N° 54, mai 2010

Les tribus nomades d’Iran*


Babak Ershadi


Le nomadisme est l’une des formes les plus anciennes de la vie humaine. Certains avantages dans le mode de vie nomade ont garanti sa survie jusqu’aux temps modernes. A l’ère de la technologie et de la révolution de la communication, le nomadisme révèle un nouvel aspect de son dynamisme en tant que source inépuisable d’attrait touristique. L’habitat, le mode de vie, la langue et la musique, la danse, le folklore, l’art culinaire, l’artisanat, les habits, les cérémonies et les cultes, les fêtes et les noces… font partie des attraits originaux et relativement peu connus du grand public que le nomadisme offre à l’industrie du tourisme. En Iran, le tourisme nomade peut se développer sur une échelle nationale, étant donné la diversité de la vie nomade dans différentes régions du territoire iranien : 1) zone ouest/sud-ouest, 2) zone est/sud-est, 3) zone nord-ouest, 4) zone nord-est, 5) zone centrale.

Tribu Bakhtiâri
photo : Caroline Mawer

I. Zone ouest/sud-ouest

Les régions situées dans l’axe ouest/sud-ouest du territoire iranien sont caractérisées par la présence dominante de la chaîne Zâgros : climat humide, vastes prairies et pâturages, plus de dix millions d’hectares de forêts de marronniers, etc. Sept provinces iraniennes se situent dans cette zone : Kurdistan, Kermânshâh, Ilâm, Ispahan, Tchahâr-Mahâl o Bakhtiâri, Kohkilouyeh va Boyer Ahmad, Fârs.

Depuis des siècles, le nomadisme kurde s’est développé dans les parties septentrionales de cette zone. Plusieurs tribus et clans nomades kurdes vivent dans les provinces du Kurdistan et de l’Azerbaïdjan de l’ouest. Les tribus Dhakâk, Mâmash, Zarzâ et Ghara-Pâpâgh vivent dans le sud de la province de l’Azerbaïdjan de l’ouest, tandis que plusieurs tribus kurdes vivent dans les provinces du Kurdistan et de Kermânshâh : les clans de Golbâghi, d’Ourâmânât, de Marivân, de Sanandadj, de Bâneh, de Djavânroud et de Saghez.

Le nomadisme est également présent dans la province de Kermânshâh. Les nomades kurdes se divisent en six grandes tribus : Djâf, Kalhor, Gholkhâni, Sandjâbi, Gourân et Kerend.

Dans la région centrale du Zâgros, la vie tribale n’est plus kurde mais lor. Les tribus lors se divisent en deux grands clans : Lor et Lak. Ces deux groupes se distinguent surtout par des différences linguistiques et culturelles.

Les tribus Lak divisées en plusieurs clans « vand » vivent dans le nord et le nord-ouest de la province de Lorestan, mais aussi dans la vallée de la rivière Simrah, autour des villes de Boroudjerd, Nahâvand, Khorramâbâd, Kermânshâh et Ilâm. Les Lak sont en réalité des tribus kurdes méridionales caractérisées par un métissage ethnique et culturel avec les Lors.

Les tribus lor vivent dans une zone plus vaste qui couvre plusieurs provinces : Lorestân, Tchahâr-Mahâl va Bakhtiâri, Kohkilouyeh va Boyer Ahmad, Fârs, Kermân et Boushehr.

Les tribus Lor, essentiellement sédentaires ou sédentarisées, sont qualifiées parfois de « petites » par rapport aux « grands Lors », c’est-à-dire les Bakhtiâris. Contrairement à leurs « petits cousins », les Bakhtiâris sont nomades. En effet, la tribu Bakhtiâri est la plus grande tribu nomade d’Iran. Elle donne son nom à l’une des provinces iranienne : « Tchahâr-Mahâl & Bakhtiâri » (Tchahar-Mahâl veut dire littéralement « quatre quartiers », faisant allusion à quatre zones claniques des Bakhtiâris).

Les jeunes de la tribu Bakhtiâri
photo : Caroline Mawer

La tribu Bakhtiâri a joué un rôle important dans la société et la politique de l’Iran depuis la période de l’empire des Safavides. Les nomades bakhtiâris vivent dans les plaines de l’est de la province du Khouzestân pendant la saison froide, et se déplacent en avril vers le nord pour passer la saison chaude dans les montagnes de l’ouest de la province de Tchahâr-Mahâl va Bakhtiâri. Les Bakhtiâris sont les plus grands éleveurs d’Iran, et voyagent deux fois par an pour conduire leurs troupeaux vers les pâturages d’été et d’hiver.

Les tribus qashqâ’is, turcophones pour la plupart, se composent de nomades éleveurs qui se déplacent entre la province d’Ispahan au nord, et les provinces littorales du Golfe persique au sud.

Les tribus Khamseh regroupent cinq clans hétérogènes (Arabe, Bâsseri, Bahârlou, Inânlou, Nafar) dont certains ont été sédentarisés pour des raisons politiques, à l’époque de la dynastie des Qâdjârs. Derrière les Bakhtiâris et les Qashqâ’is, les tribus Khamseh sont les troisièmes grands éleveurs nomades de l’Iran.

Les tribus arabes d’Iran vivent dans les régions du sud-ouest. Les membres de ces tribus sont connus pour leur hospitalité, leur courage et l’intérêt très vif qu’ils expriment pour la sauvegarde de leurs traditions tribales.

II. Zone est/sud-est

Cette zone est répartie entre plusieurs provinces : Khorâssân du sud, Sistân et Baloutchistân, Kermân et Hormozgân. Ces régions ont chacune une situation climatique particulière, mais la zone est caractérisée dans son ensemble par un climat désertique ainsi que de faibles précipitations. Les tribus baloutches sont les principaux habitants de ces régions.

Cette région se divise en trois principales zones climatiques : 1) les vallées du mont Taftân, et les régions tempérées de Bardsir, Lâlezâr, Bârez avec leurs sources d’eau et leurs ruisseaux ; 2) les plaines arides où règne un climat désertique ; 3) la zone littorale avec un climat chaud et humide.

La population tribale se concentre essentiellement le long des montagnes centrales de la province du Kermân (Kahnoudj, Bâft, Sirdjân, Djiroft et Bam). Les tribus baloutches sont organisées autour d’un système fondé sur les liens de sang, la hiérarchie clanique, les privilèges économiques et sociaux, ainsi que des traditions et coutumes ancestrales. Le climat particulier des régions du sud-est iranien, notamment leur aridité extrême, demande aux tribus baloutches, sédentaires ou nomades, de s’adapter à un environnement beaucoup plus hostile que celui des autres régions tribales du pays.

III. Zone nord-ouest

La zone nord-ouest est une vaste région qui couvre les provinces azéries, c’est-à-dire l’Azerbaïdjan de l’ouest, l’Azerbaïdjan de l’est, Ardebil, Zandjân et une partie de la province du Guilân. Les tribus nomades Shâhsavan se divisent en plusieurs clans. Le clan principal (Shâhsavan) vit pendant les saisons chaudes au pied des montagnes de Sabalân et de Ghoutcheh Dâgh, autour des villes d’Ahar et de Meshkinshahr. Le clan Arasbârân passe le printemps et l’été dans les régions montagneuses de Ghara-Dâgh, tandis que le clan Khalkhâl se déplace vers les montagnes de Tâlesh (provinces du Guilân et de Zandjân). Pendant les saisons froides, les Shâhsavans et les Arasbârâns se rendent dans la plaine de Moghân, tandis que le clan de Khalkhâl regagne la vallée de la rivière Ghezel-Owzan.

IV. Zone nord-est

Les tribus Afshâr sont des nomades qui vivent dans le nord de la province du Khorâssân, non loin des frontières du Turkménistan. Ils partagent les régions de Daregaz et les montagnes de Kopeh-Dâgh, d’Allahu-akbar et de Hezâr Masdjed avec les tribus nomades Ghara-Ghoyounlou, elles aussi turcophones. Vers le sud, les tribus baloutches et sistânis vivent dans les régions situées au sud de la province du Khorâssân du Sud et au nord de la province du Sistân et Baloutchistân. Le clan Bohlouli s’installe alors dans les hauteurs du Birdjand et de Ghâ’enât.

Un homme de la tribu turkmène

Les tribus turkmènes du nord du Khorâssân sont très accueillantes et permettent – contrairement à la plupart des tribus nomades – aux étrangers de participer à leurs cérémonies familiales et claniques, surtout les mariages et les fêtes. Après les tribus qashqâ’is, les nomades turkmènes reçoivent chez eux le plus grand nombre de touristes iraniens ou étrangers qui souhaitent voir de près la vie et les cérémonies tribales.

V. Zone centrale

La zone centrale comprend plusieurs provinces : Zandjân, Semnân, Markazi, Téhéran et une partie de la province de Mâzandarân. La proximité de cette zone à la capitale, Téhéran, a créé une situation toute particulière pour les tribus nomades de ces régions sur le plan social, économique et même psychologique. Les clans nomades Tcheguini et Ghiyâsvand (lor) et les clans Shâhsavan-Baghdâdi (turc) s’installent souvent dans la province de Zandjân. Les clans Kol-Kouhi et Mish-Masti se dispersent dans une vaste région entre les deux provinces Markazi (est) et Zandjân (ouest).

Dans la province de Hamedân, vivent les tribus Torkâshvand, Yârom Tâghlou, Djimar et Shâhsavan. Par ailleurs, plusieurs tribus semi-nomades s’installent au sud des montagnes Alborz, au nord de la province de Semnân, au nord et au nord-ouest de la province de Téhéran. Ces tribus sont d’une diversité ethnique considérable.

L’habitat des tribus iraniennes est en général de deux types : maisons et tentes. Les maisons sont souvent construites avec du bois ou des matériaux simples comme des pierres, des briques ou du torchis. Ces maisons sont construites dans les lieus de rassemblement des éleveurs en hiver pour les tribus nomades, et dans les villages pour les tribus sédentaires. Elles sont utilisées en permanence pendant toute l’année. Les tribus nomades vivent en général sous leurs tentes. Les tentes s’adaptent mieux à leur mode de vie, car elles peuvent être facilement et rapidement dressées ou démontées afin d’être transportées ailleurs à dos de montures. Les tentes sont carrées ou rondes, selon les traditions de chaque tribu.

* Texte écrit par le centre du tourisme scientifique et culturel des étudiants iraniens.


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