N° 159, février 2019

Aperçu de quelques sports traditionnels tâti du nord-ouest de l’Iran


Zeinab Golestâni
Traduction :

Rahâ Ekhtiâry


Paysage hivernal du village de Derow

erow est un village situé dans le district rural de Shâhroud, dans le département de Khalkhâl, province d’Ardebil, dans la région de Tâlesh, au nord-ouest de l’Iran. Les habitants de ce village très ancien parlent une langue perse antique, le tâti. À côté de leur langue antique, ces villageois préservent aussi des rites et des traditions ancestrales iraniennes. Chaque année, cette région est parmi celles qui, à l’occasion de Norouz, organise un festival de jeux régionaux et très anciens, qui attire des milliers de visiteurs. Ces jeux ancestraux, faciles à préparer, sont similaires à tant d’autres auxquels les Iraniens ont pu jouer lorsqu’ils étaient enfants. La particularité de cette coutume locale est d’avoir su garder la dimension ludique du jeu à l’intention des adultes et de montrer qu’il suffit d’un rien pour retourner à la joie d’une relation simple aux choses et aux êtres.

Nous avons choisi de présenter quelques-uns des jeux de cette vieille région. Nous remercions tout particulièrement Hassan Vâhedparast, Djahândoust Sabz’alipour et Sâdegh Veisânian, locuteurs de tâti, qui ont accepté de répondre à nos questions et permis de compléter cet article.

Le Pitmezâ

Ce jeu masculin, pratiqué au printemps, oppose deux équipes au nombre de joueurs illimité mais égal. Le matériel de ce jeu consiste en deux battes de bois, une à manche long d’environ un mètre et 5 cm de diamètre appelée les, et une à manche court, de 20 cm de long et de 5 cm de diamètre, appelée pit. Un petit fossé est creusé au centre et au point de départ/retour du terrain de jeu.

Le jeu commence avec un tirage au sort ou sur accord des chefs d’équipes. L’équipe qui débute le jeu place une petite baguette de bois, nommée galeh, au-dessus du fossé/base. Puis l’as de l’équipe, qui ouvre la manche, l’en déloge avec sa pit, un peu comme une balle de golf. L’équipe adverse, qui s’est positionnée à une distance de 15 à 20 mètres, doit alors rattraper la galeh au vol avant qu’elle ne touche le sol. Si elle est rattrapée en plein vol, le batteur perd et son équipe perd un point. Si la galeh tombe à terre, ou si les membres de l’équipe adverse la font voler encore plus loin du fossé, ils doivent essayer de la renvoyer vers le fossé, ce qui donne le temps à l’équipe en défense (de la base) de courir vers la base comme au baseball américain. En d’autres termes, l’un des membres de l’autre équipe – l’équipe du batteur initial qui défend la base – doit courir la distance entre le lieu où est tombé la galeh et la base, en criant « zooooooooo », preuve qu’il ne conserve pas son souffle. Il doit avoir une réserve d’air assez importante pour pouvoir courir directement jusqu’à la base sans s’arrêter de souffler le son. S’il s’arrête de souffler ou est incapable de rejoindre la base avant que l’autre équipe n’y renvoie la galeh, son équipe perd de nouveau un point. Après chaque point de gagné ou de perdu, les équipes changent de place, ce qui fait que les gains et pertes se font par alternance. À chaque manche, les perdants doivent porter les gagnants sur leur dos jusqu’à la base. Il n’y a pas de délai horaire et les joueurs peuvent continuer autant qu’ils le souhaitent.

Photos prises par Mehdi Veisâniân

Zalzalakâ

Zalzalakâ oppose deux équipes de sept ou huit joueurs. Un arbitre est choisi puis les deux séries de joueurs se mettent en ligne, face à face, avec les deux mains étendues derrière eux et ouvertes. L’arbitre choisit une graine ou un objet rond et petit, comme un caillou plat, puis commence une ronde autour des joueurs en chantant un air consacré où revient le mot « Zalzalakâ », puis, à l’improviste, place l’objet dans la main d’un des joueurs. Ce joueur doit alors s’enfuir adroitement en passant entre les deux lignes ennemies mais sans se faire toucher aux jambes.

 

Lenga, Lenga

Dans ce jeu, on trace une figure de carré sur le terrain de jeu. La moitié des joueurs se positionnent à l’intérieur du carré, l’autre moitié à l’extérieur. Pour choisir quelle équipe se place à l’intérieur et vice-versa, on utilise un caillou à une face marquée à la place d’une pièce de monnaie.

Le village en hiver

Les joueurs situés à l’extérieur doivent entrer l’un après l’autre dans le carré, à cloche-pied et essayer d’attraper les joueurs à l’intérieur. Ces derniers doivent éviter leurs poursuivants mais sans sortir du carré. Chaque fois qu’un joueur à l’intérieur est « saisi », il doit changer de place avec son attrapeur et sortir du carré. Le temps de jeu est délimité et à la fin du délai imparti, l’équipe dont les membres sont les plus nombreux à encore jouer est l’équipe gagnante.

 

Ghaysh Mezâ

Mezâ signifie « jouer » en tâti. Le ghaysh mezâ est un jeu masculin qui se pratique avec une ceinture. Un cercle de protection imaginaire ou tracé sur le sol protège une ceinture dont la boucle est au centre du cercle. Une équipe de défense de la ceinture se positionne à l’intérieur et se charge d’empêcher toute tentative de la saisir. Si l’équipe adverse réussit à se saisir de la ceinture, elle est en droit de plaisamment - sans trop insister cependant ! - fouetter l’équipe perdante avec l’objet du litige.

 

Ghaysh Mezâ

Amân Amân

Ce jeu féminin est un jeu de rapidité et de réflexe. Les joueuses se tiennent par la main et forment un cercle. Une des joueuses lance le refrain « Amân Amân Amân Amân hâ layle », les autres répètent dans l’ordre. Des pas suivent et après une série de pas, chaque joueuse pivote et lève la main de sa voisine. Une seconde d’inattention et une erreur force une participante à déclarer forfait. Ce jeu se pratique plutôt comme une distraction plaisante qu’une compétition féroce. Les femmes y tiennent d’ailleurs comme à une tradition du Sizdah bedar ou dernier jour des festivités du Nouvel An, qui marque l’apogée des salutations à la nature et au printemps.

 

Tap Mezâ

Dans ce jeu, un homme assis au centre d’un cercle est protégé par son compagnon de jeu qui reste debout derrière lui en tenant fermement le col de sa chemise, qu’il ne doit pas lâcher. Les joueurs adverses tentent de toucher le dos du joueur assis avec la paume de la main.

Pour atteindre le dos de la cible, ils peuvent assiéger le défenseur. Dans ce jeu de stratégie, chaque variation et choix emporte des conséquences et un jeu compliqué de remplacement du joueur assis, alors que le défenseur reste le même pendant un long moment.

Amân Amân

 

Tut âl Qaymisham

Le nom de ce jeu provient d’une expression turque : « Tiens ! Je le tiens ! ». Les deux arbitres de ce jeu sont choisis parmi les vieux sages du village. Quelques joueurs s’assoient ensuite en cercle. Deux autres joueurs courent autour du cercle, l’un d’eux tentant d’attraper l’autre. L’autre joueur, pour ne pas se faire attraper, a le choix de toucher un des joueurs assis en disant « Tut ! », qui signifie « Attrape-le, mon poursuivant. »

Le poursuivant ou 2e joueur doit alors courir vers le joueur désigné et le toucher en disant : « Tut âl Qaymisham ». S’il échoue et n’arrive pas à le toucher avant que l’autre ne se lève, il perdra et devra porter l’autre joueur comme pénalty. Il est encouragé par les autres joueurs à le porter jusqu’au moment où il le jette sur un autre joueur assis qui doit réceptionner le gagnant, sinon, ce sera son tour de porter le porteur.

Tap mezâ

Tut âl Qaymisham

Bibliographie :

Sabz’alipour, Djahândoust, Farhang-e tâti (Dictionnaire de la langue Tâti), Rasht, Farhang-e Iliyâ, 2011.


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