N° 151, juin 2018

Le « Land Art », un art de paysage
Projet de « Ghavâm Zang » en automne 2017


Babak Ershadi


Pouyâ Aryânpour, directeur du projet de Land Art dans la forteresse de Ghavâm Zang

Le Land Art est une nouvelle vision de l’approche artistique par rapport au « paysage ». Cette approche peut devenir monumentale, conceptuelle, minimaliste, écologiste, etc.

L’intervention de l’artiste dans le paysage naturel peut être très minimale ou maximale, mais elle peut aussi modifier le paysage de manière provisoire (lors d’une exposition, par exemple) ou permanente, s’il s’agit de garder de façon durable les modifications dans le paysage. Certaines œuvres sont exposées à l’érosion naturelle et elles peuvent disparaître au bout d’un temps. Un objectif du Land Art peut être aussi la création d’un lien proche avec la nature, en faisant sortir l’art de l’espace muséal. Le Land Art peut s’intéresser non pas seulement aux paysages naturels, mais aussi aux paysages archéologiques, historiques, culturels ou religieux. Certains artistes se limitent à l’usage des mêmes éléments et matériaux qui existent déjà dans leur paysage choisi, tandis que d’autres peuvent décider d’y apporter de nouveaux éléments et matériaux qui sont étrangers au paysage. Cela étant dit, bien que l’artiste se rapproche du paysage, il garde son autonomie et sa liberté d’action en fonction des impératifs et du but de son projet.

« La Sentinelle », projet de Land Art dans la forteresse de
Ghavâm Zang.

 

Le Land Art est sans doute né aux États-Unis de la théorie artistique du minimalisme et à la même période que cette théorie de l’art contemporain. En 1967, Robert Morris (né en 1931), l’un des théoriciens du minimalisme, a créé « Steam » (Vapeur), considéré aujourd’hui comme un exemple précoce du Land Art. 

C’était au début des années 1960, un courant artistique a vu le jour aux États-Unis, puis en Europe, pour insister de plus en plus sur l’usage des éléments et des matériaux naturels dans la création d’œuvres artistiques.

« À l’intérieur »

Un mouvement artistique axé autour de l’écologisme et de l’environnement a commencé il y a près de quinze ans en Iran. Ce mouvement artistique porte un regard particulier sur la culture, l’histoire et l’usage du matériel local. Habituellement, ce genre d’œuvres d’art, réalisé dans le milieu naturel, disparaît avec le passage du temps. Il existe cependant des moyens d’archiver ces installations artistiques par le biais des photographies et des vidéos.

L’artiste et professeur d’art iranien, Pouyâ Aryânpour, travaille depuis plusieurs années en tant que directeur artistique sur un projet de Land Art selon une approche très particulière.

« La racine carrée de deux »

En automne 2017, après deux ans d’études et de travail, M. Aryânpour et ses étudiants ont achevé un important projet de Land Art à Ghavâm Zang, une localité dans le désert de Noushâbâd près de la ville de Kâshân (province d’Ispahan). Le projet a été réalisé sur un secteur de 10 000 mètres carrés. Pouyâ Aryânpour a réparti ses quarante étudiants en sept groupes dont chacun a créé une œuvre dans ce secteur. Ghavâm Zang est une ancienne forteresse rurale dont des exemples sont très nombreux dans les régions désertiques du centre de l’Iran.

« Une autre dimension »

Ce projet a été organisé et réalisé par sept groupes de jeunes artistes qui ont installé leurs œuvres dans le désert et les espaces architecturaux de l’ancienne forteresse. L’ensemble de ces œuvres a créé un événement unique et inédit. Près de 2 000 personnes venues de différentes villes ont participé aux travaux pendant deux semaines, et les installations peuvent encore être vues dans le désert de Noushâbâd. Ces activités à grande échelle ont aussi réussi à piquer la curiosité de la population locale et à réunir chaque jour des habitants pendant de longues heures d’affilée avec les artistes autour d’un projet artistique dédié à la nature et à l’environnement.

« Kama »

Quarante artistes ont travaillé sur ce projet dans le désert pendant deux semaines. De nombreux habitants les ont aidés dans leurs installations, faisant preuve d’intérêt et d’enthousiasme dans la participation à cet événement artistique qui mettait en valeur leur environnement naturel et architectural, mais aussi leur culture locale. Ce grand projet de Land Art, inédit dans cette région, a été parrainé par plusieurs organismes.

Chacun des sept groupes d’artistes avait choisi d’avance un concept et une déclaration dans laquelle les artistes ont expliqué les différentes étapes de leur travail, leurs idées et leurs inspirations.

« Un être qui n’est pas »

- L’un des groupes d’artistes a réalisé une installation baptisée « La Sentinelle ». Les cinq artistes de ce groupe (Golnoush Youssefpour, Tara Ghorbân-Khân, Romina Arabniâ, Mohammad Hâshemi et Ali Bâgheri) se sont inspirés de « The Illuminated Man » (1989), une nouvelle de science-fiction de l’auteur britannique J. G. Ballard (1930-2009). Composée de tuyaux métalliques et de plaques circulaires, cette œuvre ressemble à une colonne dorsale de dinosaure.

- « Je me réveille avec le bruit de la croissance des herbes » est une installation de trois artistes du groupe : Afsâneh Rostami, Nâzanin Avâni et Mahdiyeh Kavâkeb-Panâh expliquent dans leur déclaration qu’elles se sont inspirées de deux ouvrages ; l’un philosophique - « Être et Temps » (1927) de Martin Heidegger (1889-1976) -, et l’autre cinématographique - « Le Goût de la cerise » (1997) d’Abbâs Kiarostami (1940-2016). L’idée principale de cette œuvre de Land Art était de proposer une représentation du comportement originel de l’homme vis-à-vis de la nature au début de la formation des premières civilisations. Dans des régions désertiques, ce comportement est symbolisé par la création des ruisseaux artificiels pour canaliser l’eau sur la terre. 

- « La racine carrée de deux » a été réalisée par Ghazal Zâre’, Elhâm Kâzemi, Mahsâ Lilabi. Cette œuvre a été inspirée des concepts de l’astrologie, des mathématiques et de la théologie.

- « À l’intérieur » est le nom du projet réalisé par Samirâ Del-Zendeh, Kiânâ Mir-Haghâni, Elhâm Kâzemi, Rominâ Arabniâ, Somâyeh Moghaddas et Mohammad Râmesheh. L’œuvre est inspirée d’un documentaire sur la vie et l’œuvre du peintre britannique David Hockney (né en 1937). Les artistes ont recréé dans le désert une « chambre noire » pour montrer comment les peintres anciens s’en servaient pour obtenir une projection de la lumière sur une surface plane, avant même l’invention de la photographie.

- « Une autre dimension » est un projet inspiré par la lumière, la pureté, l’honnêteté et le spiritualisme, d’après la déclaration des artistes Bahâreh Khoshbakht, Reyhâneh Afzaliân, Parinâz Goudarziân et Roshanak Azizi). Sa forme rappelle une représentation très minimale d’un labyrinthe.

« Un être qui n’est pas »

- « Kama » était un projet de Land Art de Mahsâ Lilabi, Elhâm Kâzemi, Ghazal Zâr’e, Sanâz Alavi, Kimiâ Farahmand, Termeh Behbahâni et Parissâ Sobouti. Ce projet est une allusion faite aux craintes de l’homme contemporain, et représente le jeu des mirages, de la lumière et des ombres.

- « Un être qui n’est pas » est un projet dédié à la pureté et à la lumière. Les artistes (Sârâ Qâdjâr, Nâzanin Fattâhi, Negâr Zonoubi et Mitrâ Valâï) ont installé sur la terre du désert des lampes à LED alimentées par des piles électriques, s’allumant au coucher du soleil. Leur réalisation crée l’impression d’être à la frontière entre la réalité et le rêve.

« Je me réveille avec le bruit de la croissance des herbes »

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