N° 54, mai 2010

Ilât-e Khamseh ou l’Union des cinq tribus


Arefeh Hedjazi


L’Iran, en raison de son climat peu tempéré et de la multitude de ses écosystèmes, a été un pays où le nomadisme a régné en maître, dans une cohabitation difficile avec les sédentaires. Les conditions difficiles de vie ont donné tout au cours de l’histoire une puissance militaire importante aux peuples nomades. Ainsi, en Iran, ce ne fut qu’avec le règne du premier souverain pahlavi et son autoritarisme que le pouvoir militaire des nomades commença à être maîtrisé. Avant cela, toutes les dynasties iraniennes s’étaient efforcées de s’allier les tribus. La confédération des cinq tribus de Fârs est l’un des exemples de cette situation. Pour des raisons politiques, ces cinq tribus ont été regroupées sur ordre du roi Nâssereddin Shâh en 1861 dans une confédération destinée à contrebalancer le pouvoir grandissant de l’union des tribus Qashqâ’i. Cette confédération rassemble cinq tribus du sud et du sud ouest iranien : les tribus d’Inânlou, de Bahârlou, de Nafar, d’Arab et de Bâsseri. Ces tribus n’ont pas d’identité culturelle ni langagière commune. Les trois premières tribus citées sont turques et turcophones, la tribu Arab est arabe et la tribu de Bâsseri est principalement formée de persanophones. Cette confédération est parfois reconnue comme arabe, ce qui résulte de la domination militaire et démographique historique de la tribu Arab au sein de l’union. Après celle des Qashqâ’i, cette union tribale a été la plus importante dans la province de Fârs à la fin du XIXe et durant la première moitié du XXe siècle. Les cinq tribus de cette union vivaient séparément sur les territoires situés à l’est de ceux des Qashqâ’i. Ces territoires comprennent donc une partie des régions du nord, de l’est et du sud-est de la province de Fârs.

Assis à droite : Ghavâm-ol-Molk

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, toutes les tribus des Ilât Khamseh (La confédération des cinq tribus) étaient nomades et pratiquaient la migration saisonnière. Aujourd’hui, la dimension nomade de toutes ces tribus, de même que toutes les tribus nomades iraniennes, s’est réduite et seuls quelques rares clans de chaque tribu continuent annuellement de migrer. Cela dit, les conditions de la migration ont beaucoup changé. Les trajets migratoires sont plus courts, les migrations moins importantes, et surtout, détail à souligner, beaucoup de nomades se déplacent désormais en véhicules motorisés.

Chaque tribu et chacun des clans de la tribu possède son propre chef, nommé kalântar ou kadkhodâ. Ce chef a pour devoir de gérer toutes les affaires sociales, politiques et économiques de la vie des nomades. Lors de chaque migration, les membres de la tribu élisent ce chef, qui est également chargé de représenter politiquement et légalement la tribu dans ses rapports avec le monde extérieur et l’Etat.

La province de Fârs et ses tribus nomades

La province de Fârs est située dans le sud de l’Iran. Elle avoisine au nord les provinces d’Esfâhân et de Yazd, au sud la province de Hormozgân, à l’est la province de Kermân, et à l’ouest les provinces de Kohkilouyeh va Boyer Ahmad et Boushehr. Couvrant une superficie de 133 000 kilomètres carrés, elle est couverte à l’ouest par la chaîne du Zâgros, ce qui a provoqué la formation de hauteurs et de plaines en altitude, dotées d’un climat tempéré à froid, dans le nord et le nord ouest de la province. A l’est, en raison de l’existence de plaines et de massifs montagneux moins élevés, le climat est chaud. Ainsi dotée, la province de Fârs constitue une terre idéale pour les migrations saisonnières des nomades. C’est pourquoi, à part les cinq tribus de l’union, plusieurs autres tribus vivent également dans cette province. Parmi elles, on peut notamment citer les tribus Qashqâ’i, les tribus Mamassani et la tribu de Boyer Ahmad.

Khânbâz Khân Arab chef de la tribu Arab de Fârs

La confédération des cinq tribus bénéficiait d’un système économique unique, commun à toutes les tribus et basé principalement sur l’élevage et pour de rares familles, sur l’agriculture. Ainsi, les troupeaux étaient l’unique richesse de chaque clan et l’indice de son importance sociale et économique. Il faut préciser que contrairement aux nomades migrateurs, les nomades de l’union des cinq tribus, qui sont aujourd’hui sédentarisés pour la plupart, vivent désormais principalement d’agriculture et l’élevage se résume souvent pour eux à quelques maigres troupeaux possédés en commun par plusieurs clans.

Histoire des Ilât-e Khamseh

C’est Tahmâsb Mirzâ, gouverneur de la province de Fârs qui, avec l’aide de l’influent Ghavâm-ol-Molk Shirâzi, posa les bases premières de l’union des cinq tribus nomades en 1861. Cette union, clairement souhaitée par le gouvernement central, était d’une part destinée à contrebalancer l’influence grandissante de sa voisine, l’union des tribus Qashqâ’i, et d’autre part, à assurer la sécurité des routes qui traversaient les territoires des nomades de Fârs depuis Shirâz jusqu’aux grands ports du Golfe persique.

Le premier chef de l’union des cinq tribus fut Ali Mohammad Khân Ghavâm, de l’influente famille des Ghavâm Shirâzi et le dernier, Ebrâhim Khân Ghavâm. Ce dernier fut destitué en 1932 à la suite des révoltes des nomades du Fârs. Avec cette destitution, la domination de la famille des Ghavâm Shirâzi sur la confédération, qui dura plus de 70 ans, prit fin. Cette même année marque également le takht-e ghâpou ou la sédentarisation forcée de tous les nomades d’Iran sur l’ordre de Rezâ Shâh Pahlavi, qui vit la fin de cette confédération de nomades. Neuf ans plus tard, quand les tribus nomades purent recommencer à migrer, la solidarité forcée qui avait existé pour des raisons politiques s’est transformée en une réelle solidarité tribale.

Les tribus de la Confédération

La tribu Arab

La tribu Arab de Fârs a été à l’origine composée d’Arabes Bédouins, ainsi que des Arabes de Nadjd, d’Omân et de Yamâmeh, émigrés en Iran entre le VIIe et le XIIIe siècle, sous les califats omeyyade et abbasside, peut-être même dès l’époque de la conquête de l’Iran sassanide par les musulmans. Ils étaient donc des guerriers et des colons arabes musulmans venus conquérir cette province qui était le cœur de l’empire sassanide. Selon leur coutume de Bédouins, ils continuèrent à vivre dans les plaines sous leurs tentes en poils de chèvre et de chameau, puis, comme les nomades iraniens, commencèrent à suivre la coutume de la migration saisonnière, sardsir et garmsir, allant des endroits chauds aux endroits froids selon les saisons froide et chaude.

Aujourd’hui, les rares clans de cette tribu qui continuent à migrer passent la saison froide (gheshlâgh) dans les régions de Block Sab’eh et Roudân, et la saison froide (yeylâgh) dans les régions de Block Bavanât, Ghonghori et Sarshâhân. Les membres de cette tribu ne parlent plus aujourd’hui l’arabe dont ils ont uniquement gardé l’accent et les tonalités phonétiques. Cette tribu est formée de deux clans : le clan Arab de Jabbâreh et le clan Arab Sheybâni.

La tribu Inâlou (Inânlou)

Cette tribu, originaire du Turkestan, a immigré en Iran au XIIIe siècle. Quant Shâh Abbâs ordonna la formation de la tribu des Shâhsavan à des fins de défense territoriale, une partie des Inâlou rejoignit cette nouvelle tribu. La tribu Inâlou se divise en vingt cinq clans qui se sont en majorité sédentarisés et qui vivent aux environs de la préfecture de Dârâb, notamment dans les régions de Ghareh Balâgh à Fassâ et à Fassâroud. Autrefois, les premiers Inâlou à être sédentaires s’étaient spécialisés dans le métier de puisatier, ce qui leur permettait d’user des ressources des puits pour faire un peu d’agriculture, mais aujourd’hui, leur travail s’étant mécanisé et modernisé, le forage de puits profonds et semi profonds leur a permis de cultiver la terre à grande échelle.

De 1620 à 1820, les chefs de cette tribu appartenaient au clan Abolvardi. Le dernier chef de ce clan fut Mehr Khân fils d’Abdorrahim Khân, qui fut destitué par Rahim Khân Nâmi du clan des Bayât. Après lui et son fils, le chef fut choisi dans le clan Saraklou. Puis, la direction de la tribu passa de mains en mains entre ces trois clans. Puis ce fut le tour du clan des Balâghi de présenter le kalântar en 1876. Sous le règne du premier Pahlavi, Rezâ Khân Mir Panj, un homme nommé Abolghâssem Khân Arjmand devint le kalântar des Inânlou. Après lui, son fils fut le dernier kalântar officiel de la tribu des Inâlou jusqu’en 1964.

La tribu des Bahârlou

Cette tribu est en réalité l’un des clans de la tribu des Shâmlou, qui comprend sept clans. Cette tribu, qui était directement assujettie à Tamerlan, devint indépendante à la même époque grâce au courage et au sens stratégique de son kalântar Seyed Sadreddin. Au XVIe siècle, cette tribu rejoignit très tôt le camp du roi safavide Shâh Esmâ’il.

Les études anthropologiques concernant cette tribu sont rares, mais l’on sait que cette tribu était également originaire du Turkestan et qu’elle a immigré en Iran sous les dynasties seldjoukide et ilkhânide. Il existe aujourd’hui en Transoxiane, dans l’actuel Ouzbékistan, une tribu nomade nommée Bahârlou.

De nos jours, la tribu Bahârlou a cessé de nomadiser et ses membres se sont installés de manière définitive sur les bords de la rivière Dârâb, qui était autrefois leur destination d’hiver (gheslagh ou garmsir). Certains continuent cependant de vivre une vie de nomade, en faisant de l’élevage et en vivant dans les tentes noires.

Mohammad Khân Zarghâmi, chef de la tribu Bâsseri dans les années 30

Le premier nom de chef de tribu que l’histoire a retenu pour les Bahârlou est celui de Hâj Hossein Khân Nafar, qui a été le kalântar de cette tribu, ainsi que de la sienne propre, celle des Nafar, sous le règne de Nâder Shâh Afshâr. Après sa mort, ses descendants continuèrent à assumer cette position jusqu’en 1850, date à laquelle l’un des chefs du clan Ahmadlou de cette tribu, Mollâ Ahmad Bahârlou, fut fait prisonnier par Ali Akbar Khân Khân Nafar et Ali Akbar Khân et emmené de force, en même temps qu’une centaine de Bahârlou à Dârâb, centre du territoire des Nafar. Quelques temps plus tard, des cavaliers du clan de Mollâ Ahmad vinrent le libérer et le ramener. L’année suivante, ce dernier fut officiellement accepté par la tribu en tant que kalântar et l’ةtat reconnut désormais la tribu Bahârlou de façon indépendante, et accorda de même le titre de khân à Mollâ Ahmad. A sa mort en 1858, les divers clans de cette tribu commencèrent une guerre impitoyable les uns contre les autres et plus de cinq cents membres de cette tribu furent tués avant que Tcherâgh Ali Beyg prenne la direction du clan quatre ans plus tard. Ce dernier, qui était le fils du précédent régisseur de la tribu, réussit à ramener la paix dans la tribu. Comme c’était un lettré, on le surnomma Mirzâ et il demeura le sage kalântar de cette tribu jusqu’en 1873, date à laquelle il fut assassiné par les fils du chef de la famille Ahmadlou du clan des Bahârlou. Après lui, ce fut son élève Hossein Khân Bahârlou qui devint kalântar et qui sut poser les bases d’une entente tribale qui ne s’est pas démentie jusqu’à nos jours. Ce chef de tribu avisé sut également se concilier les bonnes grâces de l’ةtat en arrêtant plusieurs bandits qu’il remit à la gendarmerie et en interdisant désormais toutes formes de brigandage pour les membres de sa tribu. Après lui, son fils Amir Aghâ Khân devint pour soixante ans le chef de la tribu, qu’il sut enrichir et qu’il fixa définitivement à Dârâb. Aujourd’hui, la majorité des terres de la région appartiennent aux membres de cette tribu, qui s’est en grande partie sédentarisée. Quant aux clans Kolâh Pousti et Issâ Beyglou de cette tribu, ils se sont fixés en tant que cultivateurs dans la région du Arsanjân. La sédentarisation et les échanges quotidiens avec les villageois et la vie urbaine n’ont d’ailleurs pas modifié les coutumes et le dialecte des membres de cette tribu. Aujourd’hui, cette tribu comporte vingt et un clans qui vivent généralement dans les villages en tant qu’agriculteurs ou éleveurs.

La tribu Nafar

Cette tribu vit principalement dans les montagnes du sud est du Zâgros. Sous le règne de Nâder Shâh Afshâr, le chef de cette tribu était Hossein Khân Nafar et comme ce dernier avait ses entrées à la cour, on baptisa cette tribu d’après son nom. Jusqu’au règne de Nâder Shâh Afshâr, les chefs de la tribu des Bahârlou étaient également des Nafar et cette tribu bénéficiait d’une influence politique et militaire remarquable dans la région. Après Hossein Khân, ses descendants furent successivement chefs de ces deux tribus et en 1837, quelques mois avant que la direction des Bahârlou ne revienne à Ahmad Khân Bahârlou, Ali Akbar Khân, son petit-fils et chef du clan, devint chambellan du gouverneur de Fârs. A la mort d’Ali Akbar Khân en 1853, son fils Mohammad Hassan Khân devint le chef de la tribu et la succession continua ainsi dans ce clan jusqu’en 1932, qui marqua le début de la sédentarisation forcée.

La tribu de Nafar comprend 15 clans. Aujourd’hui, la majorité des membres de cette tribu vit dans la plaine du Lârestân et ses environs. D’autres membres de la tribu sont devenus citadins et vivent principalement à Shirâz et à Marvdasht. Ces derniers bénéficient d’une bonne aisance financière, essentiellement basée sur l’élevage industriel. Les efforts fournis lors de ces quatre décennies en matière d’alphabétisation des nomades a d’ailleurs poussé un nombre considérable des membres de cette tribu, comme toutes les autres tribus, à poursuivre des études supérieures.

Parmi les clans de cette tribu, celui de Doulkhâni a choisi, en raison de différends sérieux avec les autres clans, de se séparer, et pour cela, il est allé jusqu’à choisir d’autres trajets migratoires. Ce clan comprend cinq grandes familles (les Ahmadlou, les Zamân Begli, Gholalmâli) et un ensemble d’environ six cents foyers. Actuellement, le clan des Ahmadlou est le seul qui continue de migrer. Leur trajet de migration passe par la région de Yassk. Les membres du clan Doulkhâni, sédentarisés et généralement cultivateurs, vivent quant à eux dans la région du Lârestân. Le dialecte de ce clan est, comme pour toute la tribu des Nafar, un dialecte turcophone. Les chefs de ce clan sont choisis parmi la famille des Râhdâr Beyg Doulkhâni. Selon cette famille elle-même, elle aurait appartenu à l’origine à la tribu Arab, dont elle s’est séparée plus tard pour rejoindre celle des Nafar.

La tribu Bâsseri

Cet ancien membre des Ilât-e Khâmseh a toujours vécu dans le voisinage de la tribu Arab et l’on ne choisissait qu’un chef pour les deux tribus. D’ailleurs, depuis les Safavides jusqu’au règne de Karim Khân Zend, la tribu Bâsseri a fusionné avec la tribu Arab et ce n’est qu’à la mort du kalântar commun des deux tribus, Mir Mehdi Khân Arab Sheybâni, que les Bâsseri choisirent de nouveau de se séparer et choisirent pour chef Mir Shafi Khân le fils de Mir Mehdi Khân. Ce dernier changea son nom d’Arab Sheybâni en Bâsseri. Après lui, son fils et son petit-fils devinrent chefs, et après la mort de son petit-fils Mohammad Taghi Khâni, ce fut le fils de ce dernier qui devint chef de la tribu en 1862 pour mourir cette même année. Le gouvernement de la tribu fut ainsi confié à Beyglar Beygi Fârsi, c’est-à-dire le fameux Ghavâm-o-Saltâneh Shirâzi. Aucun des trois fils du dernier chef Bâsseri ne devint kalântar et après quelques années, la tribu fut confiée à Hâj Mohammad Khân du clan des Colombei Bâsseri. Après lui, les Bâsseri choisirent son fils, Parviz Khân pour chef, ceci alors que les clans d’Arab Sheybâni et Zamâni étaient toujours dirigés par Ghavâm-ol-Molk Shirâzi. La mort de Parviz Khân fut contemporaine de l’époque de Rezâ Pahlavi et de la sédentarisation forcée (Takht-e Ghâpou) des nomades. Ainsi, de 1932 à 1941, les divers clans de cette tribu, comme toutes les tribus nomades d’Iran, se virent sédentariser de force. Et ce ne fut qu’après la venue au pouvoir de Mohammad Rezâ Pahlavi en 1941 que la tribu reformée élut pour chef Mohammad Khân Zarghâmi, fils de Parviz Khân.

Hassan Ali Khân Zarghâmi, fils de Parviz Khân, chef de la tribu Bâsseri

Le chemin migratoire de la tribu Bâsseri passe par les régions de Tchâr Dângeh et Lârestân. Cette tribu s’enrichit et acheta de nombreux terrains dans ces régions dans les années 1950. Aujourd’hui, plus de dix mille foyers sédentarisés de cette tribu habitent la région, ainsi que les villes de Shirâz, Marvdasht et Jahrom et travaillent généralement dans la fonction publique. L’ensemble de la tribu comporte aujourd’hui environ dix mille foyers qui vivent dans la région, sur des terres dont ils sont propriétaires. Cette tribu comporte quatorze clans dont le clan des Bâlâ Velâyati qui continue de pratiquer l’élevage. Les femmes Bâsseri sont célèbres pour la confection de tapis de laine aux motifs propres à cette tribu.

La vie des nomades de 1932 à aujourd’hui

En 1932, sur l’ordre de Rezâ Shâh, toutes les tribus de l’Iran, y compris les tribus appartenant à la Confédération des cinq tribus, furent sédentarisées de force. Les tribus de la confédération furent dispersées et installées dans le nord et le sud de Fârs, principalement sur leurs propres territoires d’hiver et d’été. Ces nomades commencèrent ainsi une vie sédentaire dont ils n’avaient aucune expérience sans recevoir le moindre soutien de la part du gouvernement.

Durant neuf ans et jusqu’à la fin de la période de la sédentarisation forcée, ces nomades durent vivre dans des conditions éprouvantes. Avec la chute de Rezâ Shâh, ils recommencèrent leur vie de nomades. Mais les conditions de vie étaient éprouvantes puisque le bétail, les chevaux et les chameaux qui étaient les accessoires même de la vie nomade leurs avaient été confisqués auparavant lors du takht-e ghâpou. Quant à leurs tentes noires de nomades, elles avaient été déchirées par les forces de police de Rezâ Shâh. Malgré cela, toutes les tribus de la confédération recommencèrent avec enthousiasme la migration. Cinq ans plus tard, la situation s’était améliorée et les nomades avaient réussi à se reconstituer des troupeaux et les sommes nécessaires au rétablissement de leur tribu. Ainsi, chaque clan et famille reconstitua son troupeau, reprit ses chemins migratoires et réaménagea de son mieux ses territoires d’été et d’hiver.

Mohammad Hossein Khân, chef de la tribu Bâsseri

Le takht-e ghâpou ayant conduit à la disparition quasi-totale de toute la structure et des moyens financiers des tribus, les conditions de vie étaient extrêmement éprouvantes, et cela poussa un certain nombre de familles à définitivement abandonner le nomadisme. Certains allèrent s’installer à Abâdân pour pouvoir travailler sur les chantiers pétroliers et dans la raffinerie de cette ville. D’autres s’installèrent en ville, et certains autres se lancèrent dans l’agriculture. Beaucoup moururent de chagrin et de leur incapacité à s’adapter à la vie sédentaire. La tribu Arab, par exemple, qui avait été sédentarisée de force sur ses propres territoires d’été, perdit plusieurs dizaines de ses membres à cause de la chaleur et ce n’est qu’après avoir repris le nomadisme que ce clan put reconstituer sa population première. Ainsi, selon le recensement de l’année 1963, la tribu Arab comprenait douze mille foyers et environ cinquante mille membres. A partir de cette même année, le forage de puits profonds et semi profonds et la mise en service de terres agricoles et cultivées sous l’impulsion de la Révolution blanche de Mohammad Rezâ Pahlavi augmentèrent notablement les frictions entre les nomades et les cultivateurs. D’autre part, la diminution du pouvoir du chef de tribu, qui jouait un rôle important dans la préservation de l’unité de la tribu, conduisit lentement à la désagrégation des clans. Au fil des ans, de plus en plus de nomades choisirent donc une vie sédentaire, urbaine ou rurale, et aujourd’hui, seuls quelques rares foyers de la confédération continuent de vivre une vie nomade et semi-nomade. Selon les statistiques, la confédération des cinq tribus comporte uniquement trois mille foyers continuant à migrer et environ trente mille familles vivent dans les villes et les villages environnants. Le nombre des nomades de ces tribus continuant de diminuer, il est probable que le nomadisme disparaîtra complètement dans les décennies qui viennent.

Bibliographie :
- Abdollâh Shahbâzi, Il-e nâshenâkhte, Téhéran, 1366.
- Ali Mohammad Najafi, Vaghâyeh-e Ilât-e Khamseh, Téhéran, Editions Jâm-e Javân, 1382.
- Houshang Sahâm Pour, Târikhcheh-ye Ilât va Ashâyer-e Arab-e Khamseh-ye Fârs
- Ali Boloukbâshi, « Ilât-e Khamseh », in Dâ’erat-ol-Ma’âref Bozorg Eslâmi, article numéro 4201, page consultée le 25 mars 2010.


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