N° 130, septembre 2016

Le 50e anniversaire de l’industrie
du gaz naturel en Iran


Babak Ershadi


La Compagnie nationale iranienne de gaz (National Iranian Gas Company, NIGC), est l’une des quatre principales sociétés du ministère iranien du Pétrole. Elle fut fondée en 1965, après la signature d’un protocole entre l’Iran et l’ex-Union soviétique, pour l’exportation du gaz naturel iranien vers l’ex-URSS. Le projet fut complété par la construction de la première raffinerie de gaz naturel de l’Iran et du Moyen-Orient en 1968 à Bidboland (à 18 km au nord d’Aghâjâri, dans la province du Khouzestân), la construction du premier gazoduc national de l’Iran, appelé IGAT-1 (Iran Gaz Trunk-line) d’une longueur de 1106 km, reliant la raffinerie de Bidboland à la ville frontalière d’Astara (province du Guilân). Ce gazoduc qui traversait neuf provinces du pays, alimentait le complexe pétrochimique de Shirâz (province du Fârs) et l’usine sidérurgique d’Ispahan (province d’Ispahan).

Installations offshore, Complexe gazier Pars Sud
(golfe Persique)

Après la victoire de la Révolution islamique de 1979, l’Iran a décidé de mettre fin à l’exportation du gaz naturel vers l’ex-Union soviétique en raison du prix très bas qui avait été fixé pour le gaz iranien dans ce contrat. En revanche, l’Etat a décidé de développer des projets nationaux d’approvisionnement en gaz naturel des unités industrielles, des centrales électriques, des villes puis des villages. A l’heure actuelle, le réseau national du transport de gaz naturel compte dix gazoducs principaux d’une longueur totale de plus de 36 500 km. Le réseau de la distribution urbaine et industrielle de gaz, long de plus de 285 000 km, alimente 73 centrales électriques, des centaines de grands complexes industriels dont toutes les unités pétrochimiques de l’Iran et plus de 20 millions de foyers à travers le pays. Le gaz naturel s’attribue 70% de l’ensemble du panier énergétique à l’intérieur du pays, et 95% de l’énergie domestique.

Grâce à son développement depuis les années 1980, le gaz naturel est devenu un pilier de l’industrie, de l’économie et du bien-être des citoyens dans un pays qui dispose d’une situation exceptionnelle en ce qui concerne l’abondance des réserves de gaz naturel. Les réserves confirmées du gaz naturel en Iran sont estimées à plus de 34 trillions de mètres cubes. Cela signifie que l’Iran possède 18% des réserves confirmées de gaz naturel au monde. Ce chiffre est cinq fois supérieur aux réserves de gaz naturel de l’Amérique du Nord, quatre fois supérieur à l’ensemble des réserves de gaz naturel en Europe.

Installations d’exploitation de gaz naturel, Complexe Pars Sud (golfe Persique)

A l’intérieur du pays, il est désormais impossible d’imaginer un Iran sans gaz. Le taux de la consommation intérieure du gaz naturel est équivalent à 3,5 millions de barils de brut, ce qui veut dire que si le gaz naturel n’était pas entré dans le cycle de la consommation énergétique en Iran, le pays n’aurait plus de pétrole à exporter.

Depuis 1980, le développement de l’industrie du gaz naturel en Iran ne s’est pas arrêté même dans les conditions les plus difficiles de guerre et de sanctions étrangères. En outre, aux périodes les plus glorieuses du marché mondial du pétrole, l’abondance des revenus pétroliers n’a jamais persuadé les autorités iraniennes à abandonner ou ralentir le processus du développement de l’industrie de gaz. En Iran, le gaz naturel n’est plus une simple source d’énergie, mais un appui sûr et permanent de presque toutes les activités : la production, le transport, l’électricité, l’économie, le commerce… dépendent tous de la permanence et de la sûreté de l’accès des Iraniens au gaz naturel.

L’industrie du gaz ne se limite pas au triple processus d’extraction, de traitement et de distribution, elle est la pièce maîtresse d’une grande chaîne d’activités en amont et en aval. Son influence ne se limite pas aux questions d’ordre énergétique ou économique, car le gaz naturel est aujourd’hui un élément de la qualité de vie, de la sécurité nationale et de la politique étrangère. De ce point de vue, le gaz naturel a le potentiel de dépasser le pétrole, symbole de l’industrie nationale en Iran.

Forum des pays exportateurs de gaz . Etats membres (bleu). Etats observateurs (orange)

Après la victoire de la Révolution islamique en 1979, et surtout après la fin de la guerre que l’Irak de Saddam Hussein avait imposée à l’Iran de 1980 à 1988, les gouvernements iraniens ont décidé de prendre des mesures nécessaires pour réduire le taux de la dépendance de l’économie nationale aux revenus de l’exportation de brut. Cependant, près de trois décennies après la fin de la guerre, l’Etat dépend considérablement des revenus pétroliers. Ces dernières années, les sanctions imposées avec injustice à la République islamique d’Iran en raison de son programme nucléaire civil, et la chute du prix du pétrole à cause des mauvaises politiques de certains Etats exportateurs, surtout l’Arabie saoudite, ont réduit les revenus pétroliers de l’Iran. Bien qu’une partie des sanctions anti-iraniennes ait été levée dès janvier 2016, les cours mondiaux du brut restent encore à un niveau très bas. Dans ce contexte, le marché florissant du gaz naturel peut offrir des opportunités importantes pour réduire d’une part sa dépendance aux fluctuations du marché international du pétrole, et diversifier de l’autre ses exportations.

L’Iran possède la deuxième grande réserve mondiale de gaz naturel derrière la Russie. Selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les réserves intactes de l’Iran sont de loin supérieures à celles de la Russie, ce qui place potentiellement l’Iran à la tête de la liste des pays détenteurs des réserves de gaz naturel dans le monde. L’Iran possède 18% des réserves confirmées de gaz naturel dans le monde. Au sein de l’OPEP, ce chiffre monte à 34%.

Station de CNG

Ceci étant dit, l’Iran a un grand potentiel pour jouer un rôle clé dans le marché mondial du gaz naturel. Cependant, il faut admettre qu’en comparaison aux grands exportateurs du gaz naturel, l’Iran est en retard en ce qui concerne les investissements nécessaires dans ses infrastructures de gaz. Ces dernières années, de nombreux projets ont été réalisés dans divers domaines dont des études géologiques, des forages d’exploration et du développement des champs gaziers.

La création du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) fut proposée en 2001 par l’Iran. Il fut institué officiellement le 23 décembre 2008. L’Iran et la Russie, qui possèdent ensemble 50% des réserves confirmées de gaz naturel dans le monde, peuvent naturellement jouer des rôles importants dans cette organisation qui est souvent considérée comme « OPEP gazier ». L’objectif du FPEG qui contrôle 73% des réserves mondiales et 42% de la production du gaz naturel est de défendre les intérêts des principaux pays exportateurs.

Le marché mondial du gaz naturel est soumis à des conditions différentes de celles du pétrole, essentiellement en raison des conditions du transport du gaz. Pour le moment, le transport du gaz naturel se réalise principalement par le biais d’infrastructures terrestres (les gazoducs), ce qui nécessite de très gros investissements et la conclusion de contrats de vente à long terme parfois pour une durée de trente ou quarante ans. Pourtant, l’apparition de nouvelles technologies a rendu plus facile l’accès des pays exportateurs au marché, par des méthodes de liquéfaction.

Durant ces quinze dernières années, l’Iran a entrepris de grands efforts dans le domaine de la production du gaz naturel pour véhicule (GNV). Aujourd’hui, le pays est à la tête de la liste mondiale de la production de véhicules hybrides pouvant consommer de l’essence et du gaz naturel comprimé (CNG, Compressed natural gaz). Il existe actuellement en Iran plus de 4 millions de véhicules de ce type, ainsi que 2300 stations de CNG sur l’ensemble du territoire. Chaque jour, près de 20 millions de mètres cubes de gaz naturel sont distribués aux stations de CNG ; chiffre qui représente 23% du carburant du parc du transport léger du pays, notamment en ce qui concerne le transport urbain (taxis, camionnettes et autobus).

Installation d’un réservoir CNG dans le coffre arrière d’une voiture

Jusqu’à présent, plus de 3 milliards de dollars ont été investis dans le développement de l’industrie du CNG, et ces investissements ont permis à l’Iran d’économiser plus de 32 milliards de dollars pendant une période de quinze ans. Bien que l’Iran soit à la tête de la liste du développement de l’industrie du CNG dans le monde, il faut souligner qu’elle ne représente pour le moment que 4% de l’ensemble du carburant utilisé en Iran dans le transport, étant donné sa part minime dans le secteur du transport routier (surtout pour les poids lourds et les véhicules particuliers). Mais la réussite a été grande dans le domaine du transport en commun dans les villes. Actuellement, 90% des taxis et 70% des véhicules de transport urbain sont équipés de moteurs hybrides utilisant alternativement du CNG et de l’essence.

Le CNG est un carburant bon marché et écologique. Il s’agit du gaz naturel destiné aux véhicules, mais il est identique au gaz utilisé pour des usages ménagers. Il est possible de le faire entrer dans le réservoir des véhicules sous deux formes : liquéfiée (LNG) et comprimée (CNG). C’est ce dernier qui est utilisé en Iran, et pollue moins l’environnement. Le carburant CNG permet de diminuer de 23% les émissions de CO2 par rapport à une voiture essence. Il limite les rejets de particules dangereuses pour notre santé et diminue de 85% les oxydes d’azote qui menacent la couche d’ozone dans des conditions d’utilisation comparables à celles d’une voiture essence.

D’après les dernières estimations, l’Iran est le troisième grand consommateur du gaz naturel dans le monde derrière la Russie et les Etats-Unis. Le gaz naturel fait partie de la vie quotidienne de plus de 95% des habitants des villes et des villages iraniens. Selon les promesses de la Compagnie nationale iranienne de gaz, en 2018, tous les foyers iraniens bénéficieront du gaz domestique. Le gaz naturel alimente aussi une grande partie de l’industrie nationale. C’est donc le moteur de l’économie et du bien-être partout en Iran. Ainsi, le gaz naturel assure la sécurité énergétique du pays et permet à l’Iran de garder le niveau de ses exportations pétrolières à un niveau rentable. Néanmoins, le développement du marché intérieur peut réduire la capacité du pays à promouvoir ses exportations de gaz naturel. Chaque année, plus de 50 milliards de mètres cubes de gaz naturel sont consommés dans les centrales électriques, 44 milliards dans l’industrie et plus de 60 milliards pour les usages domestiques. Ces chiffres nécessitent sans doute un investissement au niveau national pour améliorer les modes de consommation, notamment au niveau urbain, pour que les projets à long terme pour développer les exportations du gaz naturel n’en soient pas affectés. 


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1 Message

  • Le 50e anniversaire de l’industrie
    du gaz naturel en Iran
    23 avril 2017 18:15, par Alain Salvador

    Bonjour messieurs,
    Il y a 2/3 ans, il m’est arrivé un avant projet pour construire une raffinerie de gaz dans le Sud Iranien.
    J’ai reçu un appel durant lequel on me demande où en est ce projet.
    Le contact qui est à l’origine de cette information n’étant pas très fiable ou simplement incapable de travailler à ce niveau, je voudrais savoir si il est possible de recevoir la bonne information pour travailler sur le financement.
    Cordialement.
    Alain Salvador

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