N° 43, juin 2009

Au Journal de Téhéran

L’Iran physique : ses mines et son industrialisation


Dr. Abdâliân


8 Khordâd 1318
30 Mai 1939

La géographie physique de l’Iran est faite de contrastes violents. Sur son immense territoire, se rapprochent, se combinent et par endroits se heurtent les influences physiques qui caractérisent d’habitude des pays fort éloignés les uns des autres. Les auteurs qui ont méthodiquement étudié sa nature sont encore peu nombreux : à la fois très vieux et très jeune, l’Iran ne livre pas facilement ses secrets.

Il faut l’avoir parcouru : montagnes neigeuses, déserts de pierres, océans de forêts, steppes arides, avoir employé tous les moyens de locomotion si étrangement réunis dans notre pays : avion, chemin de fer, chameau, mulet, âne ; il faut avoir vu, mètre par mètre, les grandes chaînes, les vastes solitudes, tenté d’en résoudre les énigmes géologiques, pour sentir les forces éternelles qui ont tourmenté et façonné la terre de l’Iran.

On nous a enseigné que la croûte terrestre, lorsqu’elle était liquide ou pâteuse, était soumise aux marées et aux caprices de la houle comme l’océan.

Je me représente l’Iran, à l’époque où cette surface a durci : notre pays m’apparaît comme un océan figé. La vaste plaine est comme une eau calme, les larges vallonnements sont des vallées régulières, les hautes montagnes une effroyable tempête qui ne s’apaisera plus.

Notre esprit, dans sa manie de logique, aimerait tracer des frontières précises, assigner leurs places à ces formes géologiques, pouvoir dire : "Ici fut une province, ici en commence une autre", mais la nature comme l’amour se moque de nos conceptions. Vous ne trouvez pas plus de frontière que vous n’avez pu, enfant, déterminer le moment précis où vous sombriez dans le sommeil. Vous voici soudain dans la steppe fleurie de tamarin, de bruyère. Voici des rochers à pic, des lacs salés, des horizons sauvages, de hautes chaînes rébarbatives.

Profondément engagé dans la massive Eurasie continentale et maritime, torride et tempérée, l’Iran, comme toute personnalité complexe mais vigoureuse, possède un caractère dominant, visible dans son aspect. Son paysage présente des contrastes qui traduisent la fonction essentielle de l’Iran : assurer le passage de l’Asie à l’Afrique en rapprochant les deux continents sur son propre territoire. Cette fonction, on peut la suivre dans le climat et dans toutes les conditions biologiques comme dans l’architecture du sol.

Dans ce pays bossué de volcans, zébré de hautes chaines, tailladé de gorges, sillonné de vastes solitudes, l’épopée de humanité en marche vers l’avenir se trouve écrite dans le paysage. Il a un sens profond que la terre livre à ceux qui pieusement se penchent sur elle pour recueillir ses confidences. Elle leur a fait entendre tour à tour, le poème tragique des forces souterraines, le chant triomphal de l’effort humain et les accents merveilleux du rêve, libre domaine où l’esprit construit un monde par-delà le monde réel.

Pour connaître l’histoire de ces formes, de ces paysages tourmentés, il faut plonger dans l’abîme du passé vers les temps révolus : l’antique drame de la terre en proie aux forces souterraines se déroulera devant le rêveur épouvanté. Le vieux sol iranien, émergé du milieu des mers, est pris comme entre les serres d’un gigantesque élan par deux formidables blocs : la Gondwanie et 1’Eurasie. Sa rude écorce paléomésozoïque est ébranlée par ce travail titanique ; trop rigide pour être plissée elle se brise, et des failles immenses, des blessures ardentes de la terre jaillissent, des torrents de matières ignées qui s’épandent en masses énormes pour former, une fois refroidies, des pics, des plateaux, des massifs et des filons avec les richesses minérales qu’elles contiennent.

C’est grâce à cette œuvre formidable de la nature, à ces explosions souterraines que les minerais enfouis dans les entrailles de la terre vinrent au jour devant les yeux éblouis de l’homme. Celui-ci, roseau humain pensant, est devenu maître de forces aveugles en utilisant leur résultat, travail gigantesque. Il a créé un monde à son tour, le monde qui doit être au-dessus du monde qui est : science et art, morale et religion, industrialisation et civilisation, fruits merveilleux du rêve et du labeur humains.

Lors de nos nombreuses investigations géologiques, nous avons déjà trouvé dans cette terre iranienne des motifs d’espérer ; tout notre territoire est fort favorisé par la nature : il possède, révèle une foule de richesses qui contribueront puissamment à notre progrès. L’activité industrielle d’un pays dépend de plusieurs facteurs dont les principaux sont outre les transports, les matières premières, la force motrice, les capitaux, les techniciens et la main d’œuvre.

Beaucoup plus que l’agriculture, soumise à la nature, l’industrie porte l’empreinte de l’homme, de son génie, de la puissance de sa technique.

Il est certain que l’industrie moderne des mines est difficile à implanter dans un pays neuf parce qu’elle suppose la réunion d’éléments très divers, tandis que l’agriculture s’appuie sur le sol.

Gorge tailladée dans roche eruptive

Mais il est non moins évident que l’industrie minière peut être créée de toutes pièces elle sera le commencement de transformations radicales.

En serait-il ainsi pour l’Iran ? Nous n’hésitons pas à répondre par l’affirmative. En effet, les magnifiques espérances que les expéditions écologiques suscitent, ainsi que les récentes mesures du Ministère de l’industrie et des mines sur la prospection et l’exploitation ne laissent plus aucun doute sur le fait que l’Iran vient de planter hardiment les premiers jalons de son industrie minière, qui apparaît ainsi non seulement désirable mais possible.

Il faut cependant espérer que l’initiative privée, nous voulons dire les sociétés constituées avec des capitaux iraniens, ne tarderont pas à venir épauler l’œuvre du gouvernement dans ce domaine si important de l’économie nationale. Ainsi elle aura accompli, non seulement un devoir de haut patriotisme mais contribué aussi à l’effort de l’industrialisation de l’Iran.

En effet, tout pays qui veut évoluer rapidement au point de vue économique ne peut rêver de plus beaux succès que l’industrialisation.

Pour précipiter cette évolution économique, il faut que les sociétés iraniennes se trouvent mêlées à toute l’activité extractive. Il faut que non seulement leur champ d’action se localise dans cette industrie, mais surtout, dans celui des industries de transformation. Ce sont ces industries qui influencent l’économie générale et favorisent l’activité et la richesse du pays. Il importe de souligner que ce sont les industries qui sont les plus rapprochées des industries extractives et qui ont besoin de matières minérales qui garantissent aux mines iraniennes un débouché plus stable que l’étranger.

L’industrie alimentaire, le bâtiment, l’ameublement qui ont ce double caractère en sont les meilleurs exemples.

Nous ne doutons pas que par l’exploitation méthodique et intensive du sol, œuvre à la fois de l’Etat et des paysans, l’Iran peut connaître une activité fiévreuse et féconde dans ce domaine.

Son avenir minier industriel dépend de l’intelligence, de l’esprit d’organisation, de la volonté des chefs responsables.

Comme dans tous les pays de civilisation moderne l’effort humain, individuel et collectif, prend désormais toute sa valeur.

Téhéran, le 6/3/1318


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