N° 78, mai 2012

Rivalités régionales et opportunités globales :
la mer Caspienne au cœur d’un nouveau « Grand jeu » en Asie centrale


Raphaël Métais


Introduction

Restée longtemps méconnue du grand public et absente des relations internationales, la mer Caspienne a réalisé une entrée remarquée sur la scène mondiale à la faveur des bouleversements nés de la disparition de l’Union soviétique. L’Asie centrale a pourtant beaucoup occupé les hommes politiques, diplomates et militaires du XIXème siècle et plus particulièrement ceux des empires britannique et russe qui, des décennies durant, se sont livrés à un « Grand jeu » [1] dont le but était d’étendre l’influence impériale sur une vaste zone entre la mer Caspienne et la Chine. En 1904, le géographe britannique Halford Mackinder indiquait même dans un discours resté célèbre que « qui contrôle le Heartland – c’est-à-dire l’Asie centrale - contrôle le monde ». [2]

L’intérêt grandissant que portent les acteurs tant régionaux qu’internationaux à la région du bassin caspien, située au cœur de l’Eurasie, amène à s’interroger sur la façon dont les pays riverains gèrent collectivement cette mer intérieure située à l’intersection du Caucase et de l’Asie centrale, bordée au Nord par la Russie et au Sud par l’Iran. Ces dynamiques régionales seront ensuite replacées dans un cadre plus large afin d’éclairer l’articulation entre enjeux régionaux et globaux qui structurent le nouveau « Grand jeu » en Asie centrale.

Réserves pétrolières et gazières de la Caspienne

Une région longtemps dominée par la Russie

Pour quelles raisons la mer Caspienne est-elle devenue un objet de convoitises et de tensions au niveau régional ? Pour comprendre l’enjeu qu’elle représente, il faut considérer l’évolution historique de la région depuis plusieurs siècles.

Depuis l’arrivée des Russes au XVIIème aux abords de la mer et jusqu’à la chute de l’empire soviétique en 1991, la Caspienne a toujours été dominée par l’empire russe et l’Union soviétique. Avec l’établissement de la première base navale russe à Astrakhan en 1723 par Pierre le Grand, la Caspienne fut systématiquement utilisée pour les entreprises de conquêtes russes dans le Caucase, en Asie centrale et au nord de l’Iran. [3]

Malgré le traité de « paix et d’amitié » de Rasht signé en 1729 (premier traité russo-perse abordant les questions relatives à la mer Caspienne) [4], la recherche d’un accès aux mers chaudes du Sud amena le tsar à engager des guerres contre les empires ottoman et perse. Les défaites perses au début du XIXème siècle permirent aux Russes de prendre possession des territoires perses du Sud Caucase par les traités du Golestân (1813) et de Turkomanchaï (1828). [5] Aux termes de ces traités, les navires marchands russes et perses se virent attribuer les mêmes droits mais il fut interdit à la Perse de déployer des bâtiments militaires sur la Capsienne. Cette situation d’inégalité ne fut abandonnée qu’en 1921 lors de la conclusion d’un traité d’amitié entre « la Perse et la République socialiste fédérative des soviets de Russie ». Outre le fait de consacrer le droit des parties à naviguer sur la Caspienne sous leurs propres couleurs, le traité organisa la rétrocession à l’Iran d’installations portuaires occupées par les Soviétiques au cours de la Première guerre mondiale et instaura ainsi une nouvelle ère dans les deux pays riverains de la Capsienne. [6]

Cette situation de « condominium » [7] fut maintenue lors de la signature d’un accord de commerce et de navigation entre l’URSS et l’Iran en mars 1940. Cet accord renforça les dispositions du traité précédent tout en insistant davantage sur le fait que « seuls les navires appartenant aux deux Etats riverains ont le droit de naviguer sur la Caspienne ». L’accord organisait de plus un mode de décision conjoint pour tout changement de règles concernant la mer et ses ressources (essentiellement halieutiques, la question des sous-sols gorgés d’énergies fossiles étant quasiment inexistante à l’époque [8]). Etait ainsi consacrée une situation où toute interférence d’une partie tierce était écartée et par laquelle la Capsienne devenait une « mer soviéto-iranienne ». [9]

La rupture de 1991 et ses conséquences

Cet état de fait ne fut pas altéré par les évolutions politiques internes de part et d’autre de la mer Caspienne jusqu’à l’effondrement de l’URSS. Les indépendances, en 1991, de l’Azerbaïdjan (août), du Turkménistan (octobre) et du Kazakhstan (décembre) changèrent radicalement la donne géopolitique de la région : reculée et pratiquement oubliée du reste du monde, elle dut à partir de 1991 s’ouvrir au monde extérieur. L’émergence de trois nouveaux Etats indépendants créa une communauté d’Etats divisée dont le seul point commun semblait être de partager les rivages de la même mer. Au-delà de cette absence d’identité régionale, la présence de ressources fossiles dans les sous-sols au large des côtes, pour lesquelles des entreprises occidentales avaient déjà manifesté un intérêt dès 1989 [10] , apparut comme un facteur de division supplémentaire.

L’exploitation du pétrole avait déjà été entamée au XIXème siècle dans l’actuel Azerbaïdjan. Le premier tanker au monde transportant du pétrole semble avoir été commandé par les frères Nobel en 1877, qui investirent dans l’exploitation de l’or noir caspien quelques années après. [11] La production à l’échelle industrielle ne commença pourtant véritablement qu’après 1945. Mais c’est surtout après la chute de l’URSS que la découverte de nouveaux gisements (pétrole et gaz) conféra à la région un pouvoir d’attraction considérable.

Carte du gazoduc Nabucco

Les principaux champs pétrolifères autour de la Caspienne se concentrent actuellement au Kazakhstan (champs nommés Tengiz exploités depuis 1993 en partenariat avec Chevron, Kashagan et Karachaganak) et en Azerbaïdjan (complexe Azeri-Chirag-Guneshli au large des côtes confié au groupe BP en 1993 et Shah Deniz). Les réserves de gaz se situent principalement au Turkménistan (champs de Dowalatabad et de Yoloten-Osman), au Kazakhstan et en Azerbaïdjan (mêmes champs). [12] La Russie dispose également de ressources sur le pourtour caspien mais comme l’Iran, ce sont davantage les ressources localisées en d’autres endroits du territoire qui en font un producteur d’énergies parmi les plus importants au monde.

Estimées à 50 milliards de barils de pétrole et 9000 milliards de mètres cubes de gaz (à l’exclusion des réserves russes et iraniennes), [13] les réserves (quantités exploitables et rentables aux coûts actuels) d’hydrocarbures de la mer Caspienne feraient de cette zone, avec environ 5% des réserves mondiales [14] , le troisième principal pôle de production au monde après le Golfe persique et la Sibérie. De cette situation découle une rivalité entre les nouveaux voisins de la mer Caspienne, dont l’objet est la manne financière tirée de la vente des hydrocarbures mais également les gains en termes de puissance régionale que procurent le contrôle de la production et de l’acheminement de ces ressources jusqu’aux pays consommateurs. [15]

Dans ce cadre, la rivalité régionale s’est manifestée à travers des différends bilatéraux mais surtout au travers de la question toujours irrésolue du statut et du régime juridique de la mer Caspienne. Au titre des différends bilatéraux, on peut citer les difficiles relations entre l’Iran et l’Azerbaïdjan au cours des années 1990. Malgré la proximité culturelle et religieuse (deux pays avec une majorité musulmane chiite), deux évènements ont considérablement nuit aux relations irano-azerbaïdjanaises. Après les agitations irrédentistes [16] du très turcophile président Eltchibey (déposé par un coup d’Etat en 1993) qui poussèrent l’Iran à s’engager dans un soutien à l’Arménie dans le cadre du conflit du Haut Karabakh [17]
(développant ainsi un axe Téhéran-Erevan-Moscou), l’annulation en 1995, sous pression américaine, de la participation iranienne dans le consortium international sensé conclure le « contrat du siècle » portant sur l’exploitation de gisements pétroliers azerbaïdjanais dégrada sérieusement les relations bilatérales. [18] Cet évènement conduisit Téhéran à affirmer sa position sur la question du statut et du régime juridique de la mer Capsienne avec une vigueur renouvelée, question qui reste au cœur des tensions régionales entre pays .

Le problème irrésolu du statut juridique de la mer Caspienne

La question principale du statut de la mer Caspienne est celle de savoir si cet espace d’eau fermé constitue une mer au sens juridique du terme. Une telle qualification aurait d’importantes conséquences sur le droit d’accès d’Etats non riverains ainsi que sur la division de la mer et de ses sous-sols. [19] Les eaux internationales sont gouvernées par un ensemble de règles coutumières codifiées par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982. Le problème est cependant que la mer Caspienne correspond mal à la définition générale d’une mer et qu’il est également possible de considérer qu’il s’agit en réalité d’un lac, ce qui impliquerait que les revenus des ressources soient partagés entre pays riverains. C’est la position de l’Iran et dans une moindre mesure celle de la Russie (position qui a varié au gré des dynamiques politiques internes). Les deux Etats tentent en outre d’imposer l’idée que le seul régime juridique actuellement valable est celui qui découle du traité soviéto-iranien de 1940. En attachant une déclaration à leur instrument de ratification de la Convention sur le droit de la mer, la Russie et l’Iran ont par ailleurs signifié qu’ils n’acceptent pas l’autorité des juridictions ou corps arbitraux compétents pour reconnaitre des litiges maritimes prévus par la Convention.

De leur côté, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan n’ont eu de cesse de plaider pour que la Caspienne soit qualifiée de mer, la raison principale étant qu’une telle qualification emporterait automatiquement un partage favorable pour eux des zones économiques exclusives. Des champs pétrolifères et gaziers offshore se trouveraient ainsi sur leur territoire. Cette position s’explique également par le fait que des navires d’Etats non riverains auraient un accès facilité à la mer Caspienne. [20] Or, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan ont besoin de soutien extérieur et notamment occidental pour consolider leur indépendance économique face à leurs puissants voisins (navires occidentaux transportant du matériel lourd nécessaire à la construction de pipelines par exemple). Il est clair cependant que dans le contexte international actuel, la présence de navires (civils et militaires) occidentaux dans les eaux hautement stratégiques de la Caspienne est inconcevable. La position Turkmène, quant à elle, est plus souple et semble s’adapter aux opportunités qu’offrent les négociations bilatérales.

Les trois sommets de la Caspienne réunissant les chefs d’Etat des cinq pays riverains (en 2002 à Achkhabad, 2007 à Téhéran et 2010 à Bakou) montrent que malgré la difficulté de parvenir à un accord final, la coopération est nécessaire afin de permettre à la mer Caspienne d’exister en tant que région. Pour l’heure pourtant, un seul domaine de coopération a fait consensus : la protection de l’environnement marin avec l’adoption en 2003 de la Convention cadre pour la protection de l’environnement marin de la mer Caspienne.

Intérêts globaux autour de la Caspienne

Si les ressources de la mer Caspienne sont devenues à ce point l’objet d’enjeux régionaux et globaux, c’est que l’énergie constitue, au-delà d’une marchandise commerciale, une ressource stratégique dont toute société humaine a besoin pour fonctionner. En d’autres termes, toute forme de développement socio-économique est quasiment impossible sans énergies. Dans ce cadre, la mer Caspienne se trouve au cœur des intérêts concurrentiels des grandes puissances.

Depuis les années 1990, des membres de haut rang des administrations présidentielles américaines ont indiqué que les ressources de la mer Caspienne étaient essentielles à la sécurité énergétique des Etats-Unis. [21] De leur point de vue, les nouveaux Etats indépendants de la région jouent de plus un rôle tampon tant pour contenir les influences tant russes qu’iraniennes dans la région et il convient par conséquent de les aider à renforcer leur indépendance. Au cours des années 1990, l’énergie était également perçue comme un moyen de contribuer au règlement du conflit du Haut Karabakh, par la mise en place du « pipeline de la paix » entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie notamment. [22] Cette initiative fut un échec. L’UE et les Etats-Unis prirent cependant pied dans la région caspienne avec la mise en service en 2006 de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyan (terminal turc en Méditerranée) et du gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum (en Turquie également). Ces deux pipelines présentent chacun le double avantage d’œuvrer à la stabilité du Sud-Caucase (bien que l’Arménie en soit exclue) et d’assurer de nouvelles sources d’approvisionnement énergétique en créant des installations directement connectées aux eaux de la Capsienne.

Gazoduc chinois reliant Atyrau à la province du Xinjiang

Union européenne

La question de la sécurité énergétique de l’UE s’est faite plus pressante au cours des années 2000 en raison principalement de l’extrême dépendance européenne au gaz russe. Or, en 2009, au motif de différends bilatéraux, la Russie a coupé les vannes des gazoducs passant par l’Ukraine, privant ainsi des millions d’Européens de chauffage durant l’hiver. Le souci pour l’UE de ne plus dépendre en si grande partie du gaz russe a ainsi conduit au développement du projet Nabucco, un gazoduc reliant l’Azerbaïdjan à l’Autriche en passant par la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie.

La réalisation de ce projet reste cependant incertaine pour deux raisons. D’une part, la Russie, sachant jouer des différences entre Etats membres de l’UE, a proposé un projet concurrent, le Southstream, qui semble sous certains aspects plus réaliste que Nabucco. D’autre part, la mise en place de Nabucco exige une participation du Turkménistan sans le gaz duquel le projet n’est financièrement pas viable. Or, bien que le Turkménistan ait indiqué vouloir collaborer au projet (car il y voit une façon de desserrer l’étau russe), le différend sur le statut de la mer Caspienne bloque pour le moment toute possibilité de pipeline transcaspien pour relier les champs turkmènes au terminal de Bakou. Les enjeux régionaux et globaux se chevauchent donc ici en défaveur de l’UE.

Russie

L’UE et la Russie se livrent ainsi à une concurrence feutrée mais néanmoins intense en Asie centrale pour l’accès aux ressources ainsi que pour leur transport. A la différence de l’UE, la Russie est capable d’offrir des privilèges aux pays d’Asie centrale. Le gaz kazakhe et turkmène consommé en Europe passe (pour l’instant) nécessairement par les installations de la Russie, qui peut donc aisément décider de renchérir le prix d’achat du gaz pour à la fois obtenir les faveurs de ses voisins caspiens et exercer une pression accrue sur l’UE. Ainsi, en 2008, Moscou décida d’augmenter le prix d’achat du gaz centrasiatique de 150 à 205 $. [23] L’acheminement des ressources du Kazakhstan reste de plus un quasi monopôle des sociétés russes, conférant ainsi à Moscou un avantage considérable. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on sait que le géant Gazprom entretient une relation avec le Kremlin similaire à celle qui liait la Compagnie des Indes au gouvernement britannique au XIXème siècle : l’entreprise utilise le pouvoir politique pour imposer ses intérêts commerciaux et financiers tandis que le gouvernement se sert en retour de l’arme économique à des fins d’influence politique. [24] La Russie utilise ainsi sa position stratégique d’ancienne puissance colonisatrice de l’Asie centrale pour défendre ses intérêts. Elle doit cependant faire face à la présence grandissante de la Chine dans la région.

Chine

L’engagement chinois dans le bassin caspien montre que la Chine a également pris la problématique de la sécurité des approvisionnements énergétiques au sérieux dans le cadre de ses importantes perspectives de croissance économique futures. Des entreprises chinoises ont été autorisées par l’opérateur énergétique national azerbaïdjanais SOCAR à travailler sur certains champs pétrolifères offshores, tandis que d’autres assurent la construction d’un pipeline et contrôlent un quart de la production pétrolière au Kazakhstan. [25]

Malgré la concurrence des entreprises russes, Gazprom en tête, la Chine semble avoir réussi à tirer son épingle du « grand jeu » de l’énergie en Asie centrale. Dès 2005, l’entreprise pétrolière nationale chinoise CNPC a racheté Petrokazakhstan, une société canadienne opérant au Kazakhstan, pour 4,2 milliards de dollars. [26] En 2009, le dernier segment (phase 3) d’un oléoduc d’environ 2000 km reliant Atyrau dans le Kazakhstan occidental à la province chinoise du Xinjiang a été installé et les premiers barils de pétrole extrait des champs kazakhs, turkmènes et ouzbèques ont commencé d’être livrés. [27]

Une région écartelée entre diverses organisations contradictoires

L’intersection entre enjeux régionaux et globaux s’observe avec une acuité particulière lorsqu’on considère l’ensemble des organisations et traités régionaux dans lesquels les pays de la Caspienne sont engagés.

Dès la chute de l’Union soviétique, la Russie et l’Azerbaïdjan se sont résolument engagés vers l’Occident en devenant membres du Conseil de l’Europe. Les deux pays se sont également rapprochés de l’OTAN (à des degrés variables et de manière difficile dans le cas de la Russie). L’Azerbaïdjan entretient des relations soutenues avec l’UE dans le cadre de la Politique européenne de voisinage (depuis 2004) et du Partenariat oriental (2008). La Russie traite quant à elle avec l’UE à travers un « partenariat stratégique ». Tous deux sont également devenus membres, avec le Kazakhstan et le Turkménistan, de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE).

La Russie, tout en maintenant son orientation européenne, fait également office de pôle en Asie centrale. Elle a notamment constitué en 1991 la Communauté des Etats indépendants regroupant les anciennes républiques soviétiques et l’Organisation du traité de sécurité collective en 1992 de laquelle seul le Kazakhstan, parmi les autres pays de la Caspienne, est membre. Si la puissance de la Russie est indiscutable dans les aires géographiques couvertes par ces organisations, son pouvoir d’attraction s’est toutefois érodé depuis la guerre russo-géorgienne d’août 2008, les Etats d’Asie centrale ne pouvant désormais plus exclure qu’une action similaire ne soit menée contre eux en cas de menace des intérêts russes.

L’Organisation de coopération de Shanghai créée à l’initiative de la Chine en 1996 avec la participation entre autre de la Russie et du Kazakhstan (l’Iran a le statut d’observateur depuis 2004 et le Turkménistan est invité à participer sur une base ad hoc [28] ), l’Organisation de la conférence islamique [29] ou le GUAM [30] sont d’autres exemples, parmi les plus significatifs, d’organisations régionales indiquant les préférences géopolitiques ou économiques des Etats riverains de la Caspienne qui rendent la coopération régionale difficile. La création d’un Conseil de coopération de la mer Caspienne avait été suggérée dès 1992 en réponse à une initiative turque pour la mer Noire. L’initiative semble connaitre un renouveau depuis 2009 sous l’impulsion de la Russie mais sans résultats concrets pour l’instant cependant. [31]

Conclusion

Malgré le besoin de coopération et les timides initiatives prises en ce sens (Sommets de la Caspienne, Conseil de coopération…), la Caspienne, mer située à la jonction de deux continents et de quatre régions géographiques, reste une région divisée. Les alliances observées au niveau régional répondent avant tout d’une logique de réalisme politique dans un contexte marqué à la fois par des rivalités et des différences originelles profondes (en termes culturels et politiques) mais également par des tensions extérieures. Au fond, la région de la mer Caspienne n’existerait guère sans ses ressources car elle n’a pas été pensée en tant que telle, pensée comme une région dont l’existence aurait un autre sens que celui d’alimenter des systèmes économiques et géopolitiques.

Notes

[1L’expression a été rendue célèbre par Rudyard Kipling dans son roman Kim de 1901. Le roman classique de Peter Hopekirk retraçant cette grande aventure a été traduit en français en 2011 : « Le Grand jeu. Officiers et espions en Asie centrale », Editions Nevicata, 2011.

[2Halford Mackinder, “The Geographical Pivot of History”, The Geographical Journal, Vol. XXIII, no. 4, 1904.

[3Mohammad-Reza Djalili, “Mer Caspienne : perspective iranienne” Cahiers d’Etudes sur la Méditerranée orientale et le monde Turco-Iranien, n°23, 1997, p. 3

[4Djalili, op. cit., p. 9, note 5.

[5Eva Kochkan, « Caucase : l’expansion russe », Regard sur l’Est, 1er mars 2000, consulté le 9 avril 2012. http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=114

[6Djalili, op. cit. p. 4.

[7Condominium relatif toutefois car l’Iran, Etat essentiellement continental, n’est guère devenu une puissance navale qu’à la fin du XXème siècle. Il semble d’ailleurs que jusqu’en 1991 l’Iran ait adopté un profil bas sur toutes les questions relatives à la Caspienne, dominée par une Union soviétique bien plus puissante.

[8Hana Zimnitskaya, James von Geldern, “Is the Caspian Sea a sea ; and why does it matter ?", Journal of Eurasian studies, Vol. 2, no. 1, January 2011, p. 7.

[9Djalili, op. cit. p. 4.

[10Leila Alieva, “EU Policies and Sub-Regional Mulitlateralism in the Caspian Region”, The International Spectator, Vol. 33, No. 3, Septembre 2009, p. 45.

[11Mahmoud Ghafouri, “The Caspian Sea : Rivalry and Cooperation”, Middle East Policy, Vol. 15, No. 2, 2008, p. 82.

[12Mahmoud Ghafouri, op. cit. pp. 82-84.

[13Par comparaison, les réserves de pétrole de l’Arabie saoudite s’élèveraient à 267 milliards de barils et les réserves en gaz naturel de la Russie dépasseraient les 50 000 milliards de mètres cubes.

[14Régis Gente, "Du Caucase à l’Asie central, ‘grand jeu’ autour du pétrole et du gaz", Le monde diplomatique, juin 2007.

[15Anne de Tinguy et M.R. Djalili, « La Caspienne, terrain d’entente, de rivalité ou de conflit ? », Cahiers d’Etudes sur la Méditerranée Orientale et le monde Turco-Iranien, no. 23, 1997, p. 3.

[16Des millions d’Iraniens d’origine azérie habitent dans le Nord-Est du pays, zone que les nationalistes azerbaïdjanais qualifient d’« Azerbaïdjan du Sud ».

[17Le conflit du Haut Karabakh oppose depuis 1991 l’Azerbaïdjan soutenu par la Turquie aux Arméniens du Karabakh, soutenus par l’Arménie, bénéficiant elle-même du soutien de la Russie.

[18Djalili, op. cit. p. 5.

[19Les développements suivants sont tirés de Zimnitskaya and Von Geldern, op. cit.

[20Ce point reste toutefois non résolu car le droit est vague et le seul système de canaux d’accès à la Caspienne passent par le territoire russe : le canal Volga-Don qui lie la Capsienne à la mer Noire, mer d’Azov et la mer Baltique.

[21Stephen Blank, “International Rivalries in Eurasia”, in Maria Raquel Freire and Roger E. Kanet, “Key players and regional dynamics in Eurasia”, Palgrave Macmillan, New York, 2010, p. 31.

[22Alieva, op. cit. p. 53.

[23Sandra Fernandes and Lucinia Simano, “Competing for Eurasia”, in Freire and Kanet, op. cit. p. 117.

[24Klaus W. Grewlich, « Pipelines, Drogen, Kampf ums Wasser – greift die EU-Zentralasien-Strategie ? », ZEI Discussion Paper C200, Bonn, 2010, p. 13

[25Fernandes and Simao, op. cit. p. 117.

[26Jean-Pierre Cabestan, « L’Asie centrale vue par la Chine », Relations internationales, no. 145, 2011, p. 62.

[27John Barryman, “Russia and China in Eurasia”, in Freire and Kanet, op. cit. p. 136.

[28Barryman, op. cit. p. 134.

[29Dont tous les pays riverains de la Caspienne sont membres, la Russie en qualité d’observateur.

[30Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan et Moldavie.

[31Hélène Rousselot, « Le Club de l’énergie de l’OCS, un élément (moteur) d’intégration régionale ? », Relations internationales, no. 145, 2011, p. 121.


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