N° 121, décembre 2015

Nouvelles sacrées (XXIV)
Khorramshahr,
de l’occupation à la libération
(1ère partie)


Khadidjeh Nâderi Beni


Palmiers près de la rivière Arvand-Roud

Les revendications territoriales sont à l’origine de la guerre Iran-Irak. Lors de ses premières attaques surprises, le régime bassiste vise à s’emparer de la province du Khouzestân qu’il veut annexer sous le prétexte que la moitié de sa population est arabophone. Un autre objectif, plus ou moins inavoué, est de renverser le nouveau régime iranien. A l’époque, l’Irak est à son apogée du point de vue militaire, tandis que le gouvernement iranien, établi suite à la toute jeune Révolution, est en prise avec des troubles considérables, auxquels s’ajoutent des embargos, le tout affaiblissant fortement ses défenses militaires. Saddam Hussein, conscient de cette situation, profite donc de l’occasion pour initier une guerre impitoyable contre l’Iran le 22 septembre 1980, en lançant une vaste et longue offensive contre les territoires ouest de l’Iran. La province du Khouzestân et plus précisément, la ville frontalière de Khorramshahr, premières cibles des agressions irakiennes, sont le théâtre d’affrontements violents entre l’armée irakienne et les forces militaires ainsi que les civils iraniens résistant spontanément. Cette offensive mobilise la population iranienne qui s’engage en masse dans l’armée pour participer à la défense du pays.

Khorramshahr, ville donnant sur la rivière Arvand-Roud, est proche de la frontière irakienne ; l’armée irakienne a donc pour objectif de la prendre en trois heures mais elle est immédiatement confrontée à la résistance farouche des habitants et des rares unités militaires sur place qui s’unissent et réussissent l’exploit de garder la ville assiégée et bombardée pendant 35 jours. Dès le commencement des attaques terrestres et aériennes de l’Irak contre Khorramshahr, il est demandé aux habitants d’évacuer la ville, mais un grand nombre décide de rester et devient les héros de la résistance contre l’armée irakienne. Malgré la résistance, les attaques irakiennes ne faiblissent pas et en trois jours, la ville est en grande partie détruite sous les bombes des chasseurs irakiens : toutes les organisations étatiques et privées sont fermées, la plupart des bâtiments commerciaux et résidentiels, des usines et des institutions municipales sont anéantis dans les incendies. Durant les trois premiers jours, près de 480 habitants dont la majorité est des femmes et des enfants, sont tués.

Suite à cette résistance populaire qui ralentit et même stoppe parfois l’avancée de l’armée irakienne, les Irakiens expédient le bataillon Al-Hassan chargé de prendre le contrôle du pont Now (Pol-e no). Après avoir effectué cette mission, ce bataillon se joint à la 33e brigade des Forces spéciales irakiennes dans son avancée vers le port de la ville, appelé Bandar-e Khorramshahr. Rapidement, les Irakiens réussissent à prendre le port. Après cette victoire, encouragés, ils se rapprochent des portes de la ville. Dans l’ensemble, les attaques terrestres irakiennes contre la ville sont lancées à partir de trois axes dont la route de Shalamtcheh, le pont No (dans le port de Khorramshahr) et le canal de dérivation de la ville (Seilband-e Khorramshahr). Avec l’entrée des Irakiens dans la ville, les défenseurs ouvrent de nouveaux fronts de résistance en différents points de Khorramshahr, notamment dans le quartier de Tâleghâni, la place Râhâhan et le quartier de l’abattoir (Koshtârgâh).

Pont No (Pol-e no), Khorramshahr

Le 2 octobre, de durs combats s’engagent autour de la ville, et le quartier de Râhâhan est le théâtre de victoires iraniennes stratégiques et hautement symboliques pour la résistance : les défenseurs de la ville parviennent à repousser les Irakiens en utilisant des cocktails Molotov et d’autres bombes incendiaires de fabrication artisanale contre les chars irakiens avancés jusque sur la place Râhâhan. Le 5 octobre et suite à cette défaite humiliante, l’armée irakienne lance une nouvelle opération qui échoue rapidement : les troupes irakiennes sont repoussées avec d’importantes pertes.

Après deux semaines d’affrontements violents, l’armée ennemie n’a toujours pas atteint ses objectifs ; selon les experts militaires, les principales causes de l’échec irakien sont la méconnaissance de la ville et la présence de résistants dans tous les quartiers, qui défendent la ville maison par maison. Par conséquent, les commandants irakiens adoptent une nouvelle stratégie selon laquelle les forces de l’Armée Populaire irakienne (Djeysh-ol-sha’bi) sont envoyées dans la région pour contrôler les territoires occupés, parallèlement à quoi des bataillons irakiens très équipés lancent de nouvelles attaques à partir de plusieurs axes. Durant cette phase, les Irakiens arrivent à dépasser le faubourg de la ville et s’approcher de plus en plus du centre-ville. Suite à l’avancée des forces irakiennes, de durs combats sont engagés entre les Irakiens et les résistants en embuscade dans les bâtiments préconstruits situés à proximité de la base de la police routière.

La suprématie militaire de l’armée irakienne aboutit cependant, après 35 jours de résistance acharnée, à la retraite des combattants iraniens dont les survivants sont contraints de quitter leurs positions pour ensuite se réfugier dans le bâtiment de la base de la police routière de Khorramshahr. Il faut quand même souligner qu’une grande partie de la ville reste aux mains des défenseurs et que l’occupation irakienne est alors encore partielle. La Mosquée Djâme’ de Khorramshahr est spontanément devenue le fief de la résistance et le quartier général des défenseurs de la ville. Ces combattants réussissent par ailleurs à tenir le stratégique pont de Khorramshahr face aux assauts irakiens. Bref, grâce à la résistance farouche des forces militaires et civiles, le plan du gouvernement bassiste qui visait à mettre en œuvre la théorie de « l’occupation rapide du Khouzestân » tombe à l’eau.

(À suivre…)

Source :
- Amiriân, Mohammad, Seyri dar târikh-e djang-e Irân-Arâgh (Aperçu sur l’Histoire de la guerre Iran-Irak), 5 vol., Centre des études et recherches de la Guerre, Téhéran, 1367/1988.


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