N° 130, septembre 2016

Nouvelles sacrées (XXXIII)Hoveyzeh


Khadidjeh Nâderi Beni


Photos : opération Hoveyzeh
(appelée également opération Nasr)

Durant les trois premiers mois de la guerre (de septembre à décembre 1980), l’armée iranienne (artesh-e irân) n’accomplit qu’une opération conjointe avec les volontaires populaires et paramilitaires, dont le résultat n’est par ailleurs pas significatif. La ville de Soussanguerd [1], déjà occupée par l’armée irakienne, est reprise grâce à la résistance des forces populaires et au sacrifice des combattants de la troupe irrégulière commandée par Mostafâ Tchamrân [2]. Cette conquête ne dure cependant pas, et la ville retombe de nouveau aux mains de l’ennemi. Suite à cette opération, les responsables militaires et politiques sont de plus en plus encouragés à planifier et exécuter de nouvelles opérations visant à faire reculer les forces occupantes de l’ensemble des régions iraniennes occupées. Les commandants de la guerre planifient donc une opération afin de reprendre les régions sud de Soussanguerd, et plus particulièrement les terres de Hoveyzeh [3].

Le 5 janvier 1981 à 10 heures, l’opération Hoveyzeh (appelée également l’opération Nasr) est lancée sur l’axe de la route Hamidieh-Soussanguerd. Dès le déclenchement des attaques, les forces de la Brigade 3 de Hamedân parviennent à s’avancer jusqu’aux positions des troupes irakiennes. Cependant, sur l’axe du sud de Hoveyzeh, les combattants de la Brigade 1 de Qazvin ne remportent pas de grands succès. La Brigade 3 de Hamedân parvient à franchir les ponts jetés sur la rivière de Karkheh
 [4] pour ensuite libérer les côtes sud de la rivière. Suite à cette victoire, les forces iraniennes stabilisent leurs positions dans la région de Karkheh-Kour (l’une des branches de la rivière).

L’armée d’occupation, surprise par ces attaques soudaines, est contrainte de laisser derrière elle ses équipements d’artillerie installés dans la région, et de la quitter hâtivement. Lors de ces attaques, plus de 800 soldats irakiens sont capturés. Il faut souligner que les unités opérationnelles lancent également des attaques visant à la conquête de la base militaire de Hamid dans la région de Djofayr, sans succès. En fait, les combattants iraniens tentent de détruire les appuis de l’armée ennemie, mais la base de Hamid reste entourée par de vastes champs de mines et donc inaccessible aux forces iraniennes. Le lendemain à 8 heures, les forces armées de l’infanterie iranienne mènent une nouvelle tentative pour pénétrer jusqu’à la base de Hamid, mais elles subissent une contre-attaque des troupes irakiennes. Dès le déclenchement des contre-attaques à 9 heures, un bon nombre de chars irakiens sont installés dans les régions de Omm-ol Fassih et Omm-ol Ghaffâr, et ouvrent le feu sur la troupe blindée 16 de l’armée iranienne. Là, le combat entre les chars irakiens et iraniens commence et se prolonge jusqu’à 18 heures. En outre, ces contre-attaques terrestres sont soutenues par plusieurs chasseurs irakiens qui bombardent les troupes les plus avancées de l’armée iranienne. Ce combat est considéré comme le plus dur combat de chars dans toute l’histoire de la Défense sacrée. Ces contre-attaques aboutissent à asseoir la suprématie militaire de l’Irak dans les régions de Soussanguerd et Hoveyzeh. Suite à la victoire irakienne dans ce front, les commandants irakiens décident de renforcer les contre-attaques sur les autres axes, y compris la partie ouest de Soussanguerd. Cette opération conduit à un échec iranien ; cependant, elle fournit une expérience très précieuse pour les dirigeants militaires. Ces derniers se rendent compte de l’existence de certains groupes civils qui pourraient les aider dans le processus de la guerre. Il s’agit des forces populaires, des combattants révolutionnaires et des intellectuels engagés. En fait, durant cette opération, un bon nombre de combattants révolutionnaires comptant pour la plupart parmi les intellectuels de la République islamique ou les membres du groupe des Etudiants suivant la ligne de l’Ayatollâh Khomeyni [5] participent volontairement à cette lutte. Près de 140 combattants tombent en martyre. Parmi ces martyrs, on peut surtout citer le nom de Hossein Alam-ol-Hodâ
 [6]. Plus tard, les survivants du combat de Hoveyzeh rejoindront le Corps des Gardiens de la Révolution (Sepâh). Grâce à leur expérience de la bataille de Hoveyzeh, ils arrivent à participer avec succès à plusieurs grandes opérations dont Fath-ol-Mobin, Valfadjr 8 et Karbalâ 5.

 

Source :


- Amiriân, Mohammad, Seyri dar târikh-e djang-e Irân-Arâgh (Aperçu sur l’Histoire de la guerre Iran-Irak), 5 vol., Centre des études et recherches de la Guerre, Téhéran, 1367/1988.

Notes

[1Ville située à 55 kilomètres à l’ouest d’Ahvâz, chef-lieu de la province du Khouzestân.

[2Né en 1932 à Téhéran, il fut un commandant militaire et un diplomate intellectuel. Outre la guerre Iran-Irak, il participa aux mouvements de guérilla au Liban et aux combats contre les Monâfeghins à l’ouest du pays. Il tomba en martyr en 1981 à Dehlâvieh.

[3Région située à 15 km au sud-ouest de Soussanguerd.

[4Rivière s’écoulant au nord de Soussanguerd.

[5Dâneshdjouyân-e peyro khatt-e Emâm

[6Né en 1958 à Ahvâz, Alam-ol-Hodâ fut parmi les engagés dans les forces révolutionnaires qui jouèrent un rôle crucial dans les luttes contre le régime Pahlavi. Alors étudiant de 23 ans, il dirigea les combattants révolutionnaires participant à l’opération Hoveyzeh.


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