N° 151, juin 2018

La présence du mois de Ramadan dans la poésie persan


Khadidjeh Nâderi Beni


A partir du IVe siècle de l’Hégire jusqu’à nos jours, de nombreux poètes iraniens ont porté une attention particulière à la culture religieuse et aux préceptes de l’islam. C’est aussi le cas concernant les rites pratiqués tout au long du mois de Ramadan, qui sont évoqués dans de nombreuses œuvres littéraires. Dans ces productions, les poètes s’efforcent de mettre en exergue les vertus et prodiges de ce mois sacré. Nous allons ici évoquer les modalités de la présence du mois de Ramadan dans certaines œuvres poétiques persanes.

Selon un regard général, les poètes ont abordé le thème du Ramadan dans divers domaines dont les plus importants sont :

-le mois du Ramadan et ses vertus spirituelles

-les effets sociaux du jeûne

-les dimensions mystiques et morales du jeûne

-les occasions spéciales du mois sacré dont la Nuit du Destin (laylat-ol-qadr), le martyre de l’Imâm Ali, etc.

- la fête de Fetr et l’adieu avec le mois sacré.

Les poètes de khamrieh (poème bachique, relatif au vin et à l’ivresse), eux, se plaignent de l’arrivée du Ramadan. Dans leurs poèmes, ils louent l’Aïd-ol Fetr qui marque la rupture du jeûne du mois sacré.

Certains grands poètes persans comme Hâfez et Mowlânâ portent une attention particulière à la dimension mystique du jeûne. La poésie de Hâfez notamment est largement inspirée du Coran, des Hadiths et des enseignements religieux. Le Ramadan, le jeûne et la Nuit du Destin sont parmi les thèmes les plus importants de sa poésie. La maîtrise de cette grande figure poétique concernant les instructions coraniques apparaît plus particulièrement dans ses poèmes lyriques et de ce fait, le mois du Ramadan, en tant que l’un des piliers de l’Islam, occupe une place à part dans sa poésie :

Hier soir, vers l’aube, on m’a délivré du chagrin

Dans la nuit noire, on m’a versé de l’eau de Jouvence

On m’a mis hors de moi, et la coupe de vin

M’a ébloui de ton Essence

Cette aube fut bénie et belle cette nuit

Nuit du destin : on me donna l’investiture

 

En tant que poète et mystique, Mowlânâ a beaucoup écrit au sujet de l’islam et de ses rites, dont le jeûne, et cela par un langage poétique très raffiné et délicat :

 

Ô mon cœur, au mois du jeûne tu es l’invité de Dieu

Tu prends des nourritures terrestres

En ce mois, si tu fermes les portes de l’enfer

Tu ouvriras celles du paradis

En outre, en tant qu’homme religieux, Mowlânâ fait des commentaires gnostiques sur les invocations consacrées au mois sacré. Selon sa vision mystique, tout croyant observant le jeûne du mois de Ramadan jouit de la joie et de l’ivresse divines, et arrive ainsi à découvrir les secrets les plus cachés :

Tu as fermé cette bouche pour en ouvrir une autre

Qui s’alimentera des bouchées de secrets

Abstiens-toi des mets et des boissons d’ici-bas

Prends ton envol vers le banquet céleste

 

La poésie didactique de Saadi insiste surtout sur la dimension sociale du jeûne. Selon la vision de ce grand poète persan, le mois du Ramadan est un mois de générosité où l’on offre la nourriture aux affamés dont les pauvres, prisonniers, orphelins, etc.

 

Le vrai jeûneur est quelqu’un qui laisse aux indigents

Sa nourriture de rupture du jeûne (iftâr)

Sinon, à quoi servira-t-il vraiment ?

De rompre le jeûne tout seul, sans avoir partagé sa nourriture

 

Dans la vision de Sâeb Tabrizi, tout croyant qui observe le jeûne obéit à Dieu et se dirige ainsi vers la perfection, l’élévation de l’esprit et la renonciation vis-à-vis de toutes choses éphémères d’ici-bas. Sâeb croit que le jeûneur apprend à s’abstenir de grands péchés, à préserver sa chasteté, à exercer sa patience, etc.

Celui qui pratique le jeûne de la Vierge Marie

Sera apte à créer les miracles de Jésus

 

Attâr Neyshâbouri évoque le jeûne et sa philosophie dans certains de ses poèmes. Selon la vision gnostique du poète, le jeûneur parcourt un chemin mystique ; le Ramadan étant pour lui le mois de la dévotion et de la renaissance :

Ô ami, le mois du jeûne arrive et tu dors.

Détourne la tête de l’ignorance

Une longue année durant, tu désires l’âme charnelle

Pour un mois, éloigne-t’en !

Certains poètes, particulièrement touchés par les vertus et les prodiges du mois sacré, se lamentent de l’arrivée de la fête de Fetr qui met fin au jeûne. C’est le cas de Massoud Saad Salmân, qui se plaint en ces termes :

 

C’est l’Aïd-ol Fetr et le jeûne est terminé

C’est le temps des adieux.

Il partira de chez nous, hélas !

Le plus précieux s’en va le plus vite

 

Sanâï Ghaznavi, considéré comme étant l’un des fondateurs de la poésie persane, accorde une attention particulière aux instructions de l’islam. Dans l’un de ses poèmes lyriques consacré au mois du Ramadan, il dresse une fine comparaison entre le jeûne et le bien-aimé ; pour lui, le mois du jeûne est comme un hôte vénéré qui vient une seule fois dans l’année :

 

Ô mois de jeûne, je n’aurais par Dieu

Un hôte si honoré que toi

Qui est celui qui n’a versé pour toi une larme

Et que cette larme ne soit pas devenue

Une perle dans la coquille de la religion

 

Nâsser Khosrow, théologien, philosophe et poète de grande renommée, insiste dans ses poèmes sur l’importance de la méditation et du savoir. Dans ce sens, il invite son lecteur à méditer sur la philosophie du jeûne car selon lui, le jeûneur ne doit pas se contenter d’accomplir les rites du mois sacré sans s’interroger sur son pourquoi :

Tant que tu n’as pas appris, tu ne sauras faire le bien

Sans argent, pas de dirham et sans or, pas de pièce

Sans savoir, l’acte ne serait qu’une fausse pièce

A quoi te servira le jeûne

Si tu ignores le pourquoi et la quintessence du jeûne

 

Sources :


- Moussavi Garmâroudi, Seyyed Mostafâ, « Aperçu sur le mois de Ramadan dans la poésie persane », publié in Golestân-e ghorân (Le jardin du Coran), 2016.


- http://www.french.irib.ir


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