N° 121, décembre 2015

Panorama des relations étrangères
de l’Iran à l’époque zand


Khadidjeh Nâderi Beni


La dynastie zand apparaît alors que l’Iran souffre de nombreux problèmes socio-économiques. Il faut donc dès le départ aux autorités zand une grande habileté pour prendre en main le pays. Karim Khân (1750-1779), le roi fondateur de la dynastie zand, et ses successeurs accordent de ce fait une grande importance aux relations avec d’autres pays, estimant que les relations diplomatiques favoriseraient le redressement économique du pays. La politique extérieure des Zands, souple, prend en compte la situation des pays concernés et leur choix se porte généralement vers les pays riches et puissants, en particulier du point de vue militaire. A l’époque, une grande partie des relations étrangères se concentre ainsi autour des activités économiques de la Compagnie des Indes Orientales (Kompâni-e Hend-e sharghi) active dans le sud du pays, et plus particulièrement dans le port de Boushehr. L’Angleterre, la Hollande, la France et l’Inde sont alors les partenaires les plus importants de la Perse.

Dès son arrivée au pouvoir, Karim Khân Zand, qui a l’ambition de développer les relations étrangères du pays, envoie des délégations aux quatre coins du monde. Il estime à cette époque que l’établissement de relations diplomatiques constructives est une condition sine qua non pour la reprise économique de l’Iran. Toutefois, la mise en œuvre de cette politique est nettement ralentie avec le déclenchement de la Guerre de Sept Ans [1] (1756-1763) en Europe, et la continuation du conflit permanent entre la Russie et l’Empire ottoman. Confronté à cet échec relatif, Karim Khân décide de se focaliser sur sa politique intérieure et de mener une politique centrée sur deux priorités : 1) surveiller les tribus majoritairement arabes habitant sur les bords du golfe Persique pour contrôler d’éventuelles rébellions ; 2) sécuriser les routes commerciales du pays. Pour atteindre ces deux objectifs, le gouvernement zand demande la collaboration des compagnies européennes actives sur le littoral du golfe Persique, espérant ainsi promouvoir un terrain favorable à la satisfaction des intérêts économiques et politiques iraniens. Quant aux Etats européens présents au travers de ces comptoirs, ils tentent de profiter de cette occasion pour stabiliser leur présence dans la région stratégique du golfe Persique.

Guerre de Sept Ans

1) L’Empire ottoman

Suite à la chute des Safavides et alors que l’Iran doit faire face à d’importants problèmes politiques et sociaux, les Ottomans parviennent à s’emparer d’une partie de l’ouest du territoire perse, qu’ils occupent jusqu’à l’avènement de Nâder Shâh qui reprend les zones occupées. A l’époque zand, Karim Khân accorde quant à lui une priorité aux frontières ouest, bien conscient du danger ottoman. C’est pourquoi les relations avec l’Empire ottoman sont alors incontournables. En effet, l’Empire ottoman est d’une grande importance pour les Iraniens pour deux raisons principales : 1) d’un point de vue géostratégique, l’Empire ottoman, point de jonction des voies commerciales de l’Iran et de l’Europe, est la plate-forme de tout commerce entre l’Iran et le marché européen ; 2) d’un point de vue religieux, cet empire abrite alors certains lieux saints du chiisme dont le tombeau de Sayyida Zeinab, la sœur de l’Imâm Hossein. Ceci alors que les tensions entre les deux pays sont fortes, notamment autour de la question du port de Bassora, qu’ils revendiquent tous deux comme rattaché à leur territoire respectif.

En vue de faire prospérer le commerce au sud du pays, Karim khân s’emploie à renforcer sa mainmise sur la région du golfe Persique. De ce fait, il prend les mesures nécessaires pour expédier son armée à Mascate. Pour accéder à ce port, il doit passer par le port de Bassora alors sous contrôle ottoman – les Ottomans refusant d’autoriser le transit des troupes iraniennes par Bassora pour arriver à Mascate. Ceci bloque donc le renforcement de la puissance iranienne à Mascate.

Pour y remédier, en 1776, l’armée zand commandée par Sâdegh Khân, frère de Karim Khân, prend Bassora. En vue d’accéder à ce port, les forces de Sâdegh Khân franchissent l’Arvand-Roud et arrivent à briser la résistance des tribus locales ainsi que des forces ottomanes installées dans le port. La présence militaire des Iraniens en ce lieu se prolonge jusqu’en 1779 où, suite à la mort de Karim khân, le port repasse de nouveau sous contrôle ottoman.

2) L’Inde

Les relations politiques, économiques et culturelles entre l’Iran et l’Inde sont très anciennes et remontent à l’Antiquité. A l’époque zand, les commerçants indiens sont omniprésents en Iran et vice-versa. La soie, la toile, le sucre, les fruits secs et les épices sont parmi les marchandises les plus échangées entre les deux pays. En 1171, l’envoyé officiel du gouvernement indien rencontre Karim Khân à Shirâz, et les deux pays concluent un nouveau pacte commercial. Suite à cet accord, le roi zand fait construire à Shirâz un caravansérail réservé aux négociants indiens.

Karim Khân Zand avec l’ambassadeur ottoman Vehbi Effendi, attribué à Abol-Hassan Mostofi, 1775

3) La Russie

Roi fondateur de la dynastie des Afsharides (1736-1749), Nâder Shâh Afshâr avait mis fin à la longue occupation des territoires nord par les Russes. Durant la période zand, des troupes sont en cantonnement permanent au nord du pays pour le défendre contre d’éventuelles intrusions russes. Parallèlement, une convention de coopération signée en 1737 entre l’Iran et la Russie aboutit au développement des relations commerciales irano-russes qui se prolongent également durant l’Empire zand. En 1778, le délégué de Catherine II de Russie se rend à Shirâz où il tente en vain de convaincre le roi d’Iran de permettre à la Russie de construire une base militaire au nord de l’Iran.

Au cours de la Guerre de Sept Ans, les adversaires européens de la Russie dont la France cherchent à attiser la discorde entre ce pays et ses voisins dont la Perse, pour empêcher ses victoires en Europe. Toutefois, Karim Khân, qui mène toujours une politique pacifiste envers les autres pays, ne poursuit pas cette stratégie.

4) L’Angleterre

Les relations politiques et économiques entre les deux pays se résument surtout aux activités du comptoir britannique dont la fondation en Iran remonte à l’an 1600. A cette époque, Shâh Abbâs le Grand autorise les Anglais à fonder un comptoir de la Compagnie des Indes orientales en Iran. Durant le règne de Nâder Shâh, la compagnie poursuit ses activités à Shirâz, Kermân et Ispahan.

Souhaitant une collaboration militaire avec les Britanniques contre les rebelles, Karim Khân favorise le développement des activités commerciales de ce comptoir. En 1763, le nouveau siège de la Compagnie ouvre ses portes au port de Boushehr et de nouveaux traités commerciaux sont signés entre les négociants anglais et les souverains zand. Dès lors, les citoyens anglais jouissent du droit de libre circulation et de séjour en Iran. Ils obtiennent également la concession exclusive de l’importation et de l’exportation de laine.

Dja’far Khân Zand

Suite à la défaite de Mir Mahnâ [2] dans la péninsule de Khârk, l’armée anglaise tente de prendre possession de la presqu’île, ce qui entraîne la nullité des contrats commerciaux passés avec l’Etat iranien et pousse le gouvernement zand à expulser les Britanniques. Le comptoir anglais se trouve donc dans l’obligation de cesser ses activités en Iran et dans le port de Boushehr pour les prolonger à Bassora. Toujours attaché au développement commercial de Boushehr, Karim Khân prend le contrôle du port de Bassora et combine les activités économiques des deux ports afin de favoriser le commerce du sud du pays ; grâce à cette politique, le niveau de vie des gens de la région s’améliore sensiblement.

Après la mort de Karim Khân en 1779, les relations politiques et commerciales entre le gouvernement zand et la Compagnie britannique sont rétablies ; Dja’far Khân Zand [3] encourage les Anglais à revenir en facilitant leurs investissements en Iran.

5) La Hollande

L’histoire des liens politiques et commerciaux entre les deux pays remonte à l’époque safavide et continue sous le règne afsharide, où l’on voit l’inauguration à Boushehr puis à Bassora de la Compagnie hollandaise. Quand les Zands accèdent au pouvoir, les Hollandais prolongent encore leurs activités dans le port de Bassora. Peu de temps après, suite aux divergences apparues entre les Hollandais et le gouverneur de Boushehr, le siège de la Compagnie est transféré à la péninsule de Khârk. Peu de temps après, le commerce de la péninsule atteint son apogée. Toutefois, les révoltes fomentées par Mir Mahnâ dans les ports du golfe Persique aboutissent de nouveau au déclin de l’économie de cette région. Mir Mahnâ arrive à chasser les Hollandais pour ensuite s’emparer de la péninsule et y fonder sa base. Par conséquent, les relations politiques et commerciales entre les deux pays demeurent ininterrompues jusqu’à la fin de la dynastie zand.

6) La France

Les premières relations franco-iraniennes dans les domaines politique, économique et culturel datent de la période safavide. Durant la seconde moitié du XVIIe siècle, rivalisant alors avec d’autres pays européens, la France inaugure un comptoir commercial en Iran. A l’époque afsharide, ce comptoir est toujours actif dans le port de Bandar Abbâs. Avec l’arrivée au pouvoir des Zand, les Français tentent de développer leurs liens avec la Perse. Des négociations entre les deux Etats aboutissent à la conclusion de nouveaux accords, le plus important étant le contrat de 1770 signé entre Karim Khân et le délégué du comptoir français en Iran. Toutefois, les tensions entre la France et la Russie aussi bien que la guerre de Sept Ans en Europe constituent des obstacles majeurs à la progression des relations franco-iraniennes. De plus, Louis XV, roi de France de l’époque, donne la priorité à l’établissement de liens étroits avec l’Empire ottoman plutôt qu’avec l’Iran.

Karim Khân Zand

Bibliographie :
- Sha’bâi Rezâ, Târikh-e tahavvolât-e siâsi-edjtemâ’i dar doreh-hâye afshârieh va zandieh (Histoire des évolutions politique et sociale aux époques afshâride et zand), Samt, Téhéran, 1386 (2005).

Notes

[1C’est le conflit majeur du XVIIIe siècle qui s’est déroulé simultanément sur plusieurs continents dont l’Europe, l’Amérique du Nord, les Indes et les Philippines. Durant cette guerre, la France et la Grande-Bretagne se sont opposées.

[2(1730-1771) Combattant arabe du sud qui se révolta contre la présence des étrangers au sud du pays afin de les chasser hors de cette région et d’y unifier toutes les tribus locales.

[3Fils de Sâdegh Khân et père de Lotf’Ali Khân ; il régna de 1785 à 1789.


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