N° 139, juin 2017

Les principaux groupes ethniques du Khorâssân-e Razavi


Shakibâ Zâker Hosseini


Mausolée de l’Imâm Rezâ

La province du Khorâssân-e Razavi, située dans le nord-est du pays, est issue de la division de la grande province du Khorâssân en trois provinces plus petites en 2004. Cette province a été dénommée Razavi car son chef-lieu est Mashhad, où se trouve le tombeau de l’Imâm Rezâ.

Le Khorâssân historique (aujourd’hui divisé entre plusieurs pays) est l’un des berceaux de la civilisation iranienne, autant que lieu d’origine de nombreuses ethnies iraniennes. Dès le IIIe siècle av. J.-C., le potentiel agricole du Khorâssân l’a fait élire cœur de l’Empire parthe. Avec les transformations sociales et économiques, la région s’urbanise relativement rapidement.

Près de sept décennies après la mort d’Alexandre, en 256 av. J.-C., Arsace Ier de Parthie se rebelle contre les Séleucides, dans le Khorâssân, et les expulse d’Iran. Il fonde dans le même mouvement la dynastie arsacide.

Plus tard, lors du règne sassanide, le Grand Khorâssân est divisé en quatre provinces importantes, chacune bien close par des frontières. Ces quatre régions sont Merv, Balkh, Herat et Fushanj-Sistân-Neyshâbour.

Le Khorâssân est donc, dès avant l’islam, un centre culturel iranien important, berceau des mythes de la civilisation persane. Durant les deux premiers siècles de l’Hégire, cette province éloignée du centre du califat devient une zone de résistance, autant pour les chiites que pour les Iraniens, résistance à l’invasion culturelle arabe et résistance chiite face aux califes omeyyades puis abbassides, ces derniers comprenant rapidement l’importance de cette région et faisant tout pour la dominer. Plus tard encore, le Khorâssân est une étape centrale de la Route de la Soie. Centre de rencontres entre les cultures, nœud de liaison, fréquentation et concurrence de plusieurs peuples et ethnies, zone frontalière à cheval entre le Caucasien et l’Asiatique, entre le monde iranien et le monde turcique, le Khorâssân est, dès cette période, destiné à la diversité ethnique forte qui la caractérise.

Durant le califat abbasside et l’établissement d’une capitale abbasside dans le Khorâssân afin de maîtriser cette région opposée au califat, l’Imâm Rezâ, choisi comme successeur du calife Ma’moun, est obligé de se rendre dans le Khorâssân. La présence de l’Imâm et son martyre ne font qu’alimenter encore plus l’esprit de résistance des Khorâssânis.

Hommes baloutches, musée d’anthropologie du
Khorâssân-e Razavi

 

Les ethnies du Khorâssân-e Razavi

 

Lors d’un voyage du nord au sud de la province, une simple observation visuelle permet de constater la variété de la population. Dans l’ensemble, les habitants du Khorâssân-e Razavi sont à majorité persans, mais il y a aussi des Arabes, des Turcs (non Turkmènes), des Kurdes, des Mongols, des Baloutches et une petite population juive.

Précisons que cette répartition n’est pas liée aux origines des habitants, puisque les Persans d’origine persane, autrefois majoritaires et peuple originel du Khorâssân, se sont fortement mélangés avec les divers envahisseurs, et la persanité aujourd’hui est plus une question culturelle ou linguistique qu’ethnique. Ces persanophones vivent principalement à Neyshâbour, Sabzevâr et Kâshmar.

Quant aux Arabes, ils apparaissent dans la province à partir de 651, après la bataille d’Abdullah ibn Amer qui leur ouvrit les portes de la Transoxiane. Les troupes arabes étaient stationnées à Neyshâbour et à Merv.

Il y a aussi aujourd’hui une importante communauté afghane dans la province, qui est issue de l’immigration des réfugiés d’Afghanistan au cours de ces dernières décennies.

Les Kurdes et les Turcs vivent dans une grande partie du nord du Khorâssân-e Razavi. La population de chacun de ces deux groupes est plus importante que l’ensemble des Turkmènes de la province. La religion de ces groupes est le chiisme duodécimain. Ils parlent kurde et turc. La démographie des villes comme Bojnurd, Shirvân, Ghuchân, Esfarâyen et Dargaz nous montre l’installation relativement récente de ces deux groupes dans ces zones urbaines.

Les femmes baloutches portent des vêtements brodés aux motifs floraux, musée d’anthropologie du
Khorâssân-e Razavi.

Les Baloutches sont majoritairement installés dans l’est et le sud du Khorâssân Razavi, et sont principalement agriculteurs et éleveurs. Ils sont musulmans de confession sunnite.

Les femmes et les hommes baloutches s’habillent encore aujourd’hui en vêtements traditionnels, adaptés au climat. Les femmes baloutches portent des vêtements brodés aux motifs floraux. L’artisanat de la broderie est courant chez les Baloutches, et il est l’un des piliers de l’esthétique des costumes féminins baloutches.

 

Le Khorâssân est également connu pour la variété de ses musiques folkloriques due à sa diversité ethnique. Chaque ethnie de cette province possède sa propre musique, ses danses et privilégie tel ou tel instrument de musique. Le dotâr turkmène, la trompette persane, le qaytchak baloutche ou le van violon kurde montrent cette diversité.


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