N° 36, novembre 2008

Histoire de l’imprimerie en Iran


Negar Sâlehiniâ


L’invention de l’imprimerie en Europe dans la deuxième moitié du XVe siècle a marqué un tournant capital dans l’histoire des hommes. Bien avant cette date, entre les années 712-756, l’usage de cette technique était courante dans une vaste étendue de territoires orientaux : les Chinois l’employaient sous sa forme primaire, en se servant des caractères d’imprimerie. Mais l’impression, faite par les gravures, et la transcription des livres était un procédé très difficile qui demandait beaucoup de temps et de financement. Seul un nombre limité de personnes avaient accès aux livres après leur parution.

La technique de l’imprimerie fit un grand pas en avant lors de l’invention des caractères mobiles en métal par l’allemand Gutenberg en 1450 (environ 854 de l’ère hégire). Cette nouveauté ouvrit les portes de la civilisation humaine à tous les passionnés des sciences et fut employée progressivement dans les autres pays européens : la France, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, la Suisse et l’Italie ; elle fut introduite dans notre pays dans la première moitié du treizième siècle (1:9)*.

L’industrie de l’imprimerie en Iran

Si l’on considère la fabrication du sceau comme la première invention de l’homme dans le domaine de l’imprimerie (2:44), alors l’utilisation de cette technique en Iran remonte à cinq siècles avant Jésus-Christ, au temps de la dynastie des Achéménides et des sceaux royaux (1:9). Ces seaux, gravés sur des pierres précieuses (agates, perles, émeraudes, rubis) montées sur des anneaux, s’employaient avec une encre spéciale pour authentifier les ordres et commandements des rois. Peu à peu, les nobles de même que les gens ordinaires se mirent à imiter les rois et se firent fabriquer des sceaux.

L’un des sceaux datant de cette époque, celui de Darius, roi achéménide, est conservé actuellement dans le musée de Londres. Sur ce sceau figure Darius, monté sur le chariot royal et chassant un lion. En dessous de cette image, sont écrites trois lignes de texte.

Dans le musée de la Perse antique, des sceaux de forme cylindrique, appelés "soul" sont conservés. Des lettres et des mots datant d’époques anciennes y figurent notamment. Les plaques en terre et les documents concernant les dépenses faites pour la construction de Persépolis, découverts lors des fouilles archéologiques, ont été écrits à l’aide de ces sceaux. Ces sceaux s’utilisaient aussi pour imprimer des tissus en soie et en coton, simples ou colorés.

De même, l’emploi de la gravure pour l’imprimerie était courante en Iran. Le sceau et le nom des rois mogols d’Iran s’inscrivait par des gravures sur des pièces de bois de vingt cm sur vingt dont on enduisait la surface saillante d’une sorte d’encre spéciale pour tamponner les commandements et les parchemins (3 :42).

La signification actuelle du mot "imprimerie"

Pour exprimer le mot "imprimerie" en persan, trois expressions étaient courantes : tchâpkhâneh, matba’eh et basmeh khâneh. Le deuxième mot est arabe (4:1070) et le troisième turc (5:11). Des chercheurs attribuent les racines du mot "tchâp" à "tchâv" venant de l’hindou, et qui s’écrivait aussi "tchâp" ou "tchâhap" (5:11).

Le mot "tchâv" a été introduit à la fin du septième siècle de l’hégire dans la langue persane (3:24). Selon d’autres sources, "tchâp", dérivé du chinois "cau", serait devenu courant lors du règne d’un des rois mogols, Keykhâtouneh (1297/694). A cette époque, le pays fut en proie à une grave crise économique et financière et le trésor s’épuisa. Un prénommé Ezeddin Mohammad Ben Mozaffar Ben Hamid, qui avait voyagé auparavant en Chine, proposa au ministre Sadr-e Djahân-e Zandjâni, afin de pouvoir apaiser la crise, de remplacer l’usage de l’or et de l’argent, ainsi que l’avaient fait les Chinois, par celui de titres appelés "tchâv".

Sa proposition fut accueillie favorablement. Dans le mois de Jomâdi-ol-avval (cinquième mois de l’année lunaire musulmane) de l’année 694 de l’hégire (XIVe siècle), le roi émit un ordre selon lequel il interdisait l’usage de l’or et de l’argent. Les gens devaient désormais utiliser le titre "tchâv" pour effectuer leurs commerces et transactions. Il envoya dans toutes les villes un responsable pour créer un bureau afin de mettre en pratique ces titres. Ce bureau fut appelé "tchâvkhâneh". Ces agents devaient forcer les gens à utiliser cet argent sous forme de billets, appelé "tchâv-e mobârak". Mais l’insoumission des gens à Tabriz, Shirâz (5:42) ainsi que dans les autres villes et l’assassinat d’Ezeddin Mozaffar, qui était à l’origine de ce projet, (6:6982) conduisirent le roi à abolir cette loi. Depuis lors, les gens donnèrent le surnom de "tchâviane" au ministre qui voulait répandre l’usage des billets d’argent. (3 :42)

Première machine à imprimer (polygraphe) du journal Ettela’at, 1926
Photos : archives du journal Ettela’at

Pour avoir des renseignements plus précis concernant le processus de création et de l’évolution de l’industrie de l’imprimerie en Chine, nous citerons un extrait d’un article de Modjtabâ Minovi intitulé "La Traduction des sciences chinoises en persan au huitième siècle de l’hégire" et qui cite un manuscrit persan : "J’ai parcouru, à Istanbul, un manuscrit en persan unique dans son genre, qui a pour titre "Tangsoughnâmeh Ilkhâni dans les techniques scientifiques chinoises". Il a été élaboré au temps de Ghâzâne Khân grâce aux efforts de Rashideddin Fazlollâh, ministre hamédanien et comprend des traductions des livres médicaux et scientifiques chinois en persan. Ce manuscrit est conservé dans la bibliothèque d’Ayasoufieh…" Il continue en présentant Rashideddin et le manuscrit et rapporte des extraits de ses différents chapitres. Il écrit : "Ce manuscrit est apparemment la source la plus ancienne en ce qui concerne l’existence de l’imprimerie en Chine. Les Chinois ont perfectionné l’imprimerie à l’époque de la dynastie des Tang, c’est-à-dire du premier au troisième siècle de l’hégire. La procédure, telle que l’a décrite Rashideddin, est la suivante : on gravait à l’envers sur une plaque de bois le contenu de deux pages qui se suivaient et entre ces deux pages, une colonne comprenant le titre du chapitre et d’autres indications, puis on enduisait la plaque d’encre et on la retournait sur une feuille de papier, ensuite on pliait la feuille et le livre se composait de ces feuilles que l’on cousait ensemble." Il existait aussi une autre méthode qui, apparemment, n’était pas en usage à l’époque de Rashideddin et avait été inventée plus tard. Elle consistait à utiliser les moules de tous les caractères de l’écriture chinoise. Ils remplissaient ces moules de terre ou de métal et obtenaient ainsi des cubes sur lesquels figuraient ces lettres, à l’envers et de façon saillante. Ces cubes en terre ou en métal remplissaient la même fonction que celle des caractères en plomb que nous utilisons aujourd’hui… (6:6982-6983) Comme nous l’avons évoqué, bien que l’imprimerie ait été en usage bien des siècles avant Gutenberg en Assyrie et en Chine, et au douzième siècle en Hollande et en Andalousie, sous forme de plaques gravées (7:657), le premier grand pas accompli dans cette industrie a été l’invention des caractères mobiles en métal en 1453, qui a remplacé l’usage du bois par celui du plomb. Ceci a ouvert l’accès à une certaine connaissance de la civilisation humaine à tous les passionnés des sciences. Cette industrie se répandit peu à peu en France, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Suisse et en Italie, de sorte qu’à la fin du quinzième siècle, elle était en usage dans la plupart des villes européennes.

La première imprimerie et le premier livre imprimé en Iran

Machine à imprimer (polygraphe) du journal Ettela’at

Au début du XVIIe, à l’époque de la dynastie des Safavides, des missionnaires catholiques vinrent à Ispahan et s’y installèrent. Les premiers étaient des Augustins portugais (8:11). A leur suite, en 1604, Shâh Abbâs força les Arméniens de Jolfa et de la rive Arass à émigrer à Ispahan (7:657). D’autres missionnaires arrivèrent aussi afin de propager leur religion (9:11) : les Carmélites réformés en 1606, des Capucins français, des Jésuites et peu de temps après eux, des Dominicains. Tous prirent résidence à Ispahan (8 :12).

Les Carmélites s’étaient d’abord rendus à Bassora en 1604 et après y avoir passé dix-neuf ans, ils étaient venus en Iran, à Ispahan. Certains d’entre eux, après avoir appris la langue persane, ont rédigé de très bons ouvrages. L’un d’eux, Ange de Saint-Joseph, originaire de Toulouse, arriva en Iran en 1660. Il fit publier à Paris, en 1681, sous l’ordre de Louis XIV, L’Histoire de la Perse et La Pharmacopée persane. Cet ouvrage comprend notamment une traduction d’Hippocrate du persan au latin. Il procéda aussi à la traduction des termes et expressions persans en latin, français et italien dans Gazophylacium Linguae persarum, publié à Amsterdam en 1684. Selon Tavernier, l’un des Arméniens de Jolfa qui s’appelait Jacob Jean et était menuisier, ramena d’Europe en 1641 une imprimerie à l’aide de laquelle il publia des épîtres, des prières et des incantations. Avant la mise en place de cette imprimerie à Ispahan, un livre avait été publié à Jolfa, La Vie ancestrale (Wark Harantz), dont les caractères avaient été fabriqués avec l’aide de Khatchatour Kissarani, archevêque arménien. Un exemplaire de ce livre est conservé actuellement dans l’église de cette ville avec des spécimens des caractères d’imprimerie en laiton de la taille d’une main.

L’imprimerie qui avait été fondée par Khatchatour fonctionna jusqu’en 1687 et l’on y publia plusieurs ouvrages en langue arménienne. De même, un prêtre arménien importa à Ispahan en 1701 une imprimerie dont les caractères étaient en bois.

En 1844, Mânouk Hourtâniân, un commerçant arménien originaire de Jolfa qui résidait à Djâveh, offrit une machine d’imprimerie avec des équipements plus modernes à l’église Vânk. Mais à l’époque, personne ne savait s’en servir, et cette machine resta près de quarante ans dans le dépôt de l’église et l’on ignore toujours si elle fut utilisée ou non. Cette machine est connue aujourd’hui sous le nom d’ "aigle".

L’imprimerie de l’église Vânk a fonctionné pendant 330 ans et outre les calendriers et les rapports publiés à l’intention des instituts religieux, elle a à son actif environ 263 ouvrages publiés grâce aux efforts des archevêques arméniens (3:43).

L’imprimerie du journal Ettela’at

Dans l’Encyclopédie Britannicus, section lexique de littérature arménienne, il est fait mention d’une feuille de grand format imprimée en arménien en 1640 à Jolfa et qui est un rapport des Pères du désert. Par conséquent, il est évident que l’imprimerie arabe a été diffusée en Iran avant de l’avoir été dans l’empire Ottoman, où le premier livre imprimé avec ces caractères, Sâheh Djohari, date de l’an 1728. "Cependant l’imprimerie existait bien avant dans ce pays mais avec d’autres caractères, et en 953, le premier livre arabe qui sortit de l’imprimerie fut la Torah en arabe dont les caractères étaient en hébreu" (11:12).

Pendant de longues années, les Iraniens de langue persane ne manifestèrent aucun intérêt pour l’imprimerie et ne bénéficièrent que beaucoup plus tard des opportunités qu’elle leur offrait. Même s’ils en parlaient quelques fois, cela restait un projet qui ne se réalisait pas. Chardin (1643-1713), voyageur français venu en Iran à l’époque du roi safavide Soleymân, écrit ainsi dans son récit de voyage : "Les Iraniens ont pris conscience des utilités de l’imprimerie et désirent vraiment que cette industrie s’introduise dans leur pays. Cependant, il ne se trouve personne pour réaliser ce souhait. Le frère du ministre de la Cour, qui est l’un des proches du Shâh, voulait négocier avec moi afin de faire venir des ouvriers de France, pour lui apprendre cette technique. Il avait montré au roi les livres imprimés en arabe et en persan que je lui avais apportés et le roi avait accepté cette proposition. Mais dès qu’il a été question de payer de l’argent, tout ce qu’on avait projeté est tombé à l’eau" (13).

En ce qui concerne la création des imprimeries en langue persane en Iran, aucun progrès ne fut réalisé pendant 150 ans (3:43) à cause des événements et des changements survenus pendant les dernières années du règne des Safavides et des incidents qui eurent lieu à l’époque des Qâdjârs. Les imprimeries existantes furent mises hors d’usage et restèrent totalement inusitées (7:658) jusqu’en 1789, date à laquelle le prince Abbâs Mirzâ, protecteur des sciences et des lettres et grand passionné d’Histoire et de récits de voyage, fut nommé gouverneur de l’Azerbaïdjan par Fath Ali Shâh (7:658). C’est lors de son gouvernement que les deux guerres de l’Iran et de la Russie eurent lieu. Décidé à regagner les provinces caucasiennes de l’Iran prises par les Russes, il réalisa qu’avec les moyens et les méthodes présents et les tactiques de défense traditionnelles, il ne pourrait guère avoir l’espoir de sauver la guerre. Il fallait adopter le nouveau système des Européens en faisant venir des éducateurs et des entraîneurs, des canonniers et de l’artillerie de la France et de l’Angleterre et remodeler l’armée selon leur conception (14). Il rassembla autour de lui un grand nombre de savants, d’hommes de lettres, de traducteurs et de maîtres d’industrie (7:658) et une effervescence se fit sentir alors dans l’évolution des travaux entrepris. Dans un premier temps, des personnes furent envoyées en Europe pour apprendre les arts et les techniques nécessaires. En voyant le train qu’avaient pris les évolutions, d’autres gens se joignirent à ce projet et cherchèrent à introduire les techniques nouvelles en Iran. L’imprimerie devint à nouveau le centre des attentions et avec les encouragements d’Abbâs Mirzâ, de nombreuses personnes importèrent à Tabriz des imprimeries à caractères de plomb (typographie) et de pierre (lithographie) (15). En 1815, Mirzâ Zeyn-ol-âbedin Tabrizi fit venir une imprimerie de Russie ou de l’Empire ottoman à Tabriz et publia dans la même année Resâleh-ye Djahâdieh de Mirzâ Bozorg Ghâem Maghâm. A ce propos, Hotem Schindler écrit dans une lettre adressée à Seyyed Hassan Taghizâdeh : "…En 1816, un nommé Aghâ Zeyn-ol-âbedin Tabrizi a installé à Tabriz une imprimerie typographique à l’équipement réduit, c’est-à-dire uniquement dotée de caractères d’imprimerie, sous la protection d’Abbâs Mirzâ, alors gouverneur de l’Azerbaïdjan, et après un certain temps, a fini la publication d’un livre intitulé Fath Nâmeh. Ce fut le premier livre à avoir été imprimé avec des caractères arabes. L’écrivain dudit livre était Mirzâ Abolghâssem Ghâem Maghâm et il y rapporte les événements de la guerre qui eut lieu en 1811 entre les Etats russe et perse et qui prit fin à la signature du traité de paix daté du 12 octobre 1813, équivalent du 16 zighaadeh 1228 (de l’hégire). (11 :12) A la même date, deux thèses portant sur la guerre sainte furent publiées. L’une d’elles fut réimprimée deux fois à Tabriz en quinze mois.

Une page du Journal (Rouznâmeh) “dolat ellieh Iran”

A la fin de l’année 1818, Mirzâ Sâleh Shirâzi - l’un des cinq étudiants de la deuxième série envoyée en Europe à l’époque de Fath Ali Shâh -, tout en étudiant les langues française et anglaise, avait profité de l’occasion pour acquérir des connaissances dans le domaine de l’imprimerie : la fabrication des caractères et leur fragmentation, la façon de les graver, la préparation de l’encre. Dès qu’il avait su qu’il allait quitter Londres, il avait pensé à revenir en Iran afin de mettre son savoir au service de l’Etat. Il pensait depuis longtemps déjà à une machine d’imprimerie et des équipements pour graver les caractères sur du cuivre, c’est pourquoi il convint avec un expert dans ce domaine, qui avait imprimé la Bible en persan, hindou, arabe, syriaque et d’autres langues, d’aller travailler deux heures par jour dans son imprimerie pour apprendre à manier cette technique. Il loua alors trois chambres près de l’atelier, l’une faisant office de salon et les deux autres servant de chambres à coucher pour lui et son éducateur, monsieur Balgor. Lui-même s’y rendit tous les jours de 2h30 à 4h30, vêtu d’habits anglais (16). A la fin de son séjour, il acheta avec l’aide de son maître les équipements nécessaires à une petite imprimerie et revint en Iran après trois ans, neuf mois et vingt jours (17). Il installa apparemment les machines à Tabriz (13:230). A propos de son apprentissage, il écrit lui-même dans son livre - Le Récit de voyage de Mirzâ Sâleh - : "…Vendredi le 17 juin 1819 équivalent au 20 sha’aban 1235, j’entendis de Gholonel Khân - Colonel Khân ou monsieur Mitcher Darcy, officier membre de l’armée de Abbâs Mirzâ, qui avait résidé en Iran - que nous serions en route pour l’Iran le 10 juillet. J’allai alors chez monsieur Watts à l’imprimerie duquel je m’étais rendu tous les jours pendant deux heures et qui, pour lui rendre justice, m’a tout appris de cette technique, du début à la fin, avec bienveillance, bonté et honnêteté. Ils se sont vraiment bien comportés avec moi, lui et sa femme. Il m’a procuré des équipements d’imprimerie et une petite machine à un prix très bas. Je lui ai prêté une partie de la somme que j’avais empruntée à Sir Gor Ozli - ancien représentant de l’Angleterre en Iran - pour l’achat de ces équipements. Gholonel Khân s’est occupé des préparatifs du voyage et des bagages de tout le monde…" (3:43) Ainsi qu’il l’a mentionné dans son récit de voyage, il a ramené une machine d’imprimerie avec lui à Tabriz, et plus tard lors de ses voyages à Londres et à Saint- Pétersbourg, il en a rapporté d’autres encore (7:658). Modjtabâ Minavi affirme aussi que l’imprimerie ramenée d’Angleterre et installée à Tabriz par Mirzâ Sâleh, fut la première à servir à imprimer des livres en persan (13:230).

En 1817, Mohammad Hossein Khân Andalib Kâshâni, le prince des poètes de la cour de Fath Ali Shâh, fit venir Mirzâ Zeyn-ol-âbedin de Tabriz à Téhéran pour faire imprimer son recueil de poèmes ainsi que celui de son père, Fath Ali Khân Sabâ. A propos de la venue de Mirzâ Zeyn-ol-âbedin à Téhéran, Schindler écrit : "Fath Ali Shâh convoqua en 1821 Mirzâ Zeyn-ol-âbedin dans la capitale. Celui-ci s’installa d’abord chez le prince des poètes, car ce dernier n’avait aucune connaissance de cette technique. Ensuite Manoutchehr Khân Mo’tamed-ol-doleh (18) le reçut chez lui. Peu après, Mirzâ Zeyn-ol-âbedin imprima un exemplaire du Coran calligraphié par Mirzây-e Tabrizi, connu sous le nom de "Coran de Mo’tamedi". Mirzâ Zeyn-ol-âbedin avait quelques apprentis dont l’un d’entre eux, le défunt Mirbâgher fit une impression lithographique de Nâsekh-ol-tavârikh écrit par Lessân-ol-molk" (11:12).

L’un des premiers livres à avoir été imprimé à Tabriz (13 :231) fut Ma’asser-e Soltâni. Il fut publié avec des caractères d’imprimerie grâce aux efforts de Mollâ Mohammad Tabrizi. Dans l’histoire de la publication de ce livre, il est fait allusion à Mirzâ Zeyn-ol-âbedin qui "avec les encouragements de Manoutchehr Khân, imprima de nombreux exemplaires de livres rapportant les paroles du prophète." L’imprimerie lithographique de Tabriz fut fermée après la mort d’Abbâs Mirzâ (11:12).

Cependant, Abbâs Mirzâ ne se contenta pas de ces deux personnes et envoya Mirzâ Dja’far Tabrizi à Moscou pour apprendre cette technique. Celui-ci ramena à Tabriz en 1822 une machine d’imprimerie en plomb avec laquelle il imprima en 1824 un exemplaire du Golestân de Saadi. (19)

L’imprimerie du journal Ettela’at

De même, lorsque Mirzâ Mohammad Sâleh Shirâzi devint ministre à Téhéran, il envoya, avec de lourdes dépenses, un nommé Mirzâ Assadollâh, originaire de la région de Fars, à Saint-Pétersbourg pour acquérir la science de l’imprimerie. Après son retour, il installa une imprimerie lithographique à Tabriz avec l’assistance d’Aghâ Rezâ (20). Apparemment, c’est lui qui fit répandre cette technique à Tabriz, car dans Ma’asser-e Soltâni il est écrit que : "L’un des ingénieux de la cour de Tabriz lui apporta la calligraphie pour les caractères… La beauté de son écriture engendra la jalousie des calligraphes" (20:312).

La publication des livres avec des caractères d’imprimerie s’arrêta à Tabriz peu après la mort d’Abbâs Mirzâ en 1834. Environ dix ans plus tard, en 1845 ou 1846, ces imprimeries furent fermées et pendant presque plus de soixante ans, l’imprimerie en Iran ne se fit que de façon lithographique (13:232). Le premier livre à avoir été imprimé avec ce procédé par Mirzâ Assadollâh fut le Coran, publié en 1832 qui fut suivi par la publication de Zâd-ol-ma’âd deux ans plus tard. Ces deux livres avaient été calligraphiés par Mirzâ Hassan Khoshnevis (21).

Les livres imprimés à Téhéran

Comme nous l’avons vu plus haut, après l’arrivée de Mirzâ Zeyn-ol-âbedin à Téhéran, tout ce qui a été imprimé dans les années 1820 à 1843, l’année où Manoutchehr Khân était encore en vie, l’a été grâce aux efforts de ce dernier. Après son décès, toutes les publications datant de cette époque sont connues sous le nom des Editions Mo’tamed.

Parmi ces publications, nous pouvons citer Heyvat-ol-gholoub de Majlesi, imprimé en 1824, Ein-ol-heyvâ en 1825, Djala-ol-ayoune la même année, ainsi que le Hagh-ol-yaghine et le deuxième tome de Heyvat-ol-gholoub et le Zâd-ol-ma’âd en 1834.

De même, dans cette imprimerie à caractères en plomb, ont été publiés : Meftâh-ol-nobovvat de Hâdji Mollâ Rezâ Hamedâni en 1240, Eshârât-ol-osoul de Hâdji Mohammad Ebrâhim Karbâssi en 1245, le Coran en 1258, Mokhtâr nâmeh en 1844, Madâen-ol-oloum astar âbâdi en 1845 et le second tome de Heyvat-ol-gholoub en 1846. A la même époque, Ressâleh hosnieh fut imprimé avec un procédé identique en 1845 à Ispahan, ainsi que Soâl va Djavâb de Hâdji Mohammad Bâgher, un religieux de haut rang, en 1846.

Après Tabriz, Téhéran et Ispahan, Oroumieh est la ville la plus ancienne à avoir été pourvue, dès 1840, d’une machine à caractères d’imprimerie en plomb, capable d’imprimer en arabe, syriaque et anglais. Le docteur J. Perkin, l’un des premiers américains à être venu à Oroumieh, a écrit ainsi dans son livre, Huit ans en Iran, à propos de leur première imprimerie : "Le 7 novembre 1840 (12 ramezân 1256), l’imprimeur, monsieur Britt, revint des Etats-Unis, muni d’une petite machine d’imprimerie transportable. Il la mit en marche le 21 novembre (26 ramezân) et nous fîmes publier quelques textes en syriaque. Les musulmans de la ville nous savaient gré de la venue de notre imprimerie. L’astrologue de la ville s’adressa à notre bureau pour nous prier de faire publier son calendrier de l’an 1841. Le 30 novembre (5 chavâl), nous entamâmes la publication du Zabour en ancien syriaque…" (11:13-14)

Après Oroumieh, des imprimeries furent mises en marche par ordre chronologique à Boushehr, Mashhad, Bandar Anzali, Rasht, Ardebil, Hamedân, Khoy, Ghazvin, Kermânchâh, Kermân, Garouss et Kâshân (11:14).

Au retour de son premier voyage, Nâsseredin Shâh acheta une machine d’imprimerie à caractères en plomb, dotée d’une typographie, au prix de cinq cents lires ottomans à Istanbul et la ramena à Téhéran. Mais elle ne fut pas exploitée jusqu’à ce que le Baron Normand, qui avait obtenu les droits de publication du journal La Patrie, la répare et la remette en état. Il importa les caractères latins en plomb en Iran (13:233-234).

La publication des journaux

L’imprimerie du journal Ettela’at, 2003

Le mot "rouznâmeh" - journal - en persan, est un très vieux mot et dans de nombreux livres datant des premiers siècles islamiques, on le retrouve soit sous sa forme actuelle, soit sous sa forme arabisée "rouznâmdjeh". Il a été dit, par exemple, que Sâheb Ben Ebâd, écrivain et fameux ministre des Bouyides, possédait au XIe siècle un rouznâmdjeh et y rapportait les événements journaliers. Le mot rouznâmeh s’employait donc dans les temps anciens dans le sens de journal des notes et des rapports quotidiens (13:234). Le mot existait en persan bien avant que Mirzâ Sâleh ne l’appelle "papier de nouvelles" - ce qui est une traduction littérale du mot anglais "newspaper". Cette expression fut employée dans son sens premier au cours de ces derniers siècles et les rapports que les chroniqueurs envoyaient de tous les coins du monde à l’Etat étaient nommés rouznâmeh (20:449). Ainsi Hâfez dit :

"Répands de l’eau sur le journal de nos actions

Puisse-t-elle en effacer les lettres du péché"

Tout au long du règne de Fath Ali Shâh et de celui de Mohammad Shâh ainsi qu’aux débuts de celui de Nâssereddin Shâh, l’expression "papier de nouvelles" était en usage mais elle fut peu à peu remplacée par le mot rouznâmeh. A l’époque de Nâsseredin Shâh, le mot rouznâmeh fut désormais considéré dans son sens actuel et sa signification ancienne devint inusitée (20:449).

Avant d’entamer la publication du journal, Mirzâ Sâleh fit sortir un numéro spécial (20:45) le lundi 1er mai 1837. Dans ce numéro, il évoqua longuement la nécessité d’éduquer le peuple en le tenant au courant. S’ensuit alors l’éloge du roi, Mohammad Shâh, qui traitait très bien son peuple, surtout ceux qui s’efforçaient de faire progresser le pays et de le rendre indépendant des produits étrangers en créant des usines et des manufactures (20:450). Voici un extrait de ce texte :

"Ce numéro est publié à l’intention des résidents des pays bien protégés de l’Iran. Il ne pourrait leur rester caché que la volonté impériale a décidé qu’il fallait les éduquer. Et comme la plus grande part dans l’éducation revient à la connaissance de tout ce qui se passe dans le monde, un "papier de nouvelles" va donc être publié par ordre impérial, qui comprendra les nouvelles de l’Orient et de l’Occident et sera expédié de part et d’autre du pays…" (24). Ce numéro spécial fut publié en deux pages et nous ignorons si d’autres numéros de cette sorte sortirent de l’imprimerie ou non. Mais trois mois plus tard, le journal de Mirzâ Sâleh fut publié et ce fut le premier journal à avoir été imprimé en persan et sur le sol iranien (13:453). En ce qui concerne sa forme et son contenu, c’était un journal d’Etat mensuel qui avait les dimensions "d’une grande feuille". Selon Mirzâ Sâleh, la qualité de l’impression n’était pas excellente, elle se faisait par lithographie (25). Un côté de la feuille était blanc, sur l’autre figurait la phrase : "Imprimé dans la capitale Téhéran" et rapportait des nouvelles de la ville de Téhéran, des villages, de l’Anatolie et de l’Arménie (13:236). Selon l’ouvrage Histoire des journaux et des revues en Iran, l’ensemble comptait au total 217 lignes, titre des articles compris (22:304).

Ali Moshiri a étudié deux exemplaires de ce journal, conservés à la bibliothèque du musée d’Angleterre sous le numéro O.P.3 (13), et les décrit ainsi dans un article publié dans la revue Sokhan : "Ce journal, d’une largeur de 40 cm, sortait en deux pages, les titres étaient imprimés avec des caractères typographiques et les articles avec des caractères lithographiques ; le journal était dépourvu de nom. La première page était consacrée aux nouvelles des pays orientaux et la seconde à celles des pays occidentaux. En haut de la page, figure l’emblème du lion et du soleil d’une épaisseur de 5cm sur 5cm et 2 cm plus bas, à gauche, est écrit, avec des caractères typographiques, "imprimé dans la capitale"" (13:236-237). Du "papier des nouvelles", c’est-à-dire du premier journal publié en Iran, il reste trois numéros : une copie du numéro paru en mai 1837 est conservée au siège de la revue Royale Asiatique de Londres et deux exemplaires originaux des journaux sortis en septembre et novembre de la même année sont conservés au musée de la Grande-Bretagne (26).

De 1836 à 1875, d’autres journaux aussi importants parurent qui avaient pour titre : Rouznâmeh melati, Rouznâmeh elmieh dolat ellieh Iran, Rouznâmeh dolat ellieh Iran et Merikh ; par la suite la parution des journaux se répandit de façon continue.

L’imprimerie sous Nâssereddin Shâh

Sous le règne du roi Nâssereddin Shâh, la publication des journaux entraîna une véritable évolution dans l’industrie de l’imprimerie. Le pouvoir politique considéra apparition des journaux, le développement du journalisme ainsi que de l’esprit critique comme une menace. Il décida donc aussitôt d’imposer son contrôle aux activités des journaux et des imprimeries.

La reliure du journal Ettela’at

Désormais, le journalisme et l’imprimerie se lièrent organiquement à la vie politique, sociale et culturelle des Iraniens. C’est dans ce contexte que le pouvoir politique développa sa politique de surveillance : les imprimeries devaient se soumettre à la censure, et les journaux risquaient d’être interdits.

Pourtant, cette période est marquée par le progrès considérable de la qualité technique de l’imprimerie : les récits de voyage de Nâssereddin Shâh, calligraphiés par Mirzâ Rezâ Kalhor et illustrés par les peintres Mirzâ Bozorg et Mirzâ Abou-Torâb Ghaffâri sont des exemples du développement de l’imprimerie iranienne pendant la seconde moitié du XIXe siècle.

La fondation de Dar-ol-Fonoun (première école supérieure moderne en Iran) entraîna pour sa part la publication d’ouvrages didactiques et de manuels scolaires. Dar-ol-Fonoun fonda sa propre imprimerie en 1852 et se spécialisa dans la publication de livres scientifiques et techniques. Cet atelier demeura actif jusqu’en 1883. Nâssereddin Shâh fonda ensuite l’Imprimerie royale, chargée de la publication des livres et des journaux et chargea un ministre du contrôle des activités des imprimeries, des journaux et de la presse. Le ministère des Publications et de la Presse envoya Mirzâ Ebrâhim Khân en Europe pour qu’il y apprenne les techniques de la photographie et de la gravure. Plus tard, ce dernier fit un second voyage en Europe, accompagnant le roi Mozaffareddin Shâh, et ramena une petite machine d’impression typographique pour fonder à Téhéran l’imprimerie Khorshid. Cette imprimerie se spécialisa dans les livres consacrés au savoir-vivre, à la pratique du sport ou aux arts ménagers. Mirzâ Ebrâhim Khân réussit également à améliorer les techniques de gravure et certaines de ses gravures qui ont été publiées dans les journaux et des livres de l’époque de Mozaffareddin Shâh, sont des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’imprimerie en Iran.

L’imprimerie et la Révolution constitutionnelle

Le mouvement constitutionaliste provoqua naturellement l’augmentation du nombre et du tirage des journaux, résultat d’un taux de participation plus élevé de la population à la vie sociale et politique. Les groupes qui s’opposaient au pouvoir politique imprimaient dans leurs ateliers clandestins des pamphlets, des tracts et des journaux. Le nombre exact des journaux publiés à l’époque de la Révolution constitutionnelle nous reste inconnu, mais pendant cette période 42 ateliers d’imprimerie officiels étaient actifs, certains d’entre eux étant les organes officiels du gouvernement.

Le quotidien Hamshahri est le premier journal en couleur de l’Iran

Après la victoire de la Révolution constitutionnelle, l’Assemblée nationale fonda une imprimerie qui devint rapidement l’une des plus importantes du pays. Dans le même temps, la cour avait fondé une nouvelle imprimerie royale, dirigée par Abdollâh Khân proche de la cour qâdjâre. Cette imprimerie fut active jusqu’en 1910. Un autre atelier d’impression typographique publiait à Téhéran le Journal Iran. Cet atelier fut actif de 1904 à 1911. L’imprimerie officielle du gouvernement iranien, chargée de la publication du Journal officiel, fut fondée en 1910. Plusieurs autres journaux étaient également publiés dans cette imprimerie. Deux ans après la victoire de la Révolution constitutionnelle, l’Assemblée nationale approuva la loi sur la presse. L’article 1 du premier chapitre de cette loi portait sur les activités des imprimeries.

L’imprimerie sous la dynastie pahlavie

Vers la fin du règne des Qâdjârs, quelques imprimeries poursuivaient encore la méthode d’impression lithographique à Téhéran et dans les provinces, mais sous le règne du premier roi Pahlavi, l’impression lithographique tomba totalement en désuétude, bien qu’elle subsistât encore en province. Entre les deux guerres mondiales, c’est-à-dire durant le règne de Rezâ Shâh Pahlavi, l’industrie de la presse connut une importante évolution qualitative et quantitative, notamment en matière de publication de livres et de journaux. Lors de cette période postrévolutionnaire, le gouvernement imposait un rigoureux régime de censure aux publications. Seuls les journaux soutenant la politique du nouveau roi avaient le droit d’exister. Malgré cela, le nombre des imprimeries passa de 40 à la fin du règne qâdjâr à 145 en 1936. 62 imprimeries se situaient à Téhéran (59 ateliers d’impression typographique et 3 ateliers d’impressions lithographique) et le reste dans les provinces.

Treize imprimeries étaient actives dans la province de l’Azerbaïdjan de l’Est, onze ateliers fonctionnaient dans la province d’Ispahan, dix dans la province du Guilân, et neuf dans la province du Fars. Les villes de Gorgân, Kermânshâh, Kâshân, Qom, Mahallât, Ghazvin et Zanjân avaient chacune une imprimerie. De nombreuses petites et grandes machines furent importées de l’étranger. De 1928 à 1938, le Ministère de l’Education nationale utilisa des nouveaux procédés d’imprimerie pour la publication des livres scolaires.

Pour la première fois, ces livres, d’une bonne qualité, étaient réédités chaque année.

Pendant cette même période, la première université moderne iranienne ouvrit ses portes. Parallèlement à elle, le gouvernement et l’armée créèrent de nombreux centres d’enseignement supérieur, ce qui entraîna la nécessité d’une publication à grande échelle de livres scientifiques et techniques. Différentes institutions fondèrent alors chacune leur propre imprimerie.

Par conséquent, plusieurs ministères et organes publics, l’armée, la Banque Melli d’Iran (qui avait alors le statut de banque centrale), la Compagnie nationale des chemins de fer, etc., possédaient chacun leur imprimerie. Le régime de Rezâ Shâh Pahlavi était face à un paradoxe : son souhait de développement du pays qui s’accompagnait irrévocablement d’un développement des activités liées à la presse, ceci alors que cette dictature ne pouvait se passer de surveillance et de censure policière dans ce genre d’institutions. C’est pourquoi Rezâ Shâh décida de confier à la police la surveillance totale de toutes les imprimeries. Ces dernières devaient obtenir un permis pour l’impression de la moindre feuille.

Les quotidiens iraniens

Un commissaire spécial de la police vérifiait les textes à imprimer, et pour autoriser l’impression de ces textes, y apposait un cachet qui les rendait régulier ou valable. Sous le règne de Rezâ Shâh, de nombreux ouvriers imprimeurs furent emprisonnés, et le Conseil d’administration du syndicat des imprimeurs fut obligé de dissoudre ce syndicat sous les pressions de la cour et de la police.

Neutre au début de la Second Guerre mondiale, l’Iran fut envahi par les Alliés en août 1941. Les Alliés prirent le contrôle de toutes les voies de communication iraniennes pour établir leur "pont de victoire" entre le golfe Persique et le Caucase. Rezâ Shâh Pahlavi, réputé être défenseur des intérêts de l’Axe, fut forcé d’abdiquer en faveur de son fils, Mohammad Rezâ Shâh.

L’imprimerie moderne iranienne

L’histoire de l’imprimerie moderne iranienne se divise historiquement en deux périodes : d’abord une période de 37 ans, de 1941 à 1978 ; sous le règne du deuxième et dernier roi de la dynastie Pahlavi, puis de 1979 jusqu’à nos jours, c’est-à-dire après la victoire de la Révolution iranienne et l’établissement de la République Islamique d’Iran. Au-delà de cette classification historique et politique, l’histoire de l’imprimerie et de la publication de livres et de journaux se subdivise en plusieurs périodes en fonction des facteurs techniques et socioculturels.

La liberté de la presse de 1941 à 1953

Pendant les douze premières années du règne du jeune roi (1941-1953), la presse iranienne connut une période de relative liberté d’expression grâce à l’abolition des restrictions imposées à l’époque de Rezâ Shâh. Le nombre des journaux augmenta considérablement par rapport à l’époque d’avant l’abdication de Rezâ Shâh. A Téhéran, l’imprimerie Tâbân fut la première imprimerie privée qui se dota de machines et d’équipements modernes et automatiques. Le groupe de presse Ettelâat, qui possédait une grande imprimerie dès avant août 1941, modernisa ses usines. De même pour l’imprimerie de la Banque Melli d’Iran qui se munit d’équipements modernes. Cependant, en 1950, le gouvernement du Premier ministre, le général Ali Razmârâ, imposa de nouvelles restrictions aux activités des imprimeries et de la presse. La liberté de la presse commençait à gêner le gouvernement et le pouvoir politique.

Le coup d’Etat de 1953 marqua la fin de cette relative liberté de la presse. Mohammad Rezâ Shâh instaura un régime policier, ce qui provoqua une véritable crise pour le domaine de l’édition. De nombreuses imprimeries firent faillite et la police imposa un régime de censure très rigoureux à la presse et aux activités des imprimeries.

L’évolution technique de l’imprimerie

Dans les années 1950, de nouvelles machines d’impression furent importées en Iran : le tirage à la presse mécanique fut remplacé par la presse à la rotative, l’offset, la quadrichromie, la phototypie, l’héliogravure, etc. A partir des années 1960, la publication de livres connut un grand essor avec la production sur une vaste échelle de livres de poche bon marché et accessibles au grand public. Dans le même temps, de nouveaux efforts furent déployés dans le domaine de la formation d’un personnel spécialiste. L’imprimerie Nouriâni (fondée en 1930), créa un centre de formation des ouvriers imprimeurs. Ce centre formait également des techniciens pour l’entretien et la réparation des machines et des équipements de l’imprimerie.

En 1965, le ministère de l’Education nationale consacra plusieurs lycées d’enseignements professionnels à la formation d’ouvriers et de techniciens de l’imprimerie.

A partir de 1966, les diplômés de ces écoles étaient envoyés chaque année en Autriche pour des stages de formation supplémentaire. Les conseillers autrichiens du Ministère de l’Education nationale fondèrent finalement dans les années 1970 une école d’imprimerie spécialisée à Téhéran, centre toujours actif.

L’imprimerie et la presse au seuil de la Révolution de 1979

Pendant les années 1970, l’imprimerie et la presse iraniennes connurent une dure période. L’augmentation des revenus budgétaires du pays et l’application de divers projets de développement et de modernisation nécessitaient le développement qualitatif et quantitatif de l’industrie de la presse et de l’imprimerie. Mais les politiques de surveillance et de censure créaient de nombreux problèmes pour la production de livres et de journaux. L’importation d’équipements modernes devait répondre aux besoins accrus, en particulier en matière de livres scolaires et universitaires, cependant, la politique du gouvernement iranien était en parfaite contradiction avec la diversité des matières scolaires. Cette situation reflétait, en quelque sorte, l’impasse politique et sociale dans laquelle se trouvait la société iranienne pendant les dernières années du règne de Mohammad Rezâ Pahlavi. Par conséquent, durant cette période, nous sommes témoins d’un "marché noir" du livre, visant à contourner la censure. Les produits de ce marché noir florissant étaient des livres interdits, appelés "livres à couverture blanche" et produits dans des imprimeries clandestines mais parfois assez bien équipées.

Pendant la Révolution islamique (1978-1979), les imprimeries devinrent les importants points de ralliement des groupes opposés au régime des Pahlavis. Comme à l’époque du mouvement de la nationalisation du pétrole en 1953, un grand nombre d’imprimeries travaillèrent 24 heures sur 24 durant la Révolution. Le tirage des principaux journaux des groupes de presse jumeaux de Téhéran c’est-à-dire Ettelâat et Keyhân dépassa le record d’un million d’exemplaires par jour. Le quotidien Ayandegân avait, quant à lui, un tirage de près de 600 000 exemplaires par jour. Ces chiffres étaient sans précédent dans l’histoire de la presse iranienne.

L’imprimerie et la presse après la révolution et les défis actuels

En janvier 1979, les forces révolutionnaires obligèrent le Shâh à s’exiler et en septembre 1980, l’Irak de Saddam Hussein abrogea unilatéralement l’accord d’Alger de 1975 et attaqua l’Iran. Durant cette période d’un an et demi, plus de 350 journaux furent publiés en Iran. Ils étaient les voix des quelques 80 partis et organisations politiques actives de l’époque. Ceci poussa le Conseil suprême de la Révolution à approuver un règlement et deux lois pour régulariser le marché de la presse. La loi de la presse fut approuvée par le Conseil suprême de la Révolution en août 1979, avant l’approbation par ledit Conseil d’une autre loi portant sur l’impression des documents et des Effets publics en juin 1979. Le Conseil suprême de la révolution a approuvé également un règlement portant sur l’établissement des imprimeries en mars 1979.

A partir des années 1980, l’enseignement des techniques d’impression fut considérablement développé non seulement à Téhéran mais aussi en province. Aujourd’hui, deux lycées d’enseignement professionnel spécialisés dans la technologie d’imprimerie, sont actifs à Ispahan. Il y a également deux autres lycées similaires à Machhad et à Qom. Par ailleurs, l’Université Shâhid Rajâï à Lavizân (Téhéran) et deux autres centres d’enseignement supérieur à Téhéran forment également des techniciens d’imprimerie.

Trois revues mensuelles spécialisées sont publiées en Iran dans le domaine de la presse et de l’imprimerie : "Sanat-e Tchâp" (L’industrie de la presse), "Tchâp va Bastebandi" (Impression et emballage) et "Tchâp va Enteshâr" (Edition et distribution). Par ailleurs, il existe plusieurs associations et organisations syndicales dans ce domaine : le syndicat des patrons d’imprimerie, le syndicat des lithographes, le syndicat des producteurs de plaques et de sceaux, le syndicat des relieurs, le syndicat des commerçants de papier et de carton, le syndicat des éditeurs et des libraires.

L’impression des timbres postaux et des effets émis par le Trésor public, etc. s’effectue dans les imprimeries publiques conformément aux lois et aux règlementations en vigueur. L’imprimerie spéciale du papier-monnaie émis par la Banque centrale a été fondée en 1982 et elle imprime actuellement tous les billets de banque iraniens.

Et enfin, le quotidien Hamshahri est le premier journal en couleur de l’Iran, publié depuis 1992. Suite au développement de l’industrie de la presse et de l’imprimerie en Iran, 140 métiers liés à ces industries ont été identifiés d’après le dernier recensement général. Le développement de la technologie informatique et numérique, l’usage des équipements photoélectriques, l’essor des moyens en télécommunication et l’impératif de la publication des journaux nationaux simultanément dans plusieurs grandes villes du pays constituent des défis techniques actuels des imprimeries iraniennes.


* Le premier chiffre fait référence au numéro correspondant à l’un des ouvrages cités à la fin de l’article, et le second à la page précise de cet ouvrage.

Notes :
- 1- Bâbâzâdeh, Shâhlâ, Histoire de l’imprimerie en Iran, Téhéran, Librairie Teymouri, 1378, p.9.

- 2- Golpâyegâni, Hossein, "Histoire de la publication et de l’imprimerie en Iran" (3) (Ouverture de la première imprimerie en plomb à Tabriz), L’Industrie de l’imprimerie, no.111 (Dey 1370), p.44.

- 3- Golpâyegâni, Hossein, "Histoire de la publication et de l’imprimerie en Iran" (2) (Ainsi débuta l’imprimerie), L’Industrie de l’imprimerie, No.110 (Azar 1370), p.22.

- 4- Partovi Abolghâssem, Dictionnaire (T.1), Téhéran, éd. Asâtir, 1373, p.1070.

- 5- Dans Histoire de France de Lavisse Tt.4, p.665), il est écrit qu’en 881 (de l’hégire), Ivan III le Grand, grand-prince de Moscou et de toute la Russie, fut pris de colère par le tribut que lui apportait Ahmad Khân, ambassadeur du Khân des Tatars, il piétina alors le "basmeh" du Khân et tua l’ambassadeur. Taghizâdeh, Hassan, "Imprimerie et journal en Iran", Kâveh, deuxième année (nouveau cycle), No.5, p.11.

- 6- Dehkhodâ, Ali Akbar, Dictionnaire, T.5, Téhéran, Moassesseh-ye Loghatnâmeh-ye Dehkhodâ, 1379, p.6982.

-7- Tarbiyat, Mirzâ Mohammad Ali, "Histoire de l’imprimerie et de la presse en Iran", revue Taalim va tarbiyat, 4ème année, No.11, Bahman 1313, p.657.

- 8- Les Augustins, venus de Goa (colonie des Portugais en Inde) à Ispahan. Taghizâdeh, Hassan, ibid.

- 9- Le mot carmélite vient des monts Carmel en Palestine. En 1013, le second Pape, qui ignorait l’arrivée des Augustins en Iran, y envoya en mission les Carmélites dont certains s’installèrent à Ispahan en 1016. Ibid.

- 10- L’emblème et la partie supérieure de la machine d’imprimerie offerte par Mânouk Hourtâniyane, sur laquelle figure un aigle en plein vol, sont actuellement conservés dans le musée de l’église Vânk à Jolfa, Ispahan.

- 11- Taghizâdeh, Hassan, ibid., p.12.

- 12- Mossâheb, Gholâm Hossein, Encyclopédie persane, T.1, Téhéran, éd. Amir Kabir, 1380, 2ème éd., p.786.

- 13- Ariyanpour, Yahyâ, De Sabâ à Nimâ, Téhéran, éd. Zavâr, 1372, p.229.

- 14- Mohit Tabâtabâei, Mohammad, Histoire analytique de la presse en Iran, Téhéran, éd. Be’sat, 1375, p.25.

- 15- Il existe un désaccord concernant la première personne ayant installé une imprimerie en Iran, cependant, selon l’ensemble des études effectuées, il semblerait que la première machine à caractères d’imprimerie ait été mise en marche à Tabriz. Ariyanpour, Yahyâ, ibid., pp.229-230.

- 16- Minovi, Modjtabâ, "La Première caravane des sciences", Yaghmâ, 6ème année, no.8, Aban 1332, p.314.

- 17- Ghâssemi, Seyed Farid, Le Premier effort, Téhéran, Khâneh-ye Matbouât, 1372, p.9.

- 18- Manoutchehr Khân Gordji, fameux homme de la cour de Fath Ali Shâh, de Mohammad Shâh et de Nâsseredin Shâh. En 1240 (de l’hégire), lorsque Mirzâ Zeyn-ol-âbedin Tabrizi fut convoqué à Téhéran pour y installer une imprimerie, il le prit sous sa protection et le reçut chez lui. Mirzâ Zeynolabedin fonda l’imprimerie dans l’un des bâtiments appartenant à Manoutchehr Khân. En 1243, de l’hégire Manoutchehr Khân avait pour mission de faire parvenir de la capitale à Abbâs Mirzâ, le tribut de guerre qui devait être payé aux Russes d’après le traité de Torkmantchay. Après le décès d’Abd-ol-vahâb Mo’tamedoldoleh en 1244 de l’hégire, le roi lui accorda le titre de Mo’tamedoldoleh. La date de sa naissance et celle de sa mort ne sont pas connues. Il était responsable de la presse et de la publication des livres. Golpâyegâni, Hossein, Histoire de la publication et de l’imprimerie en Iran (3) (Débuts de la lithographie en Iran), L’Industrie de l’imprimerie, no.112 (Bahman et Esfand 1370), p.24.

- 19- Mahboubi Ardakâni, Hossein, "Apprentis et étudiants iraniens en Russie à l’époque des Qâdjârs", L’index des livres, 10ème année, No.6, Esfand 1346, p.564.

- 20- Navâbi, Abdol Hossein, L’Iran et le monde, Téhéran, éd. Homâ, 1368, 2ème éd., p.311.

- 21- Parmi les livres parus à Tabriz par l’imprimerie lithographique, les livres suivants ont été mentionnés : Ziyarat-e Ashourâ sous forme de parchemin, 1255 (de l’hégire), Koliyât-e Saadi calligraphié par Mirzâ Taghi Khoshnevis, 1257, Koliyât-e Hâfez, 1258, Sad Kalâmeh Hazrateh Ali, traduit en persan sous forme de vers, 1259, Târikheh djahân-e gosha-ye nâderi, 1260, Taghvim-e roghoumi-ye Mirzâ Taghi Ahdi, 1261, Alf leyla va leyla, traduit en persan par Abdol Latif Tassoudji et calligraphié par Mirzâ Ali Khoshnevis, 1261, Ghavâed parsi par Mirzâ Abdol Karim Iravâni, 1262, Djenâb-ol-Kholveh, 1262, Mansha’ât Mirzâ Mehdi Khân, calligraphié par Mirzâ Mehdi Tabrizi, 1263, Masnavi-e Molânâ Roumi, 1264, Koliyât-e Saadi, 1264, Djahân namâ, traduit par Florin Raphaël et calligraphié par Djorae Shâer, 1267, Al-aadiyeh va-l-ta’lifât, calligraphié par Fâtemeh Khoshnevis ; la traduction en persan a été calligraphiée par Mostaphâ Nâsseri Marandi connu sous le nom de Sâghar, 1269, Shâhnâmeh-ye Ferdowsi, 1275, Divân-e Nâsser Khosrô va Montakhabât-e ghazaliât-e Mowlavi connu sous le nom de Shams Tabrizi, 1280, Adjmal al tavârikh, écrit par Rezâ Gholi Khân Hedâyat, 1283, Emtehâne-ol-Fozalâ ou Tazkarat-ol-khatâtin, écrit par Mirzâ Sanguelâkh Mashadi en 3 tomes, 1295, Kalileh va Demneh de Abolmaâli Nassrolâh Monshi, 1300. Tarbiyat, Mohammad Ali, "Origine des études sur l’Iran en Europe", revue Armaghân, 12ème année, No.7, cité par Ariyânpour, Yahyâ, ibid., pp.232-233.

- 22- Organisation des documents nationaux d’Iran, documents scientifiques (A), no. d’enregistrement 58007, enveloppe 3076. Ainsi que Sadr Hâshemi, Mohammad, Histoire des journaux et des revues en Iran, Ispahan, éd. Kamâl, 1363, 2ème éd., p.304.

- 23- Khâtami, Ahmad, "Naissance du journal et son rôle dans l’évolution politique et littéraire", revue mensuelle Religions contemporaines (destinée à la presse), 1ère année (Ordibehesht 1375), p.6.

- 24- Pour en savoir plus sur le contenu de ce numéro, voir Ghâsemi, Seyed Farid, Le Premier effort, Téhéran, Khâneh-ye Matbou’ât, 1372, pp.10-21.

- 25- Eghbâl, Abbâs, "Les premiers journaux en persan imprimés en Iran", revue mensuelle Yâdegâr, 1ère année, No.3 (Abân 1323), p.50.

- 26- Rabinoux, H.-L., Les Journaux iraniens, du début jusqu’à l’année 1329 (de l’hégire), traduit par Dja’far Homâmizâdeh, Téhéran, éd. Ettelaat, 1372, pp.18-19.

- 27- KARIMIAN Ali, "Târikh-e tchâp va tchâpkhâneh dar Iran", Kolyât Ketâb-e Mâh, No. 103, 104, 105.

- 28-http://www.encyclopaediaislamica.com/ : AZARANG Abdolhossein, "Tchâp va tchâpkhâneh"


Visites: 6545

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.



3 Messages

  • Histoire de l’imprimerie en Iran 18 octobre 2009 21:27, par Lindsay

    J’aimerais savoir où l’imprimerie se developpa dans le deuxième moitié du XV° Sièle ?

    repondre message

    • Histoire de l’imprimerie en Iran 21 octobre 2009 20:32, par RDT

      Bonjour,

      Dans la seconde moitié du XVe siècle, c’est-à-dire après l’idée de Gutenberg d’utiliser l’usage de caractères mobiles en plomb, l’imprimerie se développa essentiellement en Allemagne (Saint Empire Romain Germanique à l’époque) et en Europe de l’Ouest.

      repondre message

  • Histoire de l’imprimerie en Iran 14 août 2010 13:25, par MR DURAND

    bonjour,
    je suis en possésion de deux feuille ancienne qui resemble a des parchemain avec des dessin ancien en couleur
    qui représente une chasse et une autre représentant des homme a chevale qui joue au polo povez vous m’en dire plus merci
    Cordialement.

    repondre message