La politique stalinienne de collectivisation débuta en 1929 en ex-URSS. Elle s’appliqua d’abord au travers de la création des fermes agricoles collectives dans les campagnes de toutes les républiques soviétiques. Pendant une période de dix ans (jusqu’en 1938), près de 97% des terres agricoles de toutes les républiques soviétiques furent collectivisées. Au Kazakhstan, pendant la même période, l’application d’une politique de sédentarisation forcée des tribus nomades et les projets de collectivisation des terres agricoles eurent des conséquences tragiques pour une grande partie de la population kazakhe. Les grandes famines soviétiques touchèrent le Kazakhstan et l’ensemble de l’ex-URSS pendant une longue période de quatre ans (1931-1933). Pendant ces terribles famines, entre 8 et 67 millions de personnes moururent de faim dans l’ensemble du territoire soviétique, mais cet événement tragique resta pendant longtemps un sujet tabou dans l’histoire de l’URSS. Pourtant, les pays voisins (comme l’Iran) connurent très vite les tristes conséquences de ce fléau.

Les Kazakhs de Gorgân célèbrent la prière de
l’Aïd al-Adha

Pendant cette période, une région du Nord-Ouest iranien (actuellement la province du Golestân) devint une terre d’accueil pour une partie des sinistrés de ces famines qui avaient touché la République soviétique du Kazakhstan. Entre les années 1929 et 1936, de nombreuses familles quittèrent au fur et à mesure leurs foyers à Manguistaou (ouest du Kazakhstan), un district situé au nord-est de la mer Caspienne, pour se réfugier aux alentours de Gorgan et d’autres régions turkmènes de l’actuelle province iranienne du Golestân. Ces Kazakhs qui vinrent en Iran étaient majoritairement originaires de la péninsule de Manguychlak (également appelée Mangichlak) à l’ouest du Kazakhstan (province de Manguistaou), au bord de la mer Caspienne. Mais il faut souligner que l’Iran n’était pas la destination initiale de ce mouvement de migration. Ces Kazakhs descendirent d’abord vers le sud pour s’installer provisoirement dans différentes régions à population turkmène dans la République soviétique du Turkménistan. Mais les populations autochtones furent très peu accueillantes envers ces réfugiés kazakhs, étant donné qu’ils souffraient eux-mêmes de la famine et des conséquences brutales des politiques staliniennes.

Les villes de la province du Golestân commémorent tous les ans le martyre des jeunes Kazakhs qui ont participé à la Défense sacrée (1980-1988)

Ces migrants kazakhs continuèrent donc leur mouvement vers le sud et traversèrent finalement la frontière iranienne pour s’installer aussitôt dans une région turkmène de l’Iran, c’est-à-dire à Gomish Tepe, une très petite ville située tout près de la frontière soviétique. Mais les conditions de vie n’étaient pas très bonnes et après une période difficile, ces réfugiés kazakhs, qui n’avaient ni troupeaux ni terres agricoles, se dispersèrent dans la province, aux alentours de Gorgân et d’autres villes de la province du Golestân, comme Kordkuy, Bandar Torkaman, Aq Qala et Gonbad-e Kavous. Beaucoup d’entre eux devinrent ouvriers et travaillèrent dans les projets du développement des chemins de fer et des routes. Dix ans difficiles se sont écoulés ainsi pour les Kazakhs, qui arrivèrent peu à peu à réorganiser leur vie et achetèrent des terres, des troupeaux et des maisons dans les villes et les villages de la province du Golestân, quartiers qui prirent vite leur nom pour devenir « Ghazagh Mahaleh » (quartier kazakh). De confession sunnite, les Kazakhs construisirent rapidement des mosquées dans leurs quartiers. Étant donné la fermeture des frontières et l’impossibilité d’un retour vers le Kazakhstan soviétique, l’État iranien accorda la nationalité aux réfugiés kazakhs vers le début des années 1950. Cependant, les Kazakhs ne coupèrent jamais leurs liens avec leur culture d’origine. Ils continuaient à pratiquer la langue kazakhe (appartenant au groupe des langues « Kiptchak » de la famille des langues turques) et respectaient comme avant leurs us et coutumes anciens. Leurs enfants apprenaient aussi le persan à l’école, et leurs jeunes étudiaient dans les universités. Les affinités culturelles entre les Iraniens et les Kazakhs étaient présentes même avant que les réfugiés ne viennent s’installer dans la province iranienne du Golestân. Les Kazakhs sont majoritairement des musulmans de confession sunnite (école hanafite) et partagent donc avec les Iraniens chiites et sunnites, la célébration des grandes fêtes religieuses comme l’Aïd al-Adha (fête du sacrifice) ou l’Aïd al-Fitr (fête de la rupture), marquant la fin du jeûne du mois de Ramadan.

Les cérémonies traditionnelles du mariage des Kazakhs à Gorgân

En outre, les Kazakhs, comme les Iraniens, font partie des nations qui célèbrent la grande fête du début du printemps dont la date exacte est celle de l’équinoxe vernal (correspondant souvent au 21 mars, mais pouvant varier aussi entre le 19 et le 22 mars). La fête porte quasiment le même nom en persan et en kazakh : « Norouz » (jour nouveau) en persan et sa variante kazakhe « Nauryz ».

Comme nous l’avons évoqué, les Kazakhs d’Iran ont veillé avec beaucoup d’attention à la sauvegarde de leurs us et coutumes anciens malgré leur éloignement de leur pays d’origine. En même temps, ils se sont très bien adaptés à la culture de leur pays hôte. Pendant la guerre imposée à l’Iran par l’ancien dictateur irakien Saddam Hussein, les jeunes Kazakhs d’Iran, ont participé, avec les autres Iraniens, à la Défense sacrée (1980-1988).

Le Kazakhstan proclama son indépendance en 1991, après la chute de l’ex-Union soviétique. Les années 1990 furent décisives pour la communauté kazakhe de l’Iran. Après la fin de la guerre irako-iranienne des années 1980, une période de reconstruction très dynamique marqua l’après-guerre, et des centaines de jeunes filles et garçons kazakhs eurent la possibilité de poursuivre leurs études supérieures et d’accéder à des postes élevés dans divers secteurs. Dès son indépendance, le nouvel État kazakh s’est intéressé à ses liens avec les diasporas kazakhes dans divers pays du monde. Le Kazakhstan et l’Iran ont signé un accord politique et diplomatique en 1992 pour développer leurs relations. L’Iran a ouvert une ambassade au Kazakhstan la même année, et le président kazakh de l’époque, Noursoultan Nazarbaïev, a effectué sa première visite officielle en Iran. Un an plus tard, le Kazakhstan a ouvert son ambassade à Téhéran. En 2008, le consulat du Kazakhstan a été transféré de Mashhad à Gorgân, capitale de la province du Golestân, étant donné la présence d’une importante communauté d’origine kazakhe dans les villes de cette province. Pendant cette période, les Kazakhs d’Iran ont considérablement augmenté leurs activités culturelles. Dans ce cadre, nous pouvons évoquer la publication de dictionnaires persan-kazakh.

La célébration de la fête d’indépendance du Kazakhstan à Gorgân

Avant la Révolution islamique de 1979, la population de la communauté kazakhe s’élevait à 15 000 personnes. Ce chiffre a régulièrement augmenté jusqu’en 1991, date de l’effondrement de l’ex-Union soviétique et de l’indépendance du Kazakhstan. À partir de l’automne 1995, une partie des Kazakhs d’Iran est allée s’installer au Kazakhstan, étant donné les facilités que leur offrait le gouvernement kazakh pour encourager les membres de la diaspora à revenir au pays d’origine. Ainsi, environ un tiers des Kazakhs d’Iran est rentré au Kazakhstan pendant les dernières années du XXe siècle. La plupart de membres de cette diaspora qui ont quitté l’Iran étaient les Kazakhs venus d’Afghanistan depuis 1980. Au fur et à mesure, une grande partie des immigrés sont revenus en Iran et ont préféré reprendre leur vie dans la province du Golestân. Aujourd’hui, près de 15 000 Kazakhs vivent en Iran et habitent, comme auparavant, dans les villes principales de cette province iranienne.


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