N° 56, juillet 2010

(Historique et activités de la fondation pieuse de l’Imam Rezâ)

La tradition du waqf à Astân-e Ghods-e Razavi


Afsaneh Pourmazaheri, Farzâneh Pourmazâheri


A fin de gérer les biens donnés sous forme de "waqf", de nombreuses fondations pieuses ont été créées dans l’ensemble des pays musulmans, chiites ou sunnites. Ces dernières gèrent ces biens en fonction des lois et de la juridiction théologique propre à chaque pays. En Iran, l’Astân-e Ghods-e Razavi ou le sanctuaire de l’Imam Rezâ, situé à Mashhad, est actuellement la plus grande fondation pieuse du monde. Au cours de son histoire, elle a souffert de maintes invasions et révoltes, notamment celles des Mongols et des Afghans, à la suite desquelles une grande partie des documents concernant la date de sa création et les débuts de ses activités a disparu à jamais. Le plus ancien bien appartenant à la fondation et qui a survécu aux pillages et à la destruction est un Coran de Abolghâssem Mohammad Ibn Kassir qui date de la fin du Xe siècle. Il est aujourd’hui précieusement conservé dans la trésorerie de la fondation qui par ailleurs dispose de nombreux documents qui permettent d’expliquer le fonctionnement du système administratif ainsi que les activités de la fondation et du sanctuaire après la disparition de l’Imam Rezâ au début du IXe siècle.

Entrée de la bibliothèque de Astân-e Ghods-e Razavi

Globalement, l’histoire du waqf à Astân-e Ghods-e Razavi connait deux périodes décisives : la période recouvrant les débuts de la création de la fondation, et qui va jusqu’à l’époque safavide ; et la période qui commence au moment de l’arrivée au pouvoir des Safavides jusqu’à nos jours. Concernant la première période, il ne reste que de rares documents attestant les donations de biens immobiliers à la fondation pieuse, bien que le musée de l’Astân conserve entre ses murs plusieurs volumes d’époque du Coran et des objets antiques qui remontent à un millénaire.

Les documents à disposition donnent de nombreux exemples déjà anciens de legs, dont celui de trois terrains offerts par Ghâzân Khân, roi mongol en 1278 à Astân-e Ghods-e Razavi. Deux des terrains sont aujourd’hui non identifiés et seul le troisième, connu sous le nom de Farhâd Gerd, situé à Farimân près de la ville de Mashhad reste la propriété de la fondation. Concernant la deuxième période qui commence avec le règne de la dynastie safavide, elle a vu se constituer plus de 40% de la richesse et des biens de la fondation pieuse de l’Astân-e Ghods-e Razavi. Les documents concernant les donations faites à la fondation depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui, et qui dépassent le millier, sont conservés au bureau central de documentation de l’Astân-e Ghods-e Razavi. Le document le plus ancien datant de cette époque rend compte de la donation dite Atighi faite par Atigheh Ali Ibn Ahmad Toussi, personne de l’entourage de Khâdjeh Nassiredin Toussi, vizir plénipotentiaire de la cour safavide, et l’un des calligraphes de la cour de Shâh Ismâ’il Safavi. En 1510, il offrit vingt et un terrains à l’Astân-e Ghods-e Razavi, dont quelques villages et une grande ferme du nom de Kaneh Bist, transformée aujourd’hui en élevage de bestiaux. Le revenu de cet élevage est aujourd’hui consacré à faciliter le voyage des pèlerins qui se rendent au mausolée de l’Imam Rezâ (santé, distribution de repas aux pèlerins, et éclairage du site).

Personnes en train de faire un nazr ("vœu" ou "charité") en donnant de l’argent dans le sanctuaire de l’Imâm Rezâ à Mashhad.

Depuis les Safavides, les biens immobiliers de la fondation ont été enregistrés dans deux parchemins, le premier connu sous le nom de parchemin Alishâhi et complété en 1739, et l’autre, le parchemin Azdolmolki, complété en 1858. Le parchemin Alishâhi, premier du genre, fut préparé sous Adel Shâh, neveu de Nâder Shâh Afshâr. Ce document est aujourd’hui conservé à la bibliothèque du bureau central de la documentation de l’Astân-e Ghods-e Razavi. On peut y lire des indications générales relatives aux donations, à leur contenu et à leur localisation, aux frais de garde et de préservation des biens mobiliers, à leur usage ainsi qu’aux tâches imparties aux employés d’Astân-e Ghods-e Razavi, à l’administrateur du sanctuaire par exemple, au fonctionnaire des finances, au garde des sceaux, au chef des sentinelles du poste de garde, et la liste est longue : le serviteur, le ou les formateurs en charge de diverses formations, l’arrangeur, le gardien, le prédicateur, le muezzin, le préposé à l’éclairage du site, à l’encens, à l’ambre gris, l’intendant immobilier, le médecin, le chirurgien, l’infirmier, etc. Leurs horaires de travail sont même rapportés en détail, ainsi que les responsabilités propres à chaque poste.

L’autre parchemin fut également rédigé sous Nâsseredin Shâh Qâdjâr sur l’ordre de son vizir dévot, Mohammad Hossein Hossein-Ali, surnommé Azedolmâlek. Ce parchemin a une longueur de neuf mètres et une largeur de quarante quatre centimètres et fut signé par cinq cent cinquante trois personnalités notables de l’époque, dont Nâsseredin Shâh lui-même.

L’ensemble des donations faites à la fondation pieuse d’Astân-e Ghods-e Razavi se résument en quantité de biens mobiliers et immobiliers. Les biens mobiliers sont majoritairement des Corans, des manuscrits, des bijoux et des objets précieux comme de la vaisselle et des tableaux qui sont conservés dans la trésorerie ainsi que dans le musée d’Astân-e Ghods-e Razavi. La fondation comprend également un grand musée dit musée du Coran d’Astân-e Ghods-e Razavi où sont gardés les manuscrits relatifs à l’Imam Ali, l’Imam Sadjâd et l’Imam Rezâ, somme d’inscriptions sur peau de gazelle. Les murs du musée sont ornés de grandes reproductions des pages coraniques connues tels que le Coran Bâyasnaghri nommé aussi "Coran Sadmani", que Nader Shâh Afshâr emportait toujours avec lui dans ses conquêtes.

Les biens immobiliers comprennent des terrains, des fermes, des rivières, des moulins, des canaux souterrains (qanâts), des puits d’eau, des usines, des magasins et des bâtiments qui sont gérés par des ordres propres à chaque institution, et dont les actes de propriété sont conservés avec soin dans le bureau central de documentation d’Astân-e Ghods-e Razavi à Mashhad. Les biens immobiliers de la fondation d’Astân-e Ghods-e Razavi ne sont pas concentrés à Mashhad, mais dispersés partout sur le territoire iranien, notamment à Mashhad, Neychâbour, Shirvân, Farimân, Sabzevâr, Sarakhs, Gorgân, Sâri, Lâhidjân, Varâmin, Téhéran, Karaj, Yazd, Ispahan et Shiraz ainsi que dans d’autres pays comme la Syrie, l’Afghanistan, l’Azerbaïdjan et l’Inde.

Personne en train de faire un nazr ("vœu" ou "charité") en donnant de l’argent dans le sanctuaire de l’Imâm Rezâ à Mashhad.

Les biens de la fondation pieuse d’Astân-e Ghods-e Razavi constituent l’une des ressources principales des services sociaux visant à améliorer la situation financière des couches populaires de la société. La fondation offre des aides financières aux nécessiteux, aux étudiants et aux écoles, aux hôpitaux, pour les bains municipaux, pour les réserves d’eau, et à différentes institutions publiques. Elle fournit également des logements aux personnes dans le besoin, confie des terres aux fermiers pour une durée limitée, alloue des chantiers et des magasins à des prix abordables, et crée des emplois pour ceux qui cherchent à travailler dans les lieux saints, dans les ateliers, dans les institutions de fondation pieuse, dans les provinces et les villages. Elle dépense également une bonne part de ses revenus pour organiser des cérémonies de deuil et des fêtes religieuses, pour la reconstruction et la réparation des mausolées, des mosquées et des écoles religieuses. La publicité aussi fait partie intégrante des frais de la fondation de l’Astân-e Ghods-e Razavi.

Au cours des dernières décennies, notamment après la Révolution islamique, les activités de l’Astân-e Ghods-e Razavi ont pris de l’essor dans différents domaines notamment celui des services sociaux. Avant la Révolution, les secteurs culturels de la fondation pieuse se limitaient au musée, à la bibliothèque et au bureau de gestion des affaires culturelles, tandis qu’après la Révolution, ces secteurs se sont démultipliés. Avant la Révolution, la fondation ne dispensait pas de formations pédagogiques alors qu’aujourd’hui, elle dispose de quinze centres d’enseignement avec plus de six mille étudiants. Pour ce qui concerne ses ressources bibliographiques, elle possède aujourd’hui vingt-sept bibliothèques dont la bibliothèque Imam Sâdegh et la bibliothèque Sheikh Hâshem Ghazvini à Mashhad, la bibliothèque Vaziri et la bibliothèque Mortazavi à Yazd, la bibliothèque Malek à Téhéran et la bibliothèque Boroudjerdi dans la ville de Boroujerd.

Coran, manuscrit de Zahir od-Din Mohammad Bâber Pâdeshâh, début du XVIe siècle, wâqef : Shâh Soltân Hossein Safavi, date du don sous forme de waqf : 1707.

Les secteurs agricoles et industriels de l’Astân-e Ghods-e Razavi se sont développés de manière significative ces dernières années si bien qu’aujourd’hui, la fondation a également des biens dans quinze secteurs agricoles et vingt-cinq secteurs industriels partout en Iran. Un grand nombre d’institutions et de sociétés fonctionnent sous la bannière de l’Astân-e Ghods-e Razavi, comme les sociétés industrielles agricoles d’Esferâyen, de Kâshmar et de Sarakhs, les instituts de waqf de Yazd et de Kermân, l’institut de jardinage d’Astân-e Ghods-e Razavi, l’institut agricole de waqf de Semnân, les usines de sucre de Tchenârân, de Torbat-e Heydarieh, d’Ankoureh et la fabrique de sérum de Sâmen, ou encore l’usine de taille de granit de Ghods. Dans le domaine médical et de la santé, l’Astân-e Ghods-e Razavi a également réalisé de grands projets, aussi bien en augmentant ses centres de santé qu’en améliorant la qualité des soins. La fondation dispose actuellement de onze centres médicaux pour plus de 796 800 patients annuels. Près de 2 345 700 voyageurs sont aussi annuellement logés dans les gîtes de l’Astân-e Ghods-e Razavi.

Le principal projet de la fondation est actuellement la restauration et l’agrandissement du sanctuaire de l’Imam Rezâ. Le projet concerne une superficie de 316 500 m² et comprend le bâtiment de l’université des sciences islamiques, la fondation des recherches islamiques, l’école théologique, le dortoir de l’école, la mosquée d’Eydgâh, la porte de Dar-ol-velâyeh, quelques bibliothèques et musées comme le musée de tapis, des maisons de thé et des expositions, un bazar, etc. Ainsi, dans un futur proche, le complexe se transformera en un centre religieux et culturel gigantesque et unique en son genre.

Bibliographie :
- La revue Mirâs-e djâvidân (Héritage éternel), article du colloque sur les apports de la République Islamique d’Iran dans le domaine du « waqf », Hamâyesh-e dastâvard-hây-e djomhouri-e eslâmi dar zamineh-ye waqf, 7ème année, No 3, p. 72-75, Téhéran, octobre 1999.


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1 Message

  • La tradition du waqf à Astân-e Ghods-e Razavi 5 janvier 2015 12:59, par Amadou Diallo, Directeur de l’Agence "Djannatou Ahlil Baït" (Communication et (...)

    Assalâmou alaykoum !
    Ce fut pour moi un réel plaisir d’accéder à cette page où j’ai plongé dans l’histoire de la Fondation pieuse de l’Imam Rezâ.
    Je prie Allah de me considérer comme faisant partie de ceux qui se tournent vers l’Imam Rezâ, ses ascendants et ses descendants.
    Allâhoumma çolli alâ Mouhammadine wa âli Mouhammadine wal ane a’ada-ahoum minal awwalîna wal âkhirîna.

    repondre message