N° 144, novembre 2017

Les énergies renouvelables en Iran
Projets, enjeux et potentiels


Afsaneh Pourmazaheri


Panneaux solaires sur les toits de maisons en torchis, village de Gizvân, Zandjân.

Bénéficiant de la quatrième plus grande réserve de pétrole et de la deuxième plus grande réserve, (en termes d’offre) de gaz naturel dans le monde, l’Iran est assurément un géant mondial dans le domaine des hydrocarbures. Néanmoins, les décideurs iraniens montrent un intérêt toujours grandissant pour les sources d’énergies renouvelables, et ce en vue d’améliorer la sécurité énergétique, de réduire la dépendance interne aux hydrocarbures, et de répondre à la croissance prévue de la demande en électricité. La réalisation de ces objectifs est souhaitable et surtout réaliste, car le pays possède une topographie avantageuse pour ce qui concerne l’exploitation de ce type d’énergies.

 

L’Iran bénéficie d’une population jeune et éduquée, et le pays est désormais ouvert au fait de bénéficier de l’assistance nécessaire en matière de technologies renouvelables et de financements de projets. Le potentiel du champ des énergies renouvelables de l’Iran n’est d’ailleurs pas passé inaperçu. Dès 2014, les entreprises allemandes, sud-coréennes, danoises et indiennes ont commencé à examiner de près l’industrie iranienne comme une opportunité d’investissement à long terme. Les responsables iraniens ont répondu avec enthousiasme à cet intérêt, en réduisant les démarches bureaucratiques dans le secteur, en rationalisant le processus d’octroi de licences, et en proposant des options compétitives aux développeurs d’infrastructures et aux fournisseurs d’équipements en matière d’énergie renouvelable. Par exemple, l’Organisation des Energies Renouvelables d’Iran (SUNA) a modélisé sa nouvelle politique de rachat à partir de l’équivalent allemand ; a garanti des achats d’électricité par le gouvernement pendant 20 ans et a introduit une réduction d’impôt de 15% pour les entreprises qui utilisent des composants domestiques. La Société iranienne de production, de transport, de distribution et de gestion d’électricité (Tavanir) estime maintenant que les énergies renouvelables représenteront environ 10% des besoins de production d’électricité de l’Iran d’ici cinq ans. Le sixième plan de développement de l’Iran prévoit que sa capacité en énergies renouvelables augmentera de 5000 MW d’ici 2018. Jusqu’à récemment, les sanctions économiques auraient rendu très difficile la réalisation d’un objectif aussi ambitieux. Cependant, en raison de l’élimination des restrictions majeures sur les financements nationaux et étrangers, les objectifs d’investissement de 10 milliards de dollars d’ici à 2018 et de 60 milliards de dollars d’ici 2025 semblent maintenant réalisables.

Logo de l’Organisation des Energies Renouvelables d’Iran (SUNA)

 

Pour répondre à cette demande croissante de production d’électricité via le canal des énergies renouvelables, l’Iran a dévoilé ses plans de poursuite du développement des sources d’énergie renouvelable non conventionnelle (NCRE). Ce développement du NCRE comprend l’augmentation de la capacité solaire et éolienne du pays de manière parallèle, pour ainsi les intégrer dans son réseau électrique et encourager le développement de l’énergie renouvelable des sources plus conventionnelles comme le nucléaire et la géothermie. Malgré certains défis, il y a de bonnes raisons de croire que les entreprises iraniennes, de concert avec des partenaires étrangers, réaliseront la quasi-totalité des projets prévus en 2018. Le gouvernement iranien a déjà signé une série d’accords avec des partenaires étrangers pour faciliter, dans le courant de l’année 2018, le développement de nouvelles infrastructures et installations de fabrication d’équipements.

La production énergétique iranienne est dominée par les hydrocarbures. Le gaz naturel et les dérivés du pétrole tels que l’essence et le mazout alimentent les centrales thermiques traditionnelles qui satisfont environ 98% de la demande énergétique totale de l’Iran. Les deux pourcents restants proviennent d’une combinaison d’hydroélectricité, de nucléaire, de biocarburants et d’autres sources renouvelables. La dépendance excessive à l’égard des sources d’énergie fossile est un problème pour un certain nombre de raisons. La richesse des hydrocarbures de l’Iran a conduit le gouvernement à subventionner de manière considérable les carburants pour la consommation d’énergie individuelle. En outre, l’Iran dépense 30 milliards de dollars par an pour alimenter les infrastructures de ses centrales thermiques, tandis que la demande d’électricité augmente d’environ 6,5% par an. Cela atteste que l’Iran ne pourra pas soutenir raisonnablement l’utilisation des hydrocarbures pour produire de l’électricité à l’échelle nationale. Le pays obtiendrait ainsi des avantages majeurs en optant pour une logique énergétique plus diversifiée.

Réunion avec l’ambassadeur du Danemark, des représentants de Sabanirou, et des députés au sein de SUNA, 2014.

 

L’énergie hydroélectrique est apparue comme une alternative renouvelable en Iran dans les années 1950. L’Iran, contrairement à la plupart des pays du Moyen-Orient, abrite un vaste réseau de rivières qui a permis au pays d’étendre rapidement ses infrastructures hydroélectriques jusqu’au début des années 2000. Cependant, les récentes sécheresses généralisées ont considérablement réduit la capacité hydroélectrique du pays. Après avoir contribué à 14% de l’approvisionnement en énergie de base de l’Iran, les sources hydroélectriques ont été réduites à moins de 5%, alors que le niveau des rivières continue de baisser. En conséquence, le directeur adjoint de Tavanir a récemment déclaré que la quasi-totalité des 50 centrales hydroélectriques iraniennes avaient cessé leur production ou avaient vu leur capacité de production diminuer.

 

L’Iran est bien placé pour étendre rapidement son secteur de l’énergie éolienne. Avec un potentiel installé de 100 000 MW, l’énergie éolienne de l’Iran pourrait rivaliser avec celle de pays comme la France et la Grande-Bretagne. Sans surprise, le gouvernement iranien a donné la priorité à l’énergie éolienne par rapport aux autres sources d’énergie renouvelable (en raison, nous l’avons noté, de la topographie du pays et des capacités existantes et des capacités de production futures). Une augmentation de la capacité énergétique de 5000 MW attribuable aux nouvelles énergies renouvelables est prévue d’ici 2018. Environ 4500 MW de cette capacité devraient provenir de parcs éoliens d’utilité publique dans l’ensemble du pays. En raison de son emplacement stratégique le long de plusieurs grands corridors éoliens naturels, y compris les courants de l’Atlantique, de la Méditerranée et de l’océan Indien, l’Iran bénéficie de vents forts du côté du nord-ouest et du nord-est du pays. La consistance relative de ces courants de vent permet un accès durable à l’énergie éolienne, ce qui réduit considérablement le besoin d’engager des générateurs thermiques de pointe pour la production d’électricité quotidienne. Le pays gère déjà 15 parcs éoliens, et la grande majorité des composants utilisés pour développer ces fermes ont été produits localement. En raison de l’impact des sanctions occidentales, le pays a fait usage de son abondant capital humain pour développer des capacités technologiques dans la production de turbines, générateurs et onduleurs, et a même envisagé d’exporter ces équipements vers l’Azerbaïdjan et l’Inde.

Réunion d’une délégation allemande et omanaise au sein de SUNA.

 

Le sixième plan de développement de l’Iran prévoyait également l’installation de 500 MW de nouvelles capacités solaires d’ici 2018. Le climat du pays est diversifié, et bon nombre de ses régions sont arides. Comme les régions sud, nord-ouest et sud-est reçoivent environ 300 jours de soleil par an, elles sont particulièrement adaptées à ce type d’énergie. Le gouvernement iranien a donné la priorité à la région centrale en raison de son climat et de sa proximité avec le réseau électrique national. Une série d’accords avec l’Allemagne visant à ajouter environ 550 MW d’énergie solaire au réseau électrique auraient été signés en août 2014 et sont actuellement en cours de développement. Alors que les politiques iraniennes en matière d’énergie éolienne sont plus sérieuses à court terme, les plans de capacité solaire sont ambitieux sur le long terme. Par exemple, le promoteur énergétique iranien Sunir et la société espagnole Bester ont récemment dévoilé des projets visant à accroître considérablement le potentiel solaire de l’Iran d’ici 2020. Une capacité solaire additionnelle de 1 000 MW a été proposée par un consortium d’entreprises iraniennes, indiennes et sud-coréennes dans le cadre de la création d’un « parc énergétique » de 10 000 MW dans le sud-ouest du Khouzestân, province iranienne riche en pétrole. La forte implication des partenaires étrangers dans les projets solaires est d’ordre pratique et économique. Le manque d’accès aux technologies solaires clés telles que les onduleurs pour le contrôle de la tension et les semi-conducteurs de pointe appropriés a présenté des défis logistiques pour les entreprises iraniennes. Avec la levée récente des sanctions, les entreprises locales ont maintenant un meilleur accès à un éventail plus large de technologies solaires de plus en plus sophistiquées et à un financement pour les acheter et les développer. Les avantages immédiats seront leur installation rapide et, à long terme, le pays bénéficiera probablement de la capacité de produire une part importante de son énergie solaire au niveau national.

Eolienne du parc Oun ibn Ali, Tabriz

 

Des investissements dans les infrastructures des sources plus conventionnelles d’énergies renouvelables sont également en cours. L’Iran a maintenu un programme d’énergie nucléaire remontant aux années 1970. Sa centrale nucléaire de Boushehr est toujours active dans le sud-est du pays, près du golfe Persique. Cependant, plusieurs régions du pays sont sujettes à l’activité sismique et, par conséquent, l’énergie nucléaire n’a pas une gamme d’applications géographique aussi étendue que l’énergie solaire et l’énergie éolienne. L’Iran a également commencé le développement de la première centrale géothermique du Moyen-Orient. Cette station « pilote » dans la province d’Ardébil, au nord-ouest de l’Iran, devrait avoir une capacité installée de 50 MW. En raison de son emplacement dans le nord de l’Iran, où les infrastructures sont sous-développées et la demande d’électricité dépasse l’offre, l’impact de l’usine devrait être immédiat. Alors que le développement de l’énergie géothermique en Iran est comparativement inachevé, son potentiel s’avère très important. Le développement de l’énergie géothermique dans le pays est possible dans 14 régions distinctes, couvrant presque l’ensemble du territoire.

 

Barrage Karoun 3, province du Khouzestân

La stratégie de diversification énergétique de l’Iran a déjà commencé à porter ses fruits. Il a attiré des centaines de millions de dollars en investissements dans les infrastructures de l’énergie renouvelable et semble être prêt à attirer des milliards de plus. Le pays s’est fermement engagé à diversifier son bouquet énergétique et à moderniser ses infrastructures, et a montré sa volonté de collaborer avec un large éventail de partenaires étrangers. L’Iran, comme d’autres marchés frontaliers riches en ressources, attirera certainement d’énormes investissements étrangers, et encore davantage si la suppression des sanctions continue de faciliter l’accès aux marchés du pays. Si l’Iran s’avère capable de canaliser les investissements dans des infrastructures clés, les avantages pour l’économie vont croître de manière exponentielle. En raison de son statut d’impulseur de la stratégie de croissance économique du pays, le gouvernement maintient un soutien politique au développement des énergies et infrastructures renouvelables, qui constituent une partie cruciale de son programme économique.

 

Bibliographie :


- Adibfar, Akbar, Wind Energy in Iran : Feed in Tariffs, Wind Energy Potential, Berlin, Allemagne, 2015.

https://www.german-energy-solutions.de/GES/Redaktion/DE/Publikationen/Praesentationen/2015/2015-10-01-iv-iran-05-mapna.pdf?__blob=publicationFile&v=7


- Amigh, Majid, Energi-e naft va soukht-hâye fossili (L’énergie pétrolière et le combustible fossile), Ehlah, Téhéran, 2004.


- Asghari, Râheleh, Energy-hâye tajdidpazir (Les énergies renouvelables), Organisation de recherche et de programmation scolaire. http://geography-dept.talif.sch.ir/index.


- Farazmand, Nâhid, Ayandeh-ye energy-hâye tajdidpazir (Le futur des énergies renouvelables), Organisation mondiale des politiques de l’énergie renouvelable, 2014.


- Sâdeghzâdeh, Mohallad, Naghsh-e bakhsh-hâye khosousi va dolati dar mabhas-e energy-e tajdidpazir (Le rôle des secteurs publics et privés dans le domaine de l’énergie renouvelable), Organisation des énergies renouvelables, Téhéran, Iran, 2015.


- Senqupta, R., « CO2 emission-income relationship : policy approach for climate control Pacific and Asian », Journal of Energy, No. 7, 1996, pp. 207-229.


Visites: 288

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.