N° 130, septembre 2016

Les arbres anciens en Iran,
berceau de spécimens unique


Hamideh Haghighatmanesh


Cyprès de cinq mille ans d’Abarkouh

Les arbres font partie des créatures vivantes ayant la plus grande longévité au monde. Le premier secret de cette longue vie est la nature du système vasculaire irriguant toutes les parties des arbres : il est possible qu’une partie meure sans entraîner l’extinction de l’ensemble. En outre, de nombreux arbres ne vieillissent pas au même rythme que les créatures animales. Ainsi, certains des pins ayant atteint l’âge de 3000 ans continuent à grandir, certes à leur propre rythme, à côté de ceux qui n’ont que 100 ans. Symbole de vie, l’arbre incarne aussi la stabilité et la persévérance, en raison de son enracinement dans la terre et sa présence à trois niveaux du monde : la profondeur, la surface et la hauteur.

Une particularité commune à la plupart des vieux arbres iraniens est l’aura de sacralité dont ils sont entourés. Chez la majorité des peuples et ethnies de la Perse antique, on vouait à l’arbre un respect particulier. On se rendait auprès d’arbres anciens que l’on pensait sacrés pour faire des vœux et prier. A titre d’exemple, selon une vieille tradition, un peuple originaire de Tabas, ville de la province du Khorâssân-e Jonoubi (Khorâssân de sud), avait coutume tous les jeudis soir d’allumer une lumière dans un cyprès âgé de 1500 ans ou d’attacher un pan de tissu aux branches de l’arbre pour résoudre leurs problèmes, et dans l’espoir que leurs souhaits se réalisent. La sacralité attribuée aux arbres anciens peut également être liée aux croyances religieuses ; par exemple, l’olivier est un arbre sacré à l’islam, tandis que, selon le Coran, le sedrat-ol-montahâ est le nom d’un arbre du paradis.

Cyprès de cinq mille ans d’Abarkouh

L’archétype même de l’arbre sacré en Iran est le cyprès, un arbre à feuilles toujours vertes et vivantes, dont la longévité est le symbole de l’éternité. Le cyprès d’Iran fait partie du paysage iranien depuis des milliers d’années. Il est aussi devenu un symbole de la résistance et de l’honneur des Iraniens, et possède un statut particulier dans ce pays. Il est accompagné d’une riche symbolique dans les grandes œuvres de la poésie persane, dont celles de Hâfez ou de Molânâ. A ses côtés, le platane fut aussi un symbole du gouvernement et du pouvoir dans l’histoire de la Perse antique, et était honoré par les rois de Perse.

En Iran, nombreux sont les vieux arbres reconnus comme faisant partie du patrimoine culturel du pays. La province de Yazd est considérée comme une région abritant parmi les plus anciens spécimens végétaux du monde, ainsi que les plus anciennes installations humaines. On a retrouvé des traces de peuplements humains datant du troisième millénaire avant J.-C. Selon certains textes historiques, la ville de Meybod aurait été un lieu de passage du prophète Salomon, Yazd de Zahhâk et Alexandre le Macédonien et enfin, Abarkouh du prophète Abraham. Le cyprès de cinq mille ans d’Abarkouh, aux côtés d’autres arbres désertiques, témoigne de la longue histoire de la région.

Cyprès de Mang-Abad de Mehriz

Dans la seule province de Yazd, plus de 50 vieux arbres d’espèces différentes comme le cyprès, le platane, le noyer et le frêne élevé ont été identifiés. La plupart des arbres anciens de la province ont entre 800 et 1500 ans. Ils symbolisent la résistance du peuple du désert face à la dureté du climat, et c’est peut-être pour cette raison que les habitants de Yazd vouent un respect particulier aux vieux arbres, en les considérant comme des créatures sacrées.

Platane de Tang-Tchenar de Mehriz

Le cyprès d’Abarkouh fait partie des dix arbres les plus anciens au monde. Pourtant, beaucoup de touristes ne connaissent pas l’existence de cette attraction située à 120 km à l’ouest de la ville de Yazd. Bien que le cyprès d’Abarkouh soit connu en Iran comme un arbre de presque quatre ou cinq mille ans, des scientifiques japonais et russes ont estimé que son âge serait plutôt proche de 8000 ans. Certaines légendes attribuent la plantation de cet arbre au prophète Zoroastre et certaines autres à Japhet, fils du prophète Noé.

Dans son ouvrage Nezhat-ol-Gholoub, l’historien médiéval Hamdollâh Mostofi (XIIIe-XIVe siècles) écrit à propos de ce cyprès : « Il y a un arbre dont la réputation est grande dans le monde. Si le cyprès du Cachemire et de Balkh sont réputés, celui-ci est encore plus grand et gros… » Alexander Roof a quant à lui estimé l’âge de cet arbre à entre 4000 et 4500 ans.

Ce vieil arbre mesure aujourd’hui environ 28 mètres de haut et la circonférence de son tronc est de 11,5 mètres. Abarkouh abrite également un autre vieux cyprès âgé de plus de mille ans ; cet arbre est situé dans le jardin de l’une des maisons traditionnelles de la ville. Darbid, localité située à 30 kilomètres au nord-est de Yazd, accueille aussi quatre vieux arbres persistants proches du cyprès.

Platane de l’Eslamiyeh

Le cyprès de Mang-Abad de Mehriz, l’une des villes de la province de Yazd, fait partie des arbres anciens de l’Iran. Son âge est estimé à plus de deux mille ans. Sur le tronc de cet arbre de 14 mètres, on peut voir de nombreuses traces de bec de picidés. Le platane de Tang-Tchenar de Mehriz est un autre vieil arbre situé à 42 km au sud de la ville. Son âge est estimé à entre 1100 et 1200 ans.

Le cyprès de Zin-Abâd, village de
la ville de Taft

Le platane de 1500 ans du village de Nasr-Abad est l’un des autres vieux arbres de la province de Yazd. Il est situé à 37 km au nord-ouest de la ville de Taft. Le tronc de l’arbre est vide du fait d’un incendie, et les branches d’origine abimées ont été remplacées par de jeunes branches.

L’âge du platane de l’Eslamiyeh, dont l’intérieur du tronc est vide, est estimé à 1500 ans. Il est situé à 10 kilomètres au sud-ouest de Taft, dans le village d’Eslamiyeh. Le cyprès du village de Tcham, à 5 km au nord-est de la ville de Taft, a environ 1100 ans. Il est situé dans la cour d’un temple de feu zoroastrien. A côté du tronc a été construit un petit temple pour allumer des bougies.

Le cyprès du village de Tcham

A cette liste non-exhaustive des vieux arbres de la province de Yazd, nous pouvons ajouter le cyprès de Zin-Abâd, village de la ville de Taft, ayant 9 m de hauteur et âgé d’environ 900 ans, les deux cyprès jumeaux du village de Mobârakeh de Taft, avec un âge estimé à 1500 ans, un platane de 900 ans situé à 27 km au sud de Taft, le frêne élevé de Firouz-Abâd de la ville de Meybod ayant un âge estimé à 800 ans, etc.

Si on change de région, un autre arbre ancien et fameux d’Iran est un platane âgé de 1400 ans, situé dans le village de Targhroud dans la province d’Ispahan. A 35 km à l’ouest de la ville de Basht, au sein de la province de Kohkilouyeh et Boyer Ahmad, dans la plaine de Lar et à proximité du village du même nom, se trouve un vieux cyprès qui compte parmi les attractions naturelles les plus importantes de la région. Cet arbre se trouve à côté du mausolée de l’Imâmzâdeh Seyyed Mohammad. Il est particulièrement respecté par les habitants de la région. A côté de l’arbre se trouvent également une bibliothèque contenant des épigraphies et manuscrits anciens, ainsi qu’un temple de feu zoroastrien (âtashkadeh) et un cimetière. Cet arbre, dont l’âge a été estimé à 2774 ans, a une hauteur de 7,45 m.

Platane âgé de 1400 ans, village de Targhroud, province d’Ispahan

Il faut également mentionner les vieux arbres du Khorâssân du sud : un arbre de 800 ans nommé Baneh situé au nord-ouest du Birjand, le vieux cyprès du Forg à 140 km de l’est de Birjand, le cyprès de mille ans du village Gask, etc.

La localisation de ces arbres est elle-même intéressante : ils ne sont en majorité pas dans les vieilles forêts verdoyantes du nord de l’Iran, mais surtout dans les régions désertiques où règne un climat très sec et chaud. C’est d’autant plus frappant qu’un grand nombre d’arbres toujours verts comme le cyprès, le platane ou le Baneh en font partie, ce qui contribue à renforcer leur aura de sacralité.


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