N° 67, juin 2011

La libération de Khorramshahr et les répercussions de l’opération « Beyt-ol-Moghaddas »


Nosratollâh Vaziri
Traduction et adaptation :

Babak Ershadi


La libération de Khorramshahr

Les succès de l’opération baptisée « Beyt-ol-Moghaddas », ainsi que la libération de Khorramshahr furent un choc majeur et eurent une vaste répercussion médiatique dans le monde. Les nouvelles de cette victoire militaire iranienne firent la une des journaux et le sujet des commentaires politiques et militaires des médias internationaux. Selon les observateurs et les analystes des événements qui se produisaient pendant la guerre imposée par le régime irakien à la République islamique d’Iran, l’opération « Beyt-ol-Moghaddas » fut un tournant décisif dans la guerre irako-iranienne. Le succès de cette grande opération militaire marqua la suprématie militaire de l’Iran par rapport à son adversaire. Dans le même temps, plusieurs facteurs justifièrent plus que jamais la poursuite de l’agresseur et sa punition : le rejet par l’Irak des conditions que l’Iran avait proposées pour la cessation des combats et le cessez-le-feu ; l’insouciance et le laisser-aller de la communauté internationale ; les tendances politiques et militaires contreproductives dans la région et dans le monde, qui voulaient empêcher la République islamique d’Iran de revendiquer ses droits légitimes.

Le 5 juin 1982, après plusieurs jours d’interruption momentanée de ses opérations, l’armée de l’air irakienne bombarda les zones d’habitation de plusieurs villes iraniennes. A Ilâm (sud-est), les bombardements mirent à feu et à sang la ville dont les habitants s’étaient rassemblés dans les rues pour commémorer l’anniversaire du soulèvement révolutionnaire du 5 juin 1963. Le même jour, les forces de l’entité israélienne commencèrent leurs vastes opérations militaires dans le sud du Liban pour réoccuper ces régions, en particulier les camps de réfugiés palestiniens. Le lendemain, ces forces envahirent toutes ces régions libanaises.

Le nombre croissant des victoires militaires de la République islamique d’Iran sur les forces d’agression irakiennes attira très vite l’attention des ennemis de la Révolution islamique. Après la grande victoire des combattants iraniens lors de l’opération « Beyt-ol-Moghaddas », il était tout à fait probable que les forces militaires de la République islamique d’Iran puissent pourchasser les agresseurs derrière les lignes frontalières, et ce d’autant plus que les indices de lassitude et de faiblesse des forces armées irakiennes devenaient de plus en plus voyants.

La libération de Khorramshahr

Dans ce contexte, la nouvelle agression militaire israélienne contre les régions du sud du Liban était en quelque sorte une « opération de harcèlement » pour distraire l’attention du commandement militaire iranien, et détourner l’attention de l’Iran de la poursuite des combats contre les forces irakiennes, permettant à ces dernières de reprendre leur souffle et de recouvrer leurs forces. Par conséquent, l’agression militaire israélienne contre le sud du Liban en juin 1982 visait, à l’arrière-plan, à peser, d’une manière ou d’une autre, sur le sort de la guerre imposée par l’Irak à l’Iran. Les stratèges israéliens avaient pris en compte l’avenir de la guerre irano-irakienne dans la planification de leur guerre d’agression contre le Liban.

L’Iran condamna aussitôt l’agression militaire israélienne contre le sud du Liban. Le gouvernement iranien annonça son soutien au peuple libanais et aux combattants palestiniens, en se disant prêt à leur fournir toutes sortes d’aides et d’assistance.

Le président iranien de l’époque annonça dans un message la disponibilité de l’Iran pour une éventuelle coopération militaire avec la Syrie, en vue de repousser les agresseurs israéliens. Ainsi, le 7 juin 1982, la 58e brigade d’infanterie, qui s’acheminait vers le front de Kermânshâh, rentra à Dezfoul dans le cadre d’un plan de déplacement de troupes en Syrie. Ce plan comprenait également l’envoi en Syrie des troupes de la 27e brigade d’infanterie (« Mohammad Rassoul Allâh ») des Gardiens de la Révolution islamique (Pâsdârân).

L’opération de la libération de Khorramshahr

Les unités formées pour le projet d’envoi de troupes en Syrie furent baptisées « Armée de Qods ». Le 17 juin 1982, le premier bataillon de la 58e brigade d’infanterie et plusieurs unités de la 27e brigade (« Mohammad Rassoul Allâh ») furent envoyés en Syrie.

Les planificateurs israéliens de l’agression contre le sud du Liban estimaient que pour soutenir militairement les musulmans libanais et les combattants palestiniens, l’Iran serait amené à consacrer une partie de sa puissance militaire à repousser les troupes israéliennes des régions occupées du sud du Liban. Selon leurs calculs, l’Iran devait ainsi donner la priorité au combat contre Israël, en remettant à plus tard la poursuite des combats contre le régime agresseur de Saddam Hussein. Il est évident qu’un tel changement de stratégie aurait eu une influence directe sur le sort de la guerre irano-irakienne, en réduisant considérablement le taux de la pression militaire iranienne sur l’Irak. Le régime de Bagdad aurait ainsi pu profiter de cette situation pour sauver sa peau. Par ailleurs, si l’Iran n’avait pas réagi à l’agression militaire israélienne contre le sud libanais, ses adversaires auraient prétendu qu’en dépit de ses lignes de conduite officielles concernant la nécessité du combat contre l’expansionnisme israélien, l’Iran aurait empêché l’Irak de secourir les autres pays arabes pour se battre contre les agressions militaires d’Israël. Il est à rappeler que le régime irakien prétendait être prêt à se battre contre l’invasion israélienne du sud du Liban, mais que la poursuite de la guerre irano-irakienne l’empêchait d’y contribuer efficacement. Pour justifier son inaction face à Israël sans être réprimandé par les peuples arabes, le régime irakien prétextait la guerre qu’il avait déclenchée lui-même contre l’Iran.

L’opération de la libération de Khorramshahr

En outre, l’agression militaire israélienne contre le Liban était perçue comme pouvant soumettre l’Iran à des pressions intenses des pays amis et voisins pour qu’elle cesse de se battre contre les forces d’agression irakienne, et qu’elle accepte immédiatement le cessez-le-feu pour se joindre aux rangs des Etats arabes et musulmans pour lutter contre l’ennemi commun qu’était Israël.

Le 10 juin 1982, à 1h00 du matin, la radiotélévision d’Etat irakienne diffusa un communiqué du Conseil du commandement de la révolution irakienne qui annonçait le retrait inconditionnel des forces militaires irakiennes du sol iranien en deux semaines, en décrétant unilatéralement un cessez-le-feu. Le communiqué précisait que les forces militaires irakiennes seraient rapatriées pour se préparer à la guerre contre Israël. Pourtant, les postes d’écoute et les autres sources de renseignements iraniens firent remarquer dans leurs rapports au commandement militaire que les forces irakiennes s’étaient mises en état d’alerte maximale sur tous les fronts.

L’Imam Khomeyni intervint afin de mettre en garde contre les stratagèmes des ennemis qui voulaient jouer la carte libanaise pour sauver le régime irakien, qui se trouvait dans une situation difficile, pour empêcher une victoire définitive des troupes iraniennes face à leurs adversaires irakiens. Il conseilla aux commandants militaires iraniens de ne pas laisser les opérations offensives d’Israël contre le Liban influer sur le la guerre irano-irakienne. Pour redéfinir clairement la stratégie iranienne, le fondateur de la République islamique d’Iran souligna : « Le chemin de Qods passe par Karbalâ ».

L’opération de la libération de Khorramshahr

Après avoir reçu les directives de l’Imam Khomeyni, le commandant de l’armée de terre déclara lors d’un briefing des commandants militaires : « Parallèlement à l’envoi des troupes en Syrie pour la coopération active avec les forces armées syriennes, dans toute opération éventuelle pour repousser les forces d’agression israéliennes du sud du Liban, nous allons poursuivre avec sérieux et fermeté le combat contre l’ennemi irakien. Tant que l’Irak ne se soumettra pas aux conditions proposées par l’Iran pour la cessation des hostilités, nous ne changerons pas notre stratégie basée sur la poursuite des combats. L’Irak se voit au bord d’une défaite définitive et, se tenant sur la défensive, il ourdit un complot astucieux pour gagner du temps et fuir un grand danger imminent. Par conséquent, l’Iran islamique a décidé d’aborder la crise au Liban et d’envoyer ses troupes en Syrie, sans oublier la priorité de la guerre contre l’Irak, d’où la préparation d’une nouvelle opération militaire dans les plus brefs délais. »

Pour éviter l’attaque surprise de l’ennemi le long de la première ligne du front, le quartier général « Karbalâ » mit toutes les troupes en état d’alerte, en leur demandant de rapporter immédiatement les moindres indices d’une trêve ou d’un retrait éventuel des troupes irakiennes. Les premiers rapports en provenance de la première ligne firent état de l’interruption des tirs d’artillerie de l’ennemi, le 10 juin 1982 à 10h30.

Le lendemain, le commandement de l’armée de terre mit en garde contre les vraies intentions de l’Irak, qui avait décrété une trêve unilatérale. Pour mettre fin aux ambiguïtés et aux rumeurs, l’instruction du commandement de l’armée de terre souligna : « Il ressort de l’analyse du contexte politique actuel que les Etats-Unis et les régimes de la région ont ourdi un complot pour sauver Saddam Hussein. Ils font état du retrait imminent des troupes irakiennes derrière les lignes frontalières, tandis que dans une démarche orchestrée avec ce complot, Israël a mené une agression militaire contre le territoire libanais. Ils ignorent cependant que nos combattants ne se laisseront pas leurrer par cette machination. Selon cette instruction, le personnel de l’armée de terre doit être dûment informé que la guerre n’est pas finie, et que toutes les unités doivent se maintenir en état d’alerte, sans permettre aux désinformations trompeuses des étrangers d’affaiblir leur puissance militaire.

1- Les unités commandées par les quartiers généraux « Karbalâ », « Ghâem » et le poste de commandement du front sud doivent maintenir leur position défensive, et se préparer pour une opération offensive afin d’avancer jusqu’à la ligne frontalière dans les régions de Koushk, Talâiyyeh, Shalamcheh et Fakkeh.

2- Les unités déployées sur le front de l’ouest doivent rapporter à leur commandement toute manœuvre tactique de l’ennemi, en se maintenant prêtes à exécuter les mouvements prescrits d’avance par le commandement. Elles doivent empêcher les activités des forces contre-révolutionnaires dans la région et exécuter des opérations de nettoyage. »

L’opération de Tarigh al-Qods

Le 13 juin, les troupes irakiennes hissèrent des drapeaux blancs sur les hauteurs de « Hamrîn », évacuèrent la ville iranienne de Moussiyân, et se retirèrent derrière la ligne frontalière. Le quartier général « Ghâem » reçut des rapports concernant un retrait des troupes ennemis de la région de Tchazzâbeh. A Kermânshâh, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique fit état du retrait des troupes irakiennes derrière les poteaux marquant l’emplacement de la ligne frontalière à Bishgân.

Le commandement de l’armée de terre ordonna à toutes les troupes déployées en première ligne de surveiller les mouvements de l’ennemi, d’envahir aussitôt les zones évacuées, de ne pas rompre le contact avec l’ennemi en le gênant dans ses mouvements de retrait.

Du 13 au 20 juin 1982, aucun rapport ne fut communiqué sur les mouvements de l’ennemi, à l’exception de tirs sporadiques dans certaines régions surtout dans la zone d’opération « Nasr » à Shalamtcheh. Les photographies aériennes des zones d’opération montraient une concentration des troupes ennemies à Shalamtcheh, à Koushk et à Talâiyyeh. L’analyse de ces images indiquait également le renforcement des lignes défensives de l’ennemi à l’est de Bassora.

Le 20 juin, à 20h00, le président irakien, Saddam Hussein, apparut à la télévision d’Etat irakienne et fit un long discours pour annoncer qu’au seuil du sommet du Mouvement des Non-alignés à Bagdad, il avait décidé de faire preuve de sa bonne volonté pour mettre un terme à la guerre contre l’Iran. Il se disait prêt à se battre contre Israël, en annonçant qu’il retirerait toutes ses troupes du sol iranien dans un délai de dix jours à compter du 21 juin 1982.

Pour cacher les réalités de la guerre dont il avait attisé le feu lui-même et pour tromper l’opinion publique de son pays, Saddam Hussein falsifia hypocritement les réalités du terrain, et essaya de camoufler ses échecs militaires sur les champs de bataille et le retrait humiliant de ses troupes, en les qualifiant de retrait tactique, prétendant faire un geste de bonne volonté pour donner de la chance à un cessez-le-feu négocié et à la paix. Le discours télévisé de Saddam Hussein à peine terminé, les militaires irakiens tirèrent en l’air tout au long du front pour exprimer leur joie pour l’annonce de cette fausse trêve.

Le lendemain, le commandant en chef de l’armée de terre iranienne participa au briefing des commandants militaires au quartier général « Karbalâ » pour réitérer que la guerre n’était pas finie. Il ordonna aux unités déployées en première ligne ne de pas ouvrir le feu sur l’ennemi si ce dernier se retirait derrière la ligne frontalière. Par contre, il souligna que les mouvements des troupes ennemies à l’intérieur du territoire iranien devaient faire l’objet d’une haute surveillance. Il ordonna également aux troupes de l’armée de terre de garder le contact avec l’ennemi et d’envahir immédiatement toutes les zones évacuées par les troupes irakiennes.

Le retrait des unités ennemies, préparé pendant une dizaine de jours, commença le 21 juin 1982. Lors de ces mouvements, les troupes irakiennes évacuèrent la plupart des zones occupées du territoire iranien. Cependant le retrait n’était pas total et les militaires irakiens ne reculèrent pas derrière la ligne frontalière dans toutes les zones. En effet, malgré d’intenses propagandes médiatiques, dans certaines zones, l’armée irakienne garda ses positions à l’intérieur du territoire iranien pour contrôler certaines hauteurs et points stratégiques, ce qui contredisait l’idée d’un retrait total et inconditionnel. Sur le front de l’ouest, les militaires irakiens gardèrent sous contrôle les hauteurs d’Ahangarân, de Khosravi, de Naft-Shahr et de Mehrân, et sur le front du sud, ils ne se retirèrent pas de Fakkeh et de Shalamtcheh.

L’objectif du retrait quasi-général des troupes de l’armée irakienne et l’évacuation des zones occupées du territoire iranien n’était ni la mobilisation des troupes pour se battre contre l’entité sioniste pour le Liban, ni l’expression d’une bonne volonté avant la tenue du sommet des pays membres du Mouvement des Non-alignés à Bagdad. En réalité, les occupants irakiens avaient réalisé dans leurs calculs stratégiques que le campement de leurs troupes sur le territoire iranien finirait tôt ou tard par leur anéantissement total. C’était la grande leçon qu’ils avaient tiré des défaites successives de leurs armées dans les batailles de « Sâmen-ol-Aemeh », « Tarigh al-Qods », « Fath-ol-Mobin » et surtout la bataille historique de « Beyt-ol-Moghaddas ». En d’autres termes, le retrait et la chance d’un cessez-le-feu négocié furent les derniers espoirs de l’Irak de Saddam Hussein pour empêcher la destruction dramatique de sa puissance militaire.

L’Irak rejeta les conditions que l’Iran avait proposées pour la cessation des combats et le rétablissement de la paix. Les hostilités reprirent avec intensité. Le 13 juillet 1982, deux mois après la bataille historique de « Beyt-ol-Moghaddas », les forces armées iraniennes commencèrent l’opération « Karbalâ 4 », et la bataille de « Ramadan » eut lieu à l’est de la ville irakienne de Bassora.

La libération de Khorramshahr,
3 khordâd 1361 (24 mai 1982)

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