N° 160, mars 2019

Razmafzâr : Faire revivre les arts martiaux historiques d’Iran


Traduction : Sârâ Mirdâmâdi

Manouchehr Moshtagh Khorasani


Présentation générale

 

Le projet intitulé « Escrime historique et arts martiaux perses traditionnels » vise à faire revivre les techniques de combat des guerriers persans sur la base d’une analyse académique des techniques décrites dans les manuscrits persans des différentes époques. Faire renaître et revivre l’escrime persane ainsi que les arts martiaux traditionnels iraniens constitue un projet important qui inclut différents arts de combat et de lutte ayant été employés par les tribus iraniennes au cours des siècles. Ce projet est basé sur des années de recherches scientifiques approfondies menées dans le domaine des armes et armures iraniennes, ainsi que de nombreux livres et articles publiés sur le sujet. Ce projet, également intitulé Razmafzâr, analyse l’utilisation et les techniques liées aux armes, les techniques de combat à mains nues utilisées sur les champs de bataille, ainsi que les codes moraux suivis par les guerriers iraniens, dont les principes du Javânmardi. Les techniques de ce système d’arts martiaux et de combat sont utilisées sur une période qui s’étend de l’Iran antique à la fin de la période qâdjâre. Un certain nombre d’entre elles ont été reprises dans de nombreux manuscrits, qu’il s’agisse d’histoires épiques narrées sous forme de poèmes, de récits de bataille écrits par des rapporteurs de cour, ou encore dans des manuels de combat. Le projet Razmafzâr se base non seulement sur des preuves textuelles, mais aussi iconographiques. Il comprend aussi l’enseignement du tir à l’arc historique fondé sur des preuves iconographiques ainsi que des manuscrits persans exhaustifs consacrés au tir à l’arc durant la période safavide.

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Les arts martiaux compris dans le projet Razmafzâr comprennent ainsi 722 techniques de combat armé et non armé à pied, à cheval, ainsi que de combat à la lance à cheval, de lutte à cheval, et de tir à l’arc. Nous continuons à travailler sur de nombreux autres manuscrits persans consacrés à la guerre et aux combats historiques.

Le combat à l’épée (shamshirzani)

 

Le cœur de l’activité de Razmafzâr consiste en un entraînement avec une épée courbée (shamshir) et un bouclier rond en peau ou en acier (separ). Cependant, il convient de noter que le terme shamshir (épée) est un terme général en persan et ne fait référence à aucune forme de lame en particulier. Avant la conquête arabe de l’Iran et l’introduction de l’islam en 631, les épées utilisées en Iran étaient toutes à lame droite. Ceci signifie que les dynasties persanes précédentes, à savoir les Achéménides (559 av. J.-C. - 330 av. J.-C.), les Parthes (250 av. J.-C. - 228 av. J.-C.) et les Sassanides (241 av. J.-C. - 651 av. J.-C.), utilisaient toutes des épées à double tranchant et à lame droite. Bien que le terme de shamshir soit utilisé en anglais ainsi que dans d’autres langues européennes pour désigner le shamshir persan classique dont la lame a un haut degré de courbure, il convient de noter qu’en persan, le terme lui-même a un sens général et qu’il fait référence à tout type d’épée, quelle que soit sa forme.(Photos 1 et 2)

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De nombreux manuscrits, poèmes et récits persans décrivent de manière spécifique et détaillée les différentes techniques utilisées dans le maniement de l’épée persane. Le présent article vise ainsi à présenter les origines, l’art et les techniques du maniement de l’épée persane tels qu’ils sont décrits dans des manuscrits persans tels que le Shâhnâmeh, le Majma’ al-Ansâb, l’Abdâb al-Harb va al-Shojâ-e et le Dâstân-e Hosseyn Kord-e Shabestari. Certaines de ces techniques sont représentées au travers des miniatures reproduites ici. Il est important de souligner qu’il existe deux termes pour décrire l’« épée » en persan : a) shamshir et b) tiq. Comme nous l’avons évoqué, avant la conquête arabe de l’Iran et l’introduction de l’islam, les épées utilisées en Iran étaient toutes à lame droite et les dynasties persanes précédentes utilisaient toutes des épées à double tranchant.

Les plaques d’argent sassanides montrent des guerriers sassanides utilisant leur épée en appliquant deux techniques : a) une frappe verticale au sommet de la tête/du cou, comme indiqué sur une plaque d’argent dorée du British Museum. Un autre exemple montre comment un guerrier sassanide à cheval coupe le haut de la tête d’un lion en ayant recours à une frappe verticale. Une assiette dorée en argent du musée de l’Ermitage montre aussi comment Bahrâm coupe la tête d’un sanglier en utilisant une frappe verticale. Dans les deux cas, les guerriers ont placé leur index au-dessus de la croisière de l’épée.

Comme indiqué, une partie importante du projet Razmafzâr consiste à enseigner des techniques de combat d’épée basées sur des manuscrits persans. En analysant différents manuscrits persans tels que des contes épiques et des récits de batailles, on constate une cohérence et une permanence dans la mention de certaines techniques à travers les siècles. Cela pourrait être dû à la nature conservatrice des arts de combat en Iran ; de nombreuses techniques ayant continué à être utilisées avec différents types d’épées, quelle que soit leur forme. Il convient de souligner ici que des épopées telles que le Shâhnâmeh (Livre des rois) de Ferdowsi rédigée au Xe siècle relatent des techniques utilisées dans ce domaine, et on peut ainsi retrouver des traces de nombre d’entre elles à cette époque éloignée. Les techniques de combat de l’époque de Ferdowsi ont certainement influencé le texte, comme le démontrent clairement les miniatures de manuscrits enluminés du Shâhnâmeh. Il en va de même pour les autres manuscrits.

Sur la base de ces manuscrits anciens et ultérieurs datant de la période qâjdâre, les techniques de combat à l’épée/au sabre comprennent : a) le fait de porter, de dégainer l’épée ou de la remettre dans son fourreau ; b) le fait de porter le bouclier ; c) les techniques d’attaque (notamment attaques vers le bas avec une frappe verticale, vers le haut avec une frappe horizontale, les frappes en diagonale, le fait de toucher l’adversaire avec la pointe de son épée ou avec le dos de la lame, les techniques de feinte…) ; d) les techniques de défense (saisir la main, techniques de déviation, utilisation de l’épée ou du bouclier pour se défendre, utilisation du protège-bras comme bouclier…), et les combinaisons possibles des techniques d’attaque et de défense avec un shamshir (épée) et un separ (bouclier).

(Photo 3, 5 et 6)

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Le tir à l’arc (tirandazi)

 

Le tir à l’arc a toujours joué un rôle important dans l’histoire militaire de l’Iran. Beaucoup de rois étaient fiers d’afficher leurs prouesses au tir à l’arc, comme Darius, qui, dans son édit (article 9) de Naqsh-e Rostam, écrivait : « Je suis habile de mes deux mains et pieds. Je suis un bon cavalier, je suis un bon archer à pied et à cheval, ainsi qu’un bon lancier à pied et à cheval ». Les voyageurs européens au sein de l’Iran safavide ont évoqué les talents et prouesses de Shâh Esmâ’il Safavide au tir à l’arc. La majorité des arcs persans étaient des arcs composites. En d’autres termes, l’arc persan typique était de type composite, bien que l’on associe normalement ce type d’arc aux steppes asiatiques où son utilisation était répandue en raison de sa facilité de transport à cheval et de sa rapidité de tir. Pendant les périodes des Achéménides, des Parthes et des Sassanides, on peut voir des images de ce type d’arc sculptées sur des reliefs en pierre et frappées sur des pièces de monnaie représentant les rois et personnes de la cour portant un arc composite symbolisant le pouvoir et la divinité. Pendant la période musulmane en Iran, on peut voir des arcs composites représentés dans des miniatures et autres illustrations. Semblable à d’autres arcs composites traditionnels, l’arc composite persan avait une taille inférieure à celle d’un arc long et comportait deux courbes (une courbe dans chaque bras d’arc). Ces doubles courbes ont permis d’ajouter plus de force à l’arc composite par rapport à ceux aux bras droits. En même temps, les bras d’arc recourbés réduisaient la taille de l’arc et permettaient à l’archer de le porter plus facilement. La prise d’un arc composite est calée dans les deux bras de l’arc, qui sont des pièces entièrement séparées. C’est la raison pour laquelle ce type d’arc est appelé arc composite. Un arc composite est composé des parties suivantes : a) la poignée et l’intérieur des bras de l’arc sont en bois et servent de noyau d’appui ; b) le dos de l’arc (le côté faisant face à la cible), qui est exposé à une plus grande tension, est recouvert d’une ou de plusieurs couches de fibres de tendon recouvertes (voire imbibées) de colle ; c) le ventre de l’arc (le côté qui fait face à l’archer) est fait de corne : des morceaux de corne sont collés au « ventre » du côté qui est le plus comprimé, et joints au centre de la poignée. Les arcs de Perse avaient généralement plusieurs bandes de ce type collées côte à côte sur chaque bras de l’arc ; d) Les oreilles ont une couche centrale en bois recouverte de corne sur le côté intérieur de la partie la plus proche de l’oreille. Chaque oreille comporte une encoche pour insérer la corde de l’arc ; e) Des bandes d’écorce de bouleau de la meilleure qualité sont ensuite utilisées pour couvrir les bras et e) le tout est recouvert de laque et peint de scènes de combat et de chasse. L’une des parties principales de l’entraînement dans le cadre de Razmafzâr consiste à tirer avec un arc composite à différentes distances de tir. (Photo 7)

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La partie tir à l’arc de Razmafzâr traite des principes du tir à l’arc, des branches de cette discipline, des flèches courtes ou volantes, des défauts de la flèche, des caractéristiques de la tête de flèche, des caractéristiques de l’arc et de sa saisie, des caractéristiques du pouce et des erreurs de tenue, des attributs de l’archer masculin, de la connaissance de la cible visée, des positions debout et assise, de la façon de tirer, de former les hommes, d’évaluer la distance, de saisir le mouvement des flèches, et de les fabriquer. (Photo 8)

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Le combat de masse (gorzzani) et le combat de hache (tabarzani)

 

Différents types de masses et de haches ont été utilisés par les guerriers persans pendant les combats. Les masses et les haches étaient de puissantes armes « matraquantes » qui pouvaient facilement briser l’armure de l’ennemi. Cela signifie que les deux types d’armes étaient utilisés lorsque l’ennemi portait une armure lourde ne pouvant être percée par les épées. Des traités, épopées, poèmes et manuscrits historiques persans rapportent que les guerriers persans étaient capables d’écraser les casques et armures de leurs adversaires en utilisant ces armes au combat. Certaines expressions décrivant la fonction de ces armes existent en langue persane, telles que le gorz-e meqfarkub (une masse qui frappe le casque) et l’amud-e maqzshekâf (la masse qui fend le cerveau). La masse ne constituait pas seulement une arme efficace, mais était aussi un symbole de pouvoir. De même, des manuscrits persans évoquent l’efficacité de la hache en tant qu’arme et utilisent des termes tels que tabarzin-e ostekhânshekan (une hache de selle qui brise les os), notamment dans le manuscrit Târikh-e Ahmad Shâhi datant du XVIIIe siècle, et tabar-e maqzshekâfandeh (hache qui fend le cerveau) dans le manuscrit Abu Moslemnâmeh du Xe siècle. Comme indiqué dans ce traité, son héros Abu Moslem ne combattait qu’avec une hache.

Il existe quatre termes persans différents pour désigner la masse : a) amud, b) gorz, c) gorze et d) tchomâq. De nos jours, on emploie le terme de tchomâq pour désigner un bâton. En Iran, l’utilisation de la masse comme arme de guerre remonte à la Perse antique. Les masses étaient non seulement utilisées pour la guerre, mais aussi pour chasser les animaux. Elles ont commencé à être utilisées à partir du début de l’âge du bronze (de 3000 à 1200 av. J.-C.) ainsi qu’au cours des périodes ultérieures, y compris la période islamique de l’Iran (de 651 jusqu’à la fin de la période qâdjâre, en 1925). La masse était une arme simple mais très efficace, et il en existait de nombreux types. Certaines avaient une tête en pierre, en bronze ou en fer. En outre, au fil du temps, la masse a été transformée en symbole de pouvoir, notamment en figurant sur des insignes utilisés lors de cérémonies.

Deux mots différents sont utilisés pour désigner la hache en persan : a) tabar et b) tabarzin. Le terme de tabar (hache) est employé dans de nombreux manuscrits du Xe siècle, mais fait également référence à la variante d’une hache destinée au combat, tabar-e jangi (hache de guerre). Une variante du terme tabar était aussi utilisée par les derviches, et elle était également utilisée dans des cérémonies telles que tabar-e zarrin (littéralement « hache en or » ou « incrustée d’or », « recouverte d’or »), comme le rapporte Târikh-e Firouzshâhi, un manuscrit du XIVe siècle. De même, le terme tabarzin signifie "hache de selle" et figure dans de nombreux manuscrits. Le manuscrit du XIXe siècle Rostam al-Tavârikh évoque des gardiens de prison (nasgshi) armés de haches. (Photo 4)

Le projet Razmafzâr enseigne également les techniques de masse et de hache de la tradition martiale iranienne. Semblables aux épées, les techniques d’utilisation des haches et des masses sont analysées et présentées à partir d’histoires épiques datant du Xe siècle jusqu’à la fin de la période qâdjâre. Ces techniques comprennent le port de la masse, les techniques d’attaque et de défense avec une masse, les combinaisons de combat avec la masse, les aspects généraux de la hache, ainsi que les techniques d’attaque avec une hache.

 

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Le combat à la dague (khanjarzani) et au couteau (kârdzani)

 

De nombreuses épopées perses évoquent l’utilisation de couteaux et de dagues en vue de vaincre l’adversaire et de mettre fin au combat. En général, ces épopées se réfèrent aux guerriers qui ont commencé le duel avec une lance. Lorsque les manches de lance sont cassés, les guerriers continuent le combat avec des masses ou des haches. Souvent, à cause de lourdes frappes, les manches des masses sont pliés pendant le combat. C’est à ce moment que les guerriers commencent à utiliser leurs épées. Lorsque les lames de l’épée sont cassées, les guerriers commencent à se battre au corps à corps. Une technique très fréquemment utilisée consistait à projeter l’adversaire au sol. Puis le vainqueur s’asseyait sur la poitrine de l’adversaire et le tuait avec un couteau ou un poignard. En outre, des manuscrits historiques persans parlent de l’utilisation de couteaux et de dagues dans différentes situations au cours d’un combat proche. Il existe différents types de couteaux et de dagues persans traditionnels utilisés au combat. Ceux-ci sont en général classés en trois catégories plus générales rassemblant différents types de dagues et de couteaux portés et utilisés par les guerriers perses lors des combats rapprochés : kârd (couteau), khanjar (poignard) et pishqabz (type de poignard avec une lame en forme de « s »). Le pishqabz s’appelle également deshne.

Une partie importante de la formation dispensée par Razmafzâr implique le combat rapproché avec des armes de courte portée telles que les couteaux et les dagues. De nombreuses techniques de lutte et de combat visant à abattre l’adversaire sont utilisées en combinaison avec ce type d’armes. Les combats au sol se pratiquent également en combinaison avec des armes de courte portée.

Razmafzâr enseigne également des techniques de combat avec des armes à lames courtes en Iran telles que le kârd (couteau), le khanjar (poignard), ou encore le pishqabz (poignard en forme de « s »). Ces techniques incluent le fait de porter et dégainer un couteau, des techniques d’attaque au couteau ainsi que leur possibilité de combinaison, la définition de khanjar, comment porter et dégainer une dague, les techniques d’attaque avec une dague et leurs combinaisons, ainsi que l’explication de ce qu’est un pishqabz.

 

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Le combat à la lance (neyzezani)

 

La lance a toujours joué un rôle très important dans l’histoire militaire iranienne, et a été une arme hautement considérée par les Iraniens. Les porteurs de lance bénéficiaient d’une capacité d’attaque de longue portée sur le champ de bataille, et les lances pouvaient être utilisées efficacement en temps de guerre. Dans toutes les cultures, les lances ont joué un rôle très important en tant qu’armes sur le champ de bataille, et ce fut également le cas au cours de l’histoire militaire iranienne. La longue portée et le faible coût de production de telles armes étaient des facteurs importants à prendre en compte lors de la formation de combattants à la lance. De plus, il était possible d’apprendre les techniques de combat à la lance beaucoup plus rapidement que d’autres armes comme les épées. La lance est également utile aussi bien à la chasse qu’à la guerre. Normalement, une lance se compose d’un manche en bois, d’une tête de lance, et de la crosse à l’extrémité du manche. Différents types de têtes de lance ont été utilisés à différentes périodes de l’histoire iranienne, selon les différents buts auxquelles elles servaient. Il convient de noter que le terme général pour désigner la lance en persan est neyze.

De façon plus précise, une dizaine de termes servent à désigner les différents types de lance en persan : a) Neyze : comme indiqué, il s’agit du terme général qui désigne la lance en persan. On utilise ce terme pour nommer à la fois la lance d’infanterie et de cavalerie. Mekhras est un autre terme servant à désigner une lance ; b) Senân : normalement, le terme senân désigne la tête d’une lance. Dans les manuscrits persans, ce mot désigne la lance en général ; c) Shel : il s’agit d’un type de javelot ayant une tête à deux piques en forme de croissant ou de trident ; d) Khesht : il s’agit d’un type spécial de lance courte comportant un anneau au milieu attaché par une corde de soie au majeur, en vue de lancer et de pouvoir récupérer l’arme. Elle s’utilise de la façon suivante : une corde est passée dans la boucle et fixée au majeur. Ensuite, le khesht est tenu entre le pouce et les autres doigts et jeté sur le visage de l’ennemi puis ramené vers soi ; e) Zubin : C’est un javelot destiné à être lancé sur le champ de bataille ; f) Durbâsh : Ce terme désigne une lance dotée d’une tête bifurquée ornée de bijoux et portée devant le roi afin que les gens soient avertis et prennent de la distance. Ainsi, le durbâsh servait de signal pour que les gens se tiennent à distance respectueuse du roi, et signifie littéralement « tenez-vous à l’écart » ou encore « éloignez-vous » ; g) Tchangâl : ce terme désigne un trident ; h) Jarid : mot utilisé pour désigner un certain type de lance et de javelot ; i) Mezrâb ou mezrâq : type de lance ; et j) Ramh / Romh : Ce terme a été utilisé pour désigner un type de lance et de javelot. Les combats à la lance font partie intégrante de l’entraînement de Razmafzâr.

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Le combat au qame (qamezani) et au qaddâre (qaddârezani)

 

Le combat avec des épées courtes appelées qame fait partie intégrante de la formation de Razmafzâr. Le qame est un type d’épée courte droite à double tranchant. Le fabricant/forgeron d’un qame s’appelait qamesâz (voir Joqrâfiyâ-ye Esfahân). Le qaddâre est une épée courte, droite, à un tranchant. Certaines des techniques utilisées avec ces deux épées courtes sont rapportées dans les histoires de pahlavânân iraniens telles que Pahlavân Akbar Khorasâni, mais d’autres types de techniques sont déduits sur la base d’attaques générales majeures avec d’autres types d’armes utilisées sur le champ de bataille. Il convient de noter que, comme dans le combat avec une épée et un bouclier, saisir la main de l’arme de l’adversaire et le projeter par terre restent des techniques importantes dans la lutte avec un qame ou un qaddâre.

Il faut garder à l’esprit que les combats sur le champ de bataille ont une nature spécifique, car les armes qui y étaient utilisées étaient plus lourdes. On y portait une armure (à condition d’être assez riche pour s’en offrir une) et, selon la façon dont on la positionnait sur le corps, on pouvait permettre à un coup d’épée de simplement glisser sur elle. De plus, on affrontait différents adversaires lors d’une mêlée sur le champ de bataille. À l’inverse, on se battait avec un qame ou un qaddâre dans le cadre d’un duel, et on ne rencontrait généralement qu’un seul adversaire dans la rue ou dans une ruelle. De plus, comme on ne portait pas d’armure, les mouvements de ce type de combat devaient être rapides. Un tel combat ne consistait pas à frapper les bords des lames les unes contre les autres. La défense impliquait normalement de sortir de la zone d’attaque d’un qame ou d’un qaddâre, ou de saisir l’arme de l’adversaire. Lorsque cela était nécessaire, on pouvait utiliser les plats d’un qame ou d’un qaddâre pour détourner l’arme de l’adversaire. On pouvait également utiliser le dos du qaddâre pour repousser la lame adverse.

Le projet Razmafzâr comprend aussi l’initiation au combat avec le qame et le qaddâre selon les techniques employées au cours de l’histoire iranienne. Elles comprennent des techniques d’attaque avec un qaddâre, des combinaisons possibles réalisables avec un qaddâre (feindre une attaque avec le qaddâre et continuer avec une attaque avec un autre qaddâre, frapper avec le dos du qaddâre puis attaquer avec le bord du qaddâre, se défendre avec le dos, le plat ou le bord du qaddâre…), ainsi que les techniques d’attaque avec un qame qui ressemblent de par certains de leurs aspects à celles utilisées avec le qaddâre.

 

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La lutte de guerre (koshti-ye jangi)

 

La lutte a joué et continue de jouer un rôle très important en Iran. De nos jours, il y existe différents types de lutte traditionnelle. Dans certains d’entre eux, les lutteurs portent une veste qui est utilisée pour saisir l’adversaire et appliquer différentes techniques. Celles-ci incluent le style de lutte koshti-ye bâtchukhe dans le Khorâssân (province située au nord-est de l’Iran). Certains styles autorisent les frappes comme les coups de poing et de pied, comme le style de koshti-ye guilaki dans le Guilân (province du nord de l’Iran). Ainsi que l’indiquent des manuscrits persans, ces arts s’inscrivent dans une longue tradition. La lutte libre est actuellement le sport national de l’Iran.

Les épopées et légendes perses rapportent que les champions de Perse étaient d’excellents lutteurs, qui savaient utiliser les techniques de la lutte aussi bien dans les batailles qu’au cours de duels qui se déroulaient parfois avant les batailles et opposaient les champions des deux armées opposées. Lorsqu’un champion jetait son adversaire au sol et réussissait à le contrôler, il le tuait d’un coup de poignard ou de couteau. Les récits historiques persans soulignent le rôle important de la lutte dans l’entraînement et la préparation des guerriers au combat, ainsi que l’efficacité des techniques de lutte combinées à des armes tranchantes pour les combats à courte portée.

Selon les manuscrits persans, la lutte a joué un rôle important dans l’entraînement des guerriers persans. En persan moderne, la lutte est appelée koshti. Néanmoins, il existe une autre forme de ce mot qui est orthographié kosti. Ce mot trouve ses racines dans le terme kustîk qui, en persan moyen, signifie "ceinture sacrée". Dans la Perse antique, la lutte était considérée comme un art noble du pahlavân. Le Shâhnâmeh décrit les traditions des guerriers de l’Iran ancien et évoque la lutte comme un moyen de gagner une bataille. Le motif littéraire d’une rencontre sous la forme d’un duel entre héros se retrouve dans la poésie épique d’une vaste région euro-asiatique. Ce genre de combat se déroule selon un motif tripartite soulignant son caractère épique. Les héros se rencontrent trois fois et utilisent un type d’arme différent à chaque rencontre. Toutes les armes échouent à accorder la victoire à l’un ou l’autre lors de ces trois rencontres. En fin de compte, les adversaires abandonnent leurs armes fabriquées par l’homme et recourent à la lutte. Ainsi, leur force inhérente détermine le vainqueur du combat. Dans le Shâhnâmeh, les héros déterminent l’issue d’une bataille par le biais d’un combat de lutte, ce qui souligne toute son importance dans la tradition martiale iranienne.

La lutte fait partie de la formation dans les maisons de force iraniennes traditionnelles, ou zurkhâneh. Les Pahlavânân étaient chargés d’enseigner les techniques de lutte à leurs élèves qualifiés de notche. La lutte y est pratiquée après tous les exercices décrits ci-dessus, et selon les étapes suivantes : un pahlavân vient au milieu du gowd (fosse centrale ou arène) et demande à un autre de venir au milieu. Le notche se met à genoux et embrasse la main droite du pahlavân, puis ils commencent à se battre. Le pahlavân lui enseigne les techniques de lutte. Il apprend individuellement à tous ses élèves et leur permet de combattre entre eux pendant qu’il les observe et leur donne des instructions. Les Pahlavânân voyagent aussi d’une ville à l’autre et mettent au défi les Pahlavânân d’autres villes. Il n’y avait, par le passé, pas de catégories de poids, et les blessures étaient courantes.

Certaines techniques de frappe ont également été appliquées lors de combats de lutte. Dans ses poèmes sur la lutte écrits à l’époque safavide, Mir Nejât décrit différentes techniques impliquant la frappe. L’une d’elles, appelée kallekub (« frappe à la tête »), consiste à frapper la tête ou le visage de l’adversaire avec le front. Une autre technique de lutte faisant intervenir le coup de pied s’appelait kafshak (« petite chaussure »), et consistait à donner un coup de pied sur les parties génitales de l’adversaire avec le bout de la chaussure ou du pied. D’autres techniques visaient délibérément les organes génitaux des opposants, et pouvaient être utilisées sur le champ de bataille où les adversaires n’étaient liés par aucune règle. L’une de ces techniques s’appelait tchagâlpâ ; elle impliquait de mettre le doigt dans la bouche de l’adversaire et de le tourner, puis de passer l’autre main entre ses jambes et de saisir sa ceinture, pour ensuite le projeter à terre. Une autre technique appelée bâqulân consistait à poser une main sur l’oreille de l’adversaire pour le distraire et lui tordre les testicules avec l’autre main.

La lutte de guerre fait partie intégrante des combats en Iran et est donc enseignée dans le cadre de Razmafzâr. Celles-ci incluent les techniques de lutte sur le champ de bataille.

 

Photo 9

L’équitation (aspsavâri)

 

Razmafzâr traite également du combat à cheval monté sur la base des techniques décrites dans les manuscrits persans, et fournit une formation au combat avec des lances, ainsi qu’au tir à l’arc à cheval. Les manuscrits persans décrivent souvent en détail la façon dont les champions se sont battus à cheval en utilisant différents types d’armes. Ceci est également clairement indiqué dans les illustrations via les miniatures figurant dans ces manuscrits persans. Pour être compétent dans le combat avec des armes, il est nécessaire de s’entraîner non seulement à pied mais aussi à cheval. Par conséquent, chevaucher, lutter et jouer au polo étaient des exercices d’une grande importance en vue de préparer les guerriers. (Photo 9) Des exercices d’équitation ont été décrits par le voyageur français Jean Chardin à la cour safavide. Il raconte que l’équitation impliquait de bien s’asseoir, de galoper avec des rênes lâches sans bouger, ou encore d’arrêter le cheval au galop sans bouger. Les cavaliers devaient rester légers et actifs sur le cheval dans la mesure où, tout en galopant, ils devaient être capables d’identifier vingt jetons au sol, l’un après l’autre, et de les récupérer à leur retour sans ralentir. Chardin raconte avoir vu en Iran des cavaliers capables de s’asseoir sur un cheval avec tant de fermeté et de légèreté qu’ils se tenaient debout sur leur selle et le faisaient ainsi galoper avec des rênes lâches. Il rapporte également que les Perses s’asseyaient sur le côté de leur selle pour décocher leurs flèches, lancer des javelots et jouer au polo. Chardin décrit le fait de jouer au polo comme un exercice effectué au sein d’un terrain immense. Aux extrémités de ce terrain, des piliers étaient érigés les uns à côté des autres pour permettre à la balle de passer à travers, créant une sorte de but. La balle était lancée au milieu du terrain et les joueurs galopaient après avec un petit maillet à la main, en essayant de la frapper. Comme le maillet du polo était court, ils devaient s’abaisser au-dessous de l’encolure de l’animal pour la toucher, tandis que les règles du jeu prescrivaient que l’objectif devait être saisi au galop. Le match était gagné lorsque les joueurs frappaient la balle entre les piliers. Chaque équipe comportait quinze ou vingt joueurs. Le fait de jouer au polo s’insère dans une longue tradition en Iran, remontant à l’époque achéménide. Ce sport a atteint son apogée durant la période sassanide. Le Shâhnâmeh décrit des matches de polo. Shâh Abbâs Safavide aimait particulièrement ce jeu et y jouait lui-même.

Le tir à l’arc à cheval et le combat à la lance à cheval constituent également une partie importante de l’entraînement dispensé dans le cadre de Razmafzâr. Différentes techniques de lancer de lance à cheval sont décrites en détail dans les manuscrits persans, telles que l’attaque à la lance visant différentes parties telles que l’œil, le cou, la gorge, la bouche, le visage, le bras ou l’avant-bras, la poitrine, l’abdomen, le nombril, l’épaule, le flanc, le dos, l’aine, les jambes, ou encore des attaques à la lance visant la partie inférieure de la lance de l’adversaire ou visant à couper les lanières de son armure, ainsi que les techniques de feinte.

Références


- Moshtagh Khorasani, Manouchehr (2013), Persian Archery and Swordsmanship : Historical Martial Arts of Iran (Tir à l’arc persan et escrime : Arts martiaux historiques d’Iran), Francfort-sur-le-Main : Niloufar Books.


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