dans les communautés gnostiques que son père fréquentait régulièrement.

Plan détaillant la propagation de manichéisme

Jusqu’en 242, Manès reçoit deux révélations par l’intermédiaire d’un ange appelé Toum ou Twin ou simplement dit Hamzâd (jumeau). A l’âge de douze ans, il affirme être en contact avec un Jumeau qui lui demande de propager la doctrine de Jésus ; il devient donc fervent partisan du christianisme et s’engage à prêcher la parole de Dieu en Inde. Par ailleurs, lors de cette première révélation, l’ange Twin lui ordonne de quitter les Mandéens et de vivre avec chasteté. Il mène donc une vie ascétique et attend encore douze ans avant de fonder et de transmettre sa doctrine nouvelle.

A 24 ans, Manès reçoit une deuxième révélation divine selon laquelle il doit fonder une nouvelle religion afin de perfectionner les religions antérieures. Partisan fervent du christianisme, il décide d’introduire des éléments chrétiens dans sa nouvelle religion, le manichéisme. En outre, suite à sa longue résidence en Inde dans les diverses communautés ascétiques, sa religion est fortement influencée par des éléments du bouddhisme.

Enfin, il faut souligner que le manichéisme emprunte au zoroastrisme l’idée de dualisme [2] qui repose sur le combat perpétuel entre le Bien et le Mal. En fait, le manichéisme est basé sur le principe du dualisme selon lequel le combat entre la lumière et les ténèbres aboutit au salut de l’âme piégée dans le corps.
Autrement dit, il s’agit d’un conflit entre le monde spirituel, représenté par la Lumière, et le monde matériel,
représenté par les Ténèbres. Selon cette doctrine, l’être humain créé par Dieu possède une âme divine, mais en raison de son corps matériel, il porte en lui les traces de l’obscurité incarnée par Satan. La Lumière et les Ténèbres coexistent sans jamais se mêler. Mais au moment de la création de l’être humain, les Ténèbres ont envahi la Lumière. Dès lors, l’âme humaine appartient au royaume de la Lumière et son corps est fait de particules de Ténèbres.

Manuscrit de Kocho montrant les prêtres manichéens des Ouïghours

En 242, Manès revient à Babylone afin de prêcher sa doctrine. Dès son arrivée en Perse, il se rend à Gundishâpour et proclame sa religion dans la résidence royale de Shâpour Ier. [3] Il jouit alors de la protection royale, ce qui lui permet de diffuser sa religion dans toute la Perse. De son côté, Shâpour Ier le soutient car il estime que cette nouvelle religion permettra l’unité religieuse de tout son empire. Il favorise donc la création de communautés manichéennes. Dès lors, la doctrine se répand très vite en Orient et en Occident, et plus particulièrement dans la région de Babylone. En signe de gratitude, Manès dédie au roi de la Perse l’une de ses œuvres les plus importantes, le Shâpourgân. En une courte période, la doctrine manichéenne se développe de l’ouest à l’est, jusqu’au Tibet, et dans toute la Chine. On peut donc conclure que cette religion à vocation universelle était apte à être transposée dans différentes langues et donc à être diffusée dans différents pays.

Dès son arrivée en Occident, cette religion connaît un important développement qui continue jusqu’au IVe siècle, date de son déclin, car elle est alors fortement combattue par l’église chrétienne et les empereurs romains. Parmi les célèbres chrétiens autrefois manichéens, citons Saint Augustin, qui fut pendant neuf ans un manichéiste fervent, puis, après sa conversion au christianisme, l’un des importants critiques de la doctrine de Manès. Ses écrits sur le manichéisme constituent une excellente source d’étude sur cette religion pour les chercheurs contemporains.

Mâni enseignant à un prince perse, miniature persane

A l’est et plus particulièrement à Babylone, la doctrine continue d’exister jusqu’au XIIIe siècle. Les documents archéologiques attestent que le manichéisme était encore présent dans les cités islamiques d’Orient et plus particulièrement à Bagdad, où l’on en constate les traces jusqu’au XIIe siècle. Cependant, dans les régions centrales de la Perse, le manichéisme ne résiste pas à l’arrivée de l’islam et disparaît au VIIIe siècle. Pour finir, il faut souligner que dans quelques recoins de la Chine occidentale, cette doctrine a survécu jusqu’au début du XVIIe siècle.

Après la mort de Shâpour Ier, Manès bénéficie encore de la protection du nouveau roi, Hormoz Ier, mais le règne de ce dernier ne dure qu’un an. Avec l’avènement de Vahrâm Ier en 274, la situation va rapidement évoluer. Manès est persécuté par les prêtres zoroastriens ; emprisonné, il est enchaîné et vit dans des conditions extrêmes. Il meurt quelques mois plus tard d’épuisement et de faim dans son cachot, après avoir délivré son dernier message à ses disciples.

Mâni en peintre présentant son dessin au roi Bahrâm Gur. peintre de Mir Alisher Navoï, Tachkent, XVIe siècle

Selon les données historiques, les manichéens étaient de grands amateurs d’art et de littérature, et de ce fait, ils ont contribué à l’enrichissement de différents domaines artistiques dont la peinture, la calligraphie et la musique. Manès lui-même était peintre, et il est à l’origine de la tradition d’illustration et d’enluminure des manuscrits religieux. Ses œuvres ont joué un rôle important dans l’apparition de la miniature persane. En outre, les manichéens ont essayé d’inventer une écriture autonome et de ce fait, l’apparition d’une écriture et d’une littérature manichéennes ont beaucoup aidé à la propagation de leur foi. Manès était également un écrivain fécond ; sept livres canoniques lui ont été attribués. Ces livres portent surtout sur les théories de la création de l’homme, la cosmogonie, la formation de l’univers et l’origine du monde. De nos jours, de toute cette littérature féconde, seuls des fragments sont disponibles. Les manichéens pratiquaient différentes langues dont le pehlevi
 [4], le parthe [5], le syriaque
 [6], le chinois, le copte [7], le sogdien [8] et l’ouïghour [9].

Sous le règne du roi Hormoz Ier, Manès bénéficie de la protection royale
Visage de Bahrâm Ier, qui a ordonné d’assassiner les manichéens

Sources :


- Bâgheri, Mehri, Din-hâye Irân-e bâstân (Les religions de la Perse antique), Téhéran, 2007.


- Behbahâni, Omid, Shenâkht-e âyin-e Mâni (Etude sur le manichéisme), Téhéran, 2005.

Notes

[1Système de pensée se caractérisant généralement par l’affirmation que les êtres humains sont des âmes divines emprisonnées dans un monde matériel créé par un dieu mauvais et imparfait. Le mouvement connut son apogée au cours du IIe siècle. (Source : Wikipédia)

[2La pensée dualiste, qui est à l’origine de l’ensemble des religions iraniennes dont le zoroastrisme, consiste en l’affirmation du conflit continuel entre le Bien qui est souvent accompagné par des notions comme la lumière, le spirituel, l’âme et Dieu, et le Mal qui est représenté par des notions comme les ténèbres, le matériel, le corps et le Diable.

[3Fils d’Ardeshir Ier, fondateur de l’empire sassanide ; il régna de 240 à 272.

[4Langue iranienne parlée à l’époque sassanide.

[5Langue moyenne iranienne parlée au début du Iermillénaire après J.-C. dans une grande partie du Khorâssân.

[6Langue courante du Proche-Orient appartenant au groupe des langues araméennes.

[7Langue afro-asiatique.

[8Langue iranienne parlée au Moyen-âge par les peuples de Samarkand et Boukhara.

[9Langue appartenant au groupe des langues turques et parlée en Asie centrale.


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