N° 59, octobre 2010

Le monument funéraire de Khayyâm


Djamileh Zia


Le monument funéraire d’Omar Khayyâm est l’œuvre d’un architecte iranien, Houshang Seyhoun. Sa construction débuta en 1959 et fut achevée en 1962. Par ce monument, Houshang Seyhoun a rendu hommage à la poésie de Khayyâm ainsi qu’à ses connaissances en mathématiques et en astronomie. Il a su combiner avec harmonie des éléments de l’architecture iranienne traditionnelle et de l’architecture moderne.

Les monuments funéraires précédents

Khayyâm fut enterré à sa mort (en 1131) dans le cimetière Hireh de Neyshâbour, à proximité du mausolée d’Imamzâdeh Mohammad Mahrough, qui était un descendant de l’Imam Zeyn-ol-Abidin. Lors de l’invasion des Mongols, la population de Neyshâbour fut massacrée et la ville fut quasiment détruite, y compris les cimetières. La reconstruction du mausolée d’Imamzâdeh Mahrough eut lieu lors du règne de Soltan Hossein Bâygharâ (Bayqara) (1438-1506) et fut complétée par ordre de Shâh Tahmâsb safavide (1524-1576). A la même époque, quelques autres monuments funéraires furent construits autour du mausolée d’Imamzâdeh Mahrough, dont celui de Khayyâm, situé à l’est du mausolée. Selon les écrits des voyageurs étrangers qui visitèrent ce lieu au XIXe siècle, le monument funéraire de Khayyâm était cubique, en brique et en plâtre, et ne comportait aucune décoration. La tombe de Khayyâm était placée au milieu de ce monument.

Le monument funéraire de Khayyâm

En 1934, l’Association des œuvres nationales (anjoman-e âsâr-e melli) fit construire un nouveau monument funéraire sur la tombe de Khayyâm à l’occasion des festivités commémoratives du millénaire de la naissance de Ferdowsi. Il s’agissait d’une plateforme rectangulaire placée sur la tombe de Khayyâm. L’enceinte était délimitée par quatre murs en pierre, qui formaient un espace cubique au milieu duquel la tombe était placée. Mais l’Association des œuvres nationales était consciente que ce nouveau monument n’était pas digne du rang de Khayyâm ; c’est pourquoi elle proposa à Houshang Seyhoun de construire un autre monument funéraire. Ce dernier avait reçu en 1945, alors qu’il étudiait aux Beaux Arts de Paris, le premier prix du concours organisé par l’Association pour construire un monument funéraire sur la tombe d’Avicenne (il réalisa ce projet de 1948 à 1951).

Le monument funéraire conçu par Houshang Seyhoun

Le mausolée d’Imamzâdeh Mohammad Mahrough est situé dans un jardin de vingt milles mètres carrés. Houshang Seyhoun choisit pour le monument funéraire de Khayyâm une zone de 900 mètres carrés située au nord-est du jardin, dont le niveau est de trois mètres plus bas que les parties environnantes. Seyhoun raconte dans une interview qu’il avait lu dans le livre Tchahâr maghâleh (Quatre discours) de Nezâmi Arouzi (1110-1161) que Khayyâm avait désiré que sa tombe soit fleurie au printemps. L’emplacement choisi par Seyhoun était entouré de vieux pins et d’abricotiers. Seyhoun décida de construire un monument funéraire ouvert, pour que les fleurs des abricotiers atterrissent sur la tombe de Khayyâm au printemps. Pour séparer l’emplacement du monument de Khayyâm de celui d’Imamzâdeh Mahrough, Seyhoun décida de créer une voie perpendiculaire au chemin principal qui menait au mausolée de l’Imamzâdeh. L’entrée menant à la tombe de Khayyâm était placée sur cette nouvelle voie, qui avait de plus l’avantage d’être dans l’axe du jardin limitrophe, où était située la tombe d’Attâr ; une entrée fut créée entre les deux jardins pour les relier.

Les faces externes et internes du monument sont ornées de mosaïques. Les mosaïques des faces externes sont des quatrains de Khayyâm calligraphiés avec l’écriture ta’ligh.

L’ossature du monument funéraire est en fer et en béton. Dix piliers ayant cinq mètres de distance les uns par rapport aux autres sont placés sur un cercle. Deux structures en fer s’élèvent en oblique de chaque pilier et redescendent de l’autre côté du monument, après avoir créé, en s’entrecroisant, le volume du monument dans l’espace. Leur entrecroisement a été calculé de manière à créer des formes géométriques. Le nombre 10 - qui est le premier nombre décimal - et les différentes formes géométriques créées par l’entrecroisement des dix piliers sont des allusions aux connaissances en mathématiques de Khayyâm. Les structures en fer se rapprochent progressivement en hauteur et forment un volume ressemblant à un cône ; elles forment ensemble, à 22 mètres de hauteur, un toit en forme de voûte. L’entrecroisement de ces structures en fer crée des formes ressemblant à des étoiles, qui deviennent de plus en plus petites plus on s’approche du toit, au centre duquel est placée une étoile à 5 branches. La majeure partie de ce toit comporte des trous à travers lesquels le ciel est visible. Ces formes d’étoiles, le toit évoquant la voûte céleste et le ciel de Neyshâbour visible à travers le monument rendent hommage aux connaissances en astronomie de Khayyâm.

Le ciel de Neyshâbour est visible à travers les espaces vides du monument.

Les espaces créés par l’entrecroisement des piliers ont été remplis avec du béton pour certains, et laissés vides pour d’autres. Les espaces remplis sont dix grands losanges, qui ont été ornés par des mosaïques sur leur surface interne et externe. Dans son interview, Houshang Seyhoun explique que pour lui, la plus belle ornementation ne pouvait être que les quatrains de Khayyâm lui-même. C’est pourquoi l’Association des œuvres nationales demanda à M. Jalâl Homâi (1900-1980) de choisir vingt quatrains de Khayyâm dont l’authenticité ne faisait pas de doute pour les chercheurs en littérature. Ces quatrains furent calligraphiés par M. Mortezâ Abdolrassouli, qui utilisa l’écriture ta’ligh en s’inspirant des maîtres en calligraphie tels que Mir Emâd (1554-1615). Les mosaïques furent ensuite préparées et placées comme des épigraphes à une hauteur de 14 mètres, sur la face externe des losanges. C’était la première fois que l’écriture ta’ligh était utilisée dans les ornementations d’un monument en Iran. Les ornementations des surfaces internes des losanges sont des mosaïques évoquant des monuments historiques de l’Iran, avec des dessins de fleurs et de lierres.

Les fleurs des abricotiers tombent sur le tombeau de Khayyâm au printemps

Tout autour du monument funéraire, Houshang Seyhoun a construit sept petits bassins placés sur un cercle centré par le monument funéraire. Ces bassins sont recouverts de constructions en pierre de granit dont la forme évoque une tente, ce qui est une allusion au nom de Khayyâm : le père de Khayyâm cousait des tentes, que l’on appelle kheymeh en persan, d’où son nom. Les bassins sont ornés de mosaïques de couleur turquoise en forme d’étoiles à sept branches. Ces sept bassins évoquent les sept cieux, ce qui est une autre évocation des connaissances de Khayyâm en astronomie. Chaque bassin est doté d’une fontaine, et le bruit de l’écoulement de l’eau contribue à créer une ambiance poétique.

Les constructions annexes

Houshang Seyhoun avait le projet de construire dans une autre partie du jardin une bibliothèque, ainsi qu’une auberge pour les chercheurs sur Khayyâm qui souhaitaient séjourner à proximité du tombeau du poète et profiter de l’atmosphère poétique de ce lieu. Un musée fut inauguré à proximité du tombeau de Khayyâm au printemps 2000, lors du congrès organisé sur Khayyâm à Neyshâbour. Ce musée tente de restituer le contexte dans lequel Khayyâm vivait. Les objets qui y sont conservés sont des objets en bronze et en fer et des poteries de Neyshâbour datant du IXe au XIIIe siècle (compte tenu de l’importance qu’avait la poterie de Neyshâbour dans le passé, et du fait que Khayyâm ait souvent évoqué la terre et la poterie dans ses quatrains), des ustensiles utilisés en astronomie du temps de Khayyâm, et des manuscrits traitant d’astronomie.

Les sources utilisées sont des articles disponibles sur les sites suivants, consultés le 31 août 2010 sur internet :
- www.shamkhani.com
- www.aparni.blogfa.com
- www.hkarimi.frm.ir
- www.avadseyhoun.blogfa.com
- www.neyshaburian.blogfa.com


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