N° 151, juin 2018

Tony Cragg au Musée d’art contemporain de Téhéran


Babak Ershadi


Photos : Exposition des œuvres de Tony Cragg au Musée d’art contemporain de Téhéran, du 24 octobre 2017 au 12 janvier 2018.

Le 29 avril 2018, le Musée d’art contemporain de Téhéran (MACT) a dévoilé « Roots and stones » (Racines et pierres), une sculpture du célèbre artiste britannique Tony Cragg.

Cette œuvre d’art a été offerte par l’artiste de 69 ans au MACT. Lors d’une cérémonie officielle dont Tony Cragg était l’invité spécial, « Roots ans Stones », une gigantesque sculpture conceptuelle en marbre de 320 cm sur 158 cm, a été dévoilée dans le jardin des sculptures du MACT, situé au centre de la capitale iranienne. Étaient présents à cette cérémonie M. Ali Mohammad Zâreh, président-directeur du Musée d’art contemporain de Téhéran, et M. Majid Mollâ-Norouzi, directeur général des arts plastiques au ministère iranien de la Culture. Ainsi, l’œuvre de Tony Cragg est exposée de manière permanente dans le jardin des sculptures du MACT, à côté d’une célèbre pièce conceptuelle de l’artiste allemand Karl Schlamminger, décédé le 9 décembre 2017 à l’âge de 82 ans.

« Roots and stones », au milieu d’autres œuvres placées au jardin du MACT.

Lors de la cérémonie de présentation de « Roots and stones », le directeur général des arts plastiques du ministère de la Culture a déclaré que le dévoilement de l’œuvre de Tony Cragg serait le début d’une étape importante dans l’histoire du MACT. « Au cours des quatre dernières années, le Musée des arts contemporains de Téhéran a établi de solides contacts avec de célèbres artistes du monde entier et a organisé plusieurs expositions mettant en valeur leurs œuvres d’art dans la capitale iranienne », a-t-il souligné.

Mollâ-Norouzi a rappelé la tenue d’une exposition des œuvres de Cragg au MACT du 24 octobre 2017 au 12 janvier 2018, puis au Musée d’art contemporain d’Ispahan du 4 février au 13 avril 2018, avant de dire qu’il avait rencontré l’artiste pour la première fois dans son atelier à Düsseldorf en Allemagne, il y a trois ans.

 

Il a ajouté : « À cette époque-là, compte tenu de nos problèmes financiers, je ne pouvais pas imaginer qu’un jour nous pourrions tenir une exposition de ses œuvres à Téhéran. Cependant, nous avons réussi à le faire grâce au bon travail du MACT et à la pleine coopération de l’artiste Tony Cragg. » Le directeur général des arts plastiques du ministère de la Culture a souhaité que la tenue de telles expositions ouvre la voie à une « diplomatie culturelle efficace » pour développer les échanges artistiques et culturels entre l’Iran et d’autres pays du monde.

 

Au cours de cette cérémonie, l’artiste britannique, Tonny Cragg a déclaré que la tenue de l’exposition de ses œuvres à Téhéran était un événement très important pour lui : « J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère de l’exposition de mes pièces au MACT. Surtout, j’ai été profondément ému pendant le premier jour de l’exposition par la présence de très nombreux visiteurs. Il y avait tellement de monde que c’était difficile de regarder les œuvres. »

Mais ce n’est pas la première fois que Tony Cragg voyage en Iran. Il a évoqué sa première visite en Iran il y a deux ans et a ajouté qu’il avait aussi eu des élèves iraniens à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf de 2009 à 2015. « Lors de ma première visite en Iran, j’ai été profondément impressionné par la culture iranienne et j’ai décidé d’établir un dialogue avec elle », a-t-il ajouté. Cragg s’est décrit comme une personne discrète, solitaire et introvertie qui considère les expositions de ses œuvres comme une bonne occasion d’échanger des points de vue par le biais de l’art qui est capable de promouvoir l’amitié entre les différentes cultures. « Bien que je ne sois pas un diplomate culturel, je pense que nous pouvons établir la paix et l’amitié pour parvenir à une meilleure compréhension mutuelle en échangeant nos points de vue. » Tony Cragg a finalement conclu qu’il avait fait don de « Roots and Stones » au Musée d’art contemporain de Téhéran en signe d’amitié et de compréhension mutuelle.

L’exposition d’œuvres de Toby Cragg au Musée d’art contemporain de Téhéran, du 24 octobre 2017 au 12 janvier 2018, est le fruit de la coopération entre le galeriste allemand Till Breckner et le galeriste iranien Afshin Derambakhsh. Les deux galeristes allemand et iranien collaborent depuis 2011 pour promouvoir les échanges entre les différentes cultures.

Tony Cragg devant l’affiche de la conférence de presse de son exposition au MACT, le 22 octobre 2017.

* * *

 

Né en 1949 à Liverpool en Grande-Bretagne, Tony Cragg est sculpteur. Son travail artistique est marqué par un effort constant pour trouver (ou créer) de nouvelles relations entre les gens et le monde matériel. Il ne fixe aucune limite dans son usage de divers matériaux pour créer ses œuvres car selon lui, il n’y a pas de limites aux idées ou aux formes que l’artiste pourrait concevoir.

Tony Cragg est parfois présenté par les critiques d’art comme une figure célèbre du mouvement de la « Nouvelle sculpture anglaise » qui a connu un large développement dans les années 1980. Parmi d’autres figures de ce mouvement, nous pouvons citer le sculpteur londonien David Mach (né en 1956) connu pour ses réalisations monumentales ou l’usage de surplus de matières industrielles, ou encore l’autre artiste londonien Bill Woodrow (né en 1948) dont le travail de sculpteur comporte souvent de forts éléments narratifs.

Avant d’entamer sa carrière artistique, Tony Cragg fit des études scientifiques et travailla jusqu’en 1968 dans un laboratoire biochimique en Grande-Bretagne. Un an plus tard, il se mit à étudier l’art et continua ses études au Collège des arts de Wimbledon jusqu’en 1973. Ce fut pour lui l’occasion d’entrer dans le monde artistique. Il commença sa carrière d’artiste sculpteur au Royal College of Art à Londres. C’est à ce moment-là que Tony Cragg commença à utiliser des matériaux et des objets que les gens utilisent dans la vie quotidienne dans ses créations.

À partir de 1977, Cragg se mit également à enseigner d’abord en France, puis à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf en Allemagne. À partir de cette période, il s’installa définitivement à Wuppertal en Allemagne. L’idée de Tony Cragg est d’aller « au-delà de l’objet, de la matière et de les décoder ». Il voit un matériau ou un objet comme un « ballon d’information l’entourant », selon son expression. Pour lui, la forme et la signification sont interdépendantes, tout changement de forme change le « ballon d’information » et vice versa, de sorte que tout changement dans les matériaux change aussi de sens et de signification. Cragg comprend la sculpture comme une étude de la façon dont les formes matérielles et immatérielles affectent et forment nos idées et nos émotions.

Téhéran et la ville allemande de Wuppertal où vit Tony Cragg ont quelque chose en commun : dans les deux villes se trouve un jardin de sculptures. Certes, il existe de grandes différences : le parc des sculptures de Wuppertal s’étend sur un secteur de quatorze hectares, tandis que le parc des sculptures du Musée d’art contemporain de Téhéran est beaucoup plus petit. Cependant, les deux parcs sont devenus la maison de grands sculpteurs. S’il y a, à Wuppertal, des œuvres du Britannique Henry Moore (1898-1986) et de l’Allemand Markus Lüpertz (né en 1941), on trouve dans le jardin des sculptures du MACT des sculptures du Suisse Alberto Giacometti (1901-1966) ou de Max Ernst (1891-1976). Mais après le don de Tony Cragg, ces jardins auront un nouvel élément en commun : dans les deux, nous pourrons désormais admirer les sculptures de Cragg. À Wuppertal, ce n’est pas une surprise, car le jardin des sculptures de « Waldfrieden » a été conçu et développé par Tony Cragg lui-même. Aujourd’hui, l’œuvre que Cragg a donnée au MACT marque sa présence artistique dans la capitale iranienne.

Pour Tony Cragg, l’art est comme une défense contre la médiocrité : « Nous utilisons des matériaux pour appauvrir la forme. Nous coupons une forêt, en faisons une ferme, après un certain temps, un parking. Nous bousculons les paysages. Tout a été changé par nous. Mais la sculpture ? L’art prend de l’espace, crée de nouvelles formes, des idées, des émotions, des langues, des libertés. Aujourd’hui, un nombre croissant de personnes ont une meilleure qualité de vie parce que l’art est dans leur vie. »


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