N° 142, septembre 2017

Présentation générale de
la province de Kermânshâh


Babak Ershadi


Avec une superficie de plus de 24 998 km², la province de Kermânshâh représente 1,5% de la superficie totale du territoire iranien. Sa population s’élève à 1 952 434 personnes, selon le recensement national de 2016. Située à l’ouest du territoire iranien, la province de Kermânshâh est au sud de la province du Kurdistân, à l’ouest de la province de Hamadân, au nord des provinces du Lorestân et d’Ilâm. A l’ouest, Kermânshâh partage une frontière de 330 km avec l’Irak.

Egalement localisée dans la région du Zagros [1], une grande partie de la superficie de Kermânshâh est couverte de montagnes. Hezârkâni est le sommet le plus haut de la province, qui culmine à 3420 m. Ses plaines sont situées au pied des montagnes et des petites ou grandes vallées du Zagros. Cette province a un climat varié : des zones froides dans la haute montagne (Pâveh ou Songhor), des zones chaudes (Ghasr-e Shirine), et des zones tempérées (Kermânshâh ou Eslâmâbâd Gharb).

Avec les provinces du Kurdistan au nord et la province d’Ilâm au sud, Kermânshâh compte parmi les provinces majoritairement kurdes de l’Iran. En effet, 92,5% de ses habitants appartiennent aux différents groupes ethniques kurdes (Kalhor, Zanganeh, Sandjabi, Gouran…). Le kurde est donc la langue principale des habitants de Kermânshâh. Le reste de la population parle le farsi (dialecte de Kermânshâh), l’arabe, et le turc (à Songhor). Notons aussi que dans d’autres provinces iraniennes, les Kurdes représentent d’importants pourcentages de la population locale ; c’est le cas du Khorâssân du Nord (46,1%), de l’Azerbaïdjân de l’Ouest (21,7%), et de Hamedân (10,3%).

Grotte des chasseurs près de Bistoun

La majorité des habitants de la province de Kermânshâh sont chiites duodécimains, mais il y existe aussi des minorités religieuses (sunnites, yarsâns, juifs et chrétiens). A l’exception de la ville de Songhor, les Kurdes sont majoritaires dans l’ensemble des 31 villes de la province. Les persanophones ont immigré dans cette province il y a deux siècles (venant majoritairement de Hamedân, d’Arak, Ispahan ou Semnân), d’où l’apparition d’un dialecte persan spécifique à Kermânshâh.

Le kurde, langue indo-européenne de la famille des langues iraniennes, se divise en plusieurs dialectes, dont les principaux sont le sorani, le kurmandji et le zazaki. Les habitants de la province de Kermânshâh parlent majoritairement un autre dialecte kurde appelé le kurde du sud, assimilé parfois au dialecte Kalhor.

L’un des documents les plus anciens faisant allusion au peuple kurde est une épigraphe sumérienne datant du troisième millénaire av. J.-C. qui fait référence à la « Corduène » (ou Korduène), une ancienne région au nord de la Mésopotamie. 

Les recherches scientifiques indiquent que la quasi-totalité des zones de la province de Kermânshâh était habitée par l’homme, sans interruption, depuis l’âge de pierre. Les monuments historiques montrent d’ailleurs que la province de Kermânshâh comptait parmi les centres importants du peuplement dans la région médiane du Zagros. Les découvertes effectuées en 1949 par l’anthropologue américain Carleton S. Coon, dans la Grotte des chasseurs près de Bistoun (Behistoun) attestent d’une présence humaine dans cette région il y a 70 000 ans, époque que les savants appellent le Moustérien, c’est-à-dire la période culturelle la plus importante du paléolithique moyen.

Sites préhistoriques de Godin

Au IVe millénaire avant notre ère, Kermânshâh était un centre important de commerce, fréquenté par les commerçants élamites venus de Suse et les commerçants mésopotamiens. Dans les sites préhistoriques de Godin (près de Kangâvar) et de Tchogha Gavaneh (près d’Eslâmâbâd Gharb), les archéologues ont découvert des vestiges de marchés anciens. 

Des monuments très précieux de la période achéménide (vers 550-330 av. J.-C.) peuvent être visités dans la province de Kermânshâh. La célèbre Voie royale perse traversait cette région. Cette route de 2693 kilomètres, construite sous Darius Ier (522-486 av. J.-C.), reliait Suse en Iran à Sardes (est de l’Anatolie). L’inscription de Behistun (Bistoun) est un vestige monumental dans le département de Harsin, qui décrit les conquêtes et les victoires de Darius Ier en trois langues : vieux-persan, élamite et akkadien.

Pendant l’Antiquité, la région de Kermânshâh était la voie de liaison entre la Mésopotamie et le plateau iranien. Elle a gardé son importance sous l’empire des Sassanides (224-651). Au nord-ouest de la ville de Kermânshâh, on peut visiter Tagh-e Bostan, un site sassanide qui indique l’importance de la ville avant l’apparition de l’islam.

Durant la période islamique, Kermânshâh et Hamedân étaient deux pôles importants de l’Ouest iranien. Sous les empires safavide et afsharide, les régions occidentales de l’Iran, dont la province de Kermânshâh, ont acquis une importance stratégique et militaire en raison de l’expansion ottomane en Mésopotamie et dans les régions kurdes.

Les zones kurdes étant divisées en deux parties - l’une sous domination iranienne et l’autre sous domination ottomane -, Kermânshâh s’est transformée en une ville caserne, surtout à l’époque du règne de Nâder Shâh (1736-1747).

Population kurde des provinces

Kermânshâh est devenue un champ de bataille entre les grandes puissances pendant la Première Guerre mondiale en dépit de la neutralité du gouvernement iranien. En 1915, les troupes russes ont attaqué l’Iran et ont envahi la ville de Hamedân. Leur objectif était de se battre contre les troupes ottomanes qui faisaient la guerre contre les armées britanniques en Mésopotamie. Malgré la résistance des forces iraniennes installées à Kermânshâh (et aidées par les Allemands), les soldats russes ont pris la ville le 13 février 1916. Près de mille gendarmes iraniens de la province de Kermânshâh ont dû s’allier aux troupes germano-ottomanes pour défendre la région face aux Russes. La ville de Kermânshâh est restée sous occupation russe jusqu’en février 1917.

Malgré la neutralité de l’Iran pendant la Seconde Guerre mondiale, la province de Kermânshâh a été de nouveau occupée par les forces américano-britanniques pendant quatre ans et demi. 

La province de Kermânshâh, divisée en quatorze départements, compte 31 villes et près de 2800 villages. Près de 60% des unités industrielles de la province sont concentrées dans sa capitale. La raffinerie de pétrole de Kermânshâh est la deuxième plus ancienne raffinerie de l’Iran après celle d’Abâdân. La capitale de la province, Kermânshâh, compte 946 651 habitants (recensement de 2016), et est neuvième sur la liste des villes les plus peuplées du pays.

La ville de Kermânshâh est également un pôle universitaire important de l’Ouest iranien, et compte notamment les universités suivantes :

Tagh-e Bostan

- L’Université Râzi : avec plus de 13 000 étudiants, l’Université Râzi est le plus grand établissement d’enseignement supérieur de toute la province. Les étudiants poursuivent leurs études à différents niveaux (DEUG, licence, master, doctorat) dans les facultés et instituts de cette université (sciences de base, ressources naturelles et agronomie, ingénierie et techniques, sciences du sport, littérature et sciences humaines, sciences sociales, chimie, mines et pétrole, management, art et architecture).

- L’université des Sciences Médicales : fondée en 1968, l’Université des Sciences Médicales de Kermânshâh est l’établissement universitaire le plus ancien de la province et compte plusieurs facultés et départements (médecine, sciences de la santé, sciences paramédicales, sciences infirmières, pharmacie, médecine dentaire). Plus d’une vingtaine d’hôpitaux de la province collaborent directement avec cette université.

- L’Université Technique de Kermânshâh : cette université a été fondée en 2007 pour former les ressources humaines nécessaires dans les usines et les centres industriels des régions situées dans l’Ouest iranien.

- L’Université Azad de Kermânshâh : fondée en 1988, elle est l’un des centres les plus importants de l’enseignement supérieur dans la province de

Kermânshâh, avec plus de 14 000 étudiants.

Notes

[1Le Zagros est une longue et large chaîne de montagnes qui s’étend dans une direction Nord-ouest/Sud-est du nord de l’Irak au sud de l’Iran.


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