Fidèle

C’est l’heure incandescente et rose des prières.
Dans la clair-voie des cours
Un vol de tourterelles fond sur la boutonnière
Des fontaines
Et l’eau perle aux aiguières verseuses d’ablutions.
D’où vient que tout s’envole où jaillissent les saules,
Tout,
De tes inconstances
Jusqu’à ma déraison ?
J’attends dans la fraîcheur humide des mosquées
Les rythmes oubliés
Dans l’éclaboussement de nos incantations.
D’où vient que je m’aligne aux côtés des fidèles
Et tourne vers le ciel
La paume de mes mains ?
Dis-moi de quelle ogive attendre l’éloquence ?

L’heure ouvre son échoppe où l’étal a fermé
D’une autre saunaison.
Quelle autre fulgurance
Naîtra de ce commerce
Où le boulier crépite et la balance penche
Irrévocablement
Sous la manne des jours ?


La magie de toi

C’est à la magie
de toi
que je te dois
d’être restée

à la magie de ces moments
lumineux révélateurs
qu’avide
je guette en toi
chaque fois
où tu les crées

deux trois moments
d’intensité
que la vie et le dérisoire
font s’embourber
dans ma mémoire

deux trois moments
diffus dont l’onde
- lorsque j’erre sous la pluie,
hésitante à te quitter -

m’électrifie


Ton détachement

Je connais ce matin où resteront baissés les drapés de ma tente
Où tu auras trouvé la matrice dernière à ton détachement
Déchiffré l’écriture d’aveugle à ta manière

Je connais ce bivouac où tu sondes le ciel et sa sonorité
L’ampleur de ton écho quand tu traques le vide
Où je t’aime

Tu m’offres un répertoire où les mots périmés l’emportent
Sur l’arène de tes éloignements
Mais je les veux muettes, ces éloges promises,
Ces rythmes que tu guettes aux guérites
Des Lunes
Pour tourner sur la pierre friable des déserts

Ta spirale y ressemble aux rouages du temps,
Tes replis en écarts,
Tes besoins en envols,
Tes pauses : des coulisses où je suis en avance
Pour apprendre à mimer ce rôle d’initié
Qui me colle aux épaules.
Me croyant en retard,
Tu souffles mes repères, disperses mes feuillets
Et me laisses en bruitage des huées de silence

De grimage en grimace, de costumes en masques
Tu mènes le spectacle et je reste tout nu
A classer en archives l’annexe de tes nuits
A graver leur équerre, à titre temporaire,
Aux tiges de reliures que tu n’auras pas lues


Approcher un jardin de l’intérieur

Approcher un jardin de l’intérieur
écouter neiger l’heure et descendre en chemise
choisir une grenade avec désinvolture
puis remonter l’ouvrir devant un samovar
sans chercher à savoir
si d’autres sont plus mûres
sans cacher sa pelure
dans des plis de mémoire
parce qu’on ignore encore
qu’il faudra désormais s’approcher du dehors


Demain

demain
je monterai dans l’arbre
j’en ferai
s’éparpiller les fleurs
en secouant les branches
et il en montera
tout un vent de pollen
au-dessus des vergers
où il s’attardera
demain
je secouerai les fûts
trempés d’avril
et d’air
et j’attendrai


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