N° 97, décembre 2013

La Ronde des Ombres (Gardesh-e sâyeh-hâ)


Sohrâb Sepehri
adapté du persan par

Sylvie M. Miller


Le vieux figuier étale l’apogée de ses jours,

la terre appelle la pluie

le poisson, dans sa ronde, fait un sillon dans l’eau,

l’hirondelle des courbes,

le vent passe,
j’atténue mon regard

le poisson est prisonnier de l’onde

moi, de la douleur

tes yeux s’estompent

ton sourire se flétrit

pour faire de toi mon effigie,

j’ai dirigé l’ombre sur toi

venir à toi sent le désert :

t’aborder, la solitude

ton voisinage, l’esseulement

ma vie s’étend d’un bord de toi
jusqu’à tes cimes ;

tu te propages, d’un bord à l’autre
de moi

j’ai découvert,
l’énigme de l’adoration

partant de toi, j’ai abordé

la splendeur du désespoir

et ainsi, ô transparente,

ô glorieuse,

je n’ai plus
aucune issue pour t’échapper

la terre appelle
la pluie

et moi, je t’appelle - toi

pour faire prisonnier le temps,

j’enchaîne ton effigie

à mes mains

le vent se hâte en emportant

ma lutte dans sa poussière

l’hirondelle fait des courbes,
le poisson fait des sillons,

le jet d’eau : des bonds dans l’eau
et comblent cet instant, pour moi.


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