Pont de Veresk

A la fin des années 1920, Rezâ Khân Pahlavi décide de lancer la construction d’une ligne de chemin de fer entre la mer Caspienne et le golfe Persique sur une distance de 1400 km, avec la volonté affichée d’amener son pays vers la modernité. Les premiers travaux sont entrepris en 1928 pour se terminer en 1939. Ils auront coûté 140 millions de dollars, somme colossale pour l’époque, entièrement financée par une taxe sur la vente du sucre et du thé.

Sous un beau soleil d’octobre, nous entreprenons le voyage sur le tronçon de cette ligne entre Téhéran et Sâri, capitale de la province du Mâzandarân, proche de la rive sud-est de la mer Caspienne. Entre ces deux points se dressent les monts de l’Alborz avec ses vallées orientées est-ouest et de nombreux sommets qui dépassent les 4000 mètres, promesse d’un voyage inoubliable aux paysages à couper le souffle.

Le train pour Sâri part chaque jour de l’agréable gare centrale de Téhéran, construite dans les années 1930, de pur style art déco, spacieuse, claire et fonctionnelle. Après contrôle de nos passeports et de nos billets par la police, nous nous installons dans un train composé d’une dizaine de voitures, où l’expression d’usage indiquant qu’il est dangereux de se pencher à la fenêtre est inscrite en flamand. Cette langue étant rarement parlée par les voyageurs locaux, il s’agit là d’un signe probable que le train est de construction européenne. Notre voiture est pratiquement déserte, et nous nous installons dans le premier compartiment venu. Le signal du départ est donné à 9h20, pour un voyage qui durera sept heures, pour atteindre Sâri, qui se trouve à 280 km de Téhéran par la route.

Train Téhéran-Sari dans l’Alborz

Une fois les faubourgs franchis, dans un paysage ponctué de grands immeubles modernes construits dans le désert, nous passons sans transition des jardins maraîchers, chargés à cette époque de l’année de lourdes grenades au rouge éclatant, au désert du sud de Téhéran. Après une boucle d’une heure et demie dans la plaine, notre train se dirige enfin vers le nord, puis entre dans l’Alborz. Montagnes, falaises et canyons de couleur ocre, jaune, brune et parfois verte, offrent des vues magnifiques. Le train zigzague doucement dans ce paysage minéral, au bord d’un trait végétal qui pousse près de la rivière descendant des sommets. Parfois, des motards nous dépassent, dans un semblant de course avec notre train, soulevant des nuages de terre ambrée sur les pistes du désert.

Plus de trois heures après notre départ, nous arrivons à Firouzkouh, ville généralement atteinte en deux heures par la route. Une seconde motrice est adjointe à la première, car le convoi va grimper, à travers un paysage de steppe peuplé de grands troupeaux de moutons, jusqu’à un col à 2500 mètres d’altitude. Puis brutalement, le train va basculer vers la Caspienne, à trente mètres au dessous du niveau de la mer. Le parcours est ponctué de nombreux tunnels et de ponts spectaculaires enjambant de profondes vallées. Une fois le col dépassé, le train glisse le long de parois abruptes, par une succession de lacets et de tunnels, courts, longs, droits, en courbe, d’où nous ressortons quelques mètres plus bas du point où nous sommes entrés.

Train Téhéran-Sari sur un viaduc

Nous descendons dans la vallée, 1500 mètres plus bas. Ce qui est étonnant, c’est que le train passe au-dessus d’un point, puis à coté de celui-ci et, après un moment, en dessous, c’est-à-dire qu’après 10 minutes de voyage nous ne parcourons que 200 mètres à vol d’oiseau. Une fois dans la vallée, après une quarantaine de lacets et un passage sur un pont qui s’élève à 110 mètres au-dessus d’un ravin, nous pénétrons dans un paysage de rizières et de forêts, arrosé en moyenne 300 jours par an, offrant un contraste saisissant avec le versant sud. En cette saison, les rizières ne sont pas en eau, elles servent de pâture à de nombreuses vaches.

A notre douzième arrêt, la petite ville de Pol-e Sefid, nous perdons nos locomotives de montagne, remplacées par une motrice moins imposante, annonçant notre entrée dans la plaine côtière. La pluie est, bien sûr, au rendez-vous. Après quinze gares et sept heures, nous arrivons, à 16 heures, au terme de notre voyage à Sâri, dans une gare sans grâce. Suffisamment tôt pour profiter d’une bonne visite de la ville et de quelques belles maisons typiques du Mâzandarân, après installation dans un hôtel au charme désuet. Tout le charme de la province...

Train Téhéran-Sari

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1 Message

  • Téhéran-Sâri par le train 24 juin 2012 18:24, par Rupert et Renate Jameson

    Bonjour,
    nous avons fait un premier voyage en Iran en nov/déc 2011 en visitant Téhéran-Isfahan-Shiraz-Yazd et la vallée d’Alamut ainsi que Takht-e-Soleiman. Cette fois-ci nous partageons notre temps entre Teheran et Qazvin car nous n’avons que 2 semaines pour voir notre fils, belle-fille et petits-enfants qui vivent ici pour raison de travail. Nous allons revenir et le voyage Teheran-Sari nous intéresse car nous pouvons emmener nos petits-enfants. Par contre, on s’arrêtera peut-être à Pol-e Sefid pour retourner en voiture à Teheran.
    Nous sommes très intéressés à apprendre davantage sur des lieux peu connus.
    Rupert et Renate Jameson

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