N° 151, juin 2018

Ramadan, le mois de l’altruisme,
du partage et de la générosité


Arash Khalili


(Coran : II ;183-184)

« O, les Croyants ! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous –peut-être seriez-vous pieux ! – pendant des jours comptés. Donc, quiconque d’entre vous est malade, ou en voyage, alors, qu’il jeûne un nombre égal d’autres jours. Mais pour ceux qui ne pourraient le supporter qu’avec une grande difficulté, il y a une rançon : la nourriture d’un pauvre. Et si quelqu’un fait plus de son propre gré, c’est bien pour lui : mais il est mieux pour vous de jeûner, si vous saviez ! » (Coran : II ;183-184)

 

Au mois béni de Ramadan, pour que le jeûne soit accepté et validé par Dieu, le croyant qui pratique le jeûne et ses rituels doit accorder un grand soin à son « intention ». Loin d’être « mécanique », la pratique du croyant doit être « dynamique » dans la mesure où le jeûne ne se résume pas dans une simple période d’abstinence, mais c’est un véritable « mouvement » dont la valeur s’apprécie dans son devenir, dans ce passage de l’individu vers un état meilleur. La valeur spirituelle du jeûne pendant le mois de Ramadan est donc liée à l’effort, selon des règles strictes, du croyant pour se purifier et se tourner vers le Créateur, en se détachant de ses attaches et intérêts matériels.

Cette spiritualité se renforce aussi par l’altruisme, l’intérêt à se dévouer à autrui, la manifestation de son amour et de sa générosité pour son prochain. Le Ramadan est donc le temps de se tourner vers Dieu, mais il est également l’occasion de se tourner vers les autres. Cependant, il ne faut pas confondre cet altruisme spirituel avec la philanthropie philosophique ou morale (parfois d’inspiration humaniste), car pendant le Ramadan et le reste de l’année, les fidèles sont en communion et forment une « communauté » au sens religieux du terme. Dans la vision musulmane du monde, le croyant se tourne vers les autres au-delà d’un humanitarisme froid ; son « intention » est supérieure. Cette intention ne se limite pas à une simple logique d’« assistance sociale ». Elle est « caritative » dans le sens strict du terme, car l’intention du fidèle, selon la signification de la charité musulmane, est d’obtenir la satisfaction de Dieu à travers le service rendu à son prochain. C’est dans ce cas que la pensée religieuse établit, à travers la croyance en Dieu, le principe de la charité musulmane : un esprit d’égalité et de justice, et surtout un sentiment de fraternité qu’aucune loi terrestre ne saurait imposer.

Le mot « ihsân » apparaît de nombreuses fois dans le texte coranique avec trois significations différentes, mais assez proches. 1) supériorité, 2) excellence, 3) bienfaisance. Selon cette dernière définition, ihsân est très proche du concept de « piété ». De ce mot est dérivé le terme « mohsin » (« mohsinin » au pluriel) qui signifie bienfaisant et pieux.

Repas de la rupture du jeûne à Qom, au sein de la mosquée de Jamkarân, la veille de l’anniversaire de la naissance de l’Imâm Hassan, deuxième Imâm des chiites, le 15e jour du mois de Ramadan.

Les mots ihsan et mohsinin, ainsi que leurs dérivés, apparaissent respectivement 34 et 39 fois dans le Coran. Les deux termes ont en commun leur usage coranique pour désigner les croyants et les serviteurs loyaux de Dieu.

Nous pouvons lire à plusieurs reprises cette phrase dans le Coran : « Vraiment, Dieu aime les bienfaisants ». Elle est parfois utilisée pour désigner les grands prophètes. Dans les versets 83 et 84 de la sourate VI du Coran, le prophète Abraham est présenté comme « bienfaisant » et Dieu le récompense en lui donnant la bonne descendance :

« (…) Nous élevons en haut rang qui Nous voulons. Ton Seigneur est Sage et Omniscient. Et Nous lui avons donné [à Abraham] Isaac et Jacob, et Nous les avons guidés tous les deux. Et Noé, Nous l’avons guidé auparavant, et parmi la descendance, David, Salomon, Job, Joseph, Moïse et Aaron. Et c’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants. » (Coran : VI ;83-84)

Dans plusieurs versets, le Coran appelle le croyant à être bienfaisant vis-à-vis de ses parents. Certains de ces versets sont révélateurs, dans la mesure où l’obligation de la bienfaisance envers le père et la mère est indiquée tout de suite après l’obligation de l’adoration de Dieu.

Plus d’exemples de bienfaisance sont donnés dans divers versets du Coran : « Et rappelle-toi, lorsque Nous avons pris l’engagement des enfants d’Israël de n’adorer que Dieu, de faire le bien envers les pères et les mères, les proches parents, les orphelins et les nécessiteux, d’avoir de bonnes paroles avec les gens ; d’accomplir régulièrement la prière et d’acquérir la zakat. » (Coran : II ;83).

Le bienfaisant est un être croyant qui réussit à surmonter les vices (cupidité, jalousie, avarice, orgueil et arrogance) pour embrasser de grandes vertus (sacrifice, dévotion, générosité, altruisme) en rendant service à ses semblables et à la communauté. Cette croyance religieuse nous apprend que la bienfaisance n’est pas profitable seulement à celui qui bénéficie du service rendu, mais elle l’est aussi à la personne bienfaisante. Le bienfaisant considère tous les êtres comme les créatures de Dieu, et sait que les biens et le pouvoir dont il dispose n’appartiennent qu’à Dieu. Lorsqu’il donne aux autres de ce que Dieu lui a donné, il obtient d’abord une profonde sérénité morale en sachant qu’il a accompli une obligation en se purifiant de ses défauts.

Boîtes de repas destinées à être distribuées au moment de la rupture du jeûne par des bienfaiteurs.

Le mois du Ramadan devient ainsi le temps du partage, de la générosité et de la bienfaisance, car ces vertus sont des signes de la foi. « Dieu leur donna la récompense d’ici-bas, ainsi que la belle récompense de l’au-delà. Et Dieu aime les bienfaisants. » (Coran : III ;148).

La zakat du Ramadan est le symbole de tous les actes de charité effectués durant ce mois. La zakat, qui signifie « aumône légale », est la charité donnée chaque année par le musulman aux pauvres. La zakat de ce mois est donnée au jour de la fête de Fetr, marquant la fin du Ramadan et la rupture du jeûne. La zakat de Fetr est la seule charité obligatoire du mois du Ramadan pour tous les musulmans, à l’exception des pauvres. La zakat est d’abord un moyen de purification et de détachement pour le croyant, mais elle aussi un instrument de propagation des vertus comme la générosité, et de la guerre contre les vices comme l’avarice et l’égoïsme. La zakat est également un moyen d’aider les pauvres, ce qui est un devoir collectif pour tous les musulmans.


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