N° 78, mai 2012

Les ressources touristiques et aspects culturels du nord de l’Iran
et des bords de la mer Caspienne


Emilie Aghâjâni


Eglise Noire (Qara Kelissa)

Le tourisme dans le nord de l’Iran, et plus particulièrement dans les lieux situés à proximité de la mer Caspienne, a connu son heure de gloire avant la Révolution islamique, avec ses plages des bords de la Caspienne et ses différentes infrastructures de loisirs. Désormais, cette région est bien souvent délaissée par les touristes internationaux au profit de lieux plus connus tels la place de l’Imam d’Ispahan, ou encore les jardins et monuments historiques de Shirâz. Les côtes de la Caspienne ne sont donc presque plus qu’exclusivement fréquentées par des tourismes iraniens, venant principalement de Téhéran ou de Mashhad. Ils viennent rechercher un air plus frais et des paysages verdoyants. Notons que ces panoramas ont une place importante dans l’imaginaire persan : ils sont vus comme la représentation du paradis. [1] Les Iraniens y prennent souvent leurs vacances et de gros moyens sont mobilisés pour les attirer : les routes sont constamment refaites, et les parcs d’attractions sont ouverts toute l’année.

La géographie des régions septentrionales constitue leur plus grand atout : la mer et la montagne ne sont séparées que par quelques heures de route et la chaîne de l’Alborz donne beaucoup de charme aux paysages - l’Iran étant un pays montagneux où l’altitude moyenne dépasse les 4 000 mètres.

Commençons notre itinéraire par l’Azerbaïdjan iranien, province qui connaît les hivers les plus froids du pays avec des températures qui avoisinent parfois les -40°C. L’un des sites les plus visités est l’Eglise Noire (Qara Kelissa), une église médiévale arménienne qui date du XIVe siècle. L’Iran a même demandé qu’elle entre au patrimoine mondial de l’UNESCO, comme Persépolis et d’autres trésors archéologiques. Elle doit son nom à la pierre volcanique avec laquelle on l’a bâtie. Les Arméniens sont persuadés que l’un des apôtres de Jésus, Saint Jude, a été martyrisé et ensuite enterré là où l’église est désormais construite. [2] Sa tour rayée de noir et blanc est visible de loin. Nous pouvons ensuite prendre la route de Tâlesh, une ville frontière avec la république d’Azerbaïdjan, dont les paysages sont très contrastés, entre hautes montagnes boisées et rivages sud-ouest de la mer Caspienne. Nous pouvons y voir de nombreuses rizières et vergers d’agrumes. Vient ensuite la province du Guilân, qui est fort connue pour la culture du thé mais surtout du riz, pilier de l’alimentation des Iraniens. Un de ses villages, Massouleh, est classé à l’UNESCO : l’architecture en terrasse de ses maisons y est très particulière : chaque toit sert de cour aux voisins du dessus !

Le village de Massouleh

Nous atteignons ensuite le Mâzandarân qui abrite le plus haut sommet de l’Alborz et même de tout le Moyen-Orient : le Damâvand culmine à 5647 mètres d’altitude. Ce mont est un véritable symbole national et il orne les billets de 10 000 rials ainsi que les bouteilles d’eau minérale. C’est au XIXe siècle que les premiers Européens l’escaladèrent. De nos jours, l’accès à son sommet est relativement aisé : de nombreuses routes sont prévues à cet effet. Son pic est presque toujours recouvert de neige, et souvent orné d’un collier de nuage. Si le temps est dégagé, on peut même le voir depuis Téhéran. Ce volcan est toujours en activité mais il n’a pas connu d’éruption majeure depuis longtemps ; néanmoins, des fumerolles sont parfois visibles. Il est très présent dans la mythologie et la littérature iraniennes, et trouve naturellement une place de choix dans le Shâhnâmeh (Livre des rois) [3], épopée nationale écrite par le poète Ferdowsi il y a plus d’un millénaire. On y pratique le ski durant l’hiver, et ses neiges éternelles offrent un terrain de jeu idéal. Cette activité a de plus en plus d’adeptes en Iran, et la nouveauté de ce sport fait que ce pays est l’un des moins chers pour les sports d’hiver. Bien équipés, les touristes partent généralement de Shemshak.

Région de Shemshak

Il est néanmoins préférable de se renseigner avant de prendre la route : en raison des chutes de neige importantes, de nombreuses voies (notamment celle qui relie Téhéran au Mâzandarân) sont fermées l’hiver. Quand le printemps approche, on pratique la randonnée et des bivouacs sont organisés, le camping y étant très apprécié. Pour se divertir, il est possible de prendre des télécabines permettant d’admirer un paysage panoramique et d’éviter les fatigues de l’ascension de montagne. Certaines montagnes abritent même des sources d’eau chaude naturelles, bien que le tourisme thermal soit assez marginal.

Village de Massouleh

Le mont Damâvand

La dernière province qui borde la Caspienne est le Golestân, abritant notamment la plus haute tour de briques du monde. Cette fameuse Gonbad-e Ghâbouss a été construite par un riche émir de la région au XIe siècle.

Gonbad-e Ghâbouss

Les bords de la mer Caspienne – qui est en réalité un lac [4] - offrent également de beaux paysages ainsi qu’une grande diversité culturelle. En effet, la Caspienne est limitée par le Turkménistan, le Kazakhstan, la Russie et l’Azerbaïdjan. Nous pouvons y voir l’influence du russe dans certains dialectes et beaucoup d’habitants du Nord ont les yeux et les cheveux clairs. La baignade est de mise, mais on peut également louer un cheval pour se promener le long des plages, ou encore profiter des jets-skis et des barques à moteur. Les bords de la Caspienne regorgent de vacanciers, surtout lors de Norouz ; le nouvel an iranien, le 21 mars. Cette affluence a fait connaître aux villes côtières un important essor immobilier. En outre, avec les sanctions qui ont accompagné le changement de régime, les Iraniens ne peuvent que très difficilement obtenir un visa pour les pays étrangers ; ils restent donc en Iran, compensant ainsi le déficit des touristes Européens ou Américains. De plus, c’est une destination bon marché. Pour répondre à la demande, les immeubles et complexes de vacances ont fleuri et les tours construites ne dépassent pas dix ans d’âge. Lors d’une promenade, le visiteur pourra noter la profusion des agences immobilières. Côté hôtels, il pourra trouver tout un panel de prix, de l’hôtel le plus classique au plus luxueux.

Mont Damâvand

La mer Caspienne

Sur un plan alimentaire, le riz est largement consommé en Iran, surtout au Nord où il est réputé être l’un des meilleurs du monde. Le climat humide est très propice à sa culture : il n’est pas rare que les rizières soient arrosées de pluies abondantes, surtout au printemps. Parfois, le terrain y est si détrempé que les agriculteurs doivent se déplacer en barque.

La mer Caspienne

La région offre également une grande diversité au niveau de la faune et de la flore. La Caspienne a aussi donné son nom au tigre de la Caspienne, dont le dernier spécimen a été tué en 1970 par un chasseur. [5] La partie nord de la chaîne de l’Alborz est densément couverte d’arbres à feuilles caduques, qui forment la plus grande zone de végétation du pays. Des mammifères comme le loup, le chacal, le sanglier, la hyène, l’ours noir et le lynx sont présents dans les forêts reculées de la province de Mâzandarân. Les espèces les plus étonnantes sont certainement le mouton rouge de l’Alborz et une variété de bélier à barbe blanche et aux longues cornes torsadées, visible aux abords de la frontière turkmène. L’hiver voit arriver les poules d’eau de Russie, et bien que leur chasse soit réglementée, il est possible d’en déguster. On est en général surpris par leur goût particulier à mi chemin entre le canard et le poisson. Le poisson quant à lui est pêché directement dans la Caspienne ou dans ses affluents, et est vendu encore vivant sur le marché. On en fait même des ragoûts. On y prépare aussi le ghalieh mâhi ou ghalieh meygu (ragoût de crevettes). Parmi ces plats, l’esturgeon occupe le premier rang. Ce sont ses œufs qui donnent le caviar. Malgré le fait que cette espèce soit menacée, elle est encore consommée mais avec modération : sa pêche est interdite lors de la période de reproduction.

Si on préfère la viande, on pourra se rabattre sur les fameux kabâbs. Dans le Guilân, on a aussi coutume de faire du torsh kabâb, viande de mouton hachée et mélangée à des oignons, du concentré de grenade, des herbes aromatiques et des noix.

La mer Caspienne vue de Namak Abroud, 2005

Bibliographie :
- Auzias, Dominique ; Labourdette, Jean-Paul, Iran, Petit Futé, 2005, 377 p.
- Beaumont, Hervé, Iran, Paris, Guides Marcus, 2002, 80 p.
- Ferdowsi, Hakim Abolghâssem, Shâhnâmeh-ye Ferdowsi (Le Livre des Rois de Ferdowsi), Téhéran, Elhâm, 1997, 1663 p.
- Malte-Brun, Conrad, Précis de géographie universelle, Paris, Firmin Frères Imprimerie, 1881, 953 p.
- Morris, Jean ; Wood, Roger, Persia, Universe Books, 1970, 216 p.

Notes

[1Beaumont, Hervé, Iran, Paris, Guides Marcus, 2002, p. 25.

[2Morris, Jean ; Wood, Roger, Persia, Universe Books, 1970, p. 35.

[3Hakim Abolghâssem Ferdowsi, Shâhnâmeh-ye Ferdowsi (Le Livre des Rois de Ferdowsi), Téhéran, Elhâm, 1997, 1663 p.

[4Malte-Brun, Conrad, Précis de géographie universelle, Paris, Firmin Frères Imprimerie, 1881, p. 290.

[5Auzias, Dominique ; Labourdette, Jean-Paul, Iran, Petit Futé, 2005, p. 187.


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